ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE
 menu du chapitre MEDECINE -Médecine
 
documents annexes :
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POTS A PHARMACIE
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introduction
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Toutes les civilisations du monde ont élaboré des pharmacopées plus ou moins élaborées et ont eu besoin de préparer des compositions médicinales, dès qu'elles ont dépassé le cadre d'une médecine entièrement naturelle, basée sur des applications ou des ingestions directes de plantes, de terres, de minéraux ou de substances animales. Les ustensiles de préparation et la vaisselle de conservation ont donc occupé dans le monde entier, et depuis des temps préhistoriques, un rôle indispensable. Grâce à un matériel archéologique considérable, la médecine de l'Egypte antique est une des mieux connues :

 
"Les modes d’élaboration de ces préparations médicales, tels que le broyage, le mélange, la cuisson, le filtrage, possèdent des points communs avec ceux d’autres substances telles que les parfums ou onguents employés dans les temples et les produits utilisés dans les ateliers d’embaumement. Les vases contenant ces baumes et quelques cas isolés de sépultures fournissent de précieuses indications sur le conditionnement : le remède est placé dans un vase fermé hermétiquement par du tissu et un bouchon d’argile, qui comporte sur la panse le nom de la préparation inscrit en guise d’étiquetage. On ne sait cependant pas avec certitude si le médecin prépare ce remède lui-même – ce que suggèreraient les textes – ou s’il existe l’équivalent de pharmaciens. Certaines recettes sont accompagnées de réclames vantant l’efficacité d’un remède. Celle-ci peut être le simple constat de l’expérience. Elle peut aussi résulter d’une faveur divine quand la recette d’un médicament miracle est découverte grâce à un phénomène jugé surnaturel sur un rouleau caché dans un lieu sacré."
extrait de : http://www.louvre.fr

Les matières utilisées sont très variées et la plupart d'entre elles, se retrouvent dans des civilisations très éloignées dans le temps, telles la terre cuite, la céramique plus fine, le bois, le verre, la faïence, etc. Les illustrations ci-dessous en témoignent, par l'exemple. Terre cuite dans l'antiquité Chypre (image 1), en Egypte (image 2, 4), mais aussi bien plus tard, en Amérique Centrale (Mexique, image 8) ou Amérique du Nord (Pueblo-Zuni, image 13). Faïence dans l'Egypte de Ramsès II (image 3), ou l'Etrurie (avec l'alabastre, image 5), mais aussi en Europe jusqu'aujourd'hui (image 12), avec un exemple riche d'apothicairerie où l'on peut admirer des pots et des boîtes de pharmacie en bois appelées silènes, qui conservaient des matières séchées (plantes, parties animales, substances minérales.

Le bois, justement, est la matière que l'on utilise beaucoup en Chine jusqu'à ce jour pour conserver les plantes séchées (souvent dans des tiroirs : images 6, 7, 9 à 11), comme en Afrique (image 13), mais dès la fin du moyen-âge en Europe, commença l'époque des admirables faïences, dont la célèbre majolique, qui sera souvent remplacé par le verre au XIXe siècle.
 
 

 

