ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
 menu du chapitre MEDECINE -Médecine
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-----POTS A PHARMACIE-
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POT CANON
 
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    1. pot canon à onguents, Montpellier, XVIIe s., Hôpital de Cahors, avec termes techniques
    Hauteur 23,5 cm, Ø col : 7.7 cm, pied 10,5 cm
    Le libellé du cartouche indique bien un onguent, par son initiale V, mais comment compléter "Resupt..." Il faut sans doute lire "Resuptivum" Peut-être cet onguent "résumptif" dont parle Jean de Saunier dans La Parfaite connaissance des chevaux, leur anatomie, leurs bonnes et mauvaises qualitez, leurs maladies... La Haye : A. Moetjens., 1734.
    Il est composé d'une livre de beurre frais, de six onces de cire neuve, de trois onces de "sain-doux", deux onces de : graisse de poule, graisse de canard, huile d'amande, huile de "camomile", huile d'anis, vinaigre, suif de mouton ; une once de : racine de guimauve blanche, graine de lin ; quatre onces "d'eau-rose".

Dérivé de l'albarello, le pot canon (pot-canon, pot à canon) apparaît au XVIIe siècle. Selon le célèbre Nicolas Lémery, c'est à sa forme qu'il doit son nom, qui rappelle un canon placé verticalement (
image 2, 3, 4), bien que la forme de son corps varie beaucoup, de très rectiligne à galbé (image 4), bulbeux, comme peut l'être l'albarello, (peu courant, toutefois, en partie basse du corps du récipient : image 1), sans oublier que l'apothicaire n'utilise pas partout que des formes bien codifiées de récipients, comme ce pot très pansu d'Italie (image 6), plus pot couvert que pot canon.
 
Les pots-canons conservent plutôt des matières mixtes, mêlées de corps gras et de substances résineuses. On y trouve onguents, remèdes à base de miel, de poudre, de sirop, comme les électuaires, mais aussi les opiats (ou opiates, à base d'opium) baumes et extraits. Les manufactures les plus importantes produisant ces récipients se trouvent à Anvers, Bruxelles, Delft, Sinceny, Nevers, Bordeaux, du Nord et de l'Est de la France. En 1679, Richelet rapporte que les "apoticaires" de Paris nomme ce pot assez long, pot à onguents. (image 2). Au début du XIXe siècle, le développement de la porcelaine apportera une nouvelle forme de pot couvert (image 5) qui sera très en vogue, au corps très droit, sans pied mais avec une base discrète et le plus souvent fermé d'un couvercle d'inspiration asiatique, appelé "chapeau chinois".

 POT A PHARMACIE

 type de pot
LIBELLÉ DU CARTOUCHE/ECRITEAU (nom complet si le libellé est abrégé)
Lieu /date de fabrication/attribution/lieu de conservation (le cas échéant)
nom latin (si différent du libellé)
-----nom--français--------

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pot canon
DIASCORDION
fin XVIIe - début XVIIIe
diascordium
  
2. On trouve aussi DIASCORDON : Du préfixe grec, puis latin dia, "fait de", "composé de", et scordon : voir plus loin. "On peut rapporter au sinapisme tous les médicamens âcres, irritans, &c. donnés dans le dessein de faire des révulsions des parties supérieures aux inférieures; tel est l'emplâtre diascordon ou sait des ails*, les préparations avec des oignons, des figues seches, &c. appliqués sur les jambes & aux autres parties du corps." Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.

* non pas les aulx (Allium sativum) mais la germandrée faux-ail, l'ancien scordium (grec skordion, scordion, scordon)

