ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

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  --Le temps des Robertiens



 
Robert le Fort (+ 866)

 
Au même moment où règne Charles le Chauve, apparaît un personnage important de l'histoire de France, à l'origine de la dynastie Capétienne, c'est Robert le Fort. C'est un grand aristocrate de Francie orientale, lié à notre sujet par les places de choix qu'occupèrent différents membres de la famille. Robert, tout d'abord, est le fils de Robert Comte de Worms (+822) et le petit-fils de Robert Duc de Hesbaye sous Charlemagne. Le frère de Robert de Hesbaye était Cancor, qui fonda la fameuse abbaye de Lorsch en 764, dans l'actuelle Allemagne. Robert le Fort appartenait à la même famille qu'Irmingarde, la première épouse de l'Empereur Louis le Pieux. Il épousa (probablement) Adélaïde, de la famille des Etichonides, fille de Hugues le Peureux Comte de Tours et veuve de Conrad Ier, abbé de Saint-Gall, de la famille des Welfs (ou Guelfes).

Il devint en 852 abbé laïc de Marmoutier, et en 853, "Missus Dominicus" pour le Maine, l'Anjou, la Touraine, le Corbonnais et le pays de Seez. Charles le Chauve viendra à lui confier (en 865) la défense entre Seine et Loire contre les Bretons et les Normands avec le titre de Duc.
Il recouvre alors, le Comté de Tours, l'Abbaye de Marmoutier et obtient les Comtés d'Anjou et de Blois ainsi que l'Abbatiat de Saint- Martin de Tours. Il devient ainsi l'un des hommes les plus puissants du Royaume et en tout cas son plus hardi défenseur contre les Normands. C'est en les combattant qu'il meurt à Brissarthe en 866.
 
A sa mort, "son beau-fils, Hugues-L'Abbé, se voit confier par le roi la tutelle de Robert et Eudes, les enfants en bas âge de Robert le Fort, ceux-ci étant trop jeunes pour assumer les charges et honneurs de leur père.
Hugues l'Abbé s'acquitte fort bien de son rôle de tuteur et fortifie leur position quant aux places fortes héritées de leur père : Orléans, Meung sur Loire, Blois, et Châteaudun.
Il avait déjà inauguré la politique d'appui religieux en devenant en 856, abbé laïc de Marmoutier. Après la mort de Charles le Chauve, il devient archi-chapelain du palais et conseiller du nouveau roi Louis II le Bègue, puis de ses successeurs, Louis III et Carloman (...) Hugues se fait attribuer la charge d'abbé laïc de Saint-Martin-de-Tours qui s'ajoute à celles qu'il a déjà de Marmoutier et de Saint-Aignan d'Orléans. C'est une volonté délibérée de sa part que d'unir l'église et le pouvoir civil dans la grande tradition carolingienne, et c'est lui encore qui, à la mort prématurée de Carloman, rappelle l'empereur germain Charles le Gros, fils de Louis le Germanique, à la tête de la "Francia Occidentalis", pour reconstituer le "Regnum Francorum", l'empire de Charlemagne". Charles le Gros se retirera finalement en Alsace, puis, déposé à la Diète de Tribur (novembre 887), il finit sa vie à l'abbaye de Reichenau, en Souabe, l'année suivante. Rappelons qu'en 881, Charles le Gros, alors empereur d'Allemagne et roi de France, donna l'abbaye d'Etival, dans les Vosges, à sa femme Richarde qui y installa 13 chanoines et un prévôt. L'abbaye devint dépendante de l'abbaye d'Andlau en Alsace, que Richarde avait déjà fondée.