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1) bilbil, flacon chypriote, XVIIe-XVIe s. avant notre ère, céramique avec engobe, hauteur 12,6 cm
Laon ; musée archéologique municipal. Sa forme renversée rappelle la capsule de pavot (le fruit) et on pense que ce type de vase était utilisé particulièrement pour les préparations à base d'opium :
2) Bouteille cananéenne miniature, terre cuite, Egypte, XVIIIe dynastie (env.- 1560 à - 1295), hauteur 11,2 cm, Musée du Louvre.
Elle pouvait contenir aussi bien des résines, des onguents, des huiles médicinales ou des huiles parfumées. Le système de fermeture du goulot consiste ici en un tissu noué autour du col et un sceau en argile sur le goulot lui-même.
3) Pot à onguent au nom de Ramsès II, 1279 - 1213 avant J.-C. (XIXe dynastie), faïence, hauteur 31,6 cm
E 11094, Musée du Louvre, Paris
"...vases en "faïence", cette céramique siliceuse couverte d'une belle glaçure bleue, ornée au trait noir de formules louant le roi Ramsès... Ces vases liturgiques, consacrés dans un temple d'Amon sous le règne de Ramsès II, ont donc servi jusqu'à la Troisième Période Intermédiaire dans leur rôle classique de récipients pour des onguents sans doute parfumés, une des offrandes traditionnelle aux dieux, avant d'être détournés à une époque très avancée pour servir à l'embaumement d'un particulier... extrait de : http://www.louvre.fr
4) Pots à onguent, terre cuite, Egypte, XVIIIe dynastie (env.- 1560 à - 1295), hauteur 12-13 cm, Musée du Louvre, Paris.
On voit bien ici le système de fermeture utilisé : les bouchons sont de torchis (terre argileuse mêlée de paille) recouvert de lin.
5) Alabastre étrusque, origine étrusque, terre cuite, VIe siècle av. J.-C.
C'est une céramique étrusco-corinthienne, étrusque par sa réalisation, corinthienne par son inspiration, sa forme, son décor de silhouettes noires (issues de bestiaires orientalisant) étant copiés sur les productions de Corinthe.
6) Statue en bois de Yakushi Nyorai (voir image 11), Japon, ère Nara, VIIIe siècle, Temple Shinyakushi-ji (新薬師寺). Hauteur 191,5 cm.
7) Tiroir de pharmacie, Chine, Beijing (Pékin), hôpital du temple du Nuage Blanc, 793, dynastie Tang
8) Mâticêhuac, cuisson de la plante dans un pot en terre cuite, Codex de Florence (Codex Florentino, lib. XI, f. 172r.) ouvrage de recueils en langue nahuatl (langue des Nahuas, ensemble de peuples dont les Aztèques faisaient partie) recueillis et traduits sous la direction de Fray Bernardino de Sahagún, entre 1540 et 1585.
Firenze (Florence), Biblioteca Medicea Laurenziana (Bibliothèque Laurent le Médicis).
La maticehuac est une herbe (xiuhtôntli) médicinale à l'aide de laquelle les Chichimèques allumaient le feu et dont la racine, moulue et cuite dans l'eau, servait contre les hémorragies nasales, par exemple.
(ses fleurs blanches s'appelaient tlacoxôchitl).
9) Tiroirs de la pharmacie Tongreng Tang, Beijing, Chine, fondée en 1669.
10) Meuble de pharmacie chinois, XVIIIe s., bois d'orme.
11) Tanka du monastère de Likir, au Ladakh, vers 1700
Etats-Unis, University of Michigan Museum of Art, Ann Harbor
Il représente Bhaisajyaguru (nom sanscrit du Bouddha Yakushi japonais), le Bouddha de Médecine, au coeur des quatre Tantra de Médecine, eux-mêmes piliers de la médecine traditionnelle tibétaine. De sa main gauche, il tient un bol médicinal, et de l'autre, une tige de myrobolan en fleurs.
12) L'apothicairerie de l'Hôtel-Dieu le-Comte à Troyes, reconstruction de 1704, boiseries de chêne, pots à pharmacie et silènes, au nombre de 320. 54 des 58 boîtes cylindriques ont été creusées à la main dans le tronc de l'arbre.

Les boîtes de pharmacie rectangulaires en bois ont sans doute été appelées ainsi à cause des illustrations comiques ou grotesques qui ornaient les boîtes, contrastant souvent avec le contenu de celle-ci. Le grotesque est attaché au personnage de Silène (Silenus en latin, Seilênos en grec) père adoptif et précepteur de Dionysos (Bacchus), créature semblable à un satyre âgé, ces êtres fabuleux ont, à l'origine, des oreilles velues et pourvus de pieds et d'une queue de cheval.
 
Rabelais, dans le préambule à Gargantua, l'exprime joliment :
 
"Les silènes "estoient jadis petites boites, telles que nous voyons de present es bouticques des apothecaires, pinctes au dessus de figures joyeuses et frivoles, comme de harpies, satyres, oysons bridez,
livres cornuz, canes bastées, boucqs volans, cerfz limonniers
et aultres telles pictures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire; mais au dedans l'on reservoit les fines drogues comme baulme, ambre gris, amonon, musc, zivette, pierreries et aultres choses precieuses"
 
puis, dans la traduction de Dacier & Grou, révisée et augmentée de notes par A. Saisset :
 
Les Silènes étaient jadis de petites boîtes comme on en voit à présent dans les boutiques des apothicaires ; au-dessus étaient peintes des figures amusantes et frivoles : harpies, satyres, oisons bridés, lièvres cornus, canes bâtées, boucs volants, cerfs attelés et autres semblables figures imaginaires, arbitrairement inventées pour inciter les gens à rire, à l’instar de Silène, maître du bon Bacchus. Mais à l’intérieur, on conservait les fines drogues comme le baume, l’ambre gris, l’amome, le musc, la civette, les pierreries et autres produits de grande valeur.
 
