ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANÇAISE
 

 

-ABEILLE

LES ABEILLES ET LES HOMMES ( II )

-croyances,
savoirs
et
apiculture

ANTIQUITÉ

---EGYPTE, CRETE,
HITTITES-et-INDE-
Le lion de Mithra avec l'abeille dans sa gueule
Babylone, peinture murale, vers - 1600
Illustration tirée du De Vetere Religione Persarum de Thomas Hyde, paru en 1700.

Dieu indo-babylonien, puis romain, Mithra pouvait être représenté sous la forme d'un lion, pour sa lumière, son feu. L'abeille dans sa gueule représenterait le Verbe. En effet, dabar signifie à la fois la parole et l'abeille dans la langue chaldéenne et vient, comme du mot hébreu d'une racine phénicienne : voir ABEILLES et HOMMES, Grèce et Rome, mythes et religions. Plutarque, dans Iside et Osiride (Isis et Osiris, 46), confirme le rôle de médiateur (mesites) de Mithra.


Nous avons vu combien l'intérêt des hommes pour les abeilles est répandu dans le monde entier depuis la préhistoire, et nous allons maintenant donner une idée de son influence sur l'imaginaire religieux et culturel dans l'antiquité et plus globalement dans certaines cultures.


EGYPTE
CRETE
HITTITES
INDE


L'EGYPTE

 
ETYMOLOGIES
 
"Le nom de l'abeille est caractérisé par les séries suivantes en égyptien : bi.t (Wb I, 434, 1-6), cf bi.t, honey flee < cff mouche (Wb I, 182,14-16). La guêpe est connue et identifiée : bjw guêpe FECT III,110 3). L'apiculture est attestée dès la V° Dynastie : byy.t-y, apiculteur, copte ebeit apiculteur, ebiw, miel. Démotique : iby, miel. La transcription du Wörterbuch* est bjtj, apiculteur (Wb I, 434, 13-15), bjt, miel (Wb I, 434, 6-12). "Le mot dérive de by.t, abeille" et n'appartient pas au vocabulaire sémitique 4.
Le vocabulaire égyptien consacré à l'abeille et au miel croise un lexique africain varié, un ensemble de données qui mérite que l'étude que j'avais ébauchée il y a une vingtaine d'années soit revue et approfondie : by.t, miel, abeille, évoque le fang : abe, l'upoto : bwi, le buduma : buy, le bagbira : bui, abeille, le tunen : buoy, miel ; cf, cf.w mouche, abeille (Wb I, 182,10), copte : af, ofe
5, le nupe : efu, l'openda : efo abeille etc..6. Enfin, nm, dieu des Abeilles, grec χµµι, nous semble aujourd'hui encore évoquer les langues nilotiques : suk : kum-at, miel, nandi : kumi-at, et le mandingue : kum- abeille, kisekise : kumi, mande : komi 7."
extrait de : http://www.culturediff.org/CCdE6-Pfouma.pdf

notes

3) Dimitri Meeks Année lexicographique, Volume 2, 1978, Cybèle, Paris, 121
4 )Werner Vycichl Dictionnaire étymologique de la langue copte, Peeters, Louvain,1983,38
5) Werner Vycichl opus cité, 1983,38
6) Oscar Pfouma Histoire culturelle de l'Afrique Noire PubliSud, Paris, 1993, 164-176
7) O.Pfouma L’Abeille Royale in Carbet n°6, Fort-de-France, 1986, 103

* WÖRTERBUCH : Worterbuch der Aegyptischen Sprache (Dictionnaire de la langue égyptienne), ouvrage de référence pour les égyptologues, de Adolf Erman et Hermann Grapow, Akadémie Verlag, Berlin, 1926 - 1953, réédition de 1982 en 13 volumes.


 
 

 

Egypte, Abu Ghorab, près d'Abousir (Abusir, Abu Sir)
Bas-relief de la "salle des trois saisons", dans le temple solaire de Ne-user-re (ou Niouserrê-Ini), 6e roi de la Ve dynastie (vers 2407-2384).
 
vers - 2400
 
Catalogue du Musée National Egyptien

 
Si le titre de Chancelier du miel* est attesté dès la première dynastie pharaonique
(- 3200), la plus ancienne représentation d'une scène apicole serait celle du temple solaire d'Abou Gorab (Abu Gurob, Abu Ghurob, Abu Jirab), situé dans le delta égyptien (voir ci-dessus). Quant au premier texte relatif au miel issu d'une espèce d'abeille, il daterait de - 2100 environ et nous viendrait de Mésopotamie, plus exactement de Nippur (Nippour, voir carte ci-dessous), près de Babylone. Par ailleurs, des textes relatifs à la propolis (mot grec signifiant "devant la cité") auraient été trouvés dans des tombes mésopotamiennes de la même époque.

* CHANCELIER DU MIEL : Hilda M. Ransome, 1937, The Sacred Bee in Ancient Times and Folklore.

Irak, carte archéologique de l'ancienne Mésopotamie (Assyrie, Akkad, Babylonie, Sumer)

Cependant, c'est dans l'Egypte des Pharaons que nous trouvons la plus grande richesse archéologique sur l'apiculture. Le miel y est principalement destiné à la table royale et il est très souvent cité dans les offrandes des temples royaux (images 5 à 7). Nous ne nous étonnerons pas de ce que l'Egypte ancienne nous a légué de nombreux témoignages sur les abeilles et l'apiculture, puisque l'abeille est, dès les premiers temps des royaumes pharaoniques, un éminent symbole (image ci-dessous). En effet, si la Haute-Egypte a pour symboles la couronne blanche et le roseau, le jonc (nysout) les emblèmes de la Basse-Egypte sont la couronne rouge et l'abeille (bity, biti). Ainsi, les premiers pharaons étaient-ils appelés " Nysout-Bity", celui qui appartient au jonc et à l'abeille (images A et B, et 3).

