ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
ABBAYE
 
Plan de Saint-Gall

 


    Flasque de saint Menas
    (abu, abba, aba, apa Menas, officier de Dioclétien au IIIe siècle)

    terre cuite, 8,9 x 6,4 cm
    500-700
    monastère d'Abu Menas, près d'Alexandrie, Egypte
 
-
REFECTOIRE

et

CUISINE :

L'alimentation des moines ( III )

Orient,
Les premiers temps monastiques

( 3 )

 

 
NOURRITURE --ET-- JEÛNE
 

 
INTRODUCTION
 

La nourriture des premières communautés chrétiennes d'Orient provient en premier lieu des jardins et domaines monastiques, mais les produits du sol étant liés aux conditions climatiques des régions, les moines étaient obligés parfois de faire commerce avec l'extérieur pour certains d'entre eux. Ces aspects économiques dépassent le cadre de cet article et seront étudiés au chapitre de l'économie monastique.

Il n'est pas très évident pour l'historien de savoir exactement ce que mangeaient ces moines. En effet, les restes de tel ou telle nourriture n'indiquent pas toujours si ce sont les moines ou les hôtes qui en bénéficiaient, ou encore s'ils étaient destinés au commerce. D'autre part, les sources différentes d'information ne se recoupent pas toujours : Harlow et Smith (2001: 764–765.), par exemple ont étudié, dans le cadre d' un monastère égyptien, la corrélation entre sources littéraires et sources archéobotaniques, et en ont conclu que le régime des moines était plus diversifié que les sources littéraires ne le laissaient croire. D'autre part, comme en Occident, les monastères connaissaient parfois des famines, des disettes, en Egypte dues entre autres à des crues excessives du Nil, ainsi la famine décrite dans le traité adressé par saint Jérôme aux moines Minervius et Alexandre, en 406.

D'autre part, les moines ne mangent pas tout ce qu'ils pourraient consommer. Un petit nombre de passages bibliques relatifs à la nourriture ont d'emblée suscité chez les chrétiens des corrélations entre les aliments (et par extension, le corps) et le péché, représenté ici par tout ce qui peut, selon la pensée chrétienne (mais avant eux, les Esséniens, sans parler des moines hindouistes ou bouddhistes), corrompre la chair. On comprendra donc que le jeûne ait chez les moines une grande valeur et qu'elle fit l'objet de nombreux écrits aux avis divergents. Schénouté, par exemple, trouvait Pachôme trop laxiste sur la question et avait renforcé le jeûne, en n'offrant qu'un repas par jour à ses moines, et jamais de poisson, ni oeufs ni fromage. Pourtant, cette dramatisation orchestrée autour de la nourriture a de quoi laisser un peu perplexe quand on se réfère aux sources mêmes du christianisme, la Bible, où on trouve chez l'Ecclésiaste de nombreux passages enthousiastes sur le manger et le boire, par exemple :

"II n'y a de bonheur pour l'homme qu'à manger et à boire, et à faire jouir son âme du bien-être, au milieu de son travail; mais j'ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu."
Ecclésiaste 2 : 24

"J'ai reconnu qu'il n'y a de bonheur pour eux qu'à se réjouir et à se donner du bien-être pendant leur vie; mais que, si un homme mange et boit et jouit du bien-être au milieu de tout son travail, c'est là un don de Dieu."
Eccl. 3 : 12-13

"Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin ; car dès longtemps Dieu prend plaisir à ce que tu fais."
Eccl. 9 : 7

Par ailleurs, si Jésus rappelle à plusieurs reprises que la nourriture spirituelle est plus importante que la nourriture matérielle, il ne stigmatise pas l'acte de manger ou de boire :

"C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi manger pour le soutien de votre vie, ni d'où vous aurez des vêtements, pour couvrir votre corps; la vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? (...)
Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît."
Epître de Matthieu, 1 : 25-34.

"Mais Jésus répondit : Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu."
Matthieu, 4 : 4

L'apôtre Paul lui-même enseigne à différentes reprises que la nourriture ne doit pas être un enjeu philosophique et porte un éclairage plutôt mesuré sur la question :

Ce n'est pas un aliment qui nous rapproche de Dieu: si nous en mangeons, nous n'avons rien de plus; si nous n'en mangeons pas, nous n'avons rien de moins.
1e lettre aux Corinthiens, 8 : 8

Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu.
1 Chor, 10 : 31


Pour un aliment, ne détruis pas l'oeuvre de Dieu. A la vérité toutes choses sont pures; mais il est mal à l'homme, quand il mange, de devenir une pierre d'achoppement.
Il est bien de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, et de s'abstenir de ce qui peut être pour ton frère une occasion de chute, de scandale ou de faiblesse.
Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux celui qui ne se condamne pas lui-même dans ce qu'il approuve!
Mais celui qui a des doutes au sujet de ce qu'il mange est condamné, parce qu'il n'agit pas par conviction. Tout ce qui n'est pas le produit d'une conviction est péché.
Lettre aux Romains, 14 : 20-23

