ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
 

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-Eléments de biographie : Saint Basile-

 


 

 Saint Basile

  Fête le 2 janvier

   Naissance 330 , Césarée, en Cappadoce, auj. Kayseri, Turquie

 Mort 379 - Idem

 Père et docteur de l'Eglise

 


Francisco de Herrera le Vieux, env.1576 -1656, saint Basile dictant sa doctrine, 1639, musée du Louvre.


Basileios (son nom grec), surnommé le Grand, appartenait à une famille importante, chrétienne depuis plusieurs générations et dont les parents, sous la persécution de Maximin, avaient souffert pour leur foi. Son père s'appelait pareillement Basile ; il était professeur de rhétorique et avocat, renommé pour sa science, son éloquence et ses vertus. Emmélia, sa mère, a été mise au rang des saintes : elle eut dix enfants, cinq de chaque sexe. L'aînée de tous était une fille, Makrina ou Macrina, que l'Eglise vénère aussi comme une sainte : Pour tout savoir sur Makrina, une adresse (en anglais) :
http://www.fordham.edu/halsall/basis/macrina.html
Basile était l'aîné des garçons. Deux autres parvinrent, comme lui, à l'épiscopat et à la sainteté : saint Grégoire de Nysse et saint Pierre de Sébaste. On a remarqué que la piété enthousiaste et l'exaltation mystique étaient héréditaires en cette famille. En sa première enfance, Basile fut élevé à la campagne, par sa grand-mère Macrina, qui s'était attachée à la doctrine de Grégoire le thaumaturge, disciple d'Origène et l'un des premiers admirateurs de l'ascétisme monastique. Son père continua son éducation, puis, pour la compléter, envoya son fils à Constantinople, où il eut pour maître Libanius, le célèbre rhéteur païen. Libanius voua à son élève une affection particulière. De Constantinople, Basile passa à Athènes et il y poursuivit ses études, de 351 à 356, principalement sous les sophistes Hémérius et Prohœréssus. Il eut pour condisciples en cette ville deux hommes qui tiennent, à des titres fort différents, une place considérable dans l'histoire de l'Eglise, Grégoire de Naziance, qui était son inséparable compagnon et qui resta l'ami fidèle de toute sa vie, et le neveu de l'empereur Constance, Julien, que les chrétiens appelèrent plus tard l'Apostat.

Basile revint à Césarée, précédé d'une réputation déjà grande. Il y enseigna pendant quelque temps la rhétorique, avec succès. L'histoire ne lui impute aucun désordre en cette première période de sa vie, mais lui-même paraît en avoir conservé un souvenir attristé et repentant. Il parle de la résolution qui y mit fin, comme d'un réveil qui l'a retiré d'un profond sommeil et lui a fait discerner la folie de la sagesse de ce monde (Lettre à Eusthate de Sébaste). Ce réveil avait été vraisemblablement préparé en Basile par Macrina, sa sœur, la zélatrice de toute cette famille; mais il fut déterminé par ces paroles du Christ : " II te manque encore quelque chose; vends ce que tu as et le distribue aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Après cela, viens et suis-moi (Saint Luc, chapitre 18, verset 22). Une fois prise, la résolution d'obéir littéralement à ces paroles fut inébranlable. Les amis chrétiens de Basile essayèrent vainement de l'en détourner. Libanius, son vieux maître païen, l'admira. C'est à cette époque que l'on place généralement le baptême de Basile, quoiqu'une légende le fasse baptiser plus tard dans le Jourdain, par un évêque appelé Maxime. II était alors âgé d'un peu plus de trente ans (357).
 
Il visita Alexandrie, la haute Egypte, la Palestine, la Cœlésyrie et la Mésopotamie, pour ser avec les plus austères anachorètes et trouver en eux des modèles. Il trouva aussi Athanase, qui le fortifia en la foi nicéenne et en la haine de l'arianisme. L'année suivante, il revint et choisit pour retraite un endroit situé près de Néocésarée (Neocaesarea), Annési ou Anésie (Amasia, Amisus, Amasis, Amasius, Amisia, Emesa, Amera, puis Annisa, ), province du Pont, où étaient les possessions de sa famille, au bord du fleuve Iris (aujourd’hui : le Yesilirmak) :

 
   Ci-contre, plan détaillé de la province romaine du Pont, vers 120 ap. JC (les lieux cités plus hauts sont encadrés). Ci-dessous, découpage des provinces romaines d'Asie, dont celles du Pont (Pontus), encadrée.
 
