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-L'ENLUMINURE (4)
Les couleurs minérales
pigments jaunes-
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PIGMENTS MINERAUX
 
Nom français
nom latin ancien
formule chimique
DESCRIPTION  COMMENTAIRES
 
   PIGMENTS JAUNES
(flavus)

 
Orpiment,
Auripigmentum
Arzicon, Oropimento,
(As2S3)

 

Trisulfure d'arsenic qui existe à l'état naturel au Sinaï et en Asie Mineure. Il est souvent associé au realgar, mais aussi à la stibnite (ou stibine,voir plus loin), la pyrite, la calcite et le gypse.

 

Très vieux pigment, utilisé d'abord en Inde ou en Egypte. Son nom latin, auripigmentum, signifie : couleur d'or.
Il est très couvrant et sert donc à la gouache. Ses tons, selon sa composition, oscillent entre le jaune et l'orangé :
pigments :--
roche :
 
Safran des métaux1
Safran minéral
Crocus metallorum,
Crocus antimonii,
Hepar2 antimonii,
Magnesia opalina ?
Terra sancta ?
Antimonium
diaphoreticum ?
  Mélange proche du jaune de Naples, car à base d'antimoine.
C'est un oxysulfure d'antimoine dont la composition est très variable, très complexe car toujours associée à de nombreux minéraux : soufre, plomb, fer, arsenic : ce qui le rend très toxique.
 
Au départ, l'antimoine est gris :
 
On obtient un pigment jaune rougeâtre (d'où son ancien nom de crocus, safran) par divers moyens, en travaillant le sulfure d'antimoine (Sb2O3, la stibine3
composé naturel de l'antimoine. On y ajoute salpêtre et eau : voir note *, mais aussi, très schématiquement, on le grille au four, ajouté ensuite à du charbon et de la soude et purifié.
 

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à gauche, roche d'antimoine.
à droite, sulfure d'antimoine
 

 

 

    " L’origine du mot antimoine viendrait dit-on, d’une circonstance assez singulière. Basile Valentin qui, le premier, sut extraire le métal pur de son sulfure et le proclama, sous le nom de Lion oriental, comme un remède à tous maux, ayant vu des porcs acquérir un embonpoint extraordinaire pour avoir mangé le résidu d’une de ses opérations sur l'antimoine, crut que ce métal pourrait rétablir la santé des moines de son monastère, exténués par les jeûnes et les mortifications. L’administration de ce nouveau remède fut fatale à ces bons religieux, qui périrent en grand nombre. De là vint le nom d’antimoine (...) Il est bien présumable que cette historiette est controuvée et que c’est une de ces méchantes plaisanteries que nos ancêtres débitaient contre certains ordres religieux.
    Le savant minéralogiste Fournet pense que du mot arabe Ailmad ou Atimad, et par corruption Antimodium on a fait cela d’antimonium, qui ensuite a été francisé D’autres font dériver antimoine de deux mots grecs, anti (contre, opposé) et monos (seul), qui signifieraient que ce métal ne se trouve jamais isolé dans les minerais qui le contiennent."

    extrait de "Chimie élémentaire apliquée aux arts industriels" de Girardin, 1873, De l'Antimoine.
    cité sur la page : http://perso.wanadoo.fr/chrysopee/girardin/cours.htm

    Un grain d'antimoine diaphorétique* = 4 maravedies. Le maravedi est une ancienne monnaie d'or espagnole, égal à 1/34e du real, précise un livre de compte de 1698 (derniers moments d'usage).
     
    *diaphorétique : qui facilite la sudation (le fait de suer).
     