Concernant la viande, saint Jérôme est d'accord avec saint Paul :

"Saint Paul parlait contre l'amour déréglé des plaisirs, et après avoir dit : « Les viandes sont pour le ventre, le ventre est pour les viandes, et un jour Dieu détruira l'un et l'autre, son sujet le conduit naturellement à parler de la fornication; car la bonne chère est la source de l'impureté. L'excès du vin et des viandes échauffe le sang et révolte la nature. Les vices se suivent et se succèdent d'après l'harmonie qui existe entre les membres du corps. "

Saint Jérôme, Lettre écrite au prêtre Amandus, du monastère de Bethléem, en 394.
extrait de :
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/jerome/correspondance/047.htm#_Toc63672896


Le Christ lui-même a jeûné quarante jours dans le désert pour vaincre le diable, fait passer plusieurs fois la nourriture céleste à la place de la nourriture terrestre, et dit clairement que le jeûne sera indiqué en des jours plus sombres, quand il aura disparu : Le discours ascétique s'en trouve renforcé, bien sûr, mais ne rend caduques en aucun cas toutes les autres paroles bibliques :

"Alors Jésus fut emmené au désert par l'Esprit, pour être tenté par le diable. Il jeûna durant quarante jours et quarante nuits, après quoi il eut faim. Et, s'approchant, le tentateur lui dit : "Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains." Mais il répondit : "Il est écrit : Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu."
Matthieu, 4 : 1-4

"Pendant ce temps, les disciples l'appelaient : " Rabbi, viens manger. " Mais il répondit : " Pour moi, j'ai de quoi manger : c'est une nourriture que vous ne connaissez pas. " 33 Les disciples se demandaient : " Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? " Jésus leur dit : " Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre."
Epître de Jean, 4 : 31

"Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre, comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En vérité, je vous le dis : ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra."

Matthieu, 6 : 16-18

"Les Pharisiens et leurs scribes dirent à Jésus : "Les disciples de Jean jeûnent fréquemment et font des prières, ceux des Pharisiens pareillement, et les tiens mangent et boivent !" Jésus leur dit : "Pouvez-vous faire jeûner les compagnons de l'époux pendant que l'époux est avec eux ? Mais viendront des jours où l'époux leur aura été enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là."
Luc, 5 : 33-35

 
Les gloutons en Enfer

Calendrier des bergers

1493

BM d'Angers
Ms SA 3390, fol 36

De tout cela les moines du désert, anachorètes surtout, mais aussi cénobites, ont préféré amplifier les aspects ascétiques, et faire souvent de la grande frugalité et encore plus du jeûne, une école de pureté même si, rappelons-le, le repas quotidien du moine n'était sans doute pas aussi caricatural que les textes veulent bien le dire, que le régime monastique était, nous le verrons, différent d'un monastère à l'autre, d'une région à l'autre, et enfin que les pères tempéraient souvent l'interprétation extrémiste des pratiques de l'ascèse donnée par leurs disciples, de sorte que le mot grec lui-même, askesis (exercice), n'est plus associé depuis longtemps qu'à la mortification du corps, alors que son sens originel est plus riche, plus positif, évoquant l'équilibre du corps (Epictète l'appliquait aux athlètes). Et si la notion de sacrifice, d'effort est présent, il est tourné vers un but harmonieux, et non destructeur. Mais revenons aux textes :

"Abba Abraham va voir Abba Arès. Ils sont assis ensemble. Un frère arrive chez l'ancien ; il lui dit : " Dis-moi ce que je dois faire pour être sauvé". Abba Arès répond : " Va. Pendant toute cette année, mange seulement du pain et du sel, le soir. Puis reviens ici et je te parlerai".
Le moine s'en va et il fait cela. A la fin de l'année, il revient chez Abba Arès. Abba Abraham est encore là, par hasard. L'ancien dit de nouveau au frère : " Va, jeûne encore toute cette année, un jour sur deux". Après le départ du frère, Abba Abraham dit à Abba Arès : "Tu conseilles à tous les frères une charge légère. Mais à celui-là tu imposes une charge lourde. Pourquoi donc ? "
L'ancien lui répond : " Ma parole dépend de ce que les frères viennent chercher. Ce frère est un homme courageux. Il vient entendre une parole à cause de Dieu. Et il obéit avec joie. C'est pourquoi, moi aussi, je lui dis la parole de Dieu".
Abba Arès, Apophtegmes des Pères du Désert, cité sur la page :
http://www.missa.org/apophtegmes.php

"Un jour, quatre frères de Scété, habillés de peaux de bêtes, viennent trouver le grand Pambo. Chacun lui parle de la bonne action de son voisin, celui-ci n'étant pas là. Le premier jeûne beaucoup. Le deuxième est pauvre. Le troisième possède une grande charité. Et du quatrième ils disent : " Depuis vingt-deux ans, il obéit à un ancien".
Abba Pambo leur répond : " Je vous le dis, la vertu de ce frère est la plus grande. En effet, chaque frère a obtenu la vertu qu'il voulait posséder. Mais ce frère-là a dit non à sa volonté égoïste, et il fait la volonté d'un autre. Des hommes comme lui sont des martyrs s'ils tiennent bon jusqu'à la fin".
Abba Pambo, Apophtegmes des Pères du Désert, sources citées plus haut.

