ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE

 

Abbaye du Mont Saint-Michel
 
 
Des Origines
à l'arrivée
des
Bénédictins

Saint Michel et le dragon, miniature des Très Riches Heures du Duc de Berry, fin XIVe siècle, ms 65/1284, folio 195 r, musée Condé, Chantilly.



Au début, il y a deux rochers de granit, l'un de près d'un kilomètre de circonférence et de quatre-vingts mètres de haut, l'autre, au nord, de moitié moins haut, d'où leur nom latin, dans l'ordre, tumba et tumbellana. Si le second est le diminutif du premier, c'est certainement à cause de leurs tailles respectives. Leur racine tu'm (éminence : butte, tertre, etc... ) est à chercher dans le patrimoine linguistique indo-européen, qui a donné le grec tumbos, le latin tumulus et le gaulois dunos. Cette racine est présente dans bien de nos toponymes : Châteaudun, Issoudun, Dunkerque, etc...


On oublia sans doute cette origine après les temps mérovingiens et on leur donna un statut de nom propre, qu'on accola à mons, la désignation latine d'une petite montagne, d'un mont. Il y eut le Mont Tombe, le grand, et Tombelaine, le petit, appellation francique peut-être dérivée de tumbellana. Peut-être, car les hypothèses dont diverses et ne manquent pas d'attraits. Par exemple, Tombe- Belen pour Belenos ("brillant"), dieu solaire celtique, du feu et de la lumière? L'archange Michel n'est-il pas lui-même un être solaire, étincelant, tout comme l'est Mithra, dont les adorateurs ont peut-être occupé le mont Tombe. En effet, une légende raconte qu'en 490, l'archange avait transmis sa volonté d'être honoré au fond d'une grotte par l'intermédiaire d'un taureau, qui y avait élu domicile. Quand on sait que les adorateurs de Mithra célébraient leur culte dans des lieux souterrains, qu'ils étaient baptisés du sang d'un taureau immolé au-dessus de leur tête, quand on sait que Mithra lui-même était dieu de guerre, de justice, médiateur psychopompe, et qu'on attribua ensuite à l'archange toutes ces fonctions, on comprend qu'il ne peut s'agir là de simples coïncidences. Surtout si l'on rapproche cela de la légende du mont Gargan (Garganus, une presqu'île située dans les Pouilles italiennes, sur l'Adriatique), d'après "La légende dorée" de Jacques de Voragine (1228-1298) :


