ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
 

-ABBAYE
  -THEODULFE
 --
 
L'oratoire de
GERMIGNY DES PRES
(1)

 


C'est en 806 que le wisigoth Théodulf (Théodulphe, Théodulfe), abbé de Fleury (entre autres abbayes), évêque d'Orléans, conseiller théologique du roi Charlemagne, fait bâtir sur les terres mêmes de l'abbaye de Fleury un oratoire privé en sa villa de Germiniacum, aujourd'hui Germigny-des-Prés, à 10 km à l'est de Jargeau, dans le Loiret (45), comme tous les lieux précités. C'est Eude (Odo, Odon) de Metz, un architecte arménien, qui est chargé de cette tâche et celui-ci n'est pas un inconnu : c'est le maître d'oeuvre de la chapelle Palatine d'Aachen (Aix-la-Chapelle) voulue par Charlemagne pour embellir la capitale de son empire et qu'Odon avait terminée l'année précédente, en 805.

Au vu du plan primitif de la chapelle de Théodulfe, construite en calcaire lacustre, très probablement extrait des carrières de Fay-aux-Loges, à 15 km de Germigny, on est tenté de penser que le commanditaire et le maître d'oeuvre ont travaillé conjointement à ses plans. En effet, ce n'est pas le plan basilical qui est adopté ici, contrairement à ce qui se fait alors un peu partout dans l'Occident chrétien, mais celui de la croix grecque, de tradition hellénistique, puis byzantine. Et ce n'est pas un hasard si cette tradition architecturale avait été vive pendant la période mérovingienne, dans la patrie wisigothique de Théodulfe ou celle de l'Arménie byzantine d'Odo, mais aussi en Lombardie ou dans la région italo-adriatique, d'inspiration impériale antique et byzantine elles aussi. Un coup d'oeil sur les plans au sol de différents sanctuaires, ci-dessous, suffira à nous convaincre : Le plan centré en carré en est l'élément essentiel, qui tient plus ou moins symétriquement en un cercle et est contrebuté par quatre absides, le plus souvent tréflées et en avant desquelles des piliers peuvent supporter une coupole à lanterne. Si les ailes nord et sud sont chaque fois symétriques, le chevet oriental multiplie les absidioles à Germigny et à Sainte-Sophie du Bénévent, comme le réclamait le rite byzantin. En effet, l'absidiole côté nord est la prothesis dévolue à la préparation eucharistique, alors que celle au sud est le diakonikon (diaconum, en latin) était réservé au matériel liturgique, tels les vases et les vêtements. L'aile occidentale à Germigny était sans doute la loge de Théodulfe (il n'y avait alors, pas encore d'abside), qui pouvait, en face de l'autel, suivre la cérémonie : Tel était le cas à Aix-la-Chapelle. Ailleurs, l'entrée principale des églises étant le plus souvent à l'ouest, celle-ci s'élargit et s'approfondit à la mesure de la qualité d'accueil qu'on lui accorde dans l'édifice, ce à quoi n'échappera pas Germigny, nous le verrons.
 

     
 Plan originel de la chapelle de Théodulfe (à.c de 806)   Plan de l'église d'Ejmiacin (Ejmiatzine, Etchmiazine, Etchmiadzine, en Arménie, vers 618)   Plan de l'église de Bagaran (Arménie, 624/631)
     
Plan de l'oratoire Saint-Oyand de Grenoble (VIe-VIIe)  Plan de la chapelle palatine de Sainte-Sophie du Bénévent, en Lombardie, fondée par le duc Arechis, 760 à 768. ltine Plan de l'abbatiale de San Pedro de la Nave, province de Zamora, en Espagne, avant 711.z
 
 


 

----------