"Un jour Théodore, le disciple préféré de Pachôme, demande à ce dernier, avec son ardeur de néophyte, combien de jours on doit rester sans manger durant la Pâque, c'est-à-dire la Semaine Sainte. (La règle de l'Église et la coutume générale était de faire un jeûne total durant le vendredi et le samedi de la Pâque; mais certains passaient trois ou quatre jours sans rien manger.) Pachôme lui recommande de s'en tenir à la Règle de l'Église, qui demande de garder un jeûne absolu durant les seuls deux derniers jours, afin, dit-il, d'avoir la force d'accomplir sans défaillir les choses qui nous sont commandées dans les Écritures: la prière incessante, les veilles, les récitations de la loi de Dieu et le travail manuel."
Extrait de : http://users.skynet.be/scourmont/Armand/wri/lectio-fra.htm

"On disait qu'il y avait dans le village un homme qui jeûnait à tel point qu'on l'appelait : le Jeûneur. Abba Zénon qui avait entendu parler de lui, le fit venir. L'autre vint avec joie. Ils prièrent et s'assirent. Le vieillard commença à travailler en silence. N'arrivant pas à parler avec lui, le Jeûneur commença à être accablé par l'acédie*. Et il dit au vieillard : "Prie pour moi, abba, car je veux partir". Le vieillard lui dit : "Pourquoi ?". L'autre lui répondit : "Parce que mon coeur est en feu et je ne sais ce qu'il a. En effet, quand j'étais au village, je jeûnais jusqu'au soir, et il ne m'arrivait rien de tel". Le vieillard lui dit : "Au village, tu te nourrissais par les oreilles. Mais va, désormais mange à la neuvième heure, et ce que tu fais, fais-le dans le secret". Lorsqu'il eut commencé à agir ainsi, il attendit péniblement la neuvième heure. Et tous ceux qui le connaissaient disaient : "Le Jeûneur est possédé par le démon". Puis il vint raconter tout cela au vivieieillard qui lui dit : "Cette voie est selon Dieu".
Abba Zénon, Apophtegmes des Pères du Désert, sources citées plus haut.

* Acédie (du latin acedia, acide) : "L'acédie, selon S. Jean Damascène, est "une tristesse accablante" qui produit dans l'esprit de l'homme une dépression telle qu'il n'a plus envie de rien faire, à la manière de ces choses qui, étant acides, sont, de surcroît, froides (et inertes). Et c'est pourquoi l'acédie implique un certain dégoût de l'action. C'est ce que démontre la Glose commentant le Psaume (107, 18): "Ils avaient toute nourriture en horreur."

extrait de : http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Tristesse--Lacedia_par_Jacques_Dufresne

"L'Abbé Hyperichius (Abba Hyperichios, Hyperichus) disait : " Mieux vaut manger de la viande et boire du vin que de dévorer la chair de votre frère en le dénigrant ".
Abba Hyperichios, Apophtegmes des Pères du Désert

 

 
Les premières règles monastiques chrétiennes
 
 

En plus des spécificités climatiques et économiques que nous avons évoquées, ce qui régit le temps de repas du moine, les us et coutumes s'appliquant en la matière dépend aussi de l'orientation philosophique de la règle qui régit son monastère, en l'occurrence pour la période byzantine du Levant (324 - 636/640), principaux de règles monastiques avaient cours : La règle basilienne (de Basile de Césarée) et la règle pachômienne (de saint Pachôme) surtout, mais aussi les multiples règles syriennes, tels les Canons de Rabbula d'Edesse, du monastère jacobite de Mar (Mor) Mattai, près de Mossoul, de Jean Bar Cursus (Johannis, Johannan Bar Qursos), des Nonnes, des Novices, de la lettre de Philoxène (Philoxenus, Philoxenos, Askenaya en syriaque, + 523) de Mabbug (Mabbog), du monastère de Mar Zakkai, etc...

 
Les dispositions de la règle de Basile sur le sujet sont assez générales et on pourra lire les chapitres concernés directement dans le La règle de Basile. Celles de la règle de Pachôme sont reprises ci-dessous.