"Les premiers chrétiens eurent certainement recours, dans leurs prières, à l'intercession des esprits célestes, comme l'attestent les plus anciennes liturgies et les Pères de l'Eglise. « Que Jésus-Christ et les saints Anges nous assistent dans toutes nos actions », écrivaient le martyr Némésien et ses compagnons à saint Cyprien. « Je prie les bons Anges de recevoir mon âme à l'heure de ma mort », disait saint Grégoire de Nazianze.
Mais il n'y eut aucune fête en l'honneur des esprits bienheureux, durant les quatre premiers siècles de l'ère chrétienne, c'est-à-dire jusqu'à ce que le Ciel donnât lui-même le signal d'un culte public et solennel, par une apparition de l'Archange saint Michel.
Cette apparition eut lieu le 8 mai 492, sous le pontificat de Gélase 1er, sur le mont Gargan, aujourd'hui San-Angelo, dans le royaume de Naples.
Un riche habitant de Siponte avait ses troupeaux sur les flancs du mont Gargano. Un jour, se dérobant à l'œil des bouviers, un taureau disparut. Après bien des recherches, on le retrouva enfin sur la cime la plus escarpée de la montagne, à l'entrée d'une grotte, et les cornes embarrassées dans de fortes lianes.
Furieux contre les obstacles qui le retenaient sur place, l'animal se débattait si violemment que personne ne put l'approcher. Alors on lança vers lui une flèche ; mais, chose étrange, cette flèche se retourna à mi-chemin de sa course, et alla frapper celui qui l'avait tirée. Ce fait extraordinaire remplit d'une telle crainte les bouviers, qu'ils s'éloignèrent immédiatement de la grotte.
Cet évènement émut la ville de Siponte, et l'évêque ordonna des prières publiques. Trois jours après, saint Michel apparut au prélat et lui dit : « Je suis l'archange Michel, un de ceux qui se tiennent sans cesse devant le Seigneur. J'ai choisi ce lieu pour être vénéré sur la terre ; j'en serai le protecteur à jamais. »
L'évêque et les habitants se rendirent processionnellement jusqu'à la grotte du mont Gargano, et prièrent en l'honneur de l'Archange.
A quelque temps de là, Siponte vit ses ennemis dévaster ses campagnes et menacer la ville. La bataille s'engagea, et Siponte paraissait vaincue, quand, tout à coup, une formidable secousse ébranla le mont Gargano ; de son sommet, couvert d'une noire vapeur, jaillirent des éclairs et des foudres qui portèrent la terreur et la mort dans le camp ennemi.
Triomphante par le secours miraculeux de saint Michel, la ville de Siponte se montra reconnaissante à son puissant protecteur. Elle exécuta aussitôt des travaux gigantesques, afin de pouvoir accéder plus facilement sur le mont Gargano, et sur la grotte naturelle qu'elle fit revêtir intérieurement de marbres précieux, elle bâtit une belle église dont la dédicace solennelle eut lieu le 29 septembre 522, par le pape saint Boniface. Cette église est depuis le rendez-vous de nombreux pèlerinages, et de grands miracles s'y sont opérés par la puissante intercession de saint Michel.
De ce promontoire, comme d'une forteresse d'où il protège l'Eglise, le Prince des milices angéliques semble dire à l'univers entier : le Sauveur Jésus, mon maître, est Roi des rois et Seigneur des seigneurs ; son Eglise a seule le pouvoir d'éclairer les intelligences, de gouverner les volontés et de sauver les âmes. Là encore, comme sur le mont Saint-Michel, s'élevant au-dessus de la terre et de l'océan, il répète cette parole qui foudroya Lucifer : Quis ut Deus ? Qui est semblable à Dieu ?
Glorieux Archange, vous que nos rois ont autrefois proclamé patron de la France, protégez-nous contre tous nos ennemis ; protégez particulièrement les pieux lecteurs de L'Ange Gardien, durant l'année qui commence ; nous vous conjurons de les placer tous sous votre impénétrable égide. Protégez toujours l'Eglise et la France !

Extrait de "L'Ange Gardien" n° 9, Janvier 1897, pp.292-294."


texte extrait de : http://www.spiritualite-chretienne.com/anges/ange-gardien/hierar17.html#App01
 

L'exemple du saint archange Michel, visiblement, est instructif sur la manière, très générale, de l'introduction du christianisme en occident celtique : les dieux installés ne sont pas purement et simplement jetés aux oubliettes pour ce nouveau dieu oriental, non. On dut passer par un syncrétisme bigarré dont la religion chrétienne des mexicains d'aujourd'hui est peut-être un bon exemple. Alors, il fallut employer des images fortes. Avant d'employer un membre éminent de l'armée céleste, les moines installés dès le début du VIe siècle, anachorètes, ou semi-anachorètes, on ne sait, construisirent deux oratoires. L'un au sommet du mont, l'autre au pied de celui-ci, respectivement dédiés à saint Etienne et à saint Symphorien (Symphorianus : littéralement "qui porte avec" ; en substance, "avantageux" ou "utile", vers 160-180, ).

Ces saints personnages n'ont pas été choisis au hasard. Symphorien, tout d'abord, est un jeune patricien de la ville d'Autun, baptisé par saint Bénigne de Dijon, choisira un jour de l'année 180 de narguer un cortège païen et refusera de se prosterner devant le char de Cybèle, déesse de fécondité. Il mourra décapité quelques jours après, sa mère l'exhortant sans cesse au courage de la foi. Combattant ainsi une divinité chtonienne, au domaine souterrain, Symphorien aura son oratoire au pied du mont. Etienne, quant à lui, lapidé à Jérusalem vers 34, est célébré le jour du solstice d'hiver : c'est donc contre une divinité solaire qu'il doit être invoqué et donc, c'est bien logiquement que son oratoire se trouvait tout en haut du mont. On ne sait presque rien de ces premiers ermites, si ce n'est qu'ils informaient un de leurs besoins de vivres par des signaux de fumée, adressés à un prêtre d'Astériac (auj. Beauvoir*), "sur la terre ferme", nous dit-on. Est-ce à dire que le Mont était déjà ceint par les eaux? Car, remarquez que, jusqu'ici, il n'a été encore question d'île ou d'îlot. En voici la raison :

