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pot à onguent de saint Damien, imitant la forme de l'albarello : voir légende dans UROSCOPIE
 
 
-----POTS A PHARMACIE-
--( -( III )
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L'ALBARELLO
 
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 L'albarello  
 
 
albarello, termes techniques
bourrelet, bulbe, cartouche, col, étranglement

Il est légitime de commencer par examiner l'albarello : c'est la première forme adoptée pour les faïences européennes, ce qui indique l'importance de la pharmacie dans le développement de cette fine céramique. A leur première arrivée dans les ports de Valence, de Venise, de Gênes, de Palerme ou de Marseille, on les nomme "pots de Damas". Mais très vite, paternité oblige, c'est l'appellation italienne (plur. albarelli; on trouve aussi alberello) qui l'emporte, de l'original persan : "al-barani", qui veut dire "pot à épices", et qui contient à l'origine aussi bien des épices que des médicaments ou des confiseries (bonbons, confitures, etc.). En France, c'est ce terme qui continue d'être utilisé aujourd'hui, mais on utilise aussi des dérivés francisés de l'italien : albarelle ou albarel. L'albarello connaîtra différentes variations, qui parfois marquent l'originalité d'une manufacture ou d'une pharmacie, comme celle des Colonna et des Orsini (image xx). Par ailleurs, il subira plusieurs évolutions principales dans le temps. Certaines varieront tour à tour, par exemple sa base. Elle peut être un petit pied, parfois, chez son ancêtre oriental (image 15, page précédente), mais elle commence son histoire en Europe en formant un socle discret, presque aussi large que son corps (images 17 à 19, page précédente), alors qu'aux XVIIe-XVIIIe siècles, un socle plus plat (image 20) et même, une ébauche de piédouche (de l'italien pieduccio, petit pied) et un corps droit qui annoncent d'évidence le pot à canon (image 21), même si le modèle standard reste la forme ancienne (images 22 à 25), avec une base toujours concave, plus ou moins cintrée, comme le corps. Aux XVIIe-XVIIIe, toujours, l'étranglement, où se rejoignent les deux parties concaves peut être discret ou non et les deux parties peuvent devenir de véritables bulbes, dont les manufactures de Lyon se font la spécialité :

 20 21 
 
20.
Albarello à bulbes, Lyon, 1650.
Probablement une préparation pour la peau : derm...
21. Albarello à bulbes, Manufacture (Manifattura) Rossetti, Turin (Torino), XVIII sec.
hauteur 18 cm
Sur le cartouche : Cons. ab..., Conserva Absinthii, sans doute, Conserve d'absinthe. La conserve (latin conserva, plur. conservae, de concervo : préserver) permet à l'apothicaire

A partir du XVIIIe siècle, on ajoutera au récipient un "valet", sorte de col interne utilisé pour nettoyer la spatule.
 
L'apothicaire réservait ce récipient pour des remèdes solides, plutôt secs ou pâteux : baumes (balsamum, balsami, abréviation courante sur les cartouches : Bals), onguents (unguent, unguentum, unguenti, abréviation courante sur les cartouches : U, V, Unguent, plus tard Ong), cérats (ceratus, cerati), électuaires (electuarium ,electuarii, abréviation courante sur les cartouches : E, Elec, Elect.),opiats (opiatum, opiatii, apiata, opiate, libellé rarement abrégé), conserves (conserva, conservae, abréviation courante sur les cartouches : Cons., Conserv.).
 
On remplissait l'albarello et le refermait à l'aide d'un parchemin, par la suite du papier, fixés autour du col avec une ficelle, tâche facilitée par le léger évasement de celui-ci, appelé bourrelet.

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22. Albarello (plur. albarelli) de l'apothicairerie de l'Hôtel-Dieu Notre-Dame des soeurs hospitalières de sainte Marthe puis Notre-Dame des soeurs de la congrégation de saint Joseph de Cluny. XVIe siècle.
23. Albarello, faïence de grand feu, majolique, XVIe s. attribué à Masséot d'Abaquesne, Rouen.
Château-Musée de Saumur
24. Albarelli, faïence de grand feu, XVIe s. (dont un avec l'inscription de la date, 1544) attribué à Masséot d'Abaquesne
A) Ecouen, Musée National de la Renaissance.
B) Rouen, Muséedes Beaux-Arts

25. Albarello, Espagne, Talavera, XVIIIe s., aux armoiries de la Compagnie de Jésus, ordre des Jésuites fondé en 1540 par Ignace de Loyola.
"Située près de Tolède, la manufacture de Talavera de la Reina produit de la faïence dès le 15e siècle et acquiert beaucoup d'importance aux 17e et 18e. Le décor est réalisé en camaïeu bleu sur fond d'émail blanc.
On remarque une aigle bicéphale aux ailes déployées portant couronne. Le corps sert de cartouche au monogramme représentant les armoiries de la Société de Jésus.
Cet albarel provient vraisemblablement d'une pharmacie de couvent." extrait de : http://www.md.ucl.ac.be/histoire/Objets-CV/Couvreur9.htm

