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ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
- ABBAYE
 1Cartes historiques de la région de Syrie

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ORIGINES
 
SYRIE et LIBAN
 
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La région incluant la Syrie et le Liban actuels n'étaient pas deux pays distincts. Sous l'occupation romaine et byzantine, elle était assimilée à la Syrie dont la capitale, Antioche (capitale de l'empire Séleucide par la suite), est en Turquie actuelle, sur l'Oronte inférieur, près de la frontière syrienne (voir carte 2, en exergue).

De la même manière qu'en Occident (voir les honorati de l'empire romain), les communautés semi-monastiques se développent :

"La notion biblique d'Alliance (qeiâmâ) était au coeur de la spiritualité judéo-chrétienne primitive de langue syriaque. Elle se développa d'une façon spéciale et, au IVe siècle, les écrits d'Aphraat et d'Ephrem ainsi que le Liber Graduum et les Actes des Martyrs témoignent de l'existence d'une institution appelée l'Alliance ou le Pacte (qeiâmâ)[12]. Les « fils et filles du Pacte » constituent des groupements ascétiques vivant au sein des communautés ecclésiales, étroitement liés à l'ordre sacramentel et hiérarchique. C'est de ces groupements que, par une évolution toute naturelle, naîtra le cénobistisme, en ces régions. Comme le dit très justement dom J. Gribomont : " Cest ici que l'on doit chercher la contribution la plus positive des chrétientés orientales à la préhistoire monastique, plus que dans les excentricités des mangeurs d'herbe, des anachorètes sans toit, décidés à vivre à la façon des animaux sauvages, des stylites, et autres prodiges d'austérité [13]. "
A. Vööbus, il est vrai, a voulu montrer, que l'érémitisme avait été la forme primitive du monachisme syrien, et que le cénobitisme, venu beaucoup plus tard (après Éphrem) avait été mal reçu et même combattu par les milieux érémitiques [14]. Mais Edmond Beck a fait remarquer que les premières oeuvres de saint Ephrem, c'est-à-dire celles de sa période nisibienne, ne témoignent pas de l'existence d'anachorètes[15]. Ceux-ci ne sont mentionnés que dans les ouvrages écrits durant le séjour du saint a Edesse (364-373) [16]. Dom J. Gribomont croit, de son côté, que les solitaires syriaques qui, à partir de la seconde moitié du IVe siècle, se détachent de l'Eglise locale, ont subi l'attraction de l'anachorétisme égyptien [17].
De toute façon, même si l'on admettait avec A. Vööbus l'existence d'un érémitisme antérieur au cénobitisme proprement dit, il demeurerait clair et certain que le cénobitisme syrien n'est pas né en dépendance historique de l'érémitisme, mais qu'il se situe directement dans le prolongement de l'ascétisme primitif intra-ecclésial des fils et filles du Pacte.
Il apparaît donc que la plus ancienne forme de cénobitisme est née de la simple nécessité de communion entre les membres d'une Eglise locale pratiquant le même degré avancé d'ascèse. La réalité de la communion est tellement essentielle et constitutive de cette forme de cénobitisme qu'elle suffit à elle seule, en l'absence de supérieur, à maintenir la cohésion du groupe. Ces ascètes demeurent, en effet, comme tout autre chrétien, sous la juridiction ordinaire et immédiate de la hiérarchie locale, et le père Olaf Hendriks a montré leur étroite coopération avec celle-ci [18].

[12] Cf. A. Vööbus, ouvrage cité à la note 7, t. I, pp. 97-103 et t. II, pp. 331-342. Ibid., The Institution of the Benai Qeiama and Benat Qeiama in the ancient Syrian Church, dans Church History 30 (1961), pp. 19-27. Voir aussi, sur cette question, les ouvrages cités par Dom J. Gribomont, dans l'article cité ci-dessus (note 8), ou encore P. NAGEL, Zum Problem der Bundessähne bei Afrahat, dans Forschungen und Forschritte 36 (1963), pp. 152-154, ou plus récemment, ibid., Die Motivierung des Askese in der alten Kirche and der Ursprung des Mönchtums (Texte und Untersuchungen 95), Berlin, 1966, pp. 41-44. Ce dernier auteur suggère une nouvelle interprétation du mot q²iâmâ; il faudrait traduire non par fils du pacte, mais par fils de la résurrection.
[13] Article cité ci-dessus (note 8), p. 17.
[14] Cf. A. VÖÖBUS, Sur le développement de la phase cénobitique et les réactions dans l'ancien monachisme syriaque, dans Recherches de science religieuse 47 (1959), pp. 401-407. Vööbus a tenté de retracer la physionomie de cet ascétisme primitif, à partir des oeuvres d'Éphrem; cf. Le reflet du monachisme primitif dans les écrits d'Éphrem le Syrien, dans Orient Syrien 4 (1959), pp. 290-306.
[15] E. BECK, Asketentum und Mönchtum bei Éphrem, dans Il monachesimo orientale (Orientalia Christiana Analecta 153), Rome, 1958, pp. 341-362 (traduction française . Ascétisme ot monachisme chez S. Éphrem, dans Orient Syrien 3 (1958), pp. 275-298).
[16] Cela apparaît clairement dans la différence que l'on constate entre les vingt-quatre premiers chants des Carmina Nisibena d'Ephrem (racontant la période nisibienne) et les chants suivants (se rapportant à la période d'Edesse). E. Beck en a donné une édition critique: Des Heiligen Ephraem des Syrers Carmina Nisibena (erster Teil), (Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium 268-269), Louvain, 1961.
[17] Article cité ci-dessus (note 8), p. 17.
[18] O. HENDRIKS, L'activité apostolique des premiers moines syriens, dans Proche Orient chrétien 8 (1958), pp. 3-25.

texte d'Armand Veilleux extrait de la page web :
http://users.skynet.be/bs775533/Armand/wri/abbatiat-fra.htm

 

 
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