ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE
 menu du chapitre MEDECINE -Médecine
Mattheus Platearius
Livre des Simples Médecines
Boutique d'apothicaire,
détail : voir folio et détail du manuscrit
 
 
-----POTS A PHARMACIE-
( II )
.
 
LES ORIGINES
---



LES ORIGINES
 

Nous allons maintenant examiner les récipients que les pharmaciens européens ont utilisés, inspirés, comme leurs officines elles-mêmes, d'ailleurs, par la culture islamique. Jusque-là, nous en avons eu un aperçu dans le chapitre sur l'apothicaire, la conservation des plantes séchées, des pommades, des onguents, etc. se fait dans une diversité de contenants propres aux traditions respectives, pots, vases, boîtes (voir les images d'apothicairerie et celle qui figure en exergue) et les matières sont des plus hétérogènes : terre cuite, bois, corne, verre, étain, plomb, ivoire, marbre, jaspe, albâtre, etc. L'influence de la médecine et de l'art islamiques va modifier les habitudes européennes. Les apothicaires italiens et espagnols, parmi les premiers, grâce à leurs comptoirs commerciaux, vont apprendre à utiliser la faïence, développée dans l'Orient islamique, une technique céramique qui a des qualités d'étanchéité supérieures à bien des matières, grâce à un émail à base d'étain qui recouvre la terre cuite (images 15).

  15

16 
 
 15. Ancêtre de l'albarello européen, 1000 - 1400, Iran, hauteur 37,5 cm, The Metropolitan Museum of Art. Pâte siliceuse avec sur-glaçure peinte, dite "lajvardina" :
"Du persan sang-i lajvard (lapis-lazuli), qui désigne la couleur de l'oxyde de cobalt, utilisé dans ce type de céramiques, cuites selon la technique du décor haft rang* mais employant un nombre plus restreint de couleurs."
extrait de : http://www.louvre.fr

* HAFT RANG : sept couleurs en iranien

16. Ancêtre de l'albarello européen, Syrie, vers 1300-1350, décor à fleur de lys.
Musée du Louvre, Département d'art islamique, aile Richelieu.

Utilisée en Perse depuis le VIIIe siècle, la faïence fait son apparition européenne dans l' Espagne musulmane, l'Al-Andalûs, en particulier à Valence, Manises, ou Malaga, qui serait à l'origine du mot maiolica (la majolique ou maiolique). Cette technique éclatante et lumineuse permettra la création du style appelé "hispano-mauresque", à partir de la fin du XIVe siècle, puis en Italie, au Nord par la région de l'ancienne Yougoslavie, et au Sud, par la Sicile, au milieu du XVe siècle, puis à Lyon, au début du XVIe siècle. Les débuts de l'albarello pharmaceutique, nous pouvons le voir, se passe dans la recherche de formes et de décors : images 16, 17 et spécialement 18, où l'on voit bien ici l'ancêtre du pot-canon (voir plus loin).

 17 

18 
 19
 
17. albarello italien, Faenza, XVe siècle
18. Petit albarello, décor de sgraffito*, Italie, Faenza, fin XVe.
Décoré aux armes des Princes Orsini, Florence, vers 1480, à décor héraldique d'un lion et d'une fleur de lys.

*
Genre de peinture à fresque, procédé de décoration mural en camaïeu, par grattage d’un enduit clair sur un fond de stuc sombre. La décoration par sgraffite est également employée dans la céramique et dans l’émaillerie peinte avant cuisson et vitrification. Albarello aux armes des Princes Orsini

19. Albarello, Sienne (Siena) ou Deruta, vers 1475-1490. hauteur 32 cm, largeur maxi. 24 cm

En France, dès les débuts du XVIe siècle, on remplacera ainsi peu à peu les terres vernissées et les grès (du Beauvaisis, surtout) considérés jusque-là comme les meilleures matières pour les pots de pharmacie.
 
