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-L'ENLUMINURE (8)
 
LES COULEURS VEGETALES
 
pigments jaunes-
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   PIGMENTS JAUNES
(flavus)

 
Safran

crocus, crocum
(cocratus, cocratum
croceus
[VIRGILE, Enéide, IV], croceum, crocinus, crocinum :
de la couleur du safran),
safranuma

 

La couleur porte le même nom que la plante qui le fournit, le Crocus sativus.
 
L'antique teinture1 s'élaborait en écrasant les étamines de fleurs de la plante : celle-ci est liposoluble. Après mordançage à l’alun (mais aussi le blanc d'oeuf), on obtenait un pigment1 jaune à orange, semblable aux couleurs alimentaires, dont le principe chromatique principal est la crocine :
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--pigment traditionnel élaboré par l'association d'Or et de Pigments : http://www.or-pigments.com/nuancier.html
 
 
 
La plante contient d'autres caroténoïdes, principalement la safranine, qui donne son arôme, et la pichocrocine, son goût.
 
 
NOTES
 
1. Ce tableau comportant différentes teintures, il nous semble bon de rappeler la différence entre pigment et teinture : Les pigments, en effet, déposent leur couleur sur une surface dont ils resteront solidaires par un liant ou un mordant, alors que les teintures se lient, aussi à l'aide d'un mordant, mais surtout, elles s'unissent chimiquement aux molécules qu'elles colorent, ce qui les rendent indissociables du support (surtout textile) qui les reçoit.

 

Connu depuis la plus haute antiquité, le safran est présent au Cachemire ou en Egypte depuis des millénaires. Pour la teinture de la soie ou du coton, on n'a besoin que d'une portion infime de safran : 1 part de pigment pour 100.000 parts d'eau !!!

. Son nom nous vient de l'arabe, za'fran, az-za'afran (jaune), car il a été introduit en Espagne par les Arabes au Xe siècle. Celui du crocus nous vient du grec Krokos = safran.

Un kilo de safran nécessite de 80000 à 200 000 fleurs selon les cas. Dans les safranières, à l'automne, on cultive (toujours à la main et dans des conditions précises) des variétés hybrides, à très longs stigmates (3 par fleurs) :

Cet or rouge n'est pas, comme on le dit souvent aussi cher que l'or véritable (environ 10000 € le kilo), mais de 800 à 1600 $ le kilo (parfois jusqu'à 9000 €, dit-on !!), il est la denrée alimentaire de loin la plus onéreuse. Pour cette raison, la fraude est très lucrative et Pline s'en plaignait déjà ! Les faux sont nombreux et donnent aussi des pigments similaires (voir plus bas) : curcuma (Curcuma longa), colchique (Colchicum automnale), faux safran, safran bâtard ou safran mexicain (Carthamus tinctorius) auxquels on peut ajouter des substances (miel, maïs...brique pilée !) qui augmentent le poids !

Le crocus sativus (Krokos = filament, en grec) est
- en usage interne: régulateur des règles, sédatif et tonique gastrique, sédatif et tonique du système nerveux central, antispasmodique.
- en usage externe: analgésique de la muqueuse gingivale
 

 
Curcuma

terra merita
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De la famille du gingembre et de la cardamome (zingibéracées, zingiberaceae), le curcuma donne une couleur jaune, extraite des racines secondaires de son rhizome, la curcumine (curcuminoïde) :
Ce "faux safran", ainsi que les suivants au tableau sont, comme le vrai safran, très similaires quant à leur préparation et leur couleur, qui va du jaune verdâtre à l'orangé :

A noter que la teinture de curcuma, au contraire de celle du safran, est liposoluble, ce qui est bénéfique à la peinture à l'huile.
 
 

 

 

    D'étymologie arabe, le kourkoum signifie "safran" dans cette langue. C'est la langue anglaise qui a conservé l'origine de son appellation en latin médiéval, terra merita (terre mérite) par le mot "turmeric".
     
    Les appellations du curcuma sont nombreuses :
    Safran des Indes
    Safran bambou
    Safran bâtard
    Safran cooli
    Souchet de Babylone (on le confond trop souvent avec le souchet comestible, le cyperus esculentus)
    Souchet de Malabar
    Souchet des Indes

    Le curcuma est l'ingrédient essentiel de la poudre de curry (cari).
    En médecine, les études montrent qu'il a une action cholérétique et cholagogue (sécrétion et excrétion biliaire) mais aussi antibactérienne, apéritive et reconstituante. On sait, en outre, de mieux en mieux, qu'il est efficace pour arrêter le développement des tumeurs.

 
 
Carthame
 
gnec
cnec, cnic, cnecus cnicus (onicos cnikos en grec)
atractylis ?
 
 
 
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Le Carthamus tinctorius est appelé safran bâtard (voir curcuma), faux safran, safran d'Allemagne, safran mexicain, graine de perroquet, safran des prés, safran des teinturiers : c'est avec cette plante que l'on ferait depuis toujours la couleur de la robe des bonzes bouddhistes.
 