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Emmélia, sa mère, et sa sœur, Macrina (ou Nakrina), y menaient déjà une existence semi-monastique. Basile s'établit près d'elles, dans une solitude où il se voua aux études religieuses , en même temps qu'à des austérités qui altérèrent gravement sa santé et vraisemblablement abrégèrent sa vie.
 
En 358, Macrina organisa une communauté de femmes dans le voisinage du village d'Anésie : c'est la première communauté. Bientôt après et tout auprès, son frère forma une communauté d'hommes; il donna à ces deux établissements des instructions et des directions contenant les principes de la discipline qui, après avoir reçu ses développements, fut appelée règle de saint Basile et qui régit encore la plupart des monastères d'Orient. En même temps qu'il préconisait l'excellence de la vie monastique, Basile réprouvait l'anachorétisme isolé, qu'il accusait de manquer aux devoirs d'humilité et de charité. Ses écrits, ses discours, ses visites aux couvents de Syrie, d'Egypte, de Mésopotamie, l'imposante autorité de ses talents et de ses vertus, firent prévaloir ses préférences et adopter sa discipline. L'anachorétisme primitif, l'érémitisme solitaire ne subsista plus qu'exceptionnellement ; les couvents se multiplièrent en Orient, soumis presque tous à une règle commune, formant un organisme permanent destiné à survivre à la perte de ses membres viagers, prenant bientôt rang dans la hiérarchie ecclésiastique. Dès lors, le régime monacal apparaît sous sa troisième phase.
 
Ce fut là qu'il compila, avec son ami Grégoire de Naziance, les plus beaux passages d'Origène, pour en faire le livre intitulé Recueil des Beautés, qui fait partie des classiques de la Philocalie. Après le départ de son ami, il s'occupa de systématiser et de propager le genre de vie qu'il avait adopté pour lui-même. L'action exercée alors par l'exemple et les directions de Basile correspond à une des phases les plus importantes de l'organisation et du développement du régime monastique. Ce fut aussi alors qu'il prit résolument parti dans la grande controverse qui agitait la chrétienté. Malgré les menaces de l'empereur Constance et les instances de Dianius, son évêque, il refusa de signer la formule antinicéenne adoptée par les conciles de Rimini et de Séleucie, et il prit à l'égard de son évêque une attitude qui fit supposer qu'il avait rompu communion avec lui : accusation dont il se défendit plus tard.
 
Une partie de l’épiscopat oriental, rassemblée autour de Basile d’Ancyre, s’est opposée ouvertement à Ursace et à Valens ( évêques de la cour de Constance). Au synode d’Ancyre, pour la fête de Pâques 358, Basile fait approuver une lettre dogmatique qui dénonce le caractère hérétique et arianisant de la profession de foi qu’Ursace et Valens avaient rédigée en 357. Pendant l’été 358, au cours d’un synode réuni en présence de l’empereur Constance à Sirmium, il présente un volumineux dossier qui comprend les anathèmes promulgués au synode d’Ancyre, plusieurs symboles de foi correspondant à sa propre tendance doctrinale, enfin une nouvelle lettre doctrinale dans laquelle il introduit, à la place de la notion de consubstantialité proposée à Nicée en 325, celle de similitude de substance entre le Père et le Fils.