Eudes Ier, Roi de France de 888 à sa mort, en 898

"C'est le fils aîné de Robert le Fort et d'Adélaïde.
A la mort de Robert c'est Hugues l'Abbé qui est investi des dignités détenues par son père. Grâce à Gozlin, le futur évêque de Paris, de la famille des Rorgonides, Eudes obtient le Comté de Paris à la mort du Welf Conrad.
Gozlin fut l'homme de confiance de Charles II le Chauve et maintenant il est le grand rival de Hugues l'Abbé. C'est lui et son parti qui offrent la Couronne de France à l'Empereur Charles le Gros.
Le nouveau Comte de Paris se couvre de gloire dans la défense de la ville, assiégée par les Normands pendant l'hiver 885-6. Devenu l'homme de confiance de l'Empereur Charles le Gros, il récupère en septembre 886 après la mort de Hugues l'Abbé, le commandement militaire (marquisat de Neustrie) qu'avait tenu son père Robert, avec tout ce qui en dépend : les Comtés d'Anjou, du Maine, de Touraine, de Blois, d'Orléans, les abbayes de Marmoutier et de Saint Martin de Tours. Il y ajoute après la mort de Gauzlin (ou Gozlin, qui était son soutien) les abbayes de Saint Denis et de Saint Germain des Prés en particulier. "
 
Extrait de : http://www.francebalade.com/histo/capetiens.htm

A partir de 893, Charles le Simple livre à Eudes une compétition qui demandera à ce dernier de chercher des appuis, dont le plus important sera celui du comte d'Autun, Richard le Justicier (frère de l'impératrice Richild et du roi de Provence, Boson), qui réunit alors les comtés de Bourgogne. En récompense de cet appui, Eudes lui octroiera les abbayes de Saint-Germain d'Auxerre et de Sainte-Colombe de Sens. Au même moment, mais cette fois plus au Nord, en Flandres, Baudouin II étend sa domination sur le Ternois, avec la prestigieuse abbaye de Saint-Bertin (892). Il est même un temps maître de l'abbaye Saint-Vaast d'Arras, mais il doit l'abandonner en 899.
 
 
 
Charles III le Simple (898/922)

 
Suite à l'accord que Charles a passé avec Eudes, qui le fera succéder à ce dernier et les uniront contre l'envahisseur Normand, le pouvoir royal de Charles est sévèrement amoindri, diminué de tous les palais, terres, domaines et abbayes auxquels Charles a dû renoncer à cette occasion, lors de l'accord avec Eudes. En 902, Charles investit Ebles Manzer, avec qui il a été élevé, Comte de Poitou. En effet, Ebles Manzer (902-935) avait repris à Aymar le contrôle du Poitou, aidé en cela par Guillaume le Pieux. Ebles récompense d'abord le Vicomte Savary Ier de Thouars auquel il donne l'Abbaye de Saint-Maixent (quant à son neveu, Aimery II, il fera don en 955 de terres à Faye l'Abbesse, au bénéfice de l'Abbaye Saint Bonneval-lès-Thouars).
La paix revient alors quelques temps en Poitou et les moines de l'abbaye de Charroux peuvent ramener chez eux les reliques qu'ils avaient abritées à Angoulême. En 911, Ebles est à Chartres dans l'armée qui combat Rollon, l'issue en est le célèbre Traité de St Clair sur Epte qui établit les Normands en France, et qui fera d'eux de grands bâtisseurs d'abbayes...après en avoir beaucoup détruit !

Notons qu'en 919, un Acte de Charles III garantit protection royale et immunité de l'abbaye de Brogne, fondée par Gérard vers 914.
 
Après 920, le roi de France abandonne les affaires du Royaume à un favori, Haganon. Il lui donne en 922 l'Abbaye de Chelles qui appartenait à la Comtesse du Maine, fille de Charles II le Chauve. Ceci provoque une révolte des grands seigneurs et en particulier des Robertiens, apparenté à la famille des Comtes du Maine. Charles III se défend en faisant appel aux Normands. Cette erreur conduit à sa destitution et à son remplacement par Robert de Neustrie qui est couronné à Reims en 922 par l'Archevêque de Sens. Robert meurt près de Soissons en combattant contre Charles III qui essaie de reprendre sa couronne. "
 
Extrait de http://www.francebalade.com/histo/capetiens.htm
 

Guillaume (Ier) le Pieux ( + 918).