 A

B
 
A. Egypte, Ancien Empire, Ve dynastie
Sphinx de Sahourê (roi de -2458 à -2446)
Calcaire, 5 cm x 6,5 cm
Berlin, Agyptisches Museum und Papyrussamlung

B. Abeille gravée à côté de l'autre emblème des pharaons, le roseau, dans la tombe de Senusret Ier (1971-1926) , à el-Lisht, XIIe dynastie.

L'abeille a un rôle religieux attesté dans beaucoup de cultures antiques : égyptienne, minoenne, grecque, etc. Offrande divine en Egypte, le miel est issu d'un animal
divin :

"Le dieu Rê pleura et les larmes de son oeil tombèrent sur le sol ; elles se changèrent en abeilles" dit la légende (Lurker Manfred, The Gods and the Symbols of Ancient Egypt, Thames & Hudson, Londres, 1974). Neith, la déesse archère, mère du soleil, possède une Maison (temple) de l'Abeille à Saïs (Nagy István: Du rôle de l'abeille dans les cultes de Basse Époque. Studia Aegyptiaca 1, (1974), 313–322). Min, dieu ithyphallique (qui présente un pénis en érection) de la fertilité à ses prêtres fournisseurs de miel (Pierre Montet Journal of Near Eastern Studies, Vol. 9, No. 1 (Jan., 1950), pp. 18-27 ; Jean Leclant, L’Abeille et le Miel dans l’Egypte pharaonique in R. Chauvin Traité de Biologie de l’Abeille, Paris, Masson, 1968, vol.5, 51-60).
"Les Egyptiens figuraient aussi l’âme humaine sous la forme d’une abeille – conception que l’on retrouve chez les Bantu, les Tshaga, par exemple, pour qui «sous tous les rapports, les abeilles sont des êtres humains». Chez les Nuer, «a man who respects pythons, respects also bees, because Nuer consider their markings to be like those of the python and will not kill them or eat their honey » 10. Le python du mythe rwandais «meurt d’un excès de miel». Chez les Basari, les abeilles sont associées aux angoty, aux âmes des parents défunts, hommes ou femmes 11.

Notes :

10 E.Evans-Pritchard Les Nuer, Payot, Paris,1938
11 M.Gessain Miel et développement de la personne chez les Bassari in S.de Ganay et A&J-P Lebeuf, D.Zahan Hommage à Marcel Griaule, Paris, Hermann,1987,145-156
"

extrait de : http://www.culturediff.org/CCdE6-Pfouma.pdf

Alors que la nourriture est un objet permanent de représentation dans les tombes de l'Egypte pharaonique, le miel y est rarement représenté et les scènes apicoles ne seraient que trois en tout et pour tout, ce qui confirme ce qu'on pensait déjà sur le miel comme prérogative royale. La plus ancienne de ces représentations funéraires se trouve dans la Vallée des Nobles à Louxor, l'ancienne Thèbes (voir carte : ) sur les collines de Gourna (nécropole de Gournah), dans la tombe du vizir Rekhmirê (image 1 et 2). Dans Matériaux pour servir à l'établissement d'un dictionnaire d'archéologie Egyptienne (Bull. d. l'Inst. français d'archéol. Orient. XIX), p. 163, Gustave Jéquier (égyptologue suisse,1868-1946) décrit ces scènes :
"Sur un massif de maçonnerie destiné à empêcher l'accès du rucher à certains animaux nuisibles, sont placées l'une au-dessus de l'autre trois ruches cylindriques (image 2), fermées à leur partie postérieure en forme de demi-sphères. Un homme debout présente devant les ouvertures des ruches, une coupe remplie de matières enflammées, pendant qu'un autre agenouillé, recueille à la main, sans l'aide d'aucun instrument, les gâteaux de miel qu'il dépose dans des écuelles; ces gâteaux sont de forme irrégulière et de petite taille; quant aux ruches, on peut estimer leurs dimensions, en tenant compte de la taille des deux hommes, à 0 m,60 de long sur 0 m,40 de diamètre environ. (...) D'autres personnages sont occupés à mettre le miel dans de grandes jarres, et peut-être, tout d'abord, à le faire égoutter pour le séparer de la cire." (image 2)


 1 et 2. Egypte, rive ouest de Louxor (ancien. Thèbes), tombe n°100 de Rekhmire ou Rekhmira, maire de Thèbes et vizir sous Thoutmosis II et Aménophis III (XVIIIe dynastie).

Fouilles de Norman de Garis Davies en 1944

vers - 1450
 3. Egypte, temple d'Hatchepsout à Deir-el-Medina (Dayr-al-Medina, Deir el- Medineh, anc. Nakhtamon)
Chapelle d'Hathor.
 
Titulature de Thoutmosis III
(- 1457 à - 1424), qui reçut par ailleurs du miel de Syrie en tribut.
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 2
 3

1.  Préparation du miel dans des pots et conservation dans des jarres  
2. A gauche, un homme s'occupe des jarres de miel. A droite, un homme debout enfume les ruches (formées de trois cadres fixes, superposés) pour tenir les abeilles tranquilles, pendant qu'un autre peut s'occuper de la ruche sans danger.