Quand Dianius mourut, on lui donna comme successeur au siège de Césarée un homme qui jouissait d'une grande réputation de vertu, mais qui n'était point encore baptisé, Eusèbe : nomination imposée par le peuple, au clergé divisé. Eusèbe, qui ne l'avait point sollicitée, ne l'accepta que par contrainte. On a prétendu, avec quelque vraisemblance, que Basile, en haine de l'arianisme, avait excité cette intervention tumultueuse dans l'élection. L'inexpérience d'Eusèbe semblait devoir le soumettre à la direction de Basile. Peut-être même celui-ci avait-il espéré gouverner l'importante métropole de Césarée, sous le couvert de l'évêque, mais sans renoncer à ses préférences pour la vie monastique. S'il avait conçu ce projet, il dut se trouver doublement déçu, car Eusèbe lui imposa la prêtrise et, en moins d'un an, il se produisit entre eux des conflits qui contraignirent Basile à se retirer. On attribue généralement ce différend à la jalousie que les succès de la prédication de Basile auraient inspirée à son évêque : jalousie qu'il est difficile d'expliquer de la part d'un homme qui n'avait lui-même aucune prétention à l'éloquence ecclésiastique. Il est plus probable qu'il fut blessé et bientôt fatigué par la domination que voulait exercer sur lui le prêtre qu'il s'était associé. Conscient de la supériorité de ses talents, qu'il devait considérer comme des dons qu'il fallait employer pour l'œuvre de Dieu, convaincu d'ailleurs de l'excellence de ses propres vues et soutenu par la faveur populaire, Basile devait être un coadjuteur incommode.
 
Il se retira dans le Pont et s'occupa des monastères qui s'étaient formés sous son impulsion. Mais le mécontentement du peuple obligea Eusèbe à le rappeler. En ces conjonctures, Basile est grandement aidé par Grégoire de Naziance, dont l'aménité réussit à atténuer ce que le rappel de son ami avait de pénible pour son évêque. Ils s'assurèrent sa soumission en l'entourant d'égards et Basile agit sous son nom. Cette administration fut également profitable à l'orthodoxie, qui fit alors de nombreuses conquêtes sur l'arianisme, et au peuple que Basile nourrit au milieu d'une terrible disette et pour lequel il fonde le premier hôpital chrétien dont nous avons une description : voir L'hôpital monastique.

A la mort d'Eusèbe (
370), Basile n'hésita pas à briguer pour lui-même le siège de Césarée : il estimait cette succession nécessaire au triomphe de la foi catholique. Mais, s'il avait pour partisans les moines, les gens du peuple et les Nicéens ardents, il comptait aussi de nombreux adversaires, non seulement les ariens de toutes nuances, mais les orthodoxes modérés, auxquels répugnait la guerre contre l'hérésie et qui craignaient de s'attirer les disgrâces de l'empereur Valens, arien zélé et parfois persécuteur. En outre, la plupart des riches et de ceux qui, ne demandant rien pour eux-mêmes, avaient subi l'expérience de l'âpre charité de Basile pour les pauvres, charité qui sollicitait les aumônes avec des moyens de persuasion fort voisins de la contrainte; enfin une grande partie du clergé redoutait de se donner un évêque épris de rigidité monastique. Basile, qui fut l'un des plus sincères apôtres du renoncement, mais qui, sans doute, était convaincu que la sainteté des intentions sanctifie tout, fit tout pour réussir. Il recourut à des moyens qui semblent ne pouvoir être employés que des ambitieux vulgaires et qui provoquèrent la réprobation de Grégoire de Naziance, dont l'amitié s'était montrée constamment docile jusqu'alors. Il fut élu et son épiscopat produisit les résultats attendus par ses partisans comme par ses adversaires : menaces et vexations de l'empereur Valens, hostilité persévérante d'une partie du clergé, surtout des évêques suffragants, conflits avec eux sur la juridiction, démembrement momentané du ressort ecclésiastique de Césarée et, d'autre part, décadence rapide de l'hérésie, accroissement énorme du monachisme et des institutions charitables, réforme violente et éphémère des mœurs cléricales. Dans ses efforts contre l'arianisme, Basile sut allier l'habileté à une énergique persévérance, ne se faisant pas scrupule d'user d'interprétations atténuées de la formule nicéenne, de tolérances et d'accommodations qui parurent parfois suspectes aux orthodoxes d'alors. Son attitude devant l'empereur Valens, même si on la dégage du miraculeux qu'y ont mêlé les récits contemporains, le courage avec lequel il défendit contre le gouverneur de Césarée le droit d'asile de l'Eglise et l'honneur d'une femme, la magnanimité avec laquelle il protégea cet homme contre la vengeance du peuple appartiennent aux plus nobles pages de l'histoire.

