ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

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Gherardo di Jacopo Starnina (1354-1413)
Thebaid
Tempera on wood, 1410
Galleria degli Uffizi, Florence
 
Origines :
 
Introduction
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La Palestine


 

 

  Truelle en fer,

monastère de Chariton, Palestine

Ve siècle

     
     
    INTRODUCTION, L'Orient
     

    Précisons ici avant toute chose que le monachisme oriental nous intéresse ici comme ancrage, comme référence pour les moines de nos abbayes. La période étudiée ici sera donc, grosso modo tout de même, celles de l'époque dite patristique, celle des premiers pères du désert, recouvrant environ cinq premiers siècles après Jésus Christ. En 451, en effet, le concile de Chalcédoine signera le première scission entre ceux qui se nommeront Catholiques et les monophysites, Coptes*, Syriens ou Arméniens un premier temps, qui s'appelleront Orthodoxes, ces derniers croyant en particulier à une divinité à deux natures, humaine et divine, affirmant le culte des images, le refus de la divinité de Marie, de l'infaillibilité du pape (comme de tout homme d'ailleurs), etc...

    * COPTES Les conquérants byzantins, de langue grecque, appelèrent les habitants du delta du Nil "Aigyptos" (Aiguptios or Aiguptioi), formée à partir de l'égyptien "Hwt-ka-Ptah" ou"Het-Ka-Ptah", "Hikaptah" : la maison* du Ka (où l'âme) de Ptah, autre nom de Memphis, la première capitale de l'Ancienne Egypte. Pourtant, les Egyptiens eux-mêmes ne se nommaient pas ainsi, mais Niremnkhemi, hommes du Pays Noir, Kmt puis Keme ou Kheme. Les chrétiens d'Egypte et d'Ethiopie seront très tôt appelés Qubti (Qubt pour la langue) par les envahisseurs arabes, dès la moitié du VIIe siècle (puis coptus, en latin, mais pas avant le XVIe s ): Les arabes envahissaient, en effet, et ce dès 641, un pays très largement christianisé. A partir de là, le copte deviendra très progressivement une langue liturgique, bien codifiée au XIIe siècle.

    * MAISON : le mot per est plus fréquemment rencontré pour signifier une demeure.

    Il faut bien le reconnaître, si tout ce qui vient d'être dit nous montre bien que des expériences communautaires chrétiennes ont eu lieu dès les lendemains de la Pentecôte, ce n'est qu'à partir du IIIe siècle que nous possédons une moisson importante d'informations qui donnent à penser que s'accélère le pouls du monachisme chrétien, et ce de vive manière. Le tableau de ce troisième siècle confirme et amplifie ce que nous disions à propos des deux premiers, à propos de la diversité des formes qu'adopte le monachisme chrétien. Ce qui est gratifiant pour ce siècle ci, nous le répétons, c'est l'abondance des témoignages, qui nous permet de dessiner plus en détails les contours du paysage monastique qui est en train de se modeler.

    On trouve de nombreux ermites en Palestine, en Syrie, au Liban, en Egypte, qui creusent ou occupent des grottes qu'ont habité des anachorètes avant eux. Car il ne faut pas oublier que le monachisme ne naît pas avec le christianisme, mais qu'il le précède de beaucoup, que l'on songe au monachisme indien ou grec. L'érémistisme connaîtra plusieurs temps forts dans l'histoire du christianisme et le développement du cénobistisme ne mettra aucunement fin à l'érémitisme, et on peut même dire qu'il le rendra encore plus indispensable. En effet, le monachisme primitif chrétien, nous l'évoquerons avec l'emblématique Cassien, mettait l'érémitisme au-dessus de tous les autres états religieux, et ne voyait en la communauté des autres moines qu'une transition nécessaire à la compréhension et à l'apprentissage de la dure vie anachorétique

    Cependant, nous allons le voir, en même temps que se formeront des communautés d'anachorètes ou que s'installeront un peu partout de nombreux ermites, des communautés de moines ou de nonnes se formeront.