Son principe chromatique principal, issu des pétales de la fleur , est la carthamine, principe double car possédant deux couleurs, rouge et jaune, qu'une préparation complexe à base de cristaux de soude et d'acide sulfurique permet de séparer.


L'étymologie de cette astéracée (famille : Asteraceae, Astéracées) vient De l’hébreu "kartami" qui veut dire teindre (lui-même de l’arabe : karthum, quortum ou kirthim).
Cette plante est citée par Théophraste, Pline et Dioscorides, qui lui prête le pouvoir de guérir des piqûres de scorpion.

La plante (fleurs, graines) est utilisée pour ses actions emménagogues (facilite ou augmente les règles), hépatiques, laxatives à forte dose, sédatives, diaphorétiques (sudorifiques), immunostimulantes, etc...

Les graines de cette oléagineuse donnent de l'huile. Cette huile serait l’huile végétale la plus riche en acides poly-insaturés. Elle contient 20% d’acide oléique, mais surtout, 74% d’acide linolénique, qui favorise la baisse du taux de cholestérol et réduit les maladies cardiaques) :


 

 Gaude

herba lutea, chez Virgile ? apigeniini ?
luteoliini ?

 

De la famille des Résédacées (Resedaceae), le Reseda luteola L. est originaire d'Europe.
La plante est riche en lutéoline, présent partout dans la plante. Par mordançage du colorant à l’alun , on obtient une teinture jaune, tandis qu'au fer, il se produit plutôt une couleur olivâtre.

-------(hauteur 70 cm-1.50 m

teintures différentes de gaude.

 

Du latin gaudere, gaudium, gaude (se réjouir, joie, réjouis-toi !).
 
Elle est appelée Réséda des teinturiers, Réséda jaunâtre, Gaude, Herbe à jaunir, Herbe jaune, laque de gaude ou giallolino (en italien, petit jaune, jaune pâle).
 
Sa teinture était connue des Grecs, des Romains ou de Perses, par exemple. Dioscorides cite la gaude dans une liste de teintures et on sait que les Romains l'utilisaient pour teindre les robes des Vestales.
Très utilisée au moyen-âge, le jaune de la gaude est bon marché puisque la plante
est très courante, et très aisé à obtenir. On la trouve mentionnée, en particulier, dans le Capitolaribus de Tinctorum de Rossetti (XIII e). Sans doute l'arzica de Cennino Cennini (op. cité).

La plante (racines et feuilles) passe pour être diaphorétique, diurétique, sédative : calme l'activité nerveuse, d'où le nom de reseda : resedare = calmer .

 
Gomme-gutte
Gamboge
Guttier
 
gomma gotta
 
Utilisée tardivement en Europe (voir commentaires), la gomme-gutte n'occupe qu'une place anecdotique dans les manuscrits enluminés des abbayes.
 
C'est une gomme-résine qu'on extrait d'arbres env. 15 m de haut), de la famille des Clusiacées (Clusiaceae), pour l'essentiel Cambogia gutta L. et Garcinia Hanburyi Hook (identique à : Garcinia Morella : appellations formées à partir de Garcin [Laurent], botaniste français qui, le premier, a décrit cette espèce vers 1734, et "morella" ). Par incision de l'écorce ou par arrachage des feuilles on obtient, à compter de la 10e année environ de la vie de l'arbre, une gomme résineuse avec laquelle on peut élaborer un pigment jaune, dû à l'acide gambogique, paraît-il assez beau mais rarement permanent.
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1.---2.-
-3.4.

 
1. gomme séchée
2. pigment
3. planche de garcinia Morella
4. acide gambogique grossi 500 x au microscope
 

 
Connue en Inde depuis le VIIe siècle environ, l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert nous dit qu'elle fut utilisée pour la première fois en Europe en 1603. La gomme gutte était peut-être, au départ, la gomme pour la goutte : gutta ad podagram, gumma-gutta, gutta-gamba, gutta gamandra, Gummi-resina gutti.
 
Quant à ses autres appellations courantes : camboge, gamboge, cambodge, cambodium, cambogium, gummi cambogium v. cambogium Siamense, etc. elles nous font toucher son origine asiatique, plus particulièrement dans la région du Siam, au Kampuchea (ancien Cambodge)
En médecine, on le prescrit comme purgatif, laxatif, amaigrissant (récentes découvertes de l' l'Acide HydroxyCitrique ou A.H.C.
Celui-ci diminue le taux d'acétyl-coenzyme A au sein de la cellule, et partant, le volume des sucres se transformant en graisses.
 
Sa toxicité est bien connue et l'auteur à succès Robert Van Gullik s'en est souvenue dans une des aventures du fameux Juge Ti, "le mystère du labyrinthe"...dont un des héros empoisonne des prunes par de la gomme-gutte.



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