ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
 

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Des origines aux Mérovingiens

L'Armorique, Ve et VIe siècles (2)



Illustration extraite de la cartographie de Cassini (1714-1784), Saint-Pol-de-Léon (n°170).

 
Un autre prince, Guénolé (Uinualoei, Winwaloé, Gwenolé, etc... 460-532, fête le 3 mars), fuit les Saxons avec ses parents, prince et princesse bretons, Fracan ou Fragan et son épouse Gwen, qui s'installent en Armorique. Leur fils était âgé de sept ans lorsque son père le plaça, vers 467, dans le monastère de l'Insula Laurea, probablement l'île Lavret ou Lévrec, une des îles de l'archipel de Bréhat), îlots de quelques hectares situés à l'embouchure du Trieu), sous la protection de l'abbé Budoc. Sous l'effet d'une vision, saint Guénolé part avec onze autres moines et s'arrête un peu au nord de l'embouchure du Faou, sur une île qu'on nommait Insula Topapigia, qu'on appelle aujourd'hui l'île de Tibidi ("maison des prières") :

"Les douze moines y construisirent un modeste oratoire et, alentour, des logettes ; ils bêchèrent et retournèrent le sol pour en faire un jardin. Fonds ingrat s'il en fut: l'îlot est une table rase entièrement nue, sans aucune protection contre le vent; le sol, une roche à peine couverte de terre, trop étroite pour sustenter les douze cénobites dont, bon gré mal gré, pendant qu'ils furent là, la pêche dut être plus d'une fois contre la fin l'unique ressource. Sans abri, presque sans pain, ils passèrent là trois années très dures: enfin exténués de fatigue, ils se décidèrent à quitter ce roc ingrat. De leur îlot, en regardant vers le Sud-ouest, ils voyaient au-delà des flots une côte chargée de bois; c'est là qu'ils se dirigèrent; il eût même été difficile de trouver meilleur abri.
Dans cette calme solitude, dans ce paysage d'eau, de bois et de rochers, à l'entrée de cette heureuse vallée et presque au bord de la mer, Guénolé s'établit avec ses disciples. Tout le canton était inhabité, inculte, couvert de bois et de halliers formant une vaste forêt. Les disciples commencèrent donc par s'armer de cognées pour jeter bas ces grands arbres et faire dans cette forêt de larges clairières. Puis, de bûcherons devenant charpentiers, les uns équarrirent avec la doloire les troncs abattus, dont ils firent les murailles de leur église et de leurs cellules, pendant que d'autres cultivaient le sol ainsi nettoyé et le préparaient à recevoir la semence."

texte extrait de la page web : http://perso.wanadoo.fr/paroisse-saint-honore/Reportages/2001_08_landevennec/abbaye.htm

Cette "côte chargée de bois", c'est la presqu'île de Crozon, où Guénolé et ses moines bâtiront vers 482 un monastère qui s'appellera monasterium Landeuuinnoch (vers 880), Lanteuuennuc (au XIe siècle), Landeguennec (vers 1330), puis Landévennec. Ce vocable vient du breton "lann" (monastère) et de Tévennec ou Towinnoc, nom familier de Guénolé, qui signifie "très abrité" : il n'y a qu'à voir les palmiers qui y poussent : abbaye Bénédictine de Landévennec - 1958. L'abbaye de Landévennec est le seul établissement armoricain de cette période à voir franchi les siècles.

Guirec (ou Guireg, Guévroc, Guiroc, Gueroc, Keric, Kerric, Kirech, du gallois "gwevr" (ambre), + 547, fête le 17 février), quant à lui, est un moine gallois. Il débarque on ne sait quand avec son maître saint Tudwal "dans une auge de granit" dit la légende, afin d'y fonder une communauté. Le saint débarque à Ploumanach, évangélise la région de Lanmeur, fonde un ermitage près de Ploudaniel, puis un monastère qui deviendra Locquirec (Loc Quirec, l'ermitage de Guirec), près de Perros-Guirec.

Dans le même temps, Tugdual (Tugdualus, Tudi, Tudy, ou Pabu, 490-553) débarque à Porz-Pabu ( Ploumoguer, près du Conquet). Tout jeune, il est confié au monastère gallois de Llantwitt (Llan Iltut), fondé par Iltud (Iltut, Illtud, Illtyd), disciple de Germain d’Auxerre. Agé d’environ 25 ans, il franchit la mer en compagnie de sa famille et d’un grand nombre de laïcs. Ces émigrés débarquent dans le petit havre de Ploumoguer, près du Conquet, où ils y fondèrent un premier établissement, qu’on appela : Lanpabu (Lann-Pabu, Trébabu). Evangélisant le pays de Trégor, saint Tugdual fonde vers 525 son grand monastère de "Nant Tre Gor" , la vallée des trois armées (Val-Trégor, Land-Treguer, en breton Traoun-Trécor, auj. Tréguier).

Gildas (Gweltas, dit "le Sage", dit aussi "Badonicus", à cause d'une bataille gagnée sur les Saxons à Badon, 490-570) est un noble breton, originaire d' Arecluda (Dumbarton), formé lui aussi à l'école d'Iltud, en compagnie de Samson, de Pol Aurélien, et peut-être de Tugdual. Il passe en Hibernie à l'invitation du roi Ainmire, et y fonde églises et monastères. Il aurait ensuite fait un pèlerinage à Rome, au retour duquel il s'installa en Armorique sur l'île de Houat (l'Ile au canard en Breton). Le lieu devenant trop petit pour les nombreux disciples du saint, Waroch, le premier comte de Vannes, lui offre de s'installer sur le site d'un ancien oppidum romain, sur la presque-île de Rhuys (ou Rhuis). Ce sera la fameuse abbaye de Saint-Gildas-de Rhuys, fondée vers 536, où Abélard sera élu abbé en 1125. Saint. Gildas mourra finalement dans un ermitage, au pied d'une falaise à pic, à Breuzy-les-Eaux (16 km au sud-ouest de Pontivy). Ce moine-clerc nous laisse un des rares textes de cette époque qui nous soit parvenu : De Excidio Britanniae ( La Ruine de la Bretagne).