IL mourut à l'âge de cinquante ans, épuisé par ses travaux et par ses austérités.
Basile a composé deux ouvrages qui tiennent une place importante dans l'histoire des dogmes, l'un, en cinq livres, contre Eunomius, le docteur le plus hardi de l'arianisme extrême, l'autre, en un livre, Sur le Saint-Esprit, dirigé contre les Macédoniens, et qui contribua à préparer la décision par laquelle le concile œcuménique de Constantinople (381 ) décréta la divinité du Saint-Esprit procédant du Père.
 
Cependant Basile est plutôt un vulgarisateur et un controversiste habile qu'un théologien original. On trouve rarement chez lui des idées qui lui soient propres, mais il sait développer avec clarté celles qui lui ont été données et les exposer d'une manière ingénieuse, animée et parfois éloquente. Pour le fond, la plupart de ses écrits traduisent les tendances d'Origène accommodées aux exigences de l'orthodoxie nicéenne ; mais ils atténuent l'expression de cette orthodoxie, soit à cause du sentiment personnel de l'auteur, soit par tactique pour se concilier les sémiariens, soit par aversion contre le sabellianisme et l'appollinarisme. Pour la forme, ils reflètent l'amour et l'étude de la littérature hellénique, dont il préconisait l'utilité. Néanmoins, ce n'est pas de ce côté-là qu'il faut chercher la valeur essentielle de Basile. Ce qui lui vaut le titre de "Grand", que l'histoire, comme l'Eglise, doit lui donner, c'est qu'il fut un grand homme d'Eglise : Il avait la conscience de la dignité de l'Eglise qu'il représentait et de son autorité justicière, un fier courage devant les grands, l'amour des petits et l'alliance avec eux, l'intuition de la force du monachisme. Avec cela un ensemble de qualités et d'actions dissemblables gent sur la même œuvre: une haute race et une haute culture littéraire aspirant à la pauvreté et à l'humilité monastiques, mais aussi l'invulnérabilité de ceux qui on fait le sacrifice de tout et l'incommensurable ambition de ceux qui, ayant renoncé à tout pour eux-mêmes, s'investissent du droit de tout réclamer et de tout oser pour ce qu'ils doivent faire. Il possédait encore l'habileté de celui qui sait mesurer la part des réalités et tourner les obstacles qu'elle ne peut renverser, l'expérience et le sens pratique d'un évêque mis au service de l'organisation et du règlement des monastères, et enfin, l'âme d'un moine présidant au gouvernement d'un immense évêché.
 
Les traits qui caractérisent son œuvre sont : la réprobation de l'isolement et la substitution du cénobitisme à la vie solitaire; l'abandon du désert et l'établissement des monastères dans des retraites voisines de, lieux habités; la suppression des macérations annihilantes et une réglementation tendant à remplacer la mortification systématique par des exercices propres à développer l'activité utile des religieux et à les rendre capables, non seulement de suffire à tous les besoins de leur couvent, mais de secourir les pauvres.
Outre les ouvrages déjà mentionnés, Basile a laissé :
- L'Hexaéméron, 9 homélies sur l'œuvre des six jours, où des vues poétiques, une morale pure et noble sont mêlées à des allégories extravagantes, et parfois à une profonde méconnaissance des choses de la nature.
- 47 homélies sur les Psaumes, prêchées devant le peuple.
- Des homélies sur des sujets divers
- Un traité sur la vraie Virginité
- Des commentaires sur les seize premiers chapitres d'Esaïe.
- 365 Lettres fort intéressantes pour la connaissance de l'auteur et de son
époque. II sera parlé de ses œuvres ascétiques ci-après, dans une notice affectée à la part qu'il a prise à l'organisation et au développement du régime monastique
 