Nous savons par différents témoignages que les moines devaient se laver les mains avant de manger et s'il pouvait y avoir des petits lavabos, les moines utilisaient le plus souvent des fontaines, comme celle du monastère Saint-Paul de Thèbes, en Egypte. Dans cette dernière contrée, Pachôme avait instauré une coutume étrange : Sa règle demande de répartir les moines en 24 groupes selon leur valeur spirituelle, attribuant à chacun de ces groupes une lettre grecque pour les différencier : "Désigne par l'iota les plus simples et les plus purs, par le xi les méchants, et ainsi chacun selon son rang, son caractère et ses moeurs." (1e règle de Pachôme, 9) Pour ce qui nous concerne ici, cela permettait au moine de connaître les horaires de ses repas, qu'il prenait avec son propre groupe, encore que cette répartition n'est pas très claire, puisque Pachôme parle ailleurs de "différents groupes de faibles peuvent manger à 6, 7, 8, 9 ou 11 heures, d'autres en soirée, d'autres encore tous les deux, trois quatre ou cinq jours (1e règle, 15). Pachôme exclut a priori du réfectoire les moines étrangers au monastère, sauf s'ils ont été rencontrés en chemin (1e règle, 10). A Sainte-Catherine, on peut encore voir les blasons gravés dans le réfectoire du monastère par les nobles pèlerins de passage.

Pachôme recommande de nourrir les moines en fonction de leurs tâches et de leurs forces respectives (1e règle, 1-2). Les semainiers, des moines choisis chaque semaine, préparent les repas des frères, dès le matin pour Pachôme, dès la 3e heure chez Pallade "à la cuisine, au réfectoire, pour préparer, dresser les tables, disposer le pain, les légumes sauvages, des olives au vinaigre, du fromage de vache, des extrémités d'animaux et des produits du jardin." (1e règle, 15).

"Pour ne rien omettre de ce qui regarde les usages des monastères, je pense qu'il faut dire un mot de ce qui se fait dans les autres pays pour le service ordinaire des frères. Dans la Mésopotamie, la Palestine, la Cappadoce et dans tout l'Orient, des religieux sont désignés, chaque semaine, pour servir les autres, et leur nombre varie selon l'importance de la communauté. Ils s'acquittent tour à tour de ce devoir avec tant de zèle et d'humilité, qu'on ne trouverait jamais un esclave qui servit aussi bien le maître le plus cruel et le plus puissant. Et non-seulement ils remplissent ces devoirs que la règle leur impose, mais ils se lèvent encore la nuit pour aider ceux qui en sont aussi chargés, et ils cherchent par tous les moyens à leur en éviter la peine. Ce service commence avec la semaine et finit au souper du dimanche. Après avoir ainsi servi toute la semaine, ceux qu'on doit remplacer lavent les pieds à tous les frères, lorsqu'ils se rassemblent le dimanche soir, pour dire les psaumes qui précèdent le coucher. Ils le font en suivant les rangs, et demandent à chacun cette permission comme une faveur et une récompense de leur service de toute la semaine. En finissant ainsi d'accomplir le précepte du divin Maître, ils conjurent les frères de prier tous ensemble pour eux, afin que Dieu leur pardonne les fautes qu'ils auraient pu commettre par ignorance ou par faiblesse, et que sa bonté veuille bien recevoir leur travail comme un sacrifice d'agréable odeur.
Le jour suivant, après l'office du matin, ceux qui ont servi remettent à ceux qui leur succèdent tous les instruments et les vases dont ils ont fait usage. Ils en prennent un grand soin et veillent à ce que rien ne se perde et ne se détériore. Ils regardent comme sacré tout ce qui appartient à la communauté, et ils croiraient avoir à rendre compte, non pas seulement à l'économe, mais à Dieu même, de la moindre perte qui arriverait par leur négligence. Pour vous faire comprendre avec quel soin et quelle fidélité ils observent cette règle, il me suffira d'en donner un exemple. Vous avez désiré tout connaître, et vous voulez même que je vous répète ce que vous savez déjà; je fais tous mes efforts pour vous satisfaire, mais je crains de dépasser les limites que je me suis tracées."
(Jean Cassien, Institutiones Cenobiticae, Livre 4, ch.19)

Etonnamment, Cassien prétend que cette coutume n'existe pas en Egypte :

"Nous avons dit que cette règle était en usage dans tout l'Orient et que nous devions aussi la suivre dans nos contrées; mais, en Égypte, où on tient beaucoup au travail, cette coutume de changer les frères toutes les semaines ne s'observe pas, dans la crainte que ce service ne nuise à leur ouvrage en l'interrompant. On confie à un des religieux les plus sûrs le soin du cellier et de la cuisine, et il continue à remplir cette charge tant que ses forces et son âge le lui permettent; sa tâche d'ailleurs n'est pas bien pénible, car les religieux le tourmentent peu pour préparer et cuire leurs aliments. Ils mangent surtout des légumes frais ou secs, et c'est un grand festin quand on leur sert, tous les mois, des feuilles de poireau hachées, des choux, du sel, des olives et de petits poissons salés qu'ils appellent des harengs (maenidia?)."
(Jean Cassien, Institutiones Cenobiticae, Livre 4, ch.22)

