ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
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ABBAYE
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LE SCRIPTORIUM

Le moine Edwin écrivant. Miniature du XIe siècle, Trinity College, Cambridge (voir plus bas une représentation similaire de ce moine)
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-LE COPISTE (3)---
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LA TÂCHE DU SCRIBE
 


Préparation de la page
 

Le copiste va régler et justifier sa page pour définir des cadres (emplacements des lettrines, illustrations, du texte, etc.) et tracer des lignes. En premier lieu, le scribe perce des trous (appelés "piqûres" ou "trocarts") sur le bord de la feuille à l'aide d'une alène (subula) et d'un poinçon (punctorium) : voir image 3, à gauche sur l'agrandissement, verticalement. Ces piqûres serviront de guide pour sa règle (linea, regula) ou ses "planches à régler" (postes ad regulandum ou tabula ad rigandum). Celles-ci serviront enfin à tracer ses traits et ses lignes (voir images 1 et 2), c'est la réglure : généralement au moyen d'une pointe sèche (stylus ferreus, voir image 3, le trait effectué par la pointe pour la marge) jusqu'au XIe siècle. Cette pointe sèche est l'extrémité effilée d'un instrument (poinçon, traçoir, stylet, compas), formé d'une tige de matière dure (métal, os, bois...) et utilisé pour tracer (ou percer) sans colorer.


A partir du XIe s. on commence à utiliser souvent le crayon à mine de plomb (plumbum), mais aussi la plume (penna), trempée parfois, dès le XVIe s., dans une encre sympathique :

1.--2.---3.-

1 et 2 . .Manuscrits de Heidelberg (1418-1420) "Rosengarten (jardin de roses) und Lucidarius" (Cod. Pal. germ. 359) Bibliothèque universitaire de Heidelberg. Les illustrations montrent deux copistes en train d'effectuer des réglures.
3.me,Saint Jérôme, Commentaire sur les lettres de saint Paul, abbaye de Cluny, vers 950-961, BNF, Ms 1460, folio 130v.

Au XIIe siècle on commença seulement à se servir de crayons en forme de lancettes et l'on en fit des objets de luxe. La mine de plomb (ou plombagine) enfermée dans un tube de bois ne fut employée que vers la fin du moyen âge.


Ceci étant fait, le copiste prend sa belle plume, d'oie en général ou, dans un ordre décroissant de qualité, de cygne, de corbeaux ou de corneilles (la plume métallique est attestée au XVe siècle), alors que celle de l'enlumineur use idéalement de la fameuse plume d'aile de bécasse, dite "plume du peintre", pour ses tracés de toutes sortes, avant la mise en peinture de la page.

"Instrumenta scribae calamus et penna. Ex his enim verba paginis infiguntur, sed calamus arboris est, penna avis cujus acumen in duo dividitur", écrit Isidore de Séville (vers 530-636) dans ses Etymologies (Etymologiae, livre VI, chapitre 14), qu'on peut traduire par :" Les instruments du copiste sont le calame et la plume. Grâce à eux, en effet, les mots sont fixés sur la page, mais le calame provient d'un arbre, et la plume d'un oiseau; leur pointe est divisée en deux." Idéalement, la plume d'oie est choisie parmi les cinq premières rémiges (ou rectrices) de l'oiseau, plumes situées sur la surface portante de l'aile du volatile. Dans une préparation classique, elle subit un trempage, un séchage, puis un durcissement (au soleil ou au sable chaud, par exemple). Enfin, la plume se taille au couteau de la façon suivante :La phase finale consiste à tailler en pointe l'extrémité de la hampe (l'ombilic) et à faire en son milieu une petite entaille, pour la diffusion de l'encre, dont la longueur peut varier avec le trait que le scribe désire obtenir de sa plume, fin ou épais .


Les scribes faisaient souvent quelques essais d'écriture pour "chauffer" la plume et, parfois, ces brouillons ne manquaient pas d'humour. Ainsi, ils pouvaient à cette occasion jouer à l'abecedarium. Le but était alors d'écrire une phrase contenant toutes les lettres de l'alphabet. Au VIIIe siècle, on trouvait par exemple au hit-parade :
- Te canit abcelebratque polus rex gazifer hymnis (où il est dit absconsement que tout honore un précieux roi ).
- Trans zephyrique globum scandunt tua facta per axem ( Vos exploits s'élèvent au-dessus de la terre et à travers les contrées du zéphyr !).

Le copiste écrivait à main levée, rappelons-le et, ce faisant, bloquait la page à l'aide de son canif :

Le moine Edwin écrivant. Miniature du XIe siècle, Trinity College, Cambridge

En effet, Calamus et penna s'usent assez vite et, tout comme la mine du crayon, leurs becs ont besoin d'être taillés. Le "taille-crayon" du copiste est un instrument tranchant que l'on nomme tantôt cultellus (petit couteau, genre canif), tantôt scapellus, ou encore artavus. Le tardif canipulum donnera, quant à lui, le français canivet, quenivet, l'anglais knife, la racine germanique knip. Nous venons de voir que ce canif permettait au moine de tenir la page immobile. Il faut ajouter qu'il lui sert aussi à tailler sa plume ou à gratter le parchemin en guise de correction, ce qui ne manque pas d'altérer plus ou moins le support :


Ces instruments étaient soigneusement rangés dans un étui : voir avant-dernier paragraphe du chapitre SCRIPTORIUM - MENU - Origines.
On trouvera d'autres accessoires du copiste en consultant les gravures italiennes présentées ici en exergue, tout en haut de la page précédente. On connaît quelques listes d'outils, dont la plus connue est sans doute celle dressée en 1127/1128 par Guigues (Guigo) du Chastel (ou Castel, 4ème successeur de Bruno, le père des Chartreux) dans ses Consuetudines Cartusiae (XXVIII, 2), relative aux objets nécessaires qu'un Chartreux doit pouvoir utiliser dans sa cellule (citée par Migne ou Wattenbach au XIXe siècle).

 
 

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