De l'Egypte antique à celle d'aujourd'hui, c'est avec les mêmes méthodes qu'on y a pratiqué l'apiculture : enfumage chaque année pour la récolte et ruche en argile superposée, la pire de toutes selon Columelle, qui ne préserve ni du froid ni du chaud : "Ce sont des tuyaux de terre cuite longs de près d'un mètre et larges de 0 m,20 ; on les bouche aux deux extrémités avec de la terre pétrie, et, dans l'une, des extrémités, on perce des trous pour laisser passer les abeilles. Puis on empile ces tuyaux les uns sur les autres horizontalement. Il est clair que ce type a disparu partout ailleurs ; c'est à cause du grave défaut constaté par Columelle." extrait de : Vie et Moeurs des abeilles de Maurice Mathis, Payot 1951

3. On s'amusera, sans connaître les hiéroglyphes, à reconstituer une partie du texte de la titulature, grâce à quelques symboles très visuels :
"L'Horus, taureau puissant aux belles apparitions ; le Nebty à la royauté durable comme celle d'Atoum ; l'Horus d'Or au glaive puissant qui repousse les Neuf Arcs ; Celui du Jonc et de l'Abeille, Menkheperourâ ; le Fils de Râ, Thoutmosis, aux apparitions radieuses, aimé d'Amon-Râ, doué de vie comme Râ."

 
On trouve les autres scènes apicoles dans les tombes de Pabasa (Pabes, Pabusa) et d'Anch-Hor, deux grands personnages nobles qui ont occupé les mêmes fonctions à quelques années d'intervalle, et enterrés eux aussi, comme il se doit, dans la vallée des Nobles, plus exactement dans la nécropole de l'Asasif (El-Assasif, Assassif) :

 4             5          
 

4.  Tombe de Pabasa, "Grand Majordome de la divine adoratrice" Nicotris I (Neitiqert), épouse de Psammétique I (XXVIe dynastie - 664 à - 610, TT 279 : Theban Tomb 279)
En haut : Récolte de miel 
En bas : Pabasa faisant offrande aux dieux d'un miel bien protégé dans des ruches cylindriques en argile. (Dans les temples d'Abydos et d'Edfou, ce sont les pharaons eux-même qui oignent de miel les statues des dieux (Moret, Rituel du culte divin en Égypte, p. 70-73).

5. Tombe d'Ankh-hor (Anch-Hor, Ankhor, TT 414), comme le précédent, majordome de Nicotris I et maire de Memphis. Offrande de miel.

LA CRÈTE

Comme l'Egypte pharaonique, la Crète minoenne connaissait l'apiculture depuis la haute antiquité et, comme elle, a intégré l'abeille dans son imaginaire religieux, sans que l'on connaisse bien sa symbolique, faute de documents à ce sujet. L'équipe de Richard P. Evershed (Evershed et al*. 1997a) a découvert en 1997, à Mochlos (Est de la Crète), des traces de combustion de cire d'insectes, en particulier d'abeille, dans des lampes et des coupes coniques datant de la période dite néopalatiale (1700 - 1450 av. J.-C.) et C. Davaras a montré la présence de ruches, en particulier sur des idéogrammes du linéaire B en forme de ruches (C. Davaras, "A New Interpretation of the ideogram *168," Kadmos 25(1986) 38-43, mais aussi : C. Davaras, "Minoan Beehives," in Studies in Honour of G.E. Mylonas III (Athens 1989) 1-7). Influencé par le commerce maritime avec l'Egypte, la Crète minoenne a produit de nombreux objets d'art sur le modèle égyptien. En ce qui concerne l'abeille, on les trouve dans le domaine des sceaux et des amulettes répertoriés dans l'important CMS (Corpus der Minoischen und Mykenischen Siegel : Corpus des Sceaux Minoens et Mycéniens, amulette numérotée II5: 314 ( image 9) qui, en Egypte, était une protection maternelle pour l'enfance (Dr L. Vance Watrous, Crete from Earliest Prehistory through the Protopalatial Period, dans Aegean Prehistory: A Review).

* R. P. Evershed, S. J. Vaughan, S. N. Dudd, and J. S. Soles,"Fuel for Thought? Beeswax in Lamps and Conical Cups from Late MinoanCrete," Antiquity 71(1997) 979-985.

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8. Crète, époque minoenne (vers - 1500), palais de Malia, nécropole de Chrisolakos (Krissolakkos). Musée archéologique d'Héraklion.
Pendentif en or martelé, fileté, repoussé, avec ciselure, polissage et grènetis (bordure de grains en relief sur le pourtour des monnaies, médailles, sceaux, etc.).
D'autres figures d'abeilles ont été retrouvées dans des tombes crétoises et donnent à penser que, comme en Grèce, les abeilles étaient censées transporter l'âme dans le séjour des morts.
9. Crète, Cnossos, vers - 1500, médaillon d'une amulette.
10. Cartes de la Crète : époque minoenne et époque actuelle.
11. Crète, Cnossos, vers - 1550, Tombes d'Isopata, Musée d'Hérakion.
Chaton (1 x 2 cm) d'une bague sigillaire. En joaillerie, le chaton, tête de la bague (en intaille ou matrice de métal), au-dessus de l'anneau, fixe en général une pierre précieuse. Dans le cas d'un sceau, c'est la gravure en relief qui imprime, à l'aide de cire d'abeille, la signature ou l'authentification d'un acte. Le sujet gravé n'est pas connu avec exactitude, mais on y voit généralement des déesses à tête d'abeilles dans une danse rituelle extatique.