 
Avant les repas, on prononçait les bénédicités ou actions de grâce le plus souvent avant le repas, mais parfois aussi, après celui-ci. Cette disposition est déjà en application dans la Bible, d'abord chez les Juifs, entretenue par Jésus :
"Il prit les cinq pains et les deux poissons et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Puis, il rompit les pains, et les donna aux disciples, afin qu'ils les distribuassent à la foule. Il partagea aussi les deux poissons entre tous."
Marc 6 : 41
La règle de Pachôme préconise de chanter un psaume avant de prier (1e règle, 15) et est sévère à propos des moines qui manqueraient cette prière d'actions de grâce, soumis alors à une punition, d'une privation de repas, ou d'un jeûne (2e règle, 11).

Par ailleurs, les moines respectent depuis toujours une hiérarchie assez stricte, coutume qui perdurera en Occident, et qui s'applique aussi au réfectoire, de manières diverses mais qui se traduit généralement par une préséance, comme celle de ne pas commencer de manger avant son supérieur (2e règle de Pachôme, 9).

 
Nous l'avons déjà évoqué, le repas se passait en silence (1e règle, 13), qui ne devait pas être rompu à la sortie du réfectoire (2e règle de Pachôme, 13). Si celui-ci était rompu par le rire c'était grave, et cela arriva à Jean Kolobos...qui en pleura !

Pendant que le moine mangeait, il écoutait religieusement les textes sacrés tirés de la Bible ou de la vie des saints, lus par un frère lecteur depuis la chaire. Pendant ce temps, il se couvrait la tête de son froc pour ne pas voir ce que mangeait le voisin mais uniquement la table et le plat. (1e règle, 12-13 ; 2e règle, 9) et si il désirait quelque chose, il faisait un petit bruit (2e règle, 12), qui indique que le langage des signes n'était pas encore instauré.

Entre les repas, point d'en cas pour les moines :

"Il est expressément défendu de rien prendre, hors le réfectoire, avant ou après le repas de la communauté. Lorsque les religieux vont dans les jardins et les vergers où les fruits pendent aux arbres comme pour s'offrir à la bouche des passants, et qu'ils en trouvent même à terre qu'on pourrait ramasser pour ne pas les fouler aux pieds, cette abondance et cette facilité semblent exciter la convoitise et devoir tenter les plus austères et les plus mortifiés. Mais ils croiraient commettre un sacrilège, non-seulement s'ils en mangeaient, mais s'ils y touchaient même de la main. Ils ne goûtent jamais qu'aux fruits que l'économe fait servir au réfectoire pour toute la communauté."
(Jean Cassien, Institutiones Cenobiticae, Livre 4, ch.18)


"Le religieux qui désire livrer ces combats intérieurs doit d'abord s'imposer pour règle de ne pas se laisser aller au plaisir de boire et de manger, et de ne jamais rien prendre hors le réfectoire, avant ou après l'heure des repas de la communauté. Qu'il garde la même règle pour le temps destiné au sommeil. Il faut éviter ces deux fautes avec le même soin que l'impureté. En effet, celui qui ne sait lutter contre les tentations de la gourmandise, comment pourrait-il éteindre les ardeurs de la concupiscence? Celui qui ne peut réprimer des passions qui sont petites et visibles, comment aurait-il la sagesse de vaincre celles qui sont cachées et qui brûlent loin du regard des hommes? Ce sont les passions et les désirs qui montrent la force de l'âme, et lorsqu'elle se laisse surmonter par les plus faibles tentations, comment triompherait-elle des plus fortes? C'est à la conscience de chacun de le dire."
(Jean Cassien, Institutiones Cenobiticae, Livre 4, ch.20)

 
   Amphore pour le vin, l'huile ou le vinaigre
 Egypte, monastère de Kom-el-Nana, Ve-VIes
 
 
LE REPAS DU MOINE
 
 
 
Le régime alimentaire des moines
 

Il y a donc les instructions (les règles) et la réalité des choses, rappelons-le, ce que mange réellement le moine. Selon Aline Rousselle (Porneia : de la maîtrise du corps à la privation sensorielle, IIe et IVe siècles de l'ère chrétienne, PUF 1983), le premier choix opéré dans les régimes monastiques était celui du cuit ou du cru, que nous avons déjà évoqué, avec une méfiance particulière des éléments "chauffants" du corps : le pain, le vin et les légumes flatulents, mais là encore on verra qu'il y a des différences entre les convictions et les dispositions.
Selon Rousselle, donc, les adeptes du cuit mangeaient souvent un repas de type porridge, fait de lentilles, de pois chiches, de farine de blé et de légumes séchés : cette option était particulièrement méprisée en Palestine, surtout de la part des ermites. Ceux du cru optaient quant eux pour le pain, les fruits et les légumes, qu'ils mangeaient crus ou trempés dans l'eau.
Le pain deviendra pourtant un élément essentiel de la nourriture en Palestine, où les moines le cuisent au monastère de Théodose1 ou de Choziba2.
A l'inverse, les moines palestiniens considèreront le poisson* comme nourriture de malades3 , alors que les moines pachômiens d'Egypte mangeaient une soupe de petits poissons écrasés4