    Les monastères chrétiens d'Orient de la première heure sont principalement situés en des endroits désertiques et possédaient, nous l'avons dit, presque toutes les caractéristiques des abbayes, ce que nous pourront juger sur la base de nombreuses pièces à conviction.
     
     
     
    LA PALESTINE
     

     
    En Palestine, où est né le christianisme, de nombreux ermites se regroupent selon un mode mi-anachorète mi-cénobitique. Ce mode de vie s'étendra bientôt non seulement à ce pays, mais à toute la région. Elle reçut le nom de laure (laura, en grec, lavra en copte, ce qui signifie sentier, chemin étroit. Les laures (laurae en latin) sont constituées de grottes, parfois de cellules (kellion [sing], kellia [plur]), qui donneront leur nom à l'ensemble monastique dont les très intéressants vestiges sont les principaux témoignages des premiers monastères chrétiens : ce sont les kellia de Wadi Natrun (Nitrie), en Basse-Egypte.

    En plus de ces communautés de solitaires, qui possédaient donc un habitat individuel, il y avait les coenobiae, littéralement "vie en commun", mot latin dérivé de Kan'vBia (copte), Kolvos (communauté) et Bios (vie), en grec : c'est l'origine, bien sûr, du mot "cénobite". Ces coenobiae (koinobia, koinonia , en grec) sont des communautés de moines vivant en hameaux à flanc de montagne, au sein desquelles ces derniers reçoivent une longue période de formation, sans pouvoir se retirer dans leurs cellules, qu'ils réintègrent ensuite. Par les écrits de Chrysostome, nous connaissons un peu l'organisation des coenobiae de Syrie autour d'Antioche, de tradition pachômienne, dirigée par un coenobiarcos. La coenobia (koinobion, en grec) était composée de bâtiments dispersés de construction sommaire, souvent de simples abris de fortune ou des cabanes en bois. Au fil du temps, cette forme de vie commune remplacera celle des anciennes laurae dans presque tout les monastères chrétiens. Les moines, comme ailleurs, étaient soumis à un abbé et observaient une règle commune. Par contre, eux n'avaient aucun réfectoire, mais prenaient leur repas en commun, de pain et d'eau seulement, souvent dehors, et disaient prières ou chantaient des psaumes quatre fois par jour. Notez que les Chartreux, quant à eux, sont revenus à ce style originel de communauté, avec cellules individuelles pour chacun des moines.

    Dans le cadre des laures ou des kellias, les moines (de monos, seuls) habitent seuls cinq jours sur sept. Le samedi et le dimanche sont des jours communautaires où les moines participent sous la conduite d'un abbé (apa, abba, anba) à l'office, à l'eucharistie, et d'autres réunions communautaires. Ils rejoignaient leur ermitage pour la semaine chargé d'un panier de provisions (aliments cuits, vins, etc...)

    "La grande sortie du moine, c’est la synaxe*, qui se tient à l’église. Cette église, centre de la communauté, est construite en briques avec un toit voûté. Elle est constituée de plusieurs pièces, chacune ayant sa destination précise : salle pour l’Eucharistie, réfectoire, magasin pour les roseaux, magasin pour le pain, salle de conférences, et une prison pour enfermer les moines fous. L’église n’est ouverte qu’en fin de semaine, c’est-à-dire que le reste du temps elle est fermée à clé. Un jour, les anachorètes étaient là, réunis pour la prière devant l’église dont on avait perdu la clé de la porte! Evagre, d’un signe de croix sur le verrou, ouvrit l’église. Tout le monde se rend à l’église le samedi après-midi. Si l’on est absent, c’est que l’on est malade ou mort. Un frère remarquera alors l’absence et ira visiter le frère, le soignera ou l’inhumera. Quelques moines, mais c’est l’exception, vivent une anachorèse stricte et ne se rendent pas à l’église en fin de semaine."

    * Synaxe était le nom qu’on donnait à l’eucharistie au départ, venant du grec sunaxis, ce qui rassemble tout, assemblée, réunion. Il désignait donc aussi le rassemblement hebdomadaire des moines en ecclesia (ekklesia), autre mot grec pour l'assemblée et qui désignera la communauté chrétienne dans son ensemble, et qui parviendra jusqu'à nous : c'est l'Eglise, bien sûr.