LES HITTITES


Comme les Égyptiens ou les Mésopotamiens, les Hittites pratiquent l'apiculture et de vieilles tablettes d'argile en témoignent, parmi les 25000 trouvées à Hattusa (Hattousa, auj. Bogazköy), la capitale du royaume hittite (vers - 1600 et - 1200), qui font partie de ce qu'on appelle "Lois Hittites", découvertes à Bogazköy en 1906-1907 (ANET 188-197, seule traduction française, celle de Hrozný,1922) et écrites en caractères cunéiformes ou hiéroglyphiques. Le texte catalogué AOF* 28/1 (2001) est un texte de loi codifiant l'apiculture : Aux paragraphes 91-92, il est traité du vol d'abeille. La loi s'interroge sur la preuve du vol, les abeilles ne possédant pas de marque distinctive de propriété. "La formule parnaššeya šuwaizzi (§ 91) dénote la réparation du dommage sur les biens du fautif et non plus sur sa personne comme c'était le cas à un stade antérieur du droit hittite. Le vol de ruches (§ 92) était passible antérieurement de mort par piqûres d'abeilles. Elles exécutent la sanction en tant que victime du délit (dont la punition est prononcée par les hommes), peut-être parce qu'elle sont assimilées à des divinités mineures."

extrait de : http://chroniqueassyrio.free.fr/hittites.htm

* AOF : H. Winckler, Altorientalische Forschungen 1-3 (Leipzig 1897-1906); Berlin 1974 ff.).

"Un mythe hittite* le concernant nous est parvenu, auquel on a donné le titre du "Dieu qui disparaît". A la suite d'une colère, Télépinu [Telepinu, Telebinu, Telepinou, Telipinu, Telepinus, NDE]"s'en alla et emporta avec lui le grain". Le grand dieu-soleil, qui offrait une fête à laquelle il avait invité mille dieux, s'inquiéta, car ses convives se gavèrent sans pouvoir se rassasier, burent sans parvenir à étancher leur soif. On comprit que c'était à cause de la disparition de Télépinu. Dans le monde d'en bas, les animaux domestiques étaient abattus, la brebis négligeait son agneau, les arbres se desséchaient, les rivières se tarissaient. Les dieux* envoyèrent l'abeille à la recherche de Télépinu; elle le trouva endormi et le piqua pour l'éveiller, ce qui provoqua la colère du dieu, qui fit arrêter les sources, et qui entreprit de détruire l'humanité et le bétail. Seule l'intervention de la déesse Kamushépa parvint à le calmer grâce à sa magie et à la pratique des rites. Il semble que Télépinu ait été en même temps un dieu de l'Orage, ce qui explique son mythe, d'autres mythes du même type (disparition du dieu) concernant les dieux de l'Orage, et marquant la relation que les anciens agriculteurs avaient faite entre la fécondité de la terre et les pluies d'orage."

extrait de : http://arethuse1.free.fr/dico-divinite.php


*
MYTHE HITTITE : les versions des mythes de Telepinu et du dieu de l'orage se trouvent dans différents recueils de textes hittites, en particulier les corpus allemand KUB (Keilschrifturkunden aus Bogazkoy) en particulier KUB 17.10 et 33.1 à 33.14, américain ANET (Ancient Near Eastern Texts Relating to the Old Testament) ANET 126.7 à 126.9 et français CTH (Catalogue des textes hittites, Emmanuel Laroche, 1971) CTH 322-336.
Ils dateraient du roi Telepinu, fils de Suppiluliuma Ier ( Soupilouliouma, vers - 1525
- 1500)

* DIEUX : plus exactement la déesse-mère, Hannahanna, la mère de tous les dieux.

 L'INDE  
 Inde, Ghulam Reza, actif vers 1780-1782, British Museum, Collection Johnston, 003216 - J.51,17, dessin au lavis.


Kamadeva, le dieu indien du désir et de l'érotisme, est assis devant un couple sur un piédestal et sous un manguier (la mangue est un symbole de sensualité féminine). De sa main gauche, il tient un arc tendu par un fil d'
abeilles noires, et dans sa main droite, des flèches pourvus de fûts fleuris. Le "chaperon", debout, tient dans sa main une fleur de manguier.



"SACOUNTALA, effrayée : Ah ! voilà une abeille qui sort de cette fleur de jasmin... Elle en veut à mon visage. (Elle cherche à l'écarter.)
LE ROI, avec passion :
Le geste de son cou qui repousse l'insecte,
Le jeu de ses sourcils, ses regards langoureux,
Sa bouche qui s'entr'ouvre et son œil qui s'humecte
Semblent des appels amoureux.
(Avec jalousie.) O abeille ! je t'envie.
Tu frôles ses beaux yeux ; tu voltiges autour ;
Tu touches ses longs cils, ses cheveux,... et, pareille
A l'amant qui supplie et qui parle d'amour,
Tu murmures tout bas un chant à son oreille.
Elle tressaille, fuit, mais se défend en vain :
Tu bois la volupté sur sa lèvre enivrante,
Tu jouis d'un bonheur divin...
Et moi, je languis dans l'attente !"

extrait de : SACOUNTALA* (Traduit par Abel Bergaigne et Paul Lehugeur) Librairie des Bibliophiles, 1884, drame sanscrit en sept actes de Kâlidâsâ * (poète indien du Ve siècle)
emprunté au Mahâbhârata ("la Geste des Bhârata", en sanscrit : महाभारत), la grande épopée indienne, le plus long poème du monde (environ 250000 vers !) dont la légende dit qu'il a été écrit par le poète Maharshi Vyasa, avatar de Krishna, mais il est plus vraisemblablement une oeuvre collective, compilée entre environ - 400 et + 400. Le fil conducteur de l'histoire du Mahâbhârata est le conflit entre deux familles kshatriya (caste des guerriers) : les Pândavâs (Pandavas), les fils du roi Pându (Pandu), et les Kauravâs (Kauravas), les fils du Roi Dhritarâshtra (Dhritarashtra), frère aîné de Pându.

