ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
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ABBAYE
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LE SCRIPTORIUM
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-LE COPISTE (5)---
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LA TÂCHE DU SCRIBE, 2e partie
 

LA REDACTION
 

1.

 2.
11. fol. 75 des Petites Heures de Jean de Berry
France, Paris XIVe s.
(55 x 45 mm) (BNF, LAT 18014)
 
2. fol. 265v des Grandes Chroniques de France écrit par Primat, moine de l'abbaye de Saint-Denis, représenté ici rédigeant son oeuvre,
Paris, XIVe s. (75 x 65 mm), BNF
"Le « romans aux rois », qu’on appellera plus tard « Grandes Chroniques de France », est rédigé à l’abbaye royale de Saint-Denis, lieu de production de la mémoire historiographique du royaume. La diffusion de cet ouvrage de grand luxe, presque toujours enluminé, est pour l’essentiel limitée à la France royale du Nord de la Loire et au groupe social des princes et nobles fortunés. Son iconographie flatte le goût et les valeurs de ces « vaillants gens » pour lesquels le moine Primat avait, en 1274, entrepris d’écrire."
extrait de : http://www.moyenageenlumiere.com/image/index.cfm?id=274

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Le scribe médiéval produit l'écrit de différentes manières. Il recopie souvent un texte à partir d'un autre texte, nous l'avons vu, que ce soit son brouillon sur tablette de cire, un rouleau de papyrus, ou encore un livre de parchemin. Il écrit aussi sous la dictée. On sait que Thomas d'Aquin, au XIIIe siècle, commentait par de longues notes les traductions d'Aristote qu'il lisait. Il dictait ses notes à un scribe, qui établissait alors un apographe (une copie directe de l'original), corrigé par Thomas d'Aquin. L'apographe corrigé, un calligraphe le recopiait pour la bibliothèque de l'abbaye. Malheureusement, c'était d'après l'apographe qu'étaient établies les peciae, exemplaires bon marché fourni aux étudiants sous la forme de cahiers. Cette organisation scripturaire, on l'aura compris, était source de bien des erreurs, qui désolaient nombre de directeurs de scriptorium. Aelfric (Ælfric, vers 955-1020), abbé d'Eynsham, en Angleterre, préfaçant ses homélies, adjure le copiste,"au nom de notre Seigneur Jésus-Christ et de son glorieux avènement", de transcrire correctement ce qui lui est demandé. Geoffrey Chaucer (1340-1400), dans son célèbre poème "Wordes unto Adam, his owne scriveyn", va jusqu'à exiger de son scribe Adam une copie fidèle sous peine de terribles malédictions, dans le célèbre poème "Wordes unto Adam, his owne scriveyn", écrit en moyen anglais (middle-english), qui commença de remplacer le vieil anglais (old english) vers le XIIIe siècle, en introduisant, par exemple, des simplifications grammaticales, des emprunts de normand, du français de Paris.

3. Le sournois démon (Titivillus ?) en train de provoquer la faute du copiste.
Reproduction de l'image aimablement autorisée par Roger Berthet, dont le site est à l'adresse suivante : http://www.ardecol.ac-grenoble.fr/titivillus/

Pour alléger ce fardeau permanent de la faute, l'imaginaire monastique a créé, probablement par jeu, au début, un démon particulier, du nom de Titivillus (parfois Tutivillus, Tutuvillus), auquel les moines faisaient porter la responsabilité de leurs erreurs, disant parfois au dos de leur copie : "Titivillus m'a fait faire cette faute".
Son nom est cité pour la première fois dans le Tractatus de Penitentia, écrit vers 1285 par John of Wales. Les exempla médiévaux en parlent souvent et on trouve son portrait développé au XIVe siècle, chez Petrus de Palude, le Patriarche de Jerusalem, qui déclara dans un sermon: "Fragmina psalmorum, Titivillus colligit horum", pour mettre en garde contre ce Tivillus qui collectionnait des fragments de Psaumes, étant sous-entendu que les Psaumes n'étaient pas entièrement dits, et qu'à leur place, il se prononçait des paroles impies. Jusqu'au XVe siècle, Titivillus n'entrerait pas au scriptorium, mais surveille plutôt les offices, où il surprend les oiseux bavardages. Il y entrerait alors, en un moment où, la culture se développant, les scribes, moines ou non, devaient faire face à un afflux de commandes de livres. Titivillus mettait en sac, dit-on, sa mesquine comptabilité, à raison de mille fautes par jour, associée aux noms des fautifs, qu'il se serait empressé d'exhiber lors du jugement dernier. "Puisse Titivillus ne pas remplir trop sa besace !" disait-on. Il hantera longtemps l'imaginaire collectif pendant longtemps, particulièrement en Angleterre où, par exemple, Shakespeare l'utilise dans le deuxième acte de son Henri IV.

 
 

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