ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
   Saint Eloi orfèvre, tableau de Petrus Christus, 1449 -Temps des Mérovingiens

 
 
SAINT ELOI

 


 

 Saint Eloi
  Fête le 1er décembre

   Naissance vers 588 (Chaptelat, Limousin ?)

 Mort : 1er décembre 659


 
LIMOGES, qui fut à une époque très ancienne un centre de travaux artistiques, possédait, au septième siècle, des ouvriers habiles à travailler les métaux. C'est tout près de là qu'un jeune homme, du nom d'éloi (Eligius ), né en 588 à Chaptelat de riches parents gallo-romains, Eucherius et Tigeria, vint faire son apprentissage chez un orfèvre qui dirigeait l'atelier de la Monnaie. La profession d'orfèvre ou d'argentier exigeait alors les talents divers de l'émailleur, du fondeur, du ciseleur, du joaillier, du lapidaire, et même celui de l'architecte, car certaines oeuvres d'orfévrerie, comme les châsses, étaient souvent de véritables monuments. L'apprenti passa bientôt maître en cet art difficile : les églises, les abbayes, les riches seigneurs du Limousin ( et d'ailleurs) se disputaient les pièces sorties de ses mains et signées de son nom (Il fabriqua, par exemple, une châsse pour sainte Colombe et s'occupa de l'église parisienne qui est placée sous son patronage). On en voit de fréquentes descriptions dans les anciens inventaires, mais il ne nous en reste malheureusement que des fragments.


     Vers 620, Eloi attiré à Paris par quelque commande y fut retenu par Rabbon, argentier du roi Clotaire II. Clotaire s'efforçait de faire refleurir autour de lui le luxe et les arts de l'antiquité. Or, il désira un jour d'avoir une chaise d'or enrichie de pierreries, élégamment ciselée, à la manière des césars romains, et l'on ne trouvait dans les ateliers royaux aucun ouvrier capable de ce travail, lorsque Rabbon songea au jeune Limousin qu'il avait pris sous son patronnage. Sur la recommandation de son argentier, le roi tira de son trésor un poids d'or considérable et le remit à Eloi, qui conduisit son travail avec diligence et scrupule. Bien loin de distraire la moindre parcelle d'or, il fit si bien du métal destiné à un seul ouvrage qu'il en fabriqua deux. Sa tàche finie, il se rendit au palais et présenta premièrement au roi la chaise d'or qui avait été commandée. Le roi loua l'élégance du travail et ordonna de récompenser l'ouvrier; mais lui, découvrant alors une seconde chaise qu'il avait tenue cachée :" Voici dit-il, comment j'ai employé ce qui me restait d'or, ne voulant pas le perdre. " Clotaire, frappé d'étonnement, déclara qu'un homme si fidèle dans les petites choses était digne de confiance pour les plus grandes. Ce fut le commencement de la fortune d'Eloi : il eut un logement dans la maison royale, et Clotaire le chargea de diriger la Monnaie de Paris. L'un de ces fauteuils, le second
, aurait été en partie conservé. C'est celui que l'on voit au Louvre et qui serait la réplique d'un pliant de bronze antique. Il provient de l'abbaye de Saint-Denis, du trésor de sa basilique, plus exactement et Napoléon l'aurait utilisé lors de la création de l'ordre de la Légion d'honneur. Il est en bronze doré et gravé : le siège et les bras furent refaits au douzième siècle par ordre du célèbre abbé Suger; les pieds seuls seraient donc de la main d'Eloi : . Après Clotaire, Dagobert, dont le nom est si intimement lié à celui d'Eloi, lui continua ses faveurs royales. Il trouva, plus encore que par le passé, près de ce monarque dont la générosité égalait le faste, les libéralités nécessaires à ses travaux. Riche et honoré, il continua son existence d'artiste laborieux et la sanstifia par la prière et les bonnes oeuvres :
 
" IL travaillait infatigable ayant en face de lui Thillé, son esclave, de race saxonne, qui, suivant les traces de son maître, mena lui aussi par la suite une vie édifiante. Éloi donc, assis devant l'oeuvre qu'il avait décidé d'entreprendre, disposait sous ses yeux un livre de prières, désireux, quelle que fût la nature du travail auquel il se livrerait, de considérer comme divin le mandat qui lui incombait. Ainsi remplissait-il une double charge; il mettait sa main au service des hommes, son esprit, au service de Dieu.
Il avait,. en outre, de nombreux domestiques qui menaient vie commune avec lui et toujours appelés à lui obéir. Parmi eux, il y avait Baudéric, de condition libre, issu de la même province, qui, en tout, prenait bien soin de sa personne. Il y avait encore Tituenus, Suève de race, fidèle valet de chambre laïque, qui, plus tard, à sa mort, atteignit au plus haut degré de récompense, et aussi Buchenus, païen converti, qui, dans la suite, se montra digne d'être vénéré et fut à la tête du monastère de Ferrare ; André, aussi, et Martin et Jean qui, sous ses auspices, méritèrent de parvenir à l'état ecclésiastique; d'autres encore fort nombreux qu'il serait trop long d'énumérer, qui, de jour et de nuit, dans son orbite, s'appliquaient de tout leur zèle à suivre une carrière conforme à la règle."
 