 POT A PHARMACIE

 type de pot
LIBELLÉ
date de fabrication (lieu)
nom latin (si libellé différent ou incomplet)
-----nom--français--------

 

 

 
albarello
CORNU CERVI
XVIIIe
corne de cerfs
 
"La corne râpée de couleur blanche, grise ou calcinée, servait de reminéralisant (phosphate de calcium) pour les os. Elle permettait de lutter contre le rachitisme."
http://perso.orange.fr/claude.larronde/billet-potion.html
La gelée de corne de cerf (cornus cervus), dit Moyse Charas, "peut-être appellée un aliment médicamenteux car, estant de fort bonne nourriture, elle fortifie beaucoup le coeur & l'estomac."
Pharmacopée royale galenique et chymique, 1676.
http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=1506323

On utilisera la corne du cerf à défaut de celle de la licorne...assez difficile à trouver, sans doute :
"Or est-il que toutes ces pierres [topaze et agate] se portent enchâssées dans des anneaux, on les porte pendantes au col jusques à la région du cœur, ou on les tient en bouche pour les sucer, ou bien on les mêle parmi les viandes de manière que l'on croit (quoi que ce soit vain, à mon avis) que le venin s'évanouit ou s'amortit par ce moyen là. A cette même intention on s'aide de la vraie corne, et non feinte, de cet animal, lequel à ces fins a été dit des Latins unicornis. Pline l'appelle en grec monocerota. Le commun la nomme licorne. Sa vertu n'a point été connue des anciens médecins (d'autant peut-être qu'ils ne l'avaient point expérimentée) mais les modernes et plus récents l'ont trouvée fort cordiale, même qu'on assure qu'elle résiste à tous venins indifféremment. Aux défauts de laquelle ceux qui seront plus pauvres pourront se servir de la corne de cerf, qui n'est de guère moindre à l'autre quant aux effets et propriétés"

Laurent Joubert (1529-1582), médecin montpelliérain, Traité de la peste.
extrait de : http://faidutti.free.fr/licornes/these/7Catelan/catelan.html

 

 

 
 albarello
GALIA MOSCATA
1541
galle

 

25. Albarello, Italie, Ombrie (production de Gubbio ou Castel-Durante), 1541, pour le monastère Santo Spirito da Sulmona de l'ordre des Célestines. Attribution Maestro (Maître) Mariotto da Gubbio. Collection J.W.L Glaisher, Fitzwilliam Museum, Cambridge
Sur le devant du pot en faïence, on peut voir la marque du monastère, un S surmonté d'une crosse, au-dessus du cartouche, où est inscrit le remède : "GALIA MOSCATA", qu'on écrit aussi GALIA (Antidotaire de Nicolas le Myrepse d'Alexandrie, vers 1280) ou GALLIA MOSCHATA (Culpeper), la compositio moschata de Fuchs. Une forme ancienne, GALIA MUSCATA, se trouve dans le Viaticum peregrinorum (Viatique du Voyageur ou Provision du Voyageur et Nourritures du Sédentaire), traduction par Constantin l'Africain de Zad al-mussafir (L'Alimentation du Voyageur), l'ouvrage principal d'Algizar (Abu Jaafar Ahmed Ibn Ibrahim Ibn Abi Khalid Ibn al-Kaïraouani, vers 898- vers 980). Cette composition a été ainsi appelée non pas à cause de la noix de galle (gallia) mais de la noix de muscade (nux moschata) qui est à la base de sa préparation (avec la cannelle)

Sur une base d'aloès, d'ambre, de musc et de mucilage, on en faisait des trochisques (pastilles) "cordiaux et corroborans", pour fortifier le cerveau, l'estomac et tous les viscères, pour arrêter les vomissements, faciliter la respiration et donner une bonne haleine, nous dit Moyse Charas*
(Histoire naturelle des animaux, des plantes & des minéraux qui entrent dans la composition de la Thériaque d'Andromachus, 1668). Mesué préparait ses troschiques avec cinq drachmes de bois d'aloès, trois drachmes d'ambre gris, une de musc, son mucilage étant à base de gomme adragante mélangée à l'eau.

* "MOISE CHARAS (1618-1698) a étudié la pharmacie à Montpellier, Orange et Blois puis s'est installé à Paris où il devint démonstrateur de chimie au jardin du roi. De religion protestante, à la suite de la révocation de l'édit de Nantes, il se rend en Angleterre (1680), puis en Hollande et enfin en Espagne. Il est alors emprisonné dans les cachots de Saint-Jacques-de-Compostelle où il va abjurer le protestantisme. Il rentre en France vers 1690 et est nommé membre de l'Académie des Sciences en 1692. Sa Pharmacopée dont la première édition date de 1676 a été traduite dans toutes les langues de l'Europe et même en chinois."

extrait de : http://www.chu-poitiers.fr/Docutheque/p31Histoire.pdf

 

 

 
albarello
UNG. TUTIAE
1729
onguent d'oxyde de zinc
  
UNG. pour unguentum, unguent, du latin unguo, unguere, oindre, parfumer, désignait tout aussi bien chez les Romains une huile parfumée, une essence, un parfum liquide, un baume ou un onguent, bien sûr, l'acception qu'il a pour l'apothicaire, cette sorte de pommade épaisse, souvent à base de substances résineuses.
 