Avant le Ve siècle, le niveau de la mer était plus bas qu'aujourd'hui et la baie était encerclée de l'épaisse forêt de Scissy (Sessiacum), dont parlent les légendes, cernée d'un côté par un étang, formée par des petits fleuves côtiers, et de l'autre par la mer. Ces récits (comme la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis, du Xe siècle) sont confirmés aujourd'hui par la science, en même temps que la montée des eaux de la mer, après le Ve siècle. Mêlée alors aux eaux douces, la mer recouvrit la forêt en une sorte de raz-de-marée. Les grandes marées qui succédèrent à cet évènement achevèrent de disperser végétaux et minéraux : on retrouve parfois au large des souches ou même des troncs d'arbres, qui faisaient partie de l'antique forêt. La légende date de 709 sur le moment où est intervenu ce bouleversement, l'année qui suivit la consécration de saint Michel sur le mont Tombe. Plusieurs d'entre-elles nous précisent que le mont était cerné par les eaux au moment de la première apparition de l'archange à Aubert. L'une d'elles affirme même que c'est pour consoler les ermites du malheur apporté par l'inondation de la forêt de Scissy, que Dieu permit à saint Michel d'apparaître à l'évêque d'Avranches. L'archange n'est-il pas associé aux phénomènes naturels : foudre, tempêtes, inondation, raz-de-marée...?

En tout cas, les historiens, en plein cœur du moyen-âge, sont unanimes à ce sujet. Raoul Glaber, vers l'an mil, utilise la formule "in periculo maris" (exposé au péril de la mer), pour parler de la situation géographique du mont à l'époque d'Aubert. A la même époque Dudon, chroniqueur normand de l'abbaye de Saint-Quentin, utilise la même formule dans son histoire des ducs de Normandie. Orderic Vital, le moine de Saint-Evroult, la rendra célèbre au XIIe siècle. Le mont Tombe devient après lui: Mons sancti Michaelis in periculo maris, le "Mont-Saint-Michel -au-péril-de-la-mer", appellation qui ne chassa pas cependant jamais totalement la précédente. A la même époque, Guillaume de Saint-Pair, moine du Mont sous l'important abbatiat de Robert de Torigni (1154-1186), écrivit vers 1170 une chronique sous la forme d'un long poème, en français, de 3781 octosyllabes, dans lequel il précisait que "Tumbe" ou mont de Tumbe" désignait encore le Mont Saint-Michel.

* La légende de BEAUVOIR dit : " Un jour, une femme aveugle arriva en face du Mont et lorsque son regard vide se tourna vers lui, elle retrouva la vue. Sa première phrase fut "Qu'il fait beau voir", et le nom de Beauvoir fut donné au village où elle se trouvait. "
extrait de : http://members.aol.com/perrinmont/mont/legende.htm

Bréviaire de Salisbury, XVe siècle, BNF, ms latin 17294. Nombreux détails disponibles en cliquant sur l'image : L'archange Michel veillant sur l'accueil des pèlerins par Aubert (en haut, coin droit), Aubert faisant jaillir, tel Moïse, l'eau du rocher (au milieu, à droite), Aubert préparant la première messe au Mont ( image près du milieu), Aubert donnant ladite messe (coin droit du bas), détail du texte (au-dessus du coin gauche du bas), tapis de fleurs (un tout en haut, un tout en bas et un près de la marge droite, en bas), Mont Saint-Michel à l'époque (coin gauche du bas).

 
Après cette première installation de moines chrétiens, il nous faut parler maintenant d'Aubert, évêque d'Avranches, sous le règne de Childebert III (697-711), ou plutôt, parler de ce qu'il va faire du Mont car, de lui-même on ne sait rien. On sait seulement (sans savoir pourquoi) qu'il est l'introducteur du culte de saint Michel et qu'il va fonder selon la tradition un oratoire sur le mont Tombe en 708, dédié à saint Michel, dont on connaît la date exacte de sa dédicace, le 16 octobre 708.