"DIASCORDIUM, s. m. (Pharmacie.) on appelle ainsi une préparation officinale, dont le scordium est un des ingrédiens. Jérome Fracastor en est l'auteur [Lémery l'associe à Sylvius, NDE], & il en donne la description dans son traité de contag. & morbis contagiosis. Cette composition est d'un fréquent usage parmi nous. La description que nous donnons ici est tirée de la pharmacopée de Paris.
Diascordium de Fracastor. des feuilles seches de scordium, [omission: formula; to see, consult fac-similé version] once; de roses rouges, de racines de bisstorte, de gentiane, de tormentille, de chaque [omission: formula; to see, consult fac-similé version] once; du cassia lignea, de la canelle, des feuilles de dictamne de Crete, de semences de berberis, du styrax calamite, du galbanum, de la gomme arabique choisie, de chaque [omission: formula; to see, consult fac-similé version] once; du bol oriental préparé, deux onces; du laudanum, du gingembre, du poivre long, de chaque deux gros; du miel rosat cuit en consistence requise, deux livres; vin de Canarie généreux, une suffisante quantité: faites du tout un électuaire selon les regles de l'art.
Le diascordium est un excellent remede, qui peut très - bien suppléer au défaut de la thériaque, & qu'on peut regarder comme un peu plus calmant, parce qu'étant gardé sous une consistence pius ferme, l'opium qu'il contient ne s'altere pas par la fermentation comme dans la thériaque. On l'employe ordinairement, & avec succès, depuis un scrupule jusqu'à deux gros dans les dévoiemens qu'il est à - propos d'arrêter; cet électuaire est d'ailleurs stomachique, cordial, & diaphorétique."
extrait de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert
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pot canon
C. D. Rosm
XVIIIe
Conserve De Rosmarin (rosmarinum, romarin)
  
3. pot canon, Montpellier, XVIIIe, hauteur 22, 5 cm
avec figure d'Esculape en médaillon. Les deux cerfs traduisent l'influence de Delft et sont en général des indices de fabrication du dernier quart du siècle.
L'inscription dans le cartouche est oblique, typique de la région de Bordeaux. La conserva rosmarini est une composition "à base de plante pilée et mélangée à son double de poids de sucre, était, d'après Lémery « utilisée pour fortifier le cerveau, pour l'épilepsie, la paralysie et les vapeurs hystériques »".
extrait de :
http://www.shp-asso.org/index.php?PAGE=fiche20
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pot canon
Miel . Rosat
XVIIIe
Mel Rosatum

4. pot canon, faïence de grand feu, camaïeu bleu, Clermont-Ferrand, XVIIIe.
Rouen, Musée Flaubert et d'histoire de la médecine.
Hauteur 23 cm, Ø maximal du couvercle 13 cm, pied 10,5 cm.
Sur le cartouche : "Miel. RoSat". Sous le piédouche étiquette avec inscription : "miel rosat (roses rouges)".
Le miel rosat est très largement utilisé dans les compositions médicinales, le lecteur le verra à plusieurs reprises.
 
"Laquelle flèche ayant été extraite de la manière dite, tu rempliras la plaie avec des bourdonnets d’étoupe ou de lin trempés dans huile rosat, jaune d’oeuf, safran, mêlés et chauds, sans tasser beaucoup les bourdonnets, et que cela soit continué jusqu’à trois ou quatre jours et ensuite commence à mondifier la partie avec miel rosat, térébenthine, farine d’orge, farine de fenugrec, myrrhe et sarcocolle. Car cet emplâtre mondifie et calme la douleur."
extrait du chapitre III de Chirurgie, de Guillaume de Salicet (1201-1277)
http://perso.orange.fr/raoul.perrot/biographie%20de%20guillaume%20de%20salicet.htm

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pot couvert, porcelaine (couvercle dit "chapeau chinois")
CERAT DE GALIEN
Collin : successeur de Alcoque, Paris, vers 1860, musée Flaubert et d'Histoire de la Médecine, Rouen.
Ceratum galeni

5.pot couvert, faïence de petit feu.
de ceratus, participe passé latin de cero (grec : keros), la cire : enduite de (cire).
"CERAT, s. m. (Pharmacie.) onguent dont la cire fait la base. Les modernes préparent leur cérat avec des substances grasses & huileuses, des gommes, des résines, des baumes, & des poudres, unis ensemble par une quantité suffisante de cire, à laquelle ils ajoûtent quelquefois des mucilages & différentes sortes de sucs; en sorte que la composition soit plus épaisse qu'un onguent, & plus molle qu'une emplâtre.
La regle prescrite par les auteurs, est de prendre huit parties d'huile, de graisse ou de suc, quatre de cire, & deux de poudre; d'autres prennent trois onces d'huile, une demi - once de cire, & trois dragmes de poudre.
Mais comme les substances huileuses & onctueuses sont plus fluides dans les tems chauds que dans les tems froids, c'est une circonstance à laquelle il faut avoir égard. (...)
 
