ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
 

----LE------------
SILENCE

 


 

Motus et bouche cousue

 
Le silence est d'or, au monastère. Tous les monachismes du monde en font un critère essentiel de la vie communautaire. Tous les moines du monde se retirent de ce dernier pour méditer et ont besoin de taire toutes sortes de parasites extérieurs qui empêcheraient d'entendre les vérités les plus profondes, de Dieu, de Bouddha, du Tao...

Dans les premières communautés d'Egypte, aux
kellias, un moine avait osé rire pendant le repas hebdomadaire pris en commun : Jean Kolobos en avait pleuré !En Palestine, saint Chariton donna une règle rigoureuse à ses moines où jeûne et abstinence perpétuels, unique repas quotidien fait de pain, d’eau et de sel, silence et offices liturgiques de jour et de nuit étaient observés.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le monachisme occidental ait fait du silence une donnée majeure de la vie quotidienne. Dans sa Règle, le père des Bénédictins a consacré au silence tout un chapitre (6) à cette notion :

"Garder le silence
 
1 Faisons ce que dit le Prophète : « Je veux surveiller ma conduite pour ne pas pécher avec ma langue. J'ai mis un frein à ma bouche. J'ai gardé le silence. Je me suis fait petit et je n'ai même pas parlé de choses bonnes » (Psaume 38, 2-3)
 
2 Voici ce que le Prophète veut montrer. Quelquefois nous devons éviter de parler, même pour dire des choses bonnes. Et cela, par amour du silence. Alors, nous devons encore plus éviter les paroles mauvaises, à cause de la punition que le péché entraîne.
 
3 Savoir garder le silence est très important. C'est pourquoi, même pour dire des paroles qui sont bonnes, des paroles saintes qui aident les autres, les disciples parfaits recevront rarement la permission de parler.
 
4 En effet, la Bible dit : « Quand tu parles beaucoup, tu n’évites pas le péché » (Proverbes 10, 19).
 
5 Et ailleurs : « La langue est capable aussi bien de tuer que de donner la vie » (Pr 18, 21).
 
6 D'ailleurs, c'est le maître qui parle et qui enseigne. Le disciple, lui, se tait et il écoute. Voilà ce qui convient à l'un et à l'autre.
 
7 C'est pourquoi, quand on a quelque chose à demander au supérieur, on doit le faire avec humilité et grand respect.
 
8 Les plaisanteries, les paroles inutiles et qu'on dit seulement pour faire rire les autres, nous les condamnons partout et pour toujours ! Et nous ne permettons pas au disciple d'ouvrir la bouche pour ces paroles-là !"

extrait de :
http://www.bakry.com.fr/rsb/RSB0_7.htm#CHAP06

Le chapitre 24 de la Constitution de l'Ordre Cistercien (1134) est clair lui-aussi :
 
"La garde du silence
 
Dans l'Ordre, le silence est une des principales valeurs de la vie monastique. Il assure la solitude du moine dans la communauté. Il favorise le souvenir de Dieu et la communion fraternelle; il ouvre aux inspirations de l'Esprit-Saint, entraîne à la vigilance du cœur et à la prière solitaire devant Dieu. C'est pourquoi en tout temps, mais surtout aux heures de la nuit, les frères s'appliquent au silence, gardien de la parole en même temps que des pensées"

extrait de :
http://users.skynet.be/bs775533/Armand/chap/chapitre-000319-fra.htm

Les coutumiers monastiques distinguent en général deux types de silence à appliquer dans l'enceinte de la clôture du monastère : le silence simple et le grand silence. Saint Benoît en parle à plusieurs reprises dans sa règle :
 
"Les moines doivent s'appliquer à garder le silence tout le temps, mais surtout pendant la nuit. (...) Et, en sortant de Complies, aucun moine n'a plus la permission de dire quelque chose à un autre. Si on trouve un frère qui n'obéit pas à cette règle du silence, on le punit sévèrement. Mais on peut parler exceptionnellement, quand il faut recevoir des hôtes, ou quand l'abbé doit donner un ordre à quelqu'un. Pourtant, même dans ces cas-là, on agira avec un grand sérieux et une grande réserve."
 