    Si on connaît, au IIIe siècle, l'existence de communautés cénobitiques à par entière, comme celles de Castinos, évêque de Byzance en 240, qui fonde un monastère de vierges dédié à sainte Euphémie, ou vers 250, un monastère de femmes au Sinaï, qui étaient évidemment issus d’établissements de Palestine, les témoignages importants de cette époque restent plutôt celles des laures.

    Le tout premier d'entre-eux semble être celui qui évoque
    saint Chariton, né en en Palestine vers l'an 270, sous l'empereur Aurélien, et dont on dit qu'il instaura la tonsure monastique. Les laures fondées par Chariton, en Judée, sont au nombre de trois. Pharan, à dix kilomètres au nord de Jérusalem, qui serait le premier monastère chrétien de Palestine, est fondé vers 330, puis Douka, près de Jéricho et SOUKA, à une dizaine de kilomètres au sud de Bethléem.

     
    extrait des cartes extraordinaires de la Palestine du temps des Romains du département d'études religieuses de l'université de Virginie.

    La Judée est, en effet, la principale terre d'élection des moines palestiniens. C'est un Syrien, Théodoret, évêque de Cyrrhestique (Syrie du Nord), qui nous en parle le mieux, dans son Historia Religiosa, écrite vers 440. Il nous apprend, par ailleurs, que des monastères y existaient avant 300. Il nous parle de l'anachorète Euthyme qui, vers 410, finit par fonder le monastère de Saint-Théoctiste (Theoctistus, vers 410) puis, poussé par le nombre grandissant de fidèles autour de lui, celui qui portera son nom Euthyme (Euthymius, vers 428, auj. Khan el-Ahmar).

    Monastère d'Euthymius, pavement de l'église, vers 482 et photographie générale de 1890-1895.
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    Le plus célèbre des disciples d’Euthyme fut saint Sabas (Julien Saba, 439-532), qui insuffle au monachisme de Judée un grand dynamisme. Julien Sabas établit le premier statut monastique, en grec typikon, qui sera un modèle pour les chrétiens orthodoxes. C'est lui qui, après s’être retiré dans une grotte du torrent du Cédron (Qadron, Kidron), établit autour en 483 la Grande Laure (Megiste Laura, puis Mar Saba ), faite de soixante-dix cellules, puis, vu la surabondance des disciples, constitua à proximité six autres monastères. Lui et ses disciples fonderont à la fois laurae (laures) et coenobiae (cénobiums) : Ce sont, pour les laures, la Grande Laure, déjà citée, la Nouvelle Laure (507), Heptastomos (510), Jeremias (531), Firminus, La Tour d'Eudocie, ces trois dernières fondées par des disciples de Sabas. Les cénobiums portent, quant à eux, les noms de Kastellion (492), le petit Cénobium (493), La Grotte (Spelaion, 508, auj. Deir el-Khattar),

    Spelaion, reconstitution du monastère

    Scholarius ou Scholarios (509), Zannos (511?), Severianus (un disciple de Sabas, 514/515)

    Un disciple de Saint Antoine, Hilaire (Hilarion, Ilarion, vers 291-372), s'installe quant à lui, dans le désert de Majuna (Maiouma, Majuma), près de Gaza, la Maiumas Gazae des Romains la Néapolis grecque et la moderne Al-Minah. extrait des cartes extraordinaires de la Palestine du temps des Romains du département d'études religieuses de l'université de Virginie.

    (Voir aussi sa biographie, par saint Jérôme)
     

     
    Sources :
     
    - http://198.62.75.1/www1/ofm/sbf/Books/LA43/43339YH.pdf
    - http://198.62.75.1/www1/ofm/sbf/Books/LA43/43315JP.pdf
    - http://198.62.75.1/www1/ofm/sbf/Books/LA45/45401PF.pdf
    - http://www.wga.hu/preview/s/starnina/thebaid.jpg
     
     
     

     

     

     

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