Quelquefois on prépare un cérat avec huit parties d'un onguent sur deux ou trois parties de cire; d'autres fois, c'est en amollissant la matiere d'une emplâtre par une addition d'une quantité suffisante d'huile.
On étend le cérat sur un linge, & on l'applique sur la partie affligée.
On se propose de produire avec les cérats un grand nombre d'effets différens, comme de rélâcher, amollir, digérer, cicatriser, attirer, &c. Ainsi on peut faire des cérats dessiccatifs, détersifs, fondans; on les applique sur les différentes parties du corps, & dans différentes occasions. On employe les remedes en consistance de cérat, pour ne pas offenser les parties, & occuper moins de place.
 
Cérat blanc: prenez huile d'amandes douces, cinq onces; cire blanche, deux onces; blanc de baleine le plus fin, une once; céruse lavée dans l'eaurose, une once & demie; camphre, une demi - once: faites fondre sur le feu les ingrédiens fusibles; remuez - les tandis que vous y répandrez les poudres, jusqu'à ce que le mêlange soit froid. (...)
 
Cérat jaune dessiccatif: prenez résine jaune, une demi - livre; suif de mouton, quatre onces; huile d'olive, cinq onces; terebenthine de Venise, trois onces; turbith minéral, quatre gros: faites - en un cérat selon les regles ci - dessus.
 
Cérat de Galien: prenez cire blanche, deux onces; huile rosat, cinq onces: mêlez - les selon l'art, & faites - en un cérat."
article de l'encyclopédie de d'Alembert et Diderot
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pot canon
OL . PALM
XVIIIe
Oleum Palmatum
huile de palme

 
4. Pot canon, libellé du cartouche : OL PALM (oleum palmae : huile de palme), XVIIIe

Extraite du palmier à huile : Elaeis guineensis Jacq. Les Egyptiens, en particulier, connaissaient les vertus cosmétiques et lubrifiantes de cette substance. Elle ne semble pas avoir été beaucoup utilisée en Occident avant la colonisation africaine.

Propriétés régénérantes grâce à sa teneur en insaponifiables (environ 1 %), restructure, renforce la barrière cutanée de la peau. Riche en acides gras : Acides palmitique (environ 40 %), oléique (environ 38 %), linoléique (environ 10 %), stéarique (4 %).

"l'huile de palme vierge, riche en tocotriénols (représentant 70 % de la vitamine E) seule ou associée à l'huile de poisson plaide en faveur d'un potentiel antiathéroscléreux chez l'homme. L'insaponifiable de l'huile de palme vierge, les tocophérols et les tocotriénols, sont des anti-oxydants naturels. Ils agissent comme des nécrophages endommageant les radicaux d'oxygène libres qui jouent un rôle important dans le vieillissement cellulaire, l'athérosclérose et le cancer. De même, ces expériences réalisées chez les jeunes volontaires alimentés avec un régime enrichi en huile de palme vierge ont montré une tendance à la réduction de la cholestérolémie. Nos résultats montrent aussi que les acides gras de la série n-3 semblent dotés de puissants effets biologiques spécifiques qui pourraient en faire d'influents modulateurs du risque vasculaire. Les régimes riches en tocotriénols, seuls, ou encore mieux quand ils sont supplémentés avec les acides gras de la famille n-3; l'acide eicosapentaénoique (20:5, n-3) et l'acide docosahexaénoique (22:6, n-3), (huile de poisson) bloquent la synthèse du cholestérol et augmentent l'apolipoprotéine A1. Cet effet anti-thrombique bénéfique peut être associé à une modulation favorable des deux hormones locales, la prostacycline et la thromboxane."
extrait de : http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=1506323

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pot couvert
Aethiopis Mineralis
XVIIe
Ethiops mineral

 

6 . Pot canon ou petit vase couvert ?, libellé Aethiopis Mineralis, Sicile, XVIIe
hauteur 23 cm, largeur 11 cm, aux armes de la noble famille des Gaeta, des Deux-Siciles.
Le libellé pouvait s'écrire Aethiops Mineralis, aethiops mercurialis-mineralis, transcrit ensuite éthiops minéral en français (de minéral et Ethiopie), qui désigne le sulfure noir de mercure : voir vermillon
On continue à prescrire ce remède en homéopathie, pour soigner surtout en dermatologie : affections scrofuleuses, éruptions douloureuses, herpès et eczéma, mais aussi des ophtalmies et la syphilis héréditaire

     

     

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