Les silènes étaient aussi appelées "Layes" ou "Layettes" : "XIVe siècle, liette. Diminutif de l'ancien laie, « boîte, coffre », de même origine que laye I. 1. Anciennt. Caisse, coffre, tiroir où l'on rangeait vêtements, papiers, bijoux. Spécialt. Les layettes du trésor des chartes, cartons conservés aux Archives nationales, contenant, sous forme d'originaux ou de copies, les pièces d'archives royales les plus précieuses de la période médiévale."

extrait de : http://www.patrimoine-de-france.org/mots/mots-acade-55-27131.html

13) Pot à médecines ancien Pueblo-Zuni
14) Pot à médecines Dogon, Mali, Afrique, bois
 

LES REMEDES MINERAUX
 

La plupart ont été expérimentées déjà depuis l'antiquité, rappelons certains composés connus au siècle de Dioscoride (Ier siècle) :
" - l’aerugo (oxyde de cuivre)
- la couperose bleue (carbonate de cuivre ou vert de gris)
- la couperose verte (sulfate de fer)
- le stibium (sulfure d’antimoine naturel) préconisé pour le traitement des plaies
- le spuma argenti (oxyde de plomb ou litharge) entrant dans la composition des emplâtres
- le salpêtre (KNO3) considéré comme un diurétique
- l’alun (sulfate double d’aluminium et de potassium) utilisé pour stopper les hémorragies et nettoyer les plaies
- la chaux vive pour son rôle cautérisant, principalement vis à vis des ulcères (confection de cautères)"

extrait de : http://perso.orange.fr/ours.courageux/metaguer.htm


C'est dans le canon d'Avicenne, en particulier, que les moines trouveront un développement des remèdes à base de minéraux comme le borax, l'alun, le sulfate de fer, en particulier.
Cette pharmacopée métallique se développera encore autour de la Renaissance, quand l'Alchimie connaîtra son heure de gloire (on pense bien sûr à Paracelse) avec, on s'en douterait beaucoup de risques pris par les malades, en particulier à cause de l'arsenic, du mercure et de l'antimoine, voir sur ce dernier sujet : ABBAYE, SCRIPTORIUM, ENLUMINURE, PIGMENTS JAUNES. On trouvait dans cette thérapeutique beaucoup de sels minéraux, outre ceux déjà cités : des sulfates de sel (d'Epsom, de Glauber) et du sel d'étain. On préconisait de toucher selon les affections de nombreuses matières précieuses, comme l'or, l'argent, l'ambre, l'ivoire, le corail, les perles, beaucoup de pierres précieuses, comme l'émeraude, le topaze, le rubis, le grenat. N'est-ce pas le jeune Paracelse lui-même qui fait ses classes alchimiques auprès du moine Jean Trithème, de l’abbaye de Spanheim. Et c'est dès 1525 qu'il préparera des remèdes à base de métaux, par exemple le zinc, l’étain, l’argent ou le mercure, avec lesquels il espère guérir les malades touchés par l’hydropisie et la syphilis.
 

LES REMEDES ANIMAUX
 

Depuis l'antiquité, diverses civilisations tiennent pour remèdes nombreuses parties animales ou humaines, certaines d'entre elles, particulièrement en Asie et en Afrique, continuant de les rechercher, malgré les problèmes posés par l'extinction de certaines espèces. La pharmacopée européenne n'a pas échappé à cette forme thérapeutique, qui comprenait des médicaments composés de vers, de crapauds, de testicules de castor, d'ivoire, de cornes, de chair de vipères, de la graisse et du suif d'ours,

 

 

 Silènes, Apothicairerie de l'Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes, vers 1704.

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 Très belle collection de 319 boîtes, dont 58 circulaires. En général, les illustrations rappellent le remède qu'elles renferment. Ici, corne de cerf, ivoire, momie et crâne. Non, l'encyclopédiste n'a pas confondu avec le musée des horreurs !