La première édition complète de ses œuvres a été publiée à Paris en 1618,
2 vol. in-fol. 1638,3 vol. in-fol. En 1678, Combefis donna un Basilius recensitus, texte amendé (2 vol. in-8). L'édition bénédictine, préparée par D. Garnier et achevée
par D. Maran (Paris, 1721-1730, 3 vol. in-fol), a été réimprimée dans la Patrologie grecque de l'abbé Migne (t. XXIX-XXXII). Autre édition en grec et en latin: Gaurne,
(Paris, 1839, 4 vol. gr. in-8).
Traductions françaises :
- Ascétiques, Hermant (Paris, 1673, 2 vol.; Rouen, 1721, in-8)
- Morale, Hermant (1664, in-12); G. Leroy, abbé de Flautefontaine (4663, in-8).
- Lettres et Sermons, l'abbé de Bellegarde (1693, in-8; 1704, in-8).
- Hexaéméron, homélies, lettres choisies, l'abbé Auger (1788).
- Homélie Sur l'utilité de la lecture (les auteurs profanes, A. P. Frémion (1849, in-8). - œuvres complètes, Roustan (Paris, 1846, 12 vol. in-8).

Règle et Ordre de saint Basile

Ses Ascétiques fournissent les éléments essentiels d'une règle excellente; mais parmi les ouvrages qui sont reproduits sous ce titre dans les éditions de ses œuvres complètes, il semblerait que deux seulement lui appartiennent: les Regulae fusius tractatae et les Regulae brevius tractatae, au nombre de trois cent treize. Ces dernières se rapportent à des cas spéciaux et contiennent des détails intéressants sur les particularités de la vie et du caractère des moines au IVe siècle. Les Constitutiones asceticae sont attribuées par les meilleurs auteurs à Eusthate de Sébaste. Le Paenae adversus monachos deliquentes, est vraisemblablement la rédaction d'un ancien pœnitentiale postérieur à Basile.

Voici, d'après les deux premiers documents, un résumé fort sommaire des conceptions et des ordonnances de Basile : l'objet unique de la vie ascétique est le salut des âmes. Tout ce qui y contribue doit être observé comme un commandement divin. Le corps doit être discipliné, non macéré : le religieux doit en faire un serviteur d'une nature plus élevée et non le rendre, par des austérités exagérées, incapable de service. La vie ne doit point être absorbée par une perpétuelle et oisive contemplation de Dieu. A ces maximes qui contiennent implicitement la condamnation des solitaires, Basile ajoute l'énonciation de ses griefs contre leur genre de vie, qu'il estime aussi dangereux que pénible. Le solitaire concentre sur lui-même les grâces et les dons qu'il a reçus pour le bien de l'humanité ; il ne fait point valoir le talent qui lui est confié, mais il l'enfouit dans la terre et le laisse stérile : il ne peut nourrir celui qui a faim, ni vêtir celui qui est nu, ni visiter celui qui est malade. Il n'a personne pour exercer son humilité, sa patience et sa compassion ; s'il tombe, personne pour le relever ; s'il s'égare, personne pour le ramener; s'il pèche, ses péchés restent cachés, et il n'a personne pour le réprimander.

La règle

Basile recommande de n'établir les monastères que dans des endroits retirés, loin du commerce des hommes. Il ne doit y en avoir qu'un seul dans la même localité pour éviter les rivalités et les querelles. Le nombre des frères doit être plutôt au-dessus qu'au-dessous de dix. Un homme pieux, d'un caractère éprouvé, sera placé à leur
tête : une complète obéissance lui est due ; sa parole sera une loi ; les frères découvriront devant lui tous les secrets de leur cœur. Il doit administrer et réprimander sans crainte et sans faveur. Les gens mariés ne seront admis qu'avec le consentement de leurs conjoints ; les jeunes gens, qu'avec celui de leurs parents ou de leurs tuteurs. Les esclaves fugitifs seront renvoyés à leurs maîtres. La communauté doit adopter les orphelins, mais elle ne peut les inscrire comme membres, que lorsqu'ils auront l'âge et le discernement nécessaires pour bien comprendre l'importance des vœux à faire. Ceux qui entrent dans la communauté ne doivent point remettre leurs biens à tous leurs héritiers indistinctement, mais seulement à ceux qui en useront pour la gloire de Dieu. L'idée de propriété personnelle est proscrite. Le frère ne doit posséder en propre que le vêtement et les souliers qu'il porte et ce qui est nécessaire à la vie de chaque jour. Les choses nécessaires doivent être gardées dans un dépôt commun et distribuées, d'après le discernement supérieur, suivant les besoins de chacun. Les frères, devant s'aimer tous également, ne contracteront pas d'amitié particulière. Toute la vie doit être consacrée à la prière, mais des heures fixes seront affectées à des prières canoniques, pour assurer la régularité de dévotion. Le travail ne doit pas être négligé, sous prétexte de dévotion; mais, quand les bras travaillent, l'âme prie et la voix psalmodie. Chaque frère doit être employé à ce qu'il peut le mieux faire, de manière à ce que la communauté soit soutenue par l'œuvre de tous.

