ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
 menu du chapitre MEDECINE

    LE
SCRIPTORIUM
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LES LIEUX
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2e partie
 

 


 
Cependant, comme pour le mot lui-même, ni la place dans le monastère, ni la structure du scriptorium, ni sa destination n'a fait l'objet (tel le cloître, par exemple) d'une sorte d'uniformisation :

La taille tout d'abord, variait selon l'importance du scriptorium, mais il semble que là, il pouvait y avoir affaire de tradition :
Florence de Roover, dans " Monasticism : What is it ?" (London, Sands and Co. 1898., p. 188, 595 et ss), nous dit que les Bénédictins avaient une préférence pour les grandes salles, mais que les Cisterciens ou les Cartusiens lui préféraient une petite pièce (cella) ou des petites pièces individuelles, qui seraient plus généralement attribuées pour l'étude. En effet, les Ecclesiastica officia décrivent les scriptoria comme des cellules séparées, fermées chacune par une porte, mais sans donner d’indication sur leur emplacement.
 
Dans certaines abbayes, comme à Durham (Angleterre), les moines reconnus pour leur talent de copiste pouvaient oeuvrer dans de petits scriptoria, appelés
" scriptoriolum " (diminutif de scriptorium)

Néanmoins, cette tradition n'a pas valeur de règle, comme le montrent de nombreux monastères, dont voici quelques exemples :

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1. Abbaye cistercienne de Noirlac, scriptorium, fin XIIe siècle, avec ses deux crosses d'abbés adossées, sculptées sur la cheminée, symbole de l'ordre des Cisterciens.
2. Abbaye camaldule de Fonte-Avellana, Italie : le scriptorium est magnifiquement voûté et éclairé. Admirez la splendide et gigantesque table de travail ! Voulu par Pierre Damien, cet espace possède la fameuse " divine proportion ", associée à l'analême (analemme, analème, grec : analemma)," Projection orthographique de la Sphère sur le colure des Solstices" selon le dictionnaire de l'Académie Française de 1798, en bref, la technique des cadrans solaires, théorisée en particulier par Ptolémée ou Vitruve. En effet, les rayons lumineux qui entraient par les fenêtres supérieures pointaient des endroits choisis du pavement pour indiquer les solstices ou les équinoxes, un cadran solaire géant, en quelque sorte.
3. Abbaye cistercienne de Fontenay, scriptorium, vers 1139.
4.Abbaye bénédictine du Mont Saint Michel, salle des moines (début XIIIe) ou salle des chevaliers (appellation tardive de la salle) : Les spécialistes hésitent encore sur sa fonction, scriptorium ou salle du chapitre : la cheminée (à gauche) et la forme longue de la pièce font penser à la première solution.

Par ailleurs, il n'y a pas que la taille qui ne soit pas figée, mais aussi la place qu'occupent les copistes pour leurs tâches. Les monastères anglais, par exemple (Gloucester, Durham, Evesham, etc...), ont souvent adopté, pour la copie des manuscrits, non pas une salle à proprement parler, mais de petites loges individuelles nommées " carrels ", se succédant le long d'une galerie du cloître, généralement au nord : ouvert donc vers le sud, le copiste y avait le plus longtemps la lumière du jour :

 
Photo de 1890. Galerie sud du cloître de l'ancienne abbaye (cathédrale aujourd'hui) Saint-Pierre de Gloucester, à l'arrière de laquelle 20 carrels étaient accolés, vers 1351-1377. Remarquez qu'ici, les carrels bénéficient plus de la lumière venant des fenêtres sud du cloître, à l'aplomb de ceux-ci, plutôt que de la lumière pauvre du Nord, qui leur fait face.

Point n'est besoin d'aller en Angleterre, cependant, pour voir les moines copistes occuper une partie du cloître :
 

Amanuensis ( scribes ) écrivant dans une galerie du cloître de l'abbaye d'Echternach (Luxembourg actuel), Manuscrit du XIe siècle.

Le scriptorium pouvait exceptionnellement sortir du cœur du monastère. C'est ce que nous confirme Cranage en Angleterre (The Home of the Monk, N.Y University Press, 1926, p. 4), à l'abbaye Saint Albans, qui parle d'un scriptorium qui occupait à lui seul un bâtiment isolé du reste du monastère .

Précisons enfin que le scriptorium lui-même était consacré, et Du Cange ( Glossarium... ) nous communique les termes de cette bénédiction :
"Benedicere digneris. Domine, hoc scriptorium famulorum tuorum, et omnes habitantes in eo, ut quidquid divinarum Scripturanum ab eis lectum vel scriptum fuerit, sensu capiant, opere perficiant; Per Dominum, etc..." c'est à dire : " « Daigne bénir, ô mon Dieu, ce lieu consacré au travail de tes serviteurs, ainsi que tous ceux qui l'habitent, afin que toutes les saintes Écritures qui seront lues ou écrites soient sans faute et que ce travail soit profitable. »
 


 


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