Cette collection fut établie (300 sur 400 gravures de Jean Crespy en taille-douce) à partir d'un ouvrage de référence de l'époque, l’Histoire des Drogues de Pierre Pomet (droguiste à Paris, 1695), qui donne des indications pour les couleurs du décor.
 
"Pierre Pomet, droguiste et botaniste français, né à Paris en 1658, mort en 1699. Formé dès l'enfance au commerce, Pomet voyagea d'abord en Italie, en Angleterre, en Allemagne et en Hollande, pour acquérir une connaissance complète des substances médicinales avant d'ouvrir un magasin d'épicerie droguerie à Paris. Il donne des leçons au Jardin des Plantes sur l'utilisation des drogues, à l'invitation des premiers médecins de son époque, et son traité devient le guide herboristes à la fin du XVIIe. Pomet meurt en 1699 à Paris, le jour même où Louis XIV lui accorde une pension."
extrait de :
http://www.inapg.inra.fr/Bib/HTML/htdocs/Fondsancien.htm

IVOIRE, MOMIE et CRÂNE

 Ivoire  
 SPODIUM, ivoire brûlé,
Livre des simples medecines, Bruxelles, Bibliothèque Royale, ms.IV 1024, f. 184

Le mot "Spodium" se trouve comme il se doit au commencement de l'article concerné, la première lettre, S, étant une lettrine bien visible, en rouge.
 
"Albert fut le premier auteur connu à aborder particulièrement le problème de la corne de la licorne et de ses propriétés médicinales, que le Moyen-Âge semble jusque-là avoir ignorées. Le Maître en avait vu une, qu'il nous décrit «lisse et longue de dix pieds» et dans laquelle les auteurs de la Renaissance verraient le plus souvent ce que l'on tenait alors pour de l'«ivoire fossile», ou pour la corne des licornes d'avant le déluge, c'est-à-dire une stalactite ou un os pétrifié. Il reste que le premier auteur occidental à rapporter les propriétés attribuées à la corne de licorne était aussi le premier à en douter, puisqu'il ne voyait pas plus de pouvoirs dans cette corne que dans celle du cerf, dont la poudre est excellente pour les maux de ventre, mais aussi pour blanchir les dents et renforcer les gencives. (...)
 
Plus tard, lorsque l'origine des belles ivoires torsadées ornant les demeures des princes fut connue, des médecins continuèrent à voir dans la défense de narval un puissant contrepoison*. Mais alors que descriptions et représentations de la licorne sont longtemps restées variées, voire contradictoires, le modèle iconographique de la corne s'est fixé très tôt, entre le XIIème et le XIVème siècle. (...)
 
* L'apothicaire vendait en particulier aux nobles dents de narval, de requin ou encore des pierres précieuses, pour faire des "espreuves", tests qui devaient permettre de détecter l'éventuelle présence de poisons dans la nourriture (NDE).
 
Le naturaliste Conrad Gesner signalait ainsi, au milieu du XVIème siècle, que l'ivoire qui a macéré ou bouilli dans une décoction de «je ne sais quel médicament» est ramollie au point de pouvoir prendre quelque forme que l'on souhaite. Il semble même avoir pensé qu'une défense d'éléphant entière aurait pu ainsi être redressée puis taillée pour lui donner l'aspect d'une corne de licorne." (...)
 
Les comptes de l'abbaye Saint-Denis "pour 1533 et 1534 signalent que fut versée «à Jean de la Mare, peintre à Saint-Denis, la somme de soixante sous tournois pour les ouvrages de son métier qu'il a faits à la couronne de la licorne et une barre de fer doré qui sert à poser l'échelle où l'on monte pour monter et descendre ladite licorne ». Cela nous indique que la corne était fréquemment «descendue» de la colonne de cuivre doré sur laquelle elle était habituellement présentée aux visiteurs, dans l'église même de l'abbaye. Sans doute la mettait-on alors à tremper afin d'obtenir «l'eau de licorne» souvent prescrite aux malades. Lorsque Félix Platter, de retour de Montpellier où il venait de terminer ses études de médecine, visita en 1559 le trésor de l'abbaye, il vit la corne de licorne «trempant dans un baquet placé derrière l'autel, dont l'eau est donnée à boire aux infirmes»"
 
"Il ressort de ces données qu'au XVIIème siècle, seuls le bézoard et la corne de licorne, tous deux tenus pour des contrepoisons universels, presque des panacées, étaient vendus au grain; l'ivoire râpée était, elle, vendue en quantités plus importantes, et à un prix bien moindre. (...)
 