TUTIAE (sing. tutia, thucia) est un mot persan (tutya) pour la fumée. Il était appliqué à la calamine, le minerai de zinc, à cause de la fumée blanche que dégageait la combustion de celle-ci avec le charbon. Tutia désigna chez les auteurs latins, à partir de 1400, non la calamine mais le produit de la combustion citée, l'oxyde de zinc (ZnO). Les Grecs utilisaient le terme kadmeia (cadmia, cadmeia, en latin antique, cathmia plus tardivement) pour désigner la calamine et respectivement kadmios (cadmios) et cadmium, pour désigner le carbonate de zinc.

"TUTHIE, s. f. (Mat. médic. des anc.) cadmia fornacum; Dioscoride & Pline, surtout le premier, se sont fort étendus sur la tuthie, & s'accordent ensemble à la définir un récrément de métaux qui s'attache aux parois & à la voute des fourneaux, où l'on fond le métal; ils regardent l'un & l'autre la cadmie comme un remede astringent, propre à déterger les ulceres sanieux, à les dessécher & à les cicatriser. Mais ils différent dans l'énumération des especes de cadmie. Pline dit que la cadmie botryitis rouge, étoit la meilleure de toutes les cadmies. Dioscoride ne fait aucune mention de cadmie rouge, & nomme une cadmie bleue dont Pline ne dit mot, comme la plus excellente de toutes. Il se peut bien néanmoins que la cadmie rouge de Pline, & la bleue de Dioscoride soient une seule & même substance. Les Grecs avoient coutume de nommer tout ce qui étoit bleu du mot cyanizusa, c'est - à - dire, ressemblant au cyanus (bluët des prés) en couleur; ce mot KU\ANIZDSA, un peu mal écrit, pourroit être celui que Pline ou son secrétaire aura trouvé dans quelques auteur grec ou dans Dioscoride, & FOINISSD=SA pour KU\ANIZD=SA, il a traduit rouge, au lieu de bleu. Comme nous avons plusieurs inexactitudes de cette espece dans Pline, à l'égard des drogues mentionnés dans les autres naturalistes grecs, il me semble qu'il vaut encore mieux concilier ainsi son récit de la cadmie, que de supposer qu'il en connoissoit une espece particuliere, dont aucun autre écrivain n'a parlé. (D. J.)
 
Tuthie, s. f. (Préparat. métallurg.) tuthia vulgaris, offic. cadmia fornacum, Agricol. C'est une crasse de la pierre calaminaire fondue avec le cuivre, au lieu que la cadmie des anciens ne venoit que du cuivre seulement. Ainsi la tuthie des boutiques est la pierre calaminaire, qui dans la fusion du cuivre se sublime à la partie supérieure du fourneau, où elle s'attache à des piques de fer, & forme une croute dure compacte, que l'on fait tomber en morceaux, semblables à des morceaux d'écorces d'arbres, sonores, polis intérieurement, d'une couleur tirant sur le jaune, parsemés extérieurement de beaucoup de petits grains, & de couleur de cendre, qui tire un peu vers le bleu.
Cette tuthie dont nous nous servons, est peut - être la même que celle des Arabes, puisque Serapion décrit une sorte de tuthie qui se fait & qui se ramasse dans des fourneaux, dans lesquels on jaunit le cuivre. Peut - être aussi que par le mot de tuthie, ils entendent la pierre calaminaire elle même; tout cela n'est pas trop clair dans leurs livres.
On place la tuthie parmi les plus excellens remedes ophtalmiques; car elle déterge, & desseche sans mordre. C'est pourquoi on la prescrit heureusement dans les ulceres de la cornée & des paupieres, dans la demangeaison des yeux, dans les ophthalmies invétérées, & pour guérir les yeux larmoyans.
On emploie rarement la tuthie sans être préparée. On la prépare en la mettant au feu, en l'éteignant trois ou quatre fois dans de l'eau rose, & en la pulvérisant sur le marbre, selon l'art. On en fait une collyre avec de l'eau - rose; ce collyre est beaucoup meilleur que d'employer cette drogue dans les onguens qu'on nomme ophthalmiques. (D. J.)"

extrait de : TUTHIE, article de l''Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.

On trouve des recettes où le zinc est mélangé à de la graisse de vipère (Pemberton, 1746). Un ouvrage faussement attribué à d'Albert le Grand le préconisait pour des problèmes oculaires : cataracte, taches dans les yeux : "Prenez deux drachmes de tutia, la moitié d'une drachme de vitriol blanc, la moitié d'une once de miel rosat, faites un baume de cela et utilisez le pour en graisser les yeux." (tiré de Secrets Egyptiens, apocryphe d'Albertus Magnus, 1206-1280).

On l'utilise toujours pour protéger l'érythème fessier du nourrisson, par l'action de son allantoïne qui cicatrise les blessures rapidement et l'alpha bisabolol qui retarde l'infection.

 
 
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