"Pendant le repas, on garde le silence complet. Ainsi on n’entend personne parler à voix basse ou à voix haute, on entend seulement celui qui lit. Pour la nourriture ou la boisson, les frères se servent les uns les autres. Alors personne n’a besoin de rien demander. Pourtant, si on a besoin de quelque chose, on le demande par un signe plutôt que par la parole. Et pendant le repas, personne ne doit se permettre de poser des questions sur la lecture ou autre chose, et cela, pour éviter tout désordre. Mais le supérieur peut dire quelques mots, s’il le veut, pour faire du bien aux frères. " (source citée)
 
La constitution cistercienne que nous avons évoquée ci-dessus évoque, toujours au numéro 24 : "Selon la tradition de l'Ordre le silence doit être observé surtout dans les lieux réguliers, tels l'église, le cloître, le réfectoire, le scriptorium. La récréation n'est pas en usage dans les communautés de l'Ordre." (source citée)

 
Le langage des signes
 

"L'utilisation du langage des signes semble remonter au tout début du monachisme, mais le premier témoignage d'un système organisé de signes visuels remonte à la fondation de Cluny.
 
Saint Odon (879-942) imposa d'utiliser des gestes pour quasiment tous les échanges. A partir du XIe siècle, l'expansion de Cluny poussa de nombreuses communautés disséminées dans toute l'Europe à adopter les signes clunisiens ou des variantes. Comme à Cluny, les premiers signes cisterciens servaient à communiquer des informations pratiques et non à la conversation. Au cours des siècles suivants, l'observance d'un silence absolu devint moins rigoureuse chez les cisterciens, tout comme chez les clunisiens. Ce relâchement ne pouvait qu'entraîner la disparition des systèmes de signes, devenus inutiles. "

extrait de :
http://www.cister.net/disc_vie.htm#signes

" Les moines de Cîteaux utilisaient des signes pour tout ce qui touchait aux activités de la vie courante. Leur combinaison permettait de tenir de grandes conversations; aux signes codifiés s'en ajoutaient d'autres, issus de l'imagination des religieux et correspondant à des situations particulières. Leur base commune permettait à la communauté des moines cisterciens de pouvoir communiquer quel que soit leur pays d'origine, les signes formant alors une langue universelle. (...)
 
Il n'est pas établi que la première structuration de la langue des signes employée par les sourds, réalisée par l'Abbé de l'Epée durant le XVIIIe siècle, ait bénéficié d'un apport et de l'expérience de la Langue des Signes Monastiques pratiquée par les moines cisterciens. Des correspondances sont toutefois relevées par des auteurs qui ont conduit des études comparatives. "

extrait de :
http://www.yanous.com/tribus/sourds/sourds020614.html

Pour avoir une idée de ces signes, nous citerons quelques exemples fournis par Dom Martène (1654-1739), dans son De Antiquis Ecclesiae Ritibus (chapitre 18, Section 4.) et traitant des échanges dans une bibliothèque d'un monastère : "Observez les moines communiquant avec le bibliothécaire. On veut un Missel et il feint, comme les enfants disent, de donner des feuilles, faisant ainsi le signe général pour un livre, ou alors il fait le signe de la Croix. Un autre veut les Évangiles et il fait le signe de la Croix sur le front. Ce frère veut un livre païen et, après avoir fait un signe banal, il griffe son oreille de son doigt comme un chien éprouvant des démangeaisons à ses pieds (...) si une telle langue de signe a été vraiment maintenue, elle a dû être largement complétée au fur et à mesure que la bibliothèque a augmenté de taille, car en frappant le pouce et le petit doigt, on réclamait un Antiphonaire, en faisant un signe de Croix et en embrassant un doigt, on réclamait un Graduel (...). Mais probablement si cette règle a été observée en tout - et nous ne pensons pas cela très probable - les signes ont été employés seulement pour les livres d'église et le plus souvent dans l'église même. Dans presque chaque monastère la règle du silence a été observée."

 

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