 

 Fragments d'une jarre en poterie, visages et poissons
 Egypte, monastère de Kom-el-Nana, VIes
 
* POISSON : Pourtant, le poisson semble avoir été un symbole important pendant les persécutions des premiers chrétiens, qui en avaient fait un symbole du Christ : Le mot grec ICHTUS (poisson) étant formé des initiales de chaque mot de la formule "Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur" : Iesous Christos Théou Uios Sôter


Les moines égyptiens et palestiniens cultivaient notamment, selon la pluviosité des régions : des céréales, essentiellement du blé, de l'orge, des légumes à gousses, des légumes secs : pois, fèves, mais aussi du lupin, de la vigne, des oliviers et des dattiers5

"À Alexandrie, Macaire [Macarius] travaillait exerçait la profession de mime et était très célèbre. Quand il est devenu un moine et que sa sainteté fut connue de tous, sept de ses anciens collègues mimes sont venus
le voir au désert et, après avoir été accueillis, se ont assis à côté de lui. Ils étaient pleinsd'admiration pour lui et sa manière de vivre. Quand il fut venu le temps pour eux de manger, Macaire mit de l'eau dans le pot qu'il mit au four dans le bu de cuire des céréales. Il chauffa donc le pot pour apporter l'eau à ébullition et, avant qu'il n'y ait versé le repas, il s'assit et bavarda avec eux comme avant, quand il était mime avec eux dans le monde.
Quand ils ont vu comment il se comportait, ils se sont dits, "Ne nous a t-on pas dit qu'il était devenu un homme de Dieu ? Pourtant, il est le même qu'il était avec nous dans le monde. Nous ne voyons pas
le changement opéré par la voie qu'il a choisie"
Quand Abba Macarius les a vus parlant entre eux de la grande liberté de parole qu'il a employée,
il a apporta un plat vide, l'a donné au plus ancien parmi eux et lui a dit, "Remplis ce plat avec du sable et verse le dans le pot. Nous le ferons cuire et nous le mangerons."
Quand ils ont entendu "du sable", ils ont plaisanté entre eux et dire : "Vraiment Macaire est devenu plus grand que le mime que nous avons connu à Alexandrie. De nouveau, il leur a dit, "Faites ce que j'ai dit." Ils lui obéirent, ont rempli le plat de sable et l'ont versé dans le pot. Ce qui fut versé devint une céréale faite d'un blé savoureux.
Quand les sept mimes virnet le miracle qui avait eu lieu,
ils ne retournèrent pas en Egypte, mais renoncèrent au monde. Ils
sont devenus moines et adoptèrent les coutumes du vieil homme, saint Abbé Macarius."

Pallade, Histoire Lausiaque 18 : 22, traduction à partir de la version anglaise de Tim Vivian, sur le site :
http://www.findarticles.com

Le four de Macaire était sans doute très proche de celui qu'utilise encore les Bédouins, ici à Louxor, sans porte, bien sûr, chauffé à bois et permettant de cuire un gâteau ou simplement de chauffer l'eau :


Dans d'autres textes, l'Histoire Lausiaque nous parle aussi de pain, d'herbes sauvages, d'olives, de fromage, mais aussi de pieds et d'extrémités d'animaux. Car, si la viande était très peu consommée par les moines, elle n'était pas absolument proscrite, comme l'évoque un passage des Apophtegmes : "Un jour, un frère déclara devant tout le monde : "Je ne mange rien de cuit, mais seulement du sel". L'un des anciens lui dit : "Il aurait mieux valu pour toi manger de la viande dans ta cellule que de prononcer une telle parole!"

Comme la consommation de pain, celle d'huile et de vin est admise ici, contestée là, et c'est encore l'archéologie ou les textes qui nous montrent que ces deux produits occupaient souvent une place non négligeable dans l'alimentation des monastères : on a retrouvé nombre de pressoirs à huile ou à vin de Bethléem à Sainte-Catherine : Dans le désert de Judée, les moines en boivent aux repas au monastère de Choziba ou à celui de Martyrius (Ma'ale Adummin), parfois avec excès6, sans compter l'usage du vin pour l'eucharistie célébrée le dimanche et les autres jours de fêtes saintes. La vigne était d'ailleurs, rappelons-le, très souvent représentée sur les fresques peintes dans les monastères.