La réconciliation de juillet 893, par laquelle il recouvre ses terres et obtient la dignité d'abbé laïc de Saint-Julien de Brioude, précède de peu le couronnement de Charles le Simple qui reconnaît Guillaume, ce dernier s'autoproclamant duc d'Aquitaine. A la mort d'Eudes, il s'appropriera même le droit de battre monnaie (oboles et deniers à son nom).
Dès lors, il se désintéresse alors du problème dynastique et se consacre au gouvernement de sa principauté, où il n'a de pouvoir incontesté que dans le noyau primitif fondé par l'Auvergne. Il cherche à créer son propre réseau de fidélités parmi les membres de la noblesse locale, se heurtant en particulier au refus du comte Géraud d'Aurillac, fondateur du monastère de Saint-Clément d'Aurillac vers 871, fils d'un important aristocrate, Abbon, qui fut abbé laïque de Tulle et conseiller du duc d'Aquitaine Guillaume le Pieux. Ce dernier fonda, quant à lui, de nombreuses abbayes et se répandit en largesses pour les églises, ce qui lui valut le surnom de Guillaume le Pieux. Déjà, Ermengarde, sa mère, comtesse d'Auvergne fait bâtir une abbaye de bénédictines à Blesle, qui n'est alors qu'une villa. Placée sous protection papale et dédiée à Saint-Pierre, l'abbaye sera indépendante des autorités religieuses locales.
 
C'est lui qui, le 11 septembre 909 ou 910, qui cède le domaine de Cluny , situé dans le Mâconnais, aux moines dirigés par Bernon : c'est l'origine de la grande congrégation clunisienne, l'Ecclesia Cluniacensis.
 

 
Robert Ier, Roi de France de 922 à sa mort, en 923.

"Il est le frère d'Eudes I, Roi de France.
Dès la mort de Hugues l'Abbé il devient Abbé laïque de Marmoutier. En 888, son frère Eudes accède au Royaume de France et lui transmet des "honneurs": la Marche de Neustrie, les Comtés de Paris, Blois, Tours, Orléans et les Abbayes de st Martin de Tours et de St Aignan d'Orléans. Il a la charge de défendre toute la région Ouest contre les Bretons et les Normands.
Robert fut toujours fidèle à son frère, le Roi Eudes, en particulier dans la lutte contre Charles le Simple entre 893 et 897. (...)
 
Extrait de http://www.francebalade.com/histo/capetiens.htm


 
"Les Robertiens d'Orléans sont les premiers protecteurs et les propagateurs de la réforme clunisienne. Ils le demeureront d'autant plus que les deux grandes abbayes de leur fief que sont Saint-Benoît et Micy sont de règle bénédictine. Elles sont les premières à imposer la réforme. On retrouvera par la suite des amitiés régulières entre les Robertiens orléanais et les abbés de Cluny."
 
Extrait de http://www.royalement-votre.com/structur/frmst11.html

 
Hugues l'Abbé ( + 956).

Après Robert, frère de Eudes et fils de Robert le Fort, lui succédera son propre fils Hugues, dit Le Grand, ou Hugues l'Abbé, car abbé laïc de nombre d'abbayes :
"Le père de Hugues Capet n'était riche que par ses abbayes, et on l'appelait Hugues l'abbé" (extrait de l'article ABBAYE du Dictionnaire Philosophique de Voltaire).
En effet, Hugues le Grand, duc de France, était abbé de Saint Denis et de Saint-Germain-des-Prés (ou anciennement Prez), pour ne citer que deux monastères célèbres. Hugues fit, de toute évidence, confusion des biens des abbayes et de son patrimoine ; c'est ainsi, par exemple, que l'Yveline passa aux mains du Duc, puis des rois de France.

C'est Hugues qui fera revenir sur le trône le fils d'un second mariage de Charles le Simple, jeune enfant parti avec sa mère en Angleterre, et qui s'appellera Louis IV d'Outremer :
 
"On donnait des abbayes aux reines pour leurs menus plaisirs. Ogine, mère de Louis d'Outremer, quitta son fils, parce qu'il lui avait ôté l'abbaye de Sainte-Marie de Laon, pour la donner à sa femme Gerberge. Il y a des exemples de tout. Chacun tâche de faire servir les usages, les innovations, les lois anciennes abrogées, renouvelées, mitigées, les chartes ou vraies ou supposées, le passé, le présent, l'avenir, à s'emparer des biens de ce monde; mais c'est toujours à la plus grande gloire de Dieu. Consultez l'Apocalypse de Méliton par l'évêque de Belley. " (extrait de l'article ABBAYE du Dictionnaire Philosophique de Voltaire).
 