Avant l'apparition proprement dite, la légende nous conte un combat cosmique entre le chef des milices célestes et Satan, le chef des milices de l'enfer. Le démon se transforma pour l'occasion en formidable dragon, et la bataille débuta, non pas sur Orion ou Magellan, mais plus humblement sur le mont Dol, en Bretagne. Le combat titanesque des forces du bien et du mal eut longtemps une issue incertaine, avant de trouver sa conclusion tout près de là (à l'échelle cosmique) sur le mont Tombe, dénouement dont Aubert fut un témoin privilégié (ça devait valoir tous les cinémascopes, non?). L'évêque reçoit alors en songe les volontés de l'archange : construire en son honneur un sanctuaire sur le lieu même de l'ultime bataille. Aubert ne veut pas imaginer que ce rêve est bien inspiré, alors l'archange lui apparaît une deuxième fois et se fâche. Aubert se permet de douter encore, et là, le messager céleste veut frapper un grand coup. C'est vraiment le cas de le dire, car il laisse à Aubert, une trace de son passage, en forme de trou sur crâne. Aujourd'hui, le crâne supposé d'Aubert est conservé dans la basilique d'Avranches : vous pouvez voir encore la trace que Majax, pardon, Michel (ça ne sonne pas pareil, pourtant) a creusé à la trouyauteuse céleste. A partir de là, vous vous en doutez, Aubert s'exécute dare-dare :

Aubert se précipite bientôt au Mont et là, quel est le signe qui indique à l'évêque le lieu élu par l'archange : un taureau, bien sûr, qui avait été volé puis retrouvé précisément à l'endroit (une grotte, bien sûr) où Aubert devait bâtir son sanctuaire, dont la taille devait correspondre à l'endroit foulé par le taureau. On retrouve là la légende de Garganus, où Aubert est peut-être allé en pèlerinage. Ce qui paraît certain, c'est que notre évêque y envoie en mission des hommes qui devront ramener des signes tangibles de cette filiation. Ceux-ci ne ramèneront pas des reliques (Michel est un ange, être sans corporéité, pas un mort) mais des "pignora", des gages. Ce seront un fragment de la grotte où eut lieu l'apparition, ainsi qu'un manteau de pourpre (pallium), abandonné en passant, et un fragment de l'autel où l'intercesseur céleste avait posé le pied. Aubert peut maintenant prendre sa truelle :

"L'œuvre avance, encore un effort et l'emplacement sera préparé. I1 ne reste plus qu'une roche ardue. Toutes les forces se réunissent, les leviers sont fixés, mais la roche géante résiste toujours. On ne peut ni l'entailler ni la soulever. Aubert est consterné, il implore l'assistance de saint Michel.
L'Archange apparaît la nuit suivante à Baïno, homme pieux et père de douze fils, qui habitait non loin de là, à Iciacus, aujourd'hui le village d'lluynes Ne crains point, lui dit-il, je suis l'archange Michel, et viens te quérir, pour aller porter aide à l'évêque Aubert ; lève-toi sans retard, prends tes fils et va à la montagne.
Obéissant à la voix céleste, Baïno se lève et part avec ses enfants, moins le plus jeune encore au berceau. II raconte à saint Aubert la vision dont il est encore ému, et il lui communique l'ordre que l'Archange lui a donné.
Les ouvriers reprennent courage ; les cantiques recommencent ; on lutte de nouveau contre la roche rebelle, la pique frappe le granit, on emploie la force et l'adresse, la sueur coule de tous les fronts, mais la roche ne remue pas.
Le saint évêque paraît plongé dans une profonde rêverie. Tout à coup, le visage illuminé comme par une vision céleste, il s'adresse à Baïno.
- N'as-tu pas encore, dit-il, un enfant à la maison, outre les onze que voilà !
- Oui, répond Baïno, mais il est au berceau.
- Va le prendre, répond l'évêque.
On court aussitôt à Iciacus, et on apporte l'enfant dans son berceau.
Saint Aubert prend ce petit enfant dans ses bras et l'approche du rocher. L'enfant sourit et pose son pied sur le granit. O merveille ! sous cette faible pression, la roche s'ébranle, et, avec un fracas épouvantable, roule comme une avalanche. Le peuple bat des mains, l'évêque ému verse des larmes de joie. On reconnaît l'action visible de saint Michel, et on chante des hymnes de reconnaissance au glorieux vainqueur des légions infernales.
La roche tombée sur la grève porte encore l'empreinte du pied du petit Baïno, empreinte qu'aiment à voir, dans la chapelle rustique qui perpétue cette gracieuse légende, les nombreux pèlerins qui vont prier dans la basilique du mont Saint-Michel.
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(...) Extrait de "L'Ange Gardien" n° 8, Décembre 1896, pp.255-258."

