ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
 menu du chapitre MEDECINE

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SCRIPTORIUM
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SUPPORTS D'ECRITURE

Le papyrus (2)



Quelques exemples de ces documents en papyrus de scriptoria médiévaux, classés par ordre chronologique :

- deux feuillets du texte de l'homélie qu'Avit de Vienne a lu pour l'inauguration (22 septembre 515) du monastère saint Maurice d'Agaune
- le Moralia in Job de Grégoire le Grand (VIe siècle).
- Papyrus, 91 x 34 cm. Confirmation (en 625) par le roi Clovis II ( + 657) des "privilèges accordés à sa demande à l'abbaye de Saint-Denis par Landry, évêque de Paris. Document en latin portant le monogramme royal et les souscriptions de nombreux évêques parmi lesquels Eloi, évêque de Noyon."

extrait de la page web :
http://brea.culture.fr/sdx/archim/voir.xsp?id=00000276

- Feuillet très rare, fait de parchemin doublé d'un ancien papyrus (2e moitié du VIIe siècle). Le parchemin mérovingien, en écriture cursive détaille les comptes de l'abbaye Saint-Martin de Tours, concernant des montants de produits dus au monastère. Ce parchemin a été fixé sur un papyrus grec de saint EphraIm le Syrien, un poème sur saint Joseph. C'est le plus vieux manuscrit conservé du scriptorium de Saint-Martin de Tours et le plus vieux papyrus de l'antiquité conservé au Nord des Alpes.
 

- En 787, l'abbé de Saint-Denis, Maginaire, écrivait sur papyrus un rapport à Charlemagne sur une mission en Italie.


Un manuscrit égyptien de l'Ancien Empire, vers 2100 avant notre ère, parle à peu près ainsi du métier d' "arracheur de papyrus" :
"L'arracheur de papyrus remonte le fleuve vers les marais, afin de couper pour lui les tiges [litt. les flèches] ; lorsqu'il a travaillé au-delà de ce que ses bras peuvent faire, les moustiques l'ont massacré, les mouches des sables l'ont tué, il va mal, il est rompu."

Dans son Histoire naturelle (Historia Naturalis), Pline l'Ancien ( vers 30-79) nous a décrit les différentes étapes de sa fabrication (Livre XIII, § 74-82). Tout d'abord, La tige de la plante est coupée avec un couteau de haut en bas pour former de longues bandes ( philyrae ) de quelques centimètres de large sur 12 cm de long environ. Puis, placées côte à côte, se chevauchant à leurs bords, on forme une première bande verticale, doublée d'une bande horizontale. Après avoir mouillé les deux couches de papyrus, on les bat très énergiquement (la discipline militaire pharaonnique exigeait que le puni soit "battu comme papyrus"), ce qui a pour effet de libérer l'eau et l'amidon contenus dans la plante : cette colle naturelle liait ainsi les deux couches de bandes. Lissé à la pierre ponce et séché, l'ensemble des bandes formait alors une bande entière de papier (schida) parfaitement résistante, une feuille (plagula, en latin; kollema, en grec) à présent utilisable par le scribe.

On pourra utiliser de la colle faite avec la farine ( procédé en usage jusqu'aux techniques modernes de colle !) pour faire de ces bandes de papier un véritable rouleau. Le document obtenu s'appelle carta, charta, charta, tomus, chartarum tomi, tomus chartaceus, chartinacius (corespondance de l'abbé Loup de Ferrières), chartaceo codice (Cassiodore), en latin (le rouleau lui-même, volumen*, rotulus*) ; chartes, tomos, biblion, en grec, ce dernier ayant donné le français " bible ".

* Le volumen est le rouleau antique, utilisé jusqu'au IVe -Ve s, qui se déroule horizontalement. Le rotulus est le rouleau médiéval, qui se déroule verticalement.

L'aspect rêche du produit obtenu pouvait être gommé à l'aide d'un marteau, d'un poids, d'une défense d'éléphant ou d'un verrat : plus le papier était lisse, plus la brosse glissait sur le papier. Pour écrire sur le papyrus, on utilise principalement le calame ( roseau taillé, cité à de nombreuses reprises par les Pères de l'Eglise ), que nous décrirons au prochain chapitre, puisque c'est ce qu'on utilisera aussi pour écrire sur les parchemins. Précisons seulement que, dans l'Egypte pharaonique, la pointe en était douce et usée, comme un pinceau, alors que les gréco-romains l'aimaient dure et pointue.

Attaqué par le temps, l'humidité, les insectes, le papyrus était traité avec toutes sortes de substances, qui avait surtout pour fonction de maintenir la pureté du papier.

Le papyrus pouvait être aisément roulé sur lui-même. Les Grecs et les Romains, pour en préserver les fibres délicates et éviter un contact continu, ont préféré le rouler autour d'une tige (umbilicus, en latin; omphalos, en grec) faite de bois, d'os ou exceptionnellement et luxueusement, d'or. Il pouvait être gardé en y mettant autour une couverture de parchemin, surtout rouge ou jaune, colorée avec des pigments animaux ou végétaux.

1.Homme lisant un rouleau de papyrus. Stèle funéraire, Attique (Grèce), Ve siècle avant notre ère.


Sur l'image ci-dessus, nous voyons comment les Anciens lisaient leurs rouleaux de papyrus. La main gauche tenait la partie non déroulée du texte, pendant que la main droite le déroulait au fur et à mesure de la lecture (enfin, pour les droitiers, bien sûr) !


Pline classe les papyrus en huit types : Augusta, Livia, hieratica, amphitheatrica, Fanniana, Saitica, Taeneotica, emporetica. Les papiers les plus précieux semblent avoir été l'Hieratica (ou Regia), l'Augusta (nommé d'après Octave Auguste) et Livia. Le plus commun était
l'Amphitheatrica, fabriqué aux alentours de l'amphithéâtre d'Alexandrie. À Rome, un certain Fanio a réussi à le retravailler, obtenant un papier plus fin, appelé charta Fanniana. L'emporetica a été employé pour rouler des marchandises.

Leur largeur varie de 11 cm pour l'Emporetica à 24 cm pour l'Augusta. Leur longueur extrême, de plusieurs dizaines de mètres pour de vieux papyrus égyptiens (record de 40,50 m pour le papyrus Harris) a été réduite par les Grecs et les Romains ( 10-12 m, et encore moins pour la période médiévale : Bulle du pape Jean VIII pour l'abbaye de Tournus : 3,90 m. Privilège du pape Benoît III pour l'abbaye de Corbie : 6,50 m).



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