Les travaux auront pour objet l'utilité et non le luxe; ils doivent être tels qu'ils puissent être pratiqués sans bruit, sans rassemblement et sans trouble. La couture, le tissage, la cordonnerie seront préférés à la bâtisse, à la charpenterie et à la forge. Les aliments doivent être tels qu'ils nourrissent le corps. Le vin peut être bu, lorsqu'il est nécessaire. Les remèdes ne doivent point être refusés en cas de maladie, sous prétexte qu'ils sont contraires aux desseins de la providence. Le vêtement des moines indiquera la simplicité, l'humilité et la pauvreté; il doit être porté nuit et jour, pendant le repos comme pendant le travail. Le silence doit être strictement observé, excepté dans les prières et les psalmodies. S'il est nécessaire de parler, que ce soit à voix basse et d'un ton gracieux. Le gros rire est défendu; mais un léger sourire est le signe d'un cœur serein. Aucun frère ne peut quitter le couvent, sinon avec la permission du supérieur; à son retour, il rendra compte de tout ce qu'il aura fait. Les femmes et les oisifs doivent être exclus de l'enceinte du couvent; les relations avec la famille ne seront permises que si elles entretiennent la piété. Les sations entre un religieux et une religieuse ne peuvent avoir lien qu'en présence de deux autres religieux et de deux autres religieuses.
 
Mesures disciplinaires : la réprimande et des punitions adaptées au péché ou au vice qu'il faut châtier; l'humiliation pour les orgueilleux, le silence pour les bavards, les veilles et les prières pour les dormeurs, le jeûne pour les gourmands, le travail pour les paresseux; pour les cas graves, l'exclusion des prières communes et des psalmodies, l'emprisonnement, l'expulsion. Le supérieur lui-même peut être réprimandé et puni par le plus ancien des frères.
Ce régime, beaucoup plus humain que celui qui fut établi plus tard en Occident, par Benoît de Nursie (480-543), servit pendant plusieurs siècles de modèle à la plupart des couvents qui furent fondés en Orient.
 
De là, ce qu'on appelle l'ordre de Saint Basile, dénomination qui peut être acceptée, si l'on suppose que l'affinité résultant de l'adoption d'une règle commune suffit pour constituer un ordre. Tout ceci nous conforte aussi dans l'idée que, parmi les tout premiers monastères, certains étaient de véritables abbayes.
Le nom d'ordre étant admis avec l'acception un peu vague de communauté de règle, on peu dire que l'Ordre de saint Basile a été pendant longtemps l'ordre presque unique, et qu'il est resté l'ordre principal du monachisme oriental. Toutefois, on ne saurait sans erreur appeler Basiliens tous les moines de l'Eglise grecque : il y en a qui suivent des régimes différents. C'est surtout en Arménie que l'ancienne règle de Basile est observée dans son originalité.
 
Sur le sujet de l'étude basilienne, on lira avec grand intérêt un texte de Véronique Dupont (OSB de Venières), reproduit ici : le monachisme basilien.
 

 

Sources :

- http://lili.butterfly.free.fr/page%20web/herera.htm (peinture)
- http://www.lib.utexas.edu/maps/atlas_middle_east/turkey_map.jpg (Turquie-carte)
- http://www.lib.utexas.edu/maps/middle_east_and_asia/turkey_pol83.jpg
(Turquie-carte2)
- http://www.bible-history.com/maps/asia_minor.html (carte provinces romaines)
- http://www.davidrumsey.com/maps4537.html (carte de la province romaine du Pont)
 
 

 

 

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