Les fruits sont aussi beaucoup consommés quand leur culture est possible, comme au monastère de Tell Masos à Deir Ain Abata, dans le Neguev, où on a retrouvé, en plus d'olives, de dattes, de raisins, de lentilles, d'orge et de blé de pain, des traces de concombres et de melons7, mais aussi dans les monastères du Sinaï, en Egypte, où se trouve le monastère Sainte-Catherine, qui consommaient pêches, abricots, raisins, amandes, prunes, pruneaux, grenades, poires, dattes.


     Le couvert      
     1  2  3  4
     
     Egypte, Amarna, monastère de Kom-el-Nana
     
     1. Verre à pied, Verre coloré,période romaine
     
    2. Fragment d'un plat en céramique, VIe siècle, décoré du symbole chrétien inspiré du Chi-ro (chiro) :
     
    Le Chi-Ro est représenté par les deux premières lettres de Christos, le Chi (CH) et le Ro (R). C'est Lactance (Lactantius), apologiste du IVe s, qui raconte que la veille de la bataille du pont de Milvian, en 312, l'empereur Constantin eut une vision de Dieu, qui lui commanda de marquer les boucliers de ses hommes par un symbole qu'il lui montra : le chi-ro. Après sa victoire à Milvian, le chi ro devint un symbole impérial, inscrit dans une couronne de lauriers de la victoire et placée au sommet de l'étendard impérial.
     
    3. Chi-ro représenté sur l'avers d'un double centenionalis (Ø 25 mm), monnaie de bronze de l'empereur romain Décence (Magnus Decentius César, 351-353), frère et général de l'empereur Maxence.
     
    4. Cuillère en bois, Egypte Site de Fustat, le centre urbain médiéval du sud du Caire, VIIe s. ? Waseda University, Tokyo.

 

Les doigts de la main (droite) étaient les premiers ustensiles naturels pour porter la nourriture à la bouche, en dehors des monastères aussi, d'ailleurs, dans toutes les cultures européennes, et ce et jusqu'à la Renaissance au moins. Le pain était le premier plat naturel, en particulier en Palestine, où on posait fréquemment les différents aliments proposés. Cependant, il est clair que les moines utilisèrent beaucoup la vaisselle de poterie : plats, jarres, gobelets, etc... On a même trouvé de jolis verres à pied que vous poseriez peut-être volontiers devant vos convives, mais aussi de nombreux autres objets : plats longs, plats creux, pichets, flasques (voir illustration en exergue), etc...

L'usage de la cuillère est connu depuis longtemps, en particulier en Egypte, dont nous avons des témoignages archéologiques depuis l'époque thinite (v. 3185 à 2790 avant notre ère), celles surtout qui étaient conservées à l'usage cosmétique, raffinées et décoratives. Loin de cela chez les moines, bien sûr, mais eux aussi détournaient l'objet de sa fonction alimentaire, puisqu'elle avait divers usages liturgiques, comme celui qui permettait au prêtre de signer quelqu'un sur le front à l'aide dudit objet, ou encore de se saisir du pain eucharistique dans le calice avant de le distribuer aux fidèles :

Le prêtre sacrificateur Melchisedech (Melchisedec, Melchisedek, Melchizedek), devant un autel maçonné, porte une cuillère à la bouche d'Abraham, après l'avoir rempli dans un calice du pain eucharistique.
Deir-al-Baramus (monastère des Romains), église de la Sainte Vierge, peinture murale, vers 1200.

" Un père vit un glorieux personnage sortir du sanctuaire au moment de chanter le psaume. Il avait des ustensiles d'eau bénie et une cuillère avec laquelle il marqua ceux qui étaient présents d'un signe de croix mais aussi dans le vide en direction d'espaces vides. Il fit la même chose à la fin du service. Le père finit par lui demander une explication et ce dernier lui apprit qu'il était un ange de Dieu, appelé ici à marquer ceux qui étaient restés à la fin de l'office et d'autres qui étaient là en esprit, naturellement empêchés de le suivre physiquement.."
Instructions de Dorothée de Gaza, c.118

Le moine devait donc s'en servir pour ses soupes de lentilles et autres porridges, mais aussi à bien d'autres choses :

"Paul (de Thèbes) apporta à Antoine une jarre de miel. Antoine lui demanda de casser la jarre pour en récolter le miel à l'aide d'une cuillère, ce faisant sans ramasser aucune saleté"
Historia Monachorum in Ægypto, Histoire des Moines d'Egypte, anonyme grec traduit en latin par Ruffin d'Aquilée, sur Paul de Thèbes, 24.1, 8.


La cuiller, comme le couteau, pouvait être un objet personnel : On a ainsi retrouvé une cuillère dans la sépulture de saint Jean IV Le Jeûneur, patriarche de Constantinople de 582-596, accompagné d'une chemise de lin et d'une soutane.