Si la valeur des cornes de licorne entières a fortement baissé entre 1550 et 1700, le prix de la poudre de licorne à usage médical, le simple le plus cher à la fin du XVIème siècle, s'est véritablement effondré. La connaissance de l'origine réelle de ce produit, limitée jusque vers 1650 aux milieux lettrés, s'était en effet peu à peu répandue dans l'ensemble de la population, du moins dans celle suffisamment riche pour avoir recours à de tels remèdes, et pour craindre l'empoisonnement. Dans l'Historia Vitæ et Mortis de Francis Bacon, au chapitre des «Médicamens propres à prolonger la vie», nous lisons d'ailleurs: «La vertu spécifique de la pierre de Besouart me semble devoir être approuvée, parce qu'elle recrée les esprits et qu'avec cela elle provoque une sueur douce. Quant à la corne de licorne, elle est beaucoup déchue de son estime, et ne laisse toutefois pas d'être admise dans le même degré de l'ivoire, de la corne de cerf et de l'os qu'on lui trouve dans le cœur ». La prétendue corne de licorne disparut donc peu à peu des traités de médecine dans la seconde moitié du XVIIème siècle, mais resta encore pour quelques décennies dans les échoppes d'apothicaires, médecine désormais presque populaire, utilisée par quelques charlatans et «empiriques».
 
En 1704, le Museum Museorum du médecin germano-italien Michele Bernardo Valentini reconnaissait que l'effet thérapeutique de la poudre de corne de licorne était très discuté, mais conseillait cependant son usage, au même titre que celui de l'ivoire et des «licornes fossiles», contre la rubéole, la rougeole, les fièvres et les douleurs. Cet emploi était rendu plus facile par le fait que ce simple, qui coûtait autrefois plusieurs milliers de thalers la livre, pouvait désormais être acheté pour une douzaine de thalers seulement. Le médecin de la comtesse douairière de Hesse-Homburg jugeait cependant que le prix de cet «unicornu officinalis» devait encore baisser pour que les apothicaires cessassent de vendre des contrefaçons, ou d'ajouter de l'ivoire râpée, qui s'en distingue à peine, à leur poudre de corne de licorne.
 
Certains médecins et apothicaires, fort logiquement d'ailleurs, expliquèrent que le fait qu'il se soit agi de défenses de narval, et non de cornes de licorne, ne remettait nullement en cause les propriétés médicales de ces belles ivoires blanches. Cela ne suffit pas à enrayer une baisse des prix due plus à la multiplication des cornes en circulation qu'à la désaffection, très relative, des malades et des médecins. Reprenons le Dictionnaire ou traité universel des drogues simples de Nicolas Lémery, non plus à l'incrédule article «licorne» ou «monocéros», mais à celui consacré au «Narwal»: «...La corne de ce poisson est ce que nous appelons corne de licorne et qu'on a cru naître sur la tête d'un grand animal à quatre pieds, nommé Monocéros, dont j'ai parlé en son lieu. Elle a été autrefois très rare, et gardée dans les cabinets des curieux comme une des choses du monde les plus précieuses, témoin celle qu'on voit dans le trésor de Saint-Denis en France. La raison de cette rareté venait de ce qu'on ne connaissait pas encore le narval, mais depuis qu'on a pêché beaucoup de ces poissons, cette corne n'est plus guère rare. On en trouve chez plusieurs marchands coupée par tronçons, elle contient beaucoup de sel volatile et d'huile. Elle est cordiale, sudorifique, propre pour résister au venin, pour l'épilepsie...Ceux qui veulent garder par curiosité la corne de ce poisson entière la choisissent bien longue, bien grosse et bien pesante. (...)
 
