ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
 

---------Origines -Temps des Mérovingiens

       

 

Saint Fursy
Fursy de Lagny
Fursy de Péronne

Fête

16 janvier

 Naissance

Irlande, Munster? Ile d'Inisquin?, vers 567

Mort

France, Mézerolles? vers 650-660

 Particularité

  Représentation
 abbé, prêtre ressuscitant un jeune noble, environné de spectres.


Texte en très grande partie extrait de l'excellent site de Georges Briche : http://www.chez.com/menarpalud/expansions1f.htm


Issu d’une famille noble, Fursey (Fursy, Furcy), dont le nom signifie vertu, suivit son éducation au sein du monastère de Cuain Fearta. j Après un parcours obscur à travers l’Irlande durant dix ans au cours duquel il se fit beaucoup d’ennemis et fonda l'abbaye de Rathmat (aujourd'hui Killursa). Puis, il prit la mer pour rejoindre la Grande Bretagne. k Les hagiographies qui racontent les vies de ces saints sont souvent, on l’a vu empreintes de détails inventés mais qui toutes, présentent une certaine logique. Pour le cas de Fursy, la mésentente avec son milieu social ne peut seule suffire à expliquer sa rupture avec la terre qui l’a vu naître.
La vita prima le dit baptisé par le célèbre Brendan, ce saint que la légende transformera en voyageur légendaire, le lien est habile pour le montrer désireux de s’exiler sans espoir de retour pour l’amour du Christ et la guérison de son âme. l
Dans le début des années 630, Fursy débarqua en Angleterre, dans l’East Anglia où régnait le roi Sigebert et au moment où ce dernier encourageait le travail d'évangélisation de Félix de Dunwich. Le roi leur céda une vieille forteresse à Cnobheresburg (Burgh Castle, Suffolk) et des domaines alentour pour y bâtir un monastère. Le roi céda par aillà Fursey une terre sur laquelle il bâtit un monastère, près d'Ugremouth. Il aurait, selon la coutume irlandaise, amené avec lui les reliques de Brendan, de Beonan et de Meldan.m Chargé également de livres et d’objets de culte, il évangélisa le paysn dont le roi Sigebert, déjà chrétien, finirait moine à la fin de sa vie.
 
j Fursy serait le fils de Fintan, fils du roi de Munster, et de Gelgehes, fille d’un chef de clan au sujet de Cluain Fearta : Vita Secunda ; éd. Colgan, Acta Sanctorum Hiberniae, Louvain, 1645, VII. R.P. Bénédictins de Paris : Vies de Saints, op. cit. Fursy, 16 jan : p.329/331.
k Durant ce temps il fit le tour des peuples de l’Irlande en vagabondant, prêchant et exorcisant. Vita Fursei (ou Vita Prima): MGH. SRM., éd. B. Krusch, t IV, p. 436
l Les vies de saint présentent souvent la dualité maître/élève, inspirateur/continuateur
m Les reliques sont également conçues comme des réservoirs de courage et d’esprit saint dans lesquels leurs porteurs puisaient des forces dans leur pérégrinations. Il ne faut pas oublier que la plupart d’entre eux se déplaçaient toujours à pieds.
n Durant les dernières années de son séjour en Angleterre, Fursy s’était retiré dans une grotte pendant un an avec son frère Ultan qui préférait l’anachorèse.
 
Fursy, remplacé par ses deux jeunes frères Ultan et Foillan (Ultain et Foislain ), débarqua à Quentovic (Etaples) vers 639.j Le voyage à Rome que l’on trouve fréquemment dans les vies de saints de l’époque carolingienne n’a sûrement jamais eu lieu car ni la Vita prima, ni Bède n’en parlent.
 
Il devint l'ami d'Archambaud, maire du palais et seigneur de Péronne, par don de Clovis II, dont il baptisa son fils. Il eut des rapports avec Erchinoald qui lui demanda de baptiser son fils et Clovis II (636-657), qui l’autorisa à fonder un monastère sur une terre de Neustrie. Fursy choisit la localité de Latiniacum, Lagny en Brie dans la Marne. Il y bâtit trois chapelles dans un monastère qui avait tout lieu d’être un Monasterium Scottorum. Fursy quitta donc Péronne pour créer l'abbaye de Lagny, vers 648. C'est là qu'il aurait ressuscité un jeune noble, fils du comte Aimont (Aymon, Aymont) : c'est son miracle le plus connu.
 
Bède le Vénérable a écrit sur lui plus que sur n'importe quel saint homme, à l'exception d'Aidan. Bède narre les nombreuses transes extatiques de Fursey, durant lesquelles il avait la vision d'une effroyable lutte du bien et du mal, entre ciel et enfer. Ces "visions de Fursey" ont beaucoup influencé Dante, lors de ses travaux qur la Divine Comédie.
 