"La majolique est une faïence c’est-à-dire une argile recouverte d’émail stannifère qui
lui donne une couleur blanche sur laquelle le décor est peint. Les couleurs utilisées
sont réalisées à partir d’oxydes métalliques qui après la cuisson confèrent à l’objet
ses belles teintes : bleu (à partir du cobalt), vert (à partir du cuivre), jaune et orangé
( à partir de l’antimoine), brun (à partir du manganèse) [et rouge à partir d'un oxyde, comme les précédents, cette fois de fer, ce qui limitait la palette à cinq couleurs. NDE]. La majolique fait partie de la catégorie des faïences dites «à décor de grand feu sur émail cru». Elle reçoit
l’essentiel de son décor avant la grande cuisson qui s’effectue à 950° .

Le nom de majolique vient sans doute de Malaga [mais pour beaucoup, c'est l'île de Majorque, où était établie une importante manufacture musulmane, NDE], centre de production espagnol réputé au Moyen Âge ou de Majorque, une île par où transitait une partie de la production
espagnole à destination de l’Italie. En effet, la technique de la faïence fut inventée
dès le VIIIe siècle de notre ère près de Bagdad et de là fut diffusée dans l’empire
Abasside, puis en Afrique du nord. Elle gagna ainsi la péninsule ibérique. Au XVe siècle,
près de Valence, à Manisés, de nombreux ateliers fabriquaient les fameuses faïences
hispano-mauresques exportées vers l’Europe et notamment vers l’Italie.
 
Dès la deuxième moitié du XVe siècle la technique de la majolique fut maîtrisée par les
Italiens qui ouvrirent des ateliers de fabrication en Ombrie, en Emilie, en Toscane. Les
grandes fabriques s’installèrent à Faenza - qui a donné le nom français [international, par ailleurs, NDE] de faïence -, mais aussi Urbino, Casteldurante, Deruta. (voir carte et fiche). Ils sont dirigés par des familles d’artisans, véritables dynasties de peintres sur majoliques, qui s’installent durablement dans un centre, tels les Fontana ou les Patanazzi à Urbino mais qui souvent vont d’un centre à un autre et amènent avec eux leur savoir -faire ou leurs découvertes.
Tel fut le cas par exemple de Nicolo da Urbino qui originaire de Casteldurante vint
s’établir à Urbino en 1520. Cette mobilité explique que certains décors inventés dans
un lieu précis furent très vite diffusés dans les autres centres. Ainsi les différents ateliers
ont adopté en fonction des modes, des décors mis au point ici ou là."

extrait de : http://www.musee-adriendubouche.fr/documents/majoliquesitaliennes.pdf


Dans le même temps, vont petit à petit développer un ensemble de formes auxquelles on attribuera tel usage plutôt qu'un autre, toujours sous influence de la culture islamique, arabo-persane en particulier :

"Aux 13ème et 14ème siècles, la ville de Naples jouissait d’une meilleure situation que le reste de l'Italie. Dominée par les Svèves d'origine nordique et ensuite par les Français d'Anjou, Naples devint un carrefour commercial et intellectuel avec le monde arabe voisin. Le Roi Charles d'Anjou fit venir des artistes de sa France natale pour construire son palais et c’est ainsi qu’arrivèrent également de nombreux potiers qui apportèrent de nouvelles techniques comme les carreaux en majolique et en encaustique. Une école médicale importante fut créée dans la ville voisine de Salerno, d’où le besoin d'une nouvelle gamme de pots et de vases particulièrement conçus pour des remèdes de toutes sortes. Le plus commun de ces pots de médecine était l’albarello, un cornet cylindrique, à deux panses, avec une large ouverture, utilisé pour les onguents graisseux. L'enduit de majolique (glaçure opaque d’étain) faisait en sorte que ces pots fussent imperméables à l'eau, étanches et résistants à tous les produits chimiques. Les décorations combinaient des arabesques et des lettres gothiques pour le nom du remède. Dans les modèles les plus récents, les couvercles étaient composés de feuilles de parchemin, attachées avec une corde autour du bord de l'albarello."

extrait de : http://www.medinaportal.net/portal/pages/poc.php?ID_Lang=4&ID_POC=1540

Il vient d'être question de l'albarello, emblématique de la production de céramique à usage pharmaceutique mais différentes formes seront utilisées par les apothicaires européens, de manière plutôt codifiée, comme nous allons le voir maintenant.

----