texte extrait de la page web : http://www.spiritualite-chretienne.com/anges/ange-gardien/hierar16.html#Tombe

Aubert fait donc, construire un petit oratoire en forme de grotte, à l'image de celui des Pouilles, pouvant contenir une centaine de personnes et installe une communauté d'une douzaine de clercs, qui vivaient sans doute à la manière des laures orientales, dont les ermites quittaient par moments leur solitude pour se réunir en communauté, lors de la messe dominicale, et pour différentes célébrations. Il ne reste rien de cet ancien sanctuaire, à l'exception, peut-être d' un mur, de type cyclopéen (grosses pierres grises, au centre) visible dans le plus vieil édifice de l'abbaye, Notre Dame sous terre :. Aubert fit aussi construire une chapelle dédiée à saint Pierre pour accueillir sa sépulture.

Le modeste sanctuaire d'Aubert, au fin fond de la Neustrie, n'était encore connu que confidentiellement, mais déjà, la communauté de moines trouva que le nombre des pèlerins ne leur permettait pas de méditer convenablement et certains se retirèrent à Tombelaine.

Les Carolingiens ont hautement vénéré saint Michel et les pèlerinages au mont s'accrurent sensiblement. On remania et agrandit l'oratoire d'Aubert. On installa sans doute un premier scriptorium, où Ansegaud, évêque d'Avranches en 847, narra pour la première fois la consécration du Mont à saint Michel. L'original a disparu, mais on en possède une copie, qui date de la période bénédictine de l'abbaye? L'ouvrage se divise en deux parties : Memoriam et Revelatio, la première relatant la fondation du monastère Saint-Michel au mont Gargan et la seconde narre les épisodes de la consécration du Mont à saint Michel :
 

 

Initiale: lettre M, première lettre de Memoriam (commémoration) de la consécration de l'église de saint Michel, Onciale, Influence insulaire, MS 211, fol. 156,
vers 991-1009

C'est une période calme, d'indépendance, où existe bien une communauté de moines, dirigée par un abbé librement élu par eux : en 867, c'est un abbé breton, Phinimontius, qui la dirige. Au cours du Xe siècle, cependant, la dynastie carolingienne décline progressivement, et les désordres de cette période sont une occasion pour beaucoup de redistribuer les cartes du pouvoir, nous l'avons vu ailleurs. Des laïcs s'emparent ainsi du Mont, soi-disant chanoines et, tels des commendataires se mettent les bénéfices du monastère dans les poches, laissant aux moines l'humble et noble tache (mais bien trop indigente) de servir Dieu. La situation changera radicalement dès que Richard Ier, duc de Normandie, chassera les Bretons de l'Avranchin, en 963. Le Mont entre alors, dans le giron des descendants de Rollon, les fameux Normands. Dès 966, et avec l'accord du Pape Jean XIII, Richard Ier, duc de Normandie, chasse la communauté canoniale, pour la remplacer par celle des Bénédictins, une trentaine de moines venus de Fontenelle (Saint-Wandrille).
 

 
Sources :

Monique Dosdat, L'enluminure romane au Mont Saint-Michel, Xe-XIIe siècles, Association des amis de la bibliothèque municipale d'Avranches, Editions Ouest-France,1991

http://www.spiritualite-chretienne.com/anges/ange-gardien/hierar17.html#App01
http://armorance.free.fr/histoire.htm
http://perso.wanadoo.fr/mont-saint-michel/histoire.htm
http://biblio-fr.info.unicaen.fr/bnum/ (image de Gelduin)
http://digilander.libero.it/capurromrc/!5michel.jpg (image des riches heures)

 
 

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