Archambaud n'ayant pas supporté l'éloignement de son ami et lui demanda de fonder un monastère à proximité de Péronne. C'est ainsi que Fursy fonda l'abbaye du Mont-Saint-Quentin, avec ses frères Foislain et Ultain. C'est Saint Eloi qui consacra ce monastère qui plus tard reçu Pierre l'Ermite avant la première croisade. Après la mort de Saint Fursy, le monastère créé au Mont Saint Quentin prit le nom de "Monastère écossais". Nom découlant de la grande quantité d'Ecossais et d'Irlandais qui venaient se recueillir sur le tombeau du Saint.
 
La mort du saint fut riche en péripéties relatées par les vitae et les virtutes. Ces virtutes, œuvre d’un moine de Péronne qui vécut un siècle et demi après les faits, ne sont pas sans une certaine partialité en faveur de ce monastère. Outre le lieu ou la date de la mort de Fursy, la translation des reliques du saint fut objet de controverses. Ce dernier serait mort vers 650 à Macerias, près de Frohen, sur la route des îles britanniques.k C’est en voulant revoir ses frères que celui ci serait mort en route. Le lieu de son décès pouvant avoir des conséquences sur l’attribution de ses reliques ou l’emplacement de sa tombe, les propositions ont fusé et des disputes ont éclaté entre des puissants qui voulaient bénéficier de la proximité du saint. Dans l'église St-Jean-Baptiste de Péronne, dans la chapelle de droite, vous verrez St-Fursy entouré de deux bœufs : En voici l'explication : à sa mort survenue le 16 janvier 650, les seigneurs de Péronne et Mézerolles se disputaient sa dépouille. Pour trancher, on la mit sur un chariot tiré par deux bœufs, puis par des enfants. Et là où le convoi s'arrêterait, on y enterrerait St-Fursy. Le convoi s'arrêta au Mont des cygnes (Tribunal actuel). En fait, d'après la légende, l'essieu de la charrette était faussé.
 
C’est ainsi que se sont opposés aussi le duc Haimon, Erchinoald et Berchaire, le comte de Laon. Ce dernier prétendit que Fursy avait reçu de nombreuses terres dans le laonnois mais n’avait jamais pu s’y rendre puisque le maire du palais de Neustrie l’en avait empêché.l Il est évident que la possession des reliques ou d’un lieu de pèlerinage ayant des retombées économiques importantes a pu favoriser un tel attachement à un simple moine. Pour preuve, Erchinoald se dépêcha de terminer la construction de l’église de Péronne pour y accueillir les restes de saint Fursy. On retrouve dans les virtutes le thème connu du corps déposé dans un char tiré par des bœufs et lancé au hasard. Ce jugement de Dieu, déjà utilisé pour saint Ronan en Armorique au VI°s, joua en faveur de Péronne. m
 
j On sait qu’Erchinoald était déjà maire du palais de Neustrie
k J Heuclin : Aux origines …, op. cit., p. 121. La Vita Prima : op.cit., p.439 affirme que le Saint est mort à Lagny.l Ces fait sont connus par les Virtutes : MGH. SRM., t IV, p.440-449
m De nombreuses vitae, rédigées à l’époque carolingiennes, présentent ces jugements divins
 
Quoi qu’il en soit, s’éleva bientôt en ce lieu un nouveau monastère défini comme Peronna Scottorum qui servirait à l’usage exclusif des Scots dans leurs pérégrinations à venir.j
Les frères de Fursy, Foillan et Ultan vinrent sur le continent accompagnés d’autres compagnons qu’on connaît mal. On sait qu’un Emilien avait rejoint Fursy un an après son installation à Lagny. Bien que moins actif que Colomban, la réputation qui se répandit à sa mort en fit un personnage de premier ordre. Il fut vénéré par sa famille et ses nombreux successeurs. Il faut savoir que lorsque ces moines irlandais, au charisme certain, fréquentaient les hautes sphères de la société, et ce fut le cas pour Fursy puisqu'il connut les Cours d'Angleterre et de Neustrie, leur réputation s’étendait largement aux couches inférieures qui avaient aussi le sens du sacré et contribueraient au développement de leur culte.
Foillan et Ultan prirent la relève. Ancien évêque de Cnoberesburgh, Foillan connut Itte, veuve de Pépin de Landen et Gertrude de Nivelles, il passa à Péronne et, alors qu’il se rendait à Nivelles en Brabant, des voleurs lui prirent la vie près de Seneffe en 655.k
Ultan finit ses jours comme abbé de Péronne où il mourut le Ier mai 686.l
 
j Dom Louis Gougaud : Les chrétientés celtiques, op. cit., p. 151
k D. L. Gougaud : Les saints…, op. cit., p. 98
l D. L. Gougaud : Les saints…, op. cit., p. 98. Hucbald : Vita Rictrudis ; AA.SS., III, p. 88 tous les abbés qui se succédèrent à Péronne furent tous irlandais jusqu’en 774.
 
 
 
 
Sources :
 
http://www.chez.com/menarpalud/expansions1f.htm
http://perso.wanadoo.fr/ot-peronne/html/fursy.html