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ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE
 menu du chapitre MEDECINE -Médecine, Pharmacie

document annexe :
 
----LES REMÈDES
DE
-----L'APOTHICAIRE--


Nous allons ici exposer les types de remèdes puis, sous forme de lexique, les principaux termes techniques relatifs aux médicaments utilisés par l'apothicaire, afin de nous familiariser avec le vocabulaire de l'ancien pharmacien, dont bon nombre de mots ont disparu avec le développement de la science, la chimie, surtout, moteur de la pharmacie scientifique.

Abréviations utilisées :

ENCYCLO : L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751 à 1772), sous la direction de Denis Diderot et Jean d’Alembert.
HOFF : Di
JAMES : Dictionnaire universel de médecine de Robert James, traduit de l'anglais par Mrs Diderot, Eidous et Toussaint, Paris : Briasson, David l'aîné, Durand, 1746.
LEM : Pharmacopée universelle de Nicolas Lémery, de l’Académie Royale des Sciences, docteur en médecine, chimiste, apothicaire, Paris, L. d'Houry, 1697.
NYS : Nysten, Pierre Hubert. Dictionnaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie, des sciences accessoires et de l'art vétérinaire de P.-H. Nysten, 12e édition, entièrement refondue par É. Littré,... Ch. Robin,... Ouvrage augmenté de la Synonymie latine, grecque, allemande, anglaise, italienne et espagnole et suivi d'un glossaire de ces diverses langues, Paris : J.-B. Baillière, 1865.
PAN : Encyclopédie méthodique, médecine. Une société de médecins et de chirurgiens. Dictionnaire des sciences médicales, Paris, éditions Panckoucke, 58 volumes de 1812 à 1822.

LES TYPES DE REMEDES

L'apothicaire classe les remèdes en deux ou trois groupes.
ENCYCLO les divise en altérans et évacuants (les purgatifs de LEM), auxquels LEM ajoute les fortifians, compris par ENCYCLO dans les altérans.

Les altérans (remèdes externes ou internes) sont des remèdes qui produisent des effets dans notre corps, "en soit en échauffant ou en rafraîchissant, en humectant ou en desséchant, en amollissant ou en condensant, en raréfiant ou en assoupissant, en resserrant ou en lâchant, en digérant ou en résolvant, en corrodant ou en incrassant, en détergeant ou arrêtant."(LEM)
 
" Les différens altérans ont été appellés émolliens [émollients, NDE], délayans*, relâchans*, incrassans*, apéritifs, incisifs*, fondans*, détersifs [propres à purifier, NDE], astringens [astringents, NDE], absorbans*, vulnéraires, échauffans*, rafraîchissans*, fortifians*, cordiaux [voir fortifiants, NDE], stomachiques [voir fortifiants, NDE], toniques [voir fortifiants, NDE], nervins, antispasmodiques, hystériques, céphaliques [voir dans Fortifiants : les balsamiques, plus bas, NDE], narcotiques, tempérans ou sédatifs, repercussifs, styptiques, mondificatifs, résolutifs, suppuratifs, sarcotiques ou cicatrisans, dessicatifs, escarrotiques, corrosifs." (ENCYCLO)
 
* incrassans, incrassant : du latin incrassantem, de incrassare, épaissir. Médicaments qui ont la propriété d'épaissir le sang ou les humeurs.
 
* délayans, délayants (diluentia) : médicaments qui dissolvent les humeurs et apportent fluidité aux matières épaissies (PAN)
 
* relâchans, relâchants : "remede quelconque qui, soit pris intérieurement, soit appliqué extérieurement, est capable de relâcher, étendre ou ramollir les parties solidies du corps animal, à l’exception des parties très-dures ; savoir, les os & les cartilages." (ENCYCLO)

* incisifs : "c’est un nom générique que les Humoristes donnent à certains remedes qu’ils croient propres à diviser, briser, atténuer les humeurs épaisses, visqueuses, tenaces, &c." On dit aussi fondans :
"Les remedes désignés spécialement par le nom de fondant, sont tous des presens de la Chimie ; ce font 1°. l’un & l’autre alkali fixe ; 2°. plusieurs sels neutres, tels que le sel végétal ; le sel de Seignette, le sel fixe ammoniac, les sels d’Epsom & de Seidlitz, le sel de Glauber, mais principalement le tartre vitriolé & ses diverses especes : savoir le sel polichreste de Glaser, le sel de duobus, & le nitre antimonié, 3°. Les teintures antimoniales tirées avec les esprirs ardens ou avec les acides végétaux. Voyez Antimoine. Le fameux fondant de Rotrou est de l’antimoine diaphorétique non lavé, & qui a été préparé avec l’antimoine crud ou entier. 4°. Plusieurs préparations mercurielles : savoir le mercure sublimé doux, la panacée, le précipité blanc, le précipité jaune, l’aethiops minéral, & même le mercure coulant. 5°. Enfin le savon ordinaire.
On peut grossir cette liste de fondans en ajoûtant aux remedes chimiques que nous venons de nommer, l’aloës & les gommes résines qui sont des produits naturels."(ENCYCLO)
 
* fondans, fondants : voir précédent (incisifs)
 
* absorbans, absorbants : "remedes dont la vertu principale est de se charger des humeurs surabondantes contenues dans l’estomac, ou même dans les intestins lorsqu’ils y parviennent, mêlés avec le chyle : les absorbans peuvent s’appliquer aussi extérieurement quand il est question de dessécher une plaie ou un ulcere. On met au nombre des absorbans les coquillages pilés, les os desséchés & brûlés, les craies, les terres, & autres médicamens de cette espece."(ENCYCLO)
 
* échauffans, échauffants : remède, aliment ou plus généralement cause quelconque ayant la propriété d'augmenter la chaleur animale. Parmi les remèdes, on trouve l'eau chaude, le thé, le café, le chocolat à la vanille, les infusions aromatiques, vins, liqueurs spiritueuses, alcalis volatils animaux ou végétaux, eaux distillées des plantes actives, décoctions, infusions de plantes alcalines, huiles essentielles, résines, gommes-résines, martiaux, sudorifiques, diurétiques, aphrodisiaques. Parmi les aliments plus ou moins réchauffants on trouve : cresson, oignon, ail, cornichon, origan, sarriette, hysope. Elles font de l'effet sur les maladies cutanées, les rhumatismes, la goutte. Les médecins étaient partagés sur la nature réchauffante des bouillons, de la chair de vieux animaux, des animaux lascifs, ou encore du sucre (PAN).
 
* rafraîchissans, rafraîchissants : "On donne premierement ce nom à des médicamens destinés à l'usage intérieur, qu'on croