ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
 

-ABBAYE
 
Origines
.
Les Kellia (3)
 --
L'art (2)

 
 

La suite de l'article, ci-dessous, est extrait d'un article de Marguerite Rassart-Debregh (Archéologue. Membre de la MSAC, Président sortant de l'Ass. francophone de Coptologie), paru dans : Le Monde de la Bible - Numéro 116 Janvier-Février 1999 - Les déserts d'Egypte, les premier s monastères au pays des pharaons
. Texte extrait de la page web :
http://www.coptic.org/music/kellia.htm
entre crochets [...] notes de l'encyclopédiste

 
 
Thème chrétien par excellence : le Christ ou le saint triomphant du Mal sous toutes ses formes, comme Saint Georges tuant le dragon ; fréquent en Egypte, ce motif du saint militaire triomphant deviendra un des piliers de l’iconographie chrétienne, y compris en Occident : .

On en recherche parfois les archétypes dans les mythologies grecques et romaines, en négligeant souvent les exemples de l’Egypte antique. Or, les décors des Kellia comportent de curieuses représentations de croix victorieuse qui ne s’expliquent qu’en recourant à l’iconographie pharaonique [l'ankh : ], comme cette croix multicolore dressée au milieu d’une vigne ou se cachent un lion, un crocodile et un hippopotame (Izeila, ermitage 90).
A l’époque pharaonique, nombre d’animaux divins revêtaient un double aspects, bénéfique et maléfique, et le culte qu’en leur rendait visait autant à les honorer qu’à conjurer leur malveillance. Cette bivalence subsiste à l’époque chrétienne ou le Christ triomphant écrase et apprivoise en même temps.
Pour l’ancien Egyptien, le crocodile est un dangereux tueur ; pour les Coptes, il représente une des formes du Mal ; un relief du Louvre ou Horus à cheval le transperce d’une lance témoigne de ce curieux syncrétisme.
Dans la religion égyptienne, la déesse lionne Sekhmet peut être une destructrice implacable du genre humain ; de même le lion sauvage menace le moine du désert, de nombreux apophtegmes en témoignent. Souvent aussi, il est associé au Malin : « Mon enfant, j’ai peur parce que le rugissant lion cherche qui dévorer » (AP. Anon, 409) ; mais comme les gardiens d’époque pharaonique, les lions de l’époque chrétiennes sont parfois bénéfiques : ils interdisent au Mal de s’insinuer dans les pensées de l’Ancien : dans les Vertus de saint Macaire (Amélineau, 196,5), Macaire le Grand ne rappelle-t-il pas que « le cœur des justes est plus courageux que celui des lions » ? (...)

Décor de lion aux kellia
 

 
4. Ermitage QR 306, vestibule [dessin du] (pièces 2-3) paroi ouest Un arc-diaphragme sur l’intrados duquel se déploie une vigne luxuriante partage le vestibule en deux partie. Les divers éléments architectoniques sont en argile sont en argile façonnée puis recouverte de stuc ; par-dessus, un judicieux emploi des couleurs évoque les cannelures des colonnes et le relief des chapiteaux.

[2 zooms possibles sur l'image : moitié supérieure (détail de la croix) et moitié inférieure (image entière)].

-pBandeau au décor traditionnel des kellia : vigne, bateau, animaux et végétaux (ermitage non précisé).

Attestée en Egypte depuis l’époque pré-dynastique, la vigne figure dans bien des tombes de l’Ancien Empire. Dans le monde classique, le vin qu’elle produit est par excellence la boisson des dieux qui donne l’ivresse mystique et assure la renaissance, comme en témoignent les cultes de Dionysos et de Bacchus.
Sous l’influence du christianisme, la vigne revêt une signification nouvelle. Arbre de vie, elle s’associe à la croix et au Christ : le Christ est la vigne, le vin devient son sang par le mystère de l’eucharistie. Elle signifie aussi l’unité entre le Christ et ses disciples : ‘Je suis la vigne et vous êtes les sarments’ (Jn 15,5).
Dès l’origine, la vigne est considérée comme un arbre sacré, dans l’Ancien Testament, elle désigne la Maison d’Israël (Es 5,7). Dans les nécropoles gréco-romaines ou chrétiennes comme dans les monastères, sa représentation remplit un double rôle, symbolique par son essence et décoratif par sa forme : les pampres, qu’ils jaillissent de canthares d’or à la panse rebondie ou qu’ils naissent de la branche supérieure de la croix, qu’ils portent des grappes gonflées ou des grenadent que les oiseaux s’apprêtent à picorer, étirent leurs volutes sur toute la surface d’un mur ou de l’interieur d’un arc dont ils épousent parfaitement l’arrondi.