Extrait de Vita Eligii episcopi noviomagensis, M. G. H. , Script. rer. merovongic., IV, 10 pp 676 et 678 cité par Edouard Salin, dans la 3ème partie ( les techniques) de sa superbe somme : La civilisation mérovingienne.
" Arrivé à l'âge mûr," dit Ozanam, "il jeta sur la vie un regard sérieux. Il n'était point de ceux qui se croient dispensés de servir Dieu pour avoir rempli leurs devoirs. Jusque-là, il s'était conformé au luxe des grands, il portait comme eux des vêtements de soie, des bourses garnies d'or et de pierreries : l'austérité chrétienne ne lui permit plus ces ornements; il les dépouilla et les vendit pour les pauvres. Le pieux ouvrier, assis à sa tâche, avait ouvert sous les yeux le texte des saintes Ecritures. Il y cherchait la lumière, la règle et la paix; il y trouvait de surcroît, l'inspiration qui suscita les grands artistes des siècles chrétiens, et qui le dirigea lui-même dans plusieurs ouvrages perdus pour nous, mais longtemps comptés parmi les plus beaux monuments de l'art national : je veux dire la châsse de sainte Geneviève, à Paris, celle de saint Martin, à Tours; et à Saint-Denis, le tombeau de ce saint, l'autel, le riche couronnement qui le surmontait, les ornements du choeur, exécutés avec un si rare talent, qu'on ne pouvait entrer dans ce sanctuaire sans être ravi d'admiration."
     C'était vers ce même temps qu'Eloi commençait de consacrer sa fortune à des fondations pieuses et à des oeuvres de charité. D'une maison de campagne que Dagobert lui donna, à Solignac, près de Limoges, il fit un monastère, qui demeura longtemps une école d'orfèvrerie, où se conservaient les traditions du maître. L'année suivante, vers 632, il établissait à Paris un autre monastère, près de l'église de Saint-Martial. Il se détachait de plus en plus du monde : son atelier était un hôpital et une hôstellerie pour les malades, les pauvres et surtout pour les esclaves, prisonniers de guerre que les barbares envoyaient à Paris et faisaient vendre à l'encan. Enfin, à la mort de Dagobert, il se démit de sa charge de monètaire en faveur de son élève Thillon ( ou Thillé) et se consacra à Dieu.
     Deux ans plus tard, les fidèles de Noyon l'arrachaient pour toujours à son atelier en le choisisant comme évêque (640 ). Il fut sacré à Rouen, le même jour que son ami saint Ouen. La tâche qu'il acceptait était des plus lourdes. Le diocèse de Noyon comptait plus de païens, peut-être, que de chrétiens : Eloi, par la douceur de ses discours, le charme de ses vertus, détacha de leurs idoles sanguinaires les hordes sauvages campées dans les bois et parmi les marais, jusqu'aux rivages de la mer du Nord, et peu à peu les mena à la foi chrétienne. Ce fut l'oeuvre de dix-neuf années, pendant lesquelles, évêque aussi zélé qu'il était habile artiste, il ne cessa de prêcher, de catéchiser, de combattre, jusqu'à la victoire définitive, les restes de l'idolâtrie. Quelques-uns de ses discours, qui nous ont été conservés, le montrent digne, par son éloquence, des grands évêques de son temps, les Remi, les Germain, les Sulpice. Tout se réunit en lui pour le faire marcher de pair avec ceux-là qui, selon le mot d'Ozanam, "éclairaient les rois, disciplinaient les peuples, et devenaient les fondateurs de la société française". Saint Eloi mourut le 1er Décembre 659, et celui qui laissait tant d'oeuvres précieuses fut enfermé dans une châsse finement ciselé, ornée d'une croix en or, argent et pierreries, faite avec les bijoux dont la reine Bathilde s'était dépouillée sur son tombeau. Plusieurs villes l'ont adopté pour patron, notamment Limoges et Noyon, ainsi que l'industrie des métaux.
 

Sources :

 
http://www.kyberco.com/Rotasolis/eloi.htm (bio)
http://www.bijoudefrance.com/story.html ( biographie)
http://www.users.skynet.be/soulme/reperes.htm ( saint colombe)
http://www.bnf.fr/loc/bnf005.jpg (copie trône Dagobert))
 

 
 
 
 

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