* SACOUNTALA : Sacountalâ ,Sakuntalâ, ou Shakuntalâ.
* KÂLIDÂSÂ : Kalidasa, Calidasa.


Le continent indien savait comment tirer le sucre de la canne depuis la haute antiquité mais son usage ne semble pas s'être généralisé avant le IIIe siècle avant notre ère, avant lequel le miel a été surtout utilisé à sa place. Comme en Orient, le miel y est associé au divin depuis la haute antiquité et nous le montrerons de quelle manière par divers exemples.

Les premiers témoignages écrits à son sujet seraient dans les lois de Manu, nom donné au Manava-Dharma-sastra (ou Manusmriti), récit métrique sanscrit transcrit vers les IIe/Ier siècles avant notre ère, à partir d'une tradition très ancienne, peut-être vers - 1500, censée venir du père de l'humanité lui-même, Manu, l'Adam hindou créé par Brahma.

Les lois de Manu citent souvent le miel, dont tout enfant mâle devrait être alimenté avant la coupure du cordon ombilical, en plus d'or et de beurre (Ch II, § 29), qui coulera au mieux si l'étudiant brahmane récite quotidiennement le Veda (Ch II, § 107), dont devra s'abstenir le brahmane, avec la viande, les parfums, les épices (Ch II, §177). L'étudiant "diplômé" (snataka) pourra tourner sa main droite en passant devant des choses sacrées, tels un monticule de terre, une vache, une idole, un Brahmane, le beurre clarifié , le miel, des arbres vénérables, un carrefour (Ch IV, § 39). Un Brahmane peut accepter de quiconque du miel, mais aussi du combustible, de l'eau, des racines ou des fruits (Ch IV, § 247). Mais un étudiant qui mangerait du miel ou de la viande accomplirait ensuite un simple krikkhra (sorte de punition, ch XI, § 159). Enfin, quiconque volerait du miel serait transformé en insecte piquant, du grain en rat, de l'or en grenouille, du lait en corneille, des condiments en chien, du beurre clarifié en ichneumon
(ch XII, § 62).

Par ailleurs, dans les récits sacrés, toujours, le miel fait partie des cinq nourritures célestes, ou Panchamrita (पञ्चामृत : pañcamrta, panchamrit, pancamrit, du sanscrit pan, pañca, cinq et amrit, amrta, mrita : immortel, immortalité, qui désigne aussi le nectar d'immortalité obtenu lors du barattage de la mer de lait originelle par les Devas et les Asuras, à l'aube de l'humanité. Les quatre autres éléments sont : le lait de vache, le yaourt, le ghee (ou ghî, beurre clarifié) et la mélasse (sirop résiduel de sucre de canne), nourritures offertes durant des cérémonies cultuelles.

"LA GRANDE DÉESSE DES AŚVIN

Jean Przyluski, du Collège de France

Dans un hymne de l'Avesta qui est consacré à la déesse Anãhita, celle ci est représentée tenant à la main un paquet de verges. A Rome et en Grèce, le culte de la Déesse Mère s'accompagnait de flagellation. Dans un hymne de l'Atharva Veda consacré à la Grande Déesse Aditi, elle est appelée madhukacaśa "celle dont le fouet est de miel" En comparant jadis ces témoignages, j'ai supposé, d'accord avec les ethnologues, que la fustigation était destinée soit à renouveler la vie des êtres, soit à augmenter leur vigueur ou leur pouvoir reproducteur. Partant de là, on comprend que la Grande Déesse, qui préside au renouveau et à la fécondité, ait pour attribut le fouet dans l'Inde védique, les verges en Italie, en Grèce et dans l'Iran.
Si, dans l'Atharva Veda le fouet (kaśā) de la déesse est comparé au miel (madhu), c'est sans douta parce que le miel est, entre tous les aliments, celui qui donne la vigueur et entretient la vie. Miel et fouet ont la même fonction: ce sont des stimulants; ils accroissent, renouvellent la vie des êtres. II était donc naturel de les unir en un seul nom : madhukaśā.
Mais tandis que l'Atharva Veda associe ces notions à la Déesse Mère, le Rg
[Rig, NDE] Veda en fait plutôt les attributs d'un couple de dieux: les Aśvin. Ils y reçoivent l'épithète madhvĭ qui n'est appliquée en outre qu'aux plantes et aux vaches et que Bergaigne traduit par "donnant la liqueur". Cette liqueur est le madhu ; elle est un gage de force, de vie, d'immortalité. Le char des Aśvin transporte cette liqueur, qui y est contenue dans une outre, et les Aśvin en arrosent le pâturage. Un autre attribut des Aśvin est le fouet et, de même que le fouet d'Aditi est appelé madhukaśā, celui des Aśvin est également désigné ainsi."

Dérivé de madhu, le madhupa ou madhupak est une boisson de miel et de yaourt que la mariée hindoue offre (par l'entremise de son père le plus souvent) à son nouvel époux lors de la cérémonie de mariage, quand elle n'offre pas le kasaar, une sucrerie à base de riz grillé et de miel.
 
 
Dans le Rig-Veda, toujours, les frères Rbhu (ou Ribhu) passent pour avoir été les premiers Aryens à avoir construit des ruches en roseau et en paille dans lesquelles un essaim était fixé (Dave; Joshi et al 1980). L'apiculture indienne traditionnelle est constituée pour une grande part de ruches-troncs ruches en pots, toutes deux couchées (apiculture horizontale), posées sur quatre tréteaux ou déposées dans des trous profonds. Comme dans toute l'Asie, cette apiculture coexiste avec la récolte sauvage du miel, qui restera (ou qui demeure) une activité importante dans beaucoup de régions du monde.