Cornes ou dents, les rostres de narval figuraient désormais dans tous les cabinets de curiosités, quand ils ne servaient pas d'enseigne aux apothicaires. Un siècle et demi plus tôt, la corne de licorne était digne des trésors des rois, et son acquéreur avait rarement la possibilité de choisir sa taille ou sa grosseur, trop heureux qu'il était de s'être procuré cette rareté; à la fin du XVIIème siècle, la longue défense du narval était à la portée des curieux et des collectionneurs, qui pouvaient même se permettre de choisir un spécimen «long, gros et pesant». L'utilisation médicale de l'ivoire allait peu à peu décliner, mais ce n'est qu'en 1746 que la «corne de licorne» disparut de la pharmacopée officielle des apothicaires de Londres, où le bézoard se maintint encore quelques temps, jusqu'en 1788"
 
Extraits d'un document passionnant sur la licorne :
http://faidutti.free.fr/licornes/these/4Corne/corne.html
 
De l'éléphant, on tirait des remèdes non seulement de l’ivoire, mais des os, du corps. Les os brûlés sont censés éloigner serpents et vermine (chez Thomas de Cantimpré, Vincent de Beauvais, Compendium Philosophicae) et soignent diverses maladies.

SPODIUM
 
Pierre Hubert Nysten (1774-1817, Médecin de l'hospice des Enfants-Trouvés de Paris, préparateur de chimie) affirme que "brûlée à blanc, la corne d'éléphant entrait parfois, sous le nom de "spode" dans les préparations officinales" Dictionnaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie, des sciences accessoires et de l'art vétérinaire, Paris 1865. En parlent bien avant lui Thomas de Cantimpré, Vincent de Beauvais, et le Compendium Philosophicae, par exemple, mais Vincent de Beauvais, s'appuyant sur Avicenne, rappelle que cette cendre provient non pas d'un animal mais d’une racine.
 
Voir article de Diderot et d'Alembert :
 
"SPODIUM
 
s. m. (Minéralogie.) est une espece de chaux ou de cendre de métaux, qu'on regarde comme un cardiaque, & à laquelle quelques - uns accordent les mêmes vertus qu'au corail. Voyez Corail.
Le spondium des anciens grecs étoit une espece de récrément grisâtre qu'on trouve en forme de cendres dans la terre des fourneaux où on a fondu de l'airain; ils l'appelloient spodion, qui signifie à la lettre cendres.
Spodium est une poudre de métaux, qui ressemble beaucoup, par sou origine & son usage, à la tutie & au pompholix, à l'exception qu'il est plus pesant. Voyez Tutie & Pompholix.
Les spodium des médecins arabes, comme Avicenne & autres, étoit composé des racines de buissons & de roseaux brûlés.
Quelques modernes font aussi une sorte de spodium d'ivoire brûlée & calcinée. On le contrefait souvent avec des os de boeuf ou de chien brûlés; mais il n'est pas si bon.
L'antispodium que les anciens ont substitué à leur spodium étoit fait de feuilles de mirthes, de noix de galle, & autres drogues calcinées."

Momie et crâne
 
"Dans le cas de la momie, plus que le corps du mort, c’était le mélange imprégnant les
bandelettes qui intéressaient les médecins : asphalte, myrrhe, aloès, cannelle ou huiles résineuses
employées par les embaumeurs, grattées sur la momie. Symbole de la lutte contre la mort, l’usage de la momie permettait de s’approprier l’essence de vie du mort pour survivre. La poudre était censée arrêter les saignements et agir en contrepoison. Pour ce qui est du crâne (dont le meilleur est celui d’hommes jeunes morts de façon violente), il entrait dans la composition de remèdes contre l’épilepsie, entre autres indications. Le corps humain fournissait aussi à la médecine sa graisse, ou axonge, son sang, ses cheveux, son urine. Les bourreaux pratiquaient la vente de cadavres et faisant concurrence aux droguistes et apothicaires."
extrait de : http://www.ordre.pharmacien.fr/

"Cette mondification étant faite, ou une plus énergique si elle a été nécessaire, soit la partie incarnée avec poudre d’encens, mastic, sarcocolle et adragant. Soit ensuite consolidée avec poudre de noix de cyprès, momie, écorces de grenades, galles et autres de ce genre, ou bien qu’il soit procédé avec les onguents faits avec ces poudres selon la règle donnée plus haut dans les autres chapitres."

extrait du chapitre III de Chirurgie, de Guillaume de Salicet (1201-1277)
http://perso.orange.fr/raoul.perrot/biographie%20de%20guillaume%20de%20salicet.htm
 

 

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