    NOTES

    1 SAFRAN DES METAUX : "Pour obtenir le safran des métaux, mettez en poudre le foie d’antimoine4, laissez-le deux ou trois jours exposé à l’air dans un lieu humide, puis versez de l’eau chaude dessus, remuez ; laissez reposer ; renversez l’eau claire ; lavez ainsi plusieurs fois la poudre qui tombe au fond de l’eau : quand elle sera toute dessalée, laissez-la sécher ; dans cet état ce sera une poussière jaune safranée, qu’on a nommée, à cause de sa couleur, safran des métaux.
    Si vous retirez le sel des eaux dans lesquelles vous avez lavé le safran des métaux, ce sel sera un nitre antimonial, que quelque uns appellent anodyn minéral, qu’on peut employer dans les fièvres ardentes et dans les inflammations.
    Outre ce sel, la lessive du safran des métaux contient le véritable foie d’antimoine ou foie de soufre d’antimoine, ou la partie de l’antimoine, qui, jointe à la partie du nitre alkalisée, forme un foie de soufre qui tient en dissolution une partie du régule de l’antimoine ; et cette partie réguline de l’antimoine devient dissoluble dans l’eau par le foie de soufre, qui est capable de dissoudre si parfaitement les métaux, l’or même, que par ce moyen ils se fondent dans l’eau, et peuvent ensuite passer avec elle par le filtre.
    Ainsi ce que l’eau ne dissout pas lorsqu’on lave le safran des métaux, est une partie de l’antimoine qui n’est dissoute que superficiellement pat la partie du nitre alkalisée, qui n’est point allié au soufre pour faire le foie. Voyez Chim. Med.
    On tire une espèce de kermès minéral de la lessive du safran des métaux ; pour cet effet versez-y du vinaigre ou de l’esprit de nitre, et il se précipitera une poudre rouge orangée, semblable à ce qu’on nomme soufre doré d’antimoine.
    Le safran des métaux est émétique ; Ruland en faisait son eau bénite, en prenant une once de safran des métaux qu’il faisait infuser dans une pinte d ‘eau de charbon bénit et une demi-once."

    Extrait de l'Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences ses arts et des métiers (1751-1777), article Antimoine.

    2 HEPAR : foie

    3 STIBINE : la stibium des Latins (Pline l'Ancien : antimoine), stimmi, stimi des Grecs. Fard noirâtre (c'est le "kohl" des Arabes) le plus ancien connu utilisé par l'Orient depuis l'antiquité : La célèbre reine des Hébreux, Jézabel (Jezebel) se fardait ainsi.

    4 FOIE D'ANTIMOINE : antimoine + salpêtre + eau bouillie. Nom donné à cause de sa couleur brun jaunâtre, semblable au foie de certains animaux.

 
Jaune de Naples
 
luteoleum neapolitanum
 
Pb(SbO3)2

 

  Fabriqué à partir de plomb, d'oxyde d'antimoine et de sulfate de chaux : très toxique !

 On le trouverait en Mésopotamie et en Egypte vers 2500 avant notre ère, bien avant son exploitation napolitaine, vers le XVIe-XVIIe siècle, sur les pentes du Vésuve.

 Ocre jaune

Ocria, Ocrum, Ogra, Ochra


 argile et oxyde de fer jaune (limonite) mêlés naturellement.

 

Du grec "okhra", terre bileuse. Un des plus vieux pigments du monde, très couvrant, utilisé par les premiers artistes préhistoriques, très présent en France.

23.

ocres de la carrière de Saint-Amand en Puisaye (Bourgogne)
1. roche argileuse
2. oxyde de fer en poudre
3. pigment broyé
 Massicot
 
PbO
 Monoxyde, protoxyde de plomb comme l'ancien "litharge" (même élément?).
 
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Massicot viendrait de "marzacotto" : vernis des potiers, en italien.

On ne connaît pas grand-chose sur l'histoire de ce pigment jaune d'or, très toxique, dont les recettes se sont perdues. On le dit utilisé à partir de 1300 environ, mais nous n'avons trouvé aucun mot latin le désignant. Le mot italien giallorino (giallolino, giallolino de Fiandra) semble le plus ancien connu.

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