 
 
Le Mahâbhârata évoque des ruchers ("jardins d'abeilles"), des gardiens de ruchers, de la production de pollen, qui indique que l'apiculture était déjà assez développée et que le commerce du miel était dynamique. Comme dans beaucoup de textes hindous, le miel y est symbole, ici du plaisir et du désir (Livre XI, le Striparvan ou Livre des Femmes) :
"Dhrtarastra demande à Vidura, son demi-frère : "Montre-moi un chemin clair à travers les sombres fourrés du dharma." En réponse, Vidura raconte cette parabole (XI, 5-7) :
"On raconte qu'un brâhmane, retombé dans l'immense cycle des réincarnations, se trouva dans une forêt impénétrable, regorgeant de grands fauves,
Infestée de tous côtés par des lions, des tigres, des éléphants par milliers, terribles et affamés, faisant peur à la mort elle-même. A cette vue, son coeur tomba dans une détresse extrême. Il se troubla et ses cheveux se dressèrent sur sa tête.
Il parcourut cette forêt, courant de-ci de-là, cherchant de tous côtés, se demandant : Où me réfugier ? Tremblant de peur, il fuyait, cherchant à se glisser entre les fauves, mais il ne pouvait s'éloigner ni leur échapper.
Il découvrit que de tous côtés des filets encerclaient cette forêt sinistre et qu'une femme gigantesque l'enserrait dans ses bras. Cette forêt était cernée par des serpents à cinq têtes, hauts comme des montagnes, hauts comme des arbres énormes touchant le ciel. Au milieu de la forêt, il y avait un puits obstrué de lianes dissimulées sous des touffes d'herbe. Le brâhmane tomba dans ce puits masqué, et resta suspendu dans ce conduit tissé de lianes. Il pendait là, la tête en bas et les pieds en l'air, comme un gros fruit d'arbre à pain accroché à son pédoncule. Et même là, il lui arriva encore un malheur : il vit au fonds du puits, un énorme serpent, et au bord de la margelle un grand éléphant,
Possédant six têtes et douze pattes, tacheté de noir, qui s'approchait peu à peu de ce puits caché par les arbres et les lianes. Dans les branches de la liane à laquelle il était suspendu, habitaient toutes sortes d'abeilles sauvages qui le terrifiaient. Elles avaient déjà récolté leur nectar. Sans trêve, elles sécrétaient ce miel, savoureux pour toutes les créatures. Il n'y a pas que les enfants à l'aimer, ô vaillant Bharata ! De partout coulaient sans cesse des ruisseaux de miel. Cet homme, suspendu, buvait à tous ces ruisseaux et, dans ce péril, boire n'apaisait pas sa convoitise. Insatiable, il en désirait toujours plus ! Il n'était pas détaché de l'existence. Et même dans cette situation, le désir de vivre était enraciné en lui. Des rats blancs et noirs rongeaient la liane à laquelle il était suspendu.
La peur des fauves, la peur de la femme terrible à l'orée des bois, la peur du serpent au fonds du puits et de l'éléphant près du bord. La peur que la liane ne tombe à cause des rats, voilà ses cinq peurs, dit-on. Mais la sixième, la plus grande, c'était la peur des abeilles jalouses de leur miel. Et pourtant, même là, dans cette situation, rejeté dans l'océan de la réincarnation, il n'était toujours pas détaché de l'existence !
(...)
La grande forêt vierge dont il a été question, c'est la réincarnation. Cette forêt est dangereuse en effet, comme la jungle de la réincarnation ici-bas.
Les bêtes sauvages qu'on a montrées, ce sont, d'après les sages, les maladies, et la femme gigantesque qui domine la forêt, ils disent que c'est la vieillesse qui détruit le teint et la beauté. Le puits qui se trouve là, ô roi, c'est le corps de ceux qui se sont réincarnés. Le grand serpent au fond, c'est la mort, la fin de tous les mortels, celle qui emporte tout.
La liane au milieu du puits, à laquelle l'homme est accroché, c'est le désir de vivre des mortels. Ils disent que l'éléphant à six têtes au bord du puits, qui s'approche sournoisement de la liane, ô roi, c'est l'année : ses six têtes sont les saisons, ses douze pattes les mois. Ils disent que les rats qui s'emploient constamment à ronger la liane, ce sont les jours et les nuits des êtres vivants.
Les ruisseaux de miel qui coulent nombreux, il faut savoir que ce sont les plaisirs et les désirs où se plongent les hommes. Les sages qui comprennent que la roue de la réincarnation fonctionne ainsi, brisent les chaînes qui les attachent à cette roue."

extrait de : http://www.neurom.ch/mbh/206.htm

Le Brahmanda-purana (12000 vers) est probablement le texte le plus récent des Puranas (pouranas, en sanscrit : पुराण, "écrits des anciens temps"), dix-huit textes sacrés de l'Inde dont la rédaction se situerait entre - 400 et + 1000, mais qui sont cités par les Upanishads (vers -700 au XXe siècle) et le Veda (vers -1800 à -300), plus ancien encore, ce qui attesterait de la haute antiquité de ces textes. On y trouve là aussi une métaphore morale utilisant l'abeille et son miel :