(...) Les palmiers ont de tout temps nourri l’Egyptien ; ils symbolisent la fraîcheur bénéfique du point d’eau au sein du désert aride et évoquent, par leur seule présence, la richesse et la quiétude des oasis et des terres cultivables. Souvent représentés dans les temples d’époque pharaonique, ils figurent également dans les nécropoles greco-romains, comme à Alexandrie.
On offre des palmes au Christ lors de son entrée à Jérusalem et la palme devient, à l’époque chrétienne l’attribut des martyrs, symbole de la victoire, d’ascension et d’immortalité. Dès lors, palme et palmier seront associés à l’image du paradis.
 
Ils font aussi partie de la vie quotidienne des moines. Leurs fruits ont nourri des ermites : Onophrios est représenté à côté d’un palmier sur une peinture de Sakkara et à Faras et Nubie. Ils servent au travail manuel qui constitue, avec la prière, une des obligations des moines : les palmes servent à fabriquer les nattes, des paniers… Une des inscriptions des Kellia rapporte que Macaire était « allé avec d’autres solitaires […] pour couper des branches de palmiers dont il faisaient leurs ouvrages… » (Les vies des pères, M-A Marin, Avignon, 1761). La littérature Copte témoigne aussi de la symbolique du palmier : « un (moine) âgé a dit ceci : il est écrit que le juste s’élèvera comme un palmier. Cette parole signifie l’élévation des bonne choses et leur douceur, et [elle indique] qu’il n y a qu’un seul "cœur" à [l’intérieur du] palmier : tout son intérieur est blanc. Il ressemble ainsi au juste, dont on voit qu’il est d’un cœur un (anime) en présence de Dieu, regardant vers lui seul, et possédant la lumière de la foi : en effet, toute l’œuvre du juste est dans son cœur. Quant aux épines du palmier, qui transpercent, ce sont les combats du juste contre le Diable » (souligné par R.Kasser, Topographie II).

On lit aussi dans les apophtegmes que « le juste fleurit comme un palmier »(AP Anon., 13,62), maxime qui reflète bien la conception des moines : la vie du juste doit être exemplaire et embellir ce qui l’entoure.
Le palmier figure en bonne place aux Kellia sur les parois des vestibules, parmi d’autres végétaux évoquant à la fois l’oasis ou le jardin du moine (aspect matériel) et le paradis auquel accède le juste (aspect religieux). De plus, l’Arbre de vie et le palmier fusionnent souvent avec la croix : cette dernière naît alors au sein d’une végétation particulièrement luxuriante ou se couvre de feuilles ; ailleurs, sa base s’arrondit comme celles de certains palmiers et ses branches prennent l’aspect squameux de leur tronc.

Une fois encore se dessinent une double signification et une nouvelle continuité. Comme dans les tombeaux d’époque pharaonique, ou un au-delà enchanteur et sublimé se révèle à travers des paysages verdoyants et luxuriants, les murs des cellules se couvrent des images d’arbustes qui renvoient aux plantations du jardin des moines mais aussi à des souvenirs plus lointains : palmiers, dattiers, sycomores, acanthes, plantes grasses voisinent en effet avec des scènes nilotiques que le moine avait sans doute eu le loisir d’admirer avant sa retraite. Mais une fois de plus, sous l’influence du christianisme, l’aspect religieux se superpose à la composante matérielle.

 
 
Sources

- http://www.touregypt.net/featurestories/kellia.htm
- http://www.ldysinger.com/MONS_423/03_MonHis1/02_nit-kel-scet.htm
- http://www.coptic.org/music/kellia.htm
 

 
 

-----