C'est Hugues, qui apportera sa protection au jeune roi Lothaire, fils aîné de Louis IV, et qui gouverne avec l'assentiment des grands, tel Thibaud dit le Tricheur (+977), qu'il fit comte de Tours en 941, et qui fonda l'abbaye Saint-Florent-le-Vieil à Saumur. Sa femme, Liutgarde (ou Leutgarde) de Vermandois*, a été inhumée dans l'Abbaye Saint Père de Chartres.

* Les comtes de Vermandois : Ils sont à l'origine de la formation de la Champagne, sont issus du deuxième fils de Charlemagne, Pépin Roi d'Italie, et possèderont certaines abbayes de Francie de l'Ouest entre 896 et 943 environ, qui permettent souvent de rémunérer les services fournis au Roi par les Comtes. Le premier comte de Vermandois, Herbert Ier (+902), sera maître de l'abbaye de Saint-Quentin en Vermandois et de Saint-Crépin de Soissons, qu'il détiendra au titre de comte de Soissons (898); Herbert III (+ 980) sera abbé laïque de Saint-Médard de Soissons; Robert (+967) recevra l'abbaye de Lagny; Herbert IV (+ 995) s'empare de l'Abbaye de Montier en Der en 990, que conserveront son fils Etienne (+ 1020), le dernier comte de la lignée.

Le règne d'Hugues l'Abbé voit le renouveau du monachisme de l'ancienne Neustrie occidentale, durement touché par les envahisseurs Normands qui, non seulement donneront leur nom à une partie de la région, la Normandie, bien sûr, mais participeront activement (du moins leurs successeurs) au rayonnement de la vie monastique de la région. Si le chef Normand Rollon, par le fameux traité de Saint-Clair sur Epte en 911, accepte d'installer les siens contre une paix qu'il respectera scrupuleusement, s'il prend femme chrétienne, se convertit lui-même, il n'est pas à l'origine de la renaissance monastique que nous venons d'évoquer : voir La Normandie ducale.

Peu avant sa mort, Hugues l'Abbé revient dans son vieux fief familial d'Orléans, nomme son ami l'abbé Herlin comme premier chancelier et garde des sceaux.
Il fait de nombreux dons aux abbayes de Micy, et de Saint-Benoît dont son ami Odon de Lagery -ancien chanoine de Saint-Martin et second abbé de Cluny- est le supérieur, et où étudie un moine nommé Constantin, astronome, musicien, qui deviendra plus tard abbé de Micy et qui est l'ami du moine Gerbert d'Aurillac, le précepteur de son fils. Il fait donation aux chanoines de Chartres de la seigneurie d'Ingré, près d'Orléans.
 
Il impose par testament la "coutume royale", c'est-à-dire le droit d'aînesse.
C'est donc son fils aîné, Hugues Capet, qui, à 15 ans devient comte de Paris et d'Orléans.
 

Avant de parler d'Hugues Capet, qui n'est effectivement souverain que d'un très petit domaine, nous allons nous arrêter sur la nouvelle entité qui se forme à l'Est de la France, où Louis IV finit par perdre la Lotharingie en 942 au profit d'Otton Ier, après une longue campagne militaire. C'est la période ottonienne de ce nouvel empire germanique que nous allons examiner maintenant, période de grands bouleversements qui sont les débuts de la féodalité, qui entraînent de profondes mutations, accompagnant un mouvement très important de réformes monastiques, dont Cluny représente le mouvement phare, mais aussi des mouvements dits de la Paix de Dieu ou de la Trêve de Dieu. Toutes ces initiatives ont leur racine dans les multiples violences qui désagrègent les sociétés chrétiennes depuis le milieu du IXe siècle : les invasions barbares (hongroises, normandes), puis les guerres de pouvoir que se font les puissants et qui vont bientôt remodeler les structures de la société, civile ou monastique.
 

 
Sources :

http://www.francebalade.com/histo/capetiens.htm
http://www.francebalade.com/poitou/ctpoitou.htm
http://www.royalement-votre.com/structur/frmst11.html
http://perso.wanadoo.fr/roger.castelain/simple.htm
http://www.monum.fr/m_stmichel/histoire/index.htm (mont saint-Michel)
 

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