"
Un jour qu’il allait au hasard dans la forêt, il rencontra le Roi Yadu qui, le voyant si heureux, lui demanda le secret de ce bonheur et le nom de son Guru. Dattâtreya répondit : “ Le Soi seul est mon Guru. J'ai également appris la Sagesse de vingt quatre autres individualités. Ainsi sont-ils aussi mes Guru". Dattâtreya indiqua le nom de ses vingt quatre Guru et parla de la Sagesse que chacun d'eux lui avait transmise : “Les noms de mes vingt quatre Guru sont la Terre, l’Eau, le Feu, le Ciel, la Lune, le Pigeon, le Python, l’Océan, le Papillon de nuit, l’Abeille noire, les Abeilles, l’Eléphant, le Cerf, le Poisson, la Danseuse Pingala, le Corbeau, l’Enfant, la Servante, le Serpent, le Fabriquant de flèches, l’Araignée et le Scarabée.
(...) D'une maison, j'obtins un peu de nourriture, d'une autre encore un peu, et ainsi j'apaisai ma faim. Je ne suis pas une charge pour le maître de maison. Cela, je le tiens de l'abeille noire* qui collecte son miel de toutes sortes de fleurs. Les abeilles ont beaucoup de mal à collecter de quoi faire le miel, mais qu'un chasseur arrive, il prend tout en un instant. Ceci m'enseigna qu'il est inutile d'amasser des biens. "

extrait de : http://ganapati.club.fr/dieux/trimurti.html

* ABEILLE NOIRE : bhramara en sanscrit, peut désigner un bourdon, un faux-bourdon bien noir de l'espèce apis dorsata, mais aussi toute espèce d'abeille, dont la dénomination courante est : "bha". A noter qu'un exercice respiratoire de yoga (ou pranayama) se nomme en sanscrit bhramari, tiré du nom du faux-bourdon (bhramara), car la technique produit un son simulant le bourdonnement du mâle de l'abeille. Le miel issu d'Apis dorsata porte le même nom, tandis que celui d'apis cerana indica est nommé maksika et celui d'Apis florea s'appelle ksaudra.

Parmi les dieux hindous, on n'oubliera pas de citer Krishna (Krsna, Krisna), intimement lié à la nature de l'abeille, comme le disent poétiquement les bergères (gopis) amoureuses du Seigneur des Seigneurs, dans le Bhagavatam, écrit du légendaire compilateur du Mahâbhârata, Vyasa (voir plus haut) :

"A l’époque, Vyasa était un vieil homme, mûri par l’acquisition de la connaissance, et jouissant d’une grande réputation pour sa stature spirituelle et le travail monumental qu’il avait accompli. Sa qualité de visionnaire profond inspirait aussi le respect. En dépit de tout cela, quelque chose de profondément ancré en lui restait insatisfait. Son mental était rempli d’agitation et une sensation d’inachevé le tourmentait. Au milieu de cette crise profonde dans laquelle il sombrait, son ami Narada vint lui rendre visite. Narada était bien connu pour sa compassion et son amour universel. Il se rendit immédiatement compte de la situation difficile dans laquelle se trouvait son ami, cette si grande âme, et il lui offrit l’avis suivant: “Ô, grand sage! La connaissance mène à un niveau de maîtrise intellectuelle élevée. Mais, comme la connaissance se concentre sur la pensée rationnelle, elle vide le cœur de son amour. Au contraire, l’amour rend la vie plus paisible. L’amour ajoute beaucoup de douceur à la vie. L’amour anime la vie en la débarrassant du poids de la connaissance et de la fatigue de l’action. L’amour est l’élément d’intégration qui nous permet de manifester la perfection et la beauté dans nos vies. Tu as sans aucun doute accompli un travail inimaginable pour l’humanité mais tu ne t’es pas encore penché, malgré toute ta sagesse, sur les avantages qu’on peut retirer de l’amour. Le moment est venu de méditer sur l’amour et de composer une œuvre sur l’amour.”
Vyasa prit à cœur l’avis de Narada et écrivit son œuvre bien connue le Bhagavatam. Lorsqu’il eut achevé cette grande œuvre sur l’Amour Divin, Vyasa chercha dans son entourage la personne à qui confier son nouveau trésor et son choix s’arrêta sur son fils Suka, un Paramahamsa pur et plein de dévotion, à la hauteur de la tâche. C’est pourquoi la Voie de l’Amour devint la Voie des Paramahamsas. Plus tard Suka transmit ce message sacré au roi Parikshita, un descendant de Krishna et d’Arjuna. La majeure partie de l’œuvre décrit l’amour entre Dieu et ses dévots et le reste est dédié à Krishna et aux Gopis.
L’amour des Gopis de Brindavan est un exemple sans égal du Suprême Amour Divin. Elles aimaient Krishna comme s’ils ne faisaient qu’un seul cœur et qu’une seule âme. Krishna quitta Brindavan à l’âge de dix ans en promettant aux Gopis qu’il reviendrait. Il alla faire ses études au Gurukulam ou l’école du Gourou puis ils se trouva confronté à tant de problèmes qu’il ne pouvait revenir. Mais il n’oubliait pas les Gopis et il leur envoya son cousin Uddhava avec un message.
Lorsque Uddhava arriva à Brindavan il trouva plusieurs Gopis assises les yeux fermés, complètement absorbées en méditation. Les heures passèrent et elles n’ouvraient toujours pas les yeux. Finalement Uddhava eut l’impression qu’elles revenaient à la conscience corporelle et se dit qu’il pouvait toucher leurs pieds. Puis il hésita craignant qu’elles ne le lui permettent pas. Au même moment, une abeille noire se posa sur l’un des orteils d’une Gopi. La Gopi se mit à parler à l’abeille: “Ô abeille, ne touche pas mon pied. Tu vas de fleur en fleur pour butiner le miel. Ta nature est la même que celle de Krishna qui butine l’amour et aime l’amour.” Uddhava profita de l’occasion pour leur adresser la parole: “Je suis Uddhava, un cousin de Krishna, et j’ai un message pour vous, une lettre. Vous pouvez la lire.” Les larmes se mirent à couler sur leurs joues et elles répondirent: “Ô Uddhava, ne sais-tu pas que nous ne savons pas lire? Nous ne connaissons qu’un seul mot, le mot amour. Nous ne l’avons pas appris dans un livre ni de quelqu’un d’autre mais de ce que nous ressentons en nos cœurs et nous l’avons dédié à Krishna. Ne vois-tu pas les larmes dans nos yeux? Le simple fait de regarder la lettre en délaverait l’encre. A quoi bon lire le message?” Uddhava répondit: “Dans ce cas, je vais vous le lire. Ecoutez toutes attentivement et concentrez y toutes vos pensées.” Les Gopis, simples et sans éducation, éclatèrent de rire: “Ô Uddhava on te croyait intelligent! Combien de pensées te passent par la tête? Nous n’avons de pensée que pour Krishna. Quelle pensée veux-tu que l’on t’accorde? Nos pensées appartiennent déjà à Krishna.” Tel était l’amour que ressentaient pour Krishna les Gopis de Brindavan, au mental et à l’âme uniques et sans détour."

extrait de : http://www.kriya.asso.fr/french/passa2.htm

Dans le Ramayana, l'autre grand poème de l'Inde, qu'aurait écrit Valmiki (Valmiky) vers - 500, le miel coule à flots pendant le mariage des époux parfaits Rama (avatar [litt. "descente"] de Vishnou) et Sitâ (avatar de Lakshmi, épouse de Vishnou ou Vishnu). Le miel est un attribut supérieur, divin, instrument de purification des âmes (Livre I) :

"Les urnes, pleines de ces ondes, étaient d’or massif ; autour de leurs flancs, on avait tressé en guirlandes les jeunes pousses des arbres qui se plaisent au bord des eaux, mêlées aux fleurs des nymphéas et des lotus. Des limons, des grenades, du beurre clarifié, du miel, du lait, du caillé, de la vase même et de l’eau, envoyés des plus saints tirthas, s’y mêlaient à toutes les choses distinguées par une influence heureuse." (...)
"Pourquoi les brahmes [brahmanes, NDE] (...) ne versent-ils pas sur ton front du miel et du lait caillé, suivant les rites, pour donner à ce noble front la consécration royale ?" (...)
"Les âmes, qui ont obtenu de naître dans une race comme est la tienne ne vont jamais dans une condition inférieure : tombé de ce lieu-ci, va donc en ces mondes où coulent des ruisseaux de miel."


extraits de "Poème sanskrit de Valmiky", traduction d'Hippolyte Fauché, Éditions A. Lacroix, Verborckhoen & Co, 1864.

 
"De même que l'abeille assoiffée de miel qui se pose sur le lotus* au coucher du soleil ignore que la fleur la prendra au piège quand la nuit sera tombée, ainsi une personne ambitieuse, assoiffée de gloire, est inconsciente de tous les dangers."

extrait du Pancatantra (Ier-IIe siècles, anonyme, en sanscrit : "Le livre des Cinq" (chapitres)), fables moralistes et animalières, peut-être le premier ouvrage indien traduit en langue européenne (au XIe siècle, en grec).

* LOTUS : l'image du lotus est fréquente dans les textes sacrés de l'hindouisme, souvent associée au dieu Vishnou, dieu de la trinité (primurti) hindoue avec Brahma (dieu de la création) et Shiva (dieu de la destruction).

 
sources textes :
 

- Vie et Moeurs des abeilles de Maurice Mathis, Payot 1951 (mythologies)
- Monier-Williams (1819-1899), Sanskrit-English Dictionary' (étymologie d'abeille en sanskrit)
- http://nefertiti.iwebland.com/timelines/topics/beekeeping.htm (abeille-histoire-egypte)
- http://www.culturediff.org/CCdE6-Pfouma.pdf (étymologies)
- http://www.ulg.ac.be/archgrec/IMG/aegeum/aegaeum18(pdf)/08%20Watrous.pdf (relations Egyptiens, Minoens et Mycéniens antiques)
- http://www.asor.org/HITTITE/CTHHP.html (catalogue CTH)


sources images :

- http://godieu.com/doc/babylones/figure42.html (lion mithraïque)
- http://www.ibra.org.uk/Resources/PDF/bw.pdf (abu ghorab)
- http://www.osirisnet.net/tombes/nobles/rekm/rekhmire.htm (tombe rekhmire)
- http://villemin.gerard.free.fr/CultureG/Irak_fichiers/image002.jpg (carte mésopotamie)
- http://www.luxor.gov.eg/english/westbank/west%20bank.jpg (carte vallée des nobles)
- http://www.ancient-greece.org/images/maps/ancient-crete.swf (carte crète)
- http://www.imagesonline.bl.uk/britishlibrary-store/Components/106/10694_1.jpg (kamadeva)
- http://ccwf.cc.utexas.edu/~perlman/myth/knring.htm (anneau sigillaire isopata)
- http://ing.all2all.org/media/d_TBBrochureSfinksFR_01186.pdf (sphink abousir)
- http://commons.wikimedia.org/wiki/Image:AncientEgyptianRelief-BeeHieroglyph-ROM.png (senusret)
- http://www.flickr.com/photos/manna4u/523642070/in/photostream/ (pabasa)
- http://www.flickr.com/photos/paulbeckers/6938704514/sizes/l/in/photostream/ (ank-hor)

 

 

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