La fourchette, qui existait en Egypte ancienne ou à Rome, était essentiellement à l'usage de la cuisine et souvent à deux dents, pour saisir les rôtis, par exemple, usage conservé en Europe : elle ne fera pas d' apparition régulière sur nos tables avant les XVIe-XVIIe siècles. Elle ne devait pas avoir beaucoup de place dans les monastères, qui ne cuisinaient que très peu de viandes.

Pour le couteau, c'est bien autre chose, car on l'utilise depuis les temps préhistoriques : il n'est pas avant longtemps aussi un couvert posé sur la table, mais un objet personnel, un des rares que peut posséder le moine et qui lui sert à couper pain, fruits, coutume qui sera conservée en Occident, nous le verrons, sans oublier qu'il sert dans tous les ateliers du monastère ou à la cuisine :

"Quelqu'un leur a apporté un petit poisson et Abba Athre [appelé par les modernes Siméon] a voulu le faire cuire pour le vieil homme. Il tenait le couteau pour couper le poisson quand Abba Athre l'appela. Il répondit à l'appel en laissant le couteau au milieu du poisson. J'ai admiré sa grande obéissance, car il n'a pas dit "Attendez que je finisse de découper le poisson". J'ai dit à Abba Athre "Où avez-vous appris une telle obéissance ?" Il me dit, ce n'est pas de moi, mais du vieil homme. Il m'a emmené auprès de celui-ci, pris le poisson, en a intentionnellement fait cuire de mauvaise manière et l'a offert au vieil homme qui l'a mangé sans rien dire du tout. Alors il lui a demandé, "est-ce que c'est bon, vieil homme ?" Ce dernier a répondu "c'est très bon". Ensuite il lui a apporté un peu de ce qui avait été mieux cuit et dit : "Vieil homme, je l'ai gâté", ' et le vieil homme a répondu :"' Oui, vous l'avez gâté un peu." Alors Abba Athre m'a dit : "Voyez-vous comment l'obéissance fait partie intrinsèquement de lui?" Je suis parti de là et j'ai essayé de l'imiter autant que je le pouvais."

Vie d'abba Pistus (début du IVe s), extraite des Apophtegmes des Pères du Désert (Apothegmata patrum), traduction à partir d'une version anglaise citée sur :
http://www.etss.edu/hts/MAPM/info1.htm
 


NOTES

1. Monastère de Théodose
Fondé par Theodosius vers 500 à 12 km à l'Est de Bethléem : cité dans Pratum spirituale (Pré ou Prairie spirituelle), 92, de Jean Moschos (+ v. 634)
2. Monastère de Choziba : cité dans la Vie de saint Georges de Choziba, (+ 614), Vita Georgi, 3.23, d'Antoine de Choziba.
3. ...nourriture de malades : Yizhar Hirschfeld, The Judean Desert Monasteries in the Byzantine Period. New Haven and London : Yale. 1992:88
4. ...poissons écrasés : Mróz Dembinska 1985 : Diet: A Comparison of Food Consumption between Some Eastern and Western Monasteries in the 4th-12th Centuries. Byzantion 55, 441.
5. ...des dattiers :
- Michael Zohary 1973 : Geobotanical foundations to the Middle East. Vols 1 and 2. Stuttgart and Amsterdam: G. Fischer & Swets and Zeintlinger.
- Zohary 1982 : 41, Plants of the Bible. A complete handbook to all the plants with 200 full-color plates in the natural habitat. Cambridge: Cambridge University Press.
- Patlagean 1977 : 38, Pauvreté économique et pauvreté sociale a Byzance, 4e-7e siècles, Civilisations et Sociétés; 48, Paris & La Haye : Mouton.
6. ... parfois avec excès : Vita Georgi (voir plus haut) 3.14, 6.27 et Vita Euthymii (Vie d'Euthyme, de Cyrille de Scythopolis), 50.

7. ... de melons : Konstantinos Politis. 1989. Excavations at Deir 'Ain 'Abata 1988. Annual of the Department of Antiquities of Jordan. Vol.33. (227-233, 404-406)

     

 
SOURCES :

Règles de moines, Editions du Seuil, 1982
- http://ethesis.helsinki.fi/julkaisut/hum/kultt/pg/heiska/theecono.pdf
- http://www.miho.or.jp/booth/html/plaart030315/14_02e.htm (cuiller)
- http://www.touregypt.net/featurestories/baramus.htm (fresque Melchisédec)
-http://www.mcdonald.cam.ac.uk/Projects/Amarna/2004%20res/
    Late%20Roman%20files/wallpaintings.htm#paintings (kom el nana)
- http://www.danitadelimont.com/results.asp?image=AF14+CMI0257 (four Bédouins)
- http://208.201.242.26/coins/sear/s4033.jpg (monnaie decentius)
- http://www.metmuseum.org/toah/ho/06/nfe/hob_27.94.19.htm (flasque abu Menas)
- http://www.enluminures.culture.fr/Wave/savimage/enlumine/irht1/IRHT_042772-v.jpg
(gloutons en enfer)
 


 

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