Comme Tugdual, comme Paul Aurélien, Samson (Sampsonis en latin, 500-565) aurait été formé au monastère de saint Iltud, à Llantwitt. Il est consacré évêque du Pays de Galles par Dubric et décide de s’exiler en Armorique où il débarque à l’embouchure du Guioul avant de fonder le monastère de Dol (...) Son arrivée se signala par un miracle : la guérison de deux femmes, l'une lépreuse et l'autre possédée du démon. D'après la légende, le mari de la lépreuse fit don à saint Samson d'un terrain sur lequel s'élèvera le monastère de Dol. (...) On retrouve Samson lors des tractations entre le roi franc Childebert Ier (511-588) et le chef breton Judual (Judikaël), qui grâce à son intervention, est rétabli dans ses droits sur la Domnonée. Il fonde aussi le monastère de Pental (Saint-Samson-de-la-Roque).


Malo (501-612, Maclovius, Machutus, Maclou, Mahou, fête le 15 novembre) aurait été élevé au monastère de Lancarvan (Llancahvan, Pays de Galles) par l'abbé saint Brendan (ou Brandan), connu pour son fameux voyage, relaté dans la "Navigatio Sancti Brendani" (du XIe ou XIIe siècles) et auquel participera en partie saint Malo, qui aurait choisi de se séparer de son maître avec quelques disciples pour rejoindre l'Armorique, sur l'îlot de l'ermite saint Aaron (auj. Saint-Malo) et on aurait bâti pour lui le monastère d'Alet (Aleth, auj. Saint-Servan) vers 540.

Brieuc (Brieg, Brieuc, Brieug, Brioc, 524-614, fête le 2 mai) est né à Cardigan, en pays de Galles, et son éducation est confiée à saint Germain de Paris. Il contribue à l’évangélisation de la Bretagne (vers l'an 550) et fonde le monastère de Landa Magna (Llandyfriog ou Lann Broic dans le comté du Cardigan). Un ange du ciel lui apparut et lui ordonna de se rendre en Armorique. Saint Brieuc s’embarqua alors, avec 168 de ses disciples et vint fonder un nouveau monastère à l'embouchure de l'Ar Goad (le Gouët, c'est-à-dire «le sang», en raison des eaux ferrugineuses de cette rivière). Plus tard, les miracles survenus sur le tombeau du moine fixèrent une foule de pèlerins qui donnèrent naissance à la ville de Saint-Brieuc.

On ne sait presque rien du moine Maudez (Mawdid : serviteur de Did, Modez, puis Mandé), qui édifie un monastère qu'il transfère sur l'île Guelt Enès et qui prendra son nom après sa mort : Lanmodez (Lanvaodez en breton).

Paulus Aurelianus (Paul ou Pol Aurélien, 492-573, fête le 12 mars) est un fils de patricien gallo-romain, formé à la célèbre école du saint gallois, Iltud. Ses études finies, Pol Aurélien vit d'abord en ermite sur les terres paternelles, avant de recevoir la vision que le pays qu'il aura à instruire se trouve ailleurs. Il prend donc la mer avec 12 disciples (c'est un nombre qui revient souvent, non?), naviguant au gré des courants et des vents, s'en remettant à la providence. Elle le fait débarquer vers 517 à Ouessant, au Porz Ezumet, le Port des Bœufs (baie du Stiff ou de Béninou, on ne sait), Pol Aurélien y fait construire une chapelle entourée de cellules, et, à l’écart, des maisons pour les séculiers : c’est Lan Paul (puis Lampaul), le monastère de Pol. Faute d'âmes à conquérir, il se rapproche de la côte, à Molène, puis à Porspol (devenu Lampaul-Plouarzel), enfin à Landivisiau. A la demande de son cousin, le comte Withur, il débarrasse, dit la légende, l’île de Batz d’un dragon. Withur lui fait alors don de son palais et des revenus qu'il percevait sur l'île de Batz., au large de Roscoff. C’est là que Pol bâtit son nouveau monastère. Le roi franc Childebert Ier (511-588) le fait ordonner évêque et le place à la tête de l’évêché de Léon à Castel-Paol (Saint-Pol-de-Léon).

POUR LA LOCALISATION DES ABBAYES VOIR :
CARTES DE BRETAGNE
 
Sources :

http://frey-roger.ifrance.com/frey-roger/fondateur-bretagne.htm (saints Bretons)
http://www.kerys.com/efflam/livre.htm (photo curragh)
http://www.kerys.com/efflam/moines.htm (dessin curragh)
http://www.iol.ie/~mmara/efflam1.htm
http://www.bzh.com/keltia/galleg/histoire/celtie/chrtnt-o.htm#rayon
http://ileauponant.free.fr/pag2m.html (Pol Aurélien)

 
Les ordres religieux, la vie et l'art, ouvrage collectif dirigé par Gabriel Lebras, éditions Flammarion, 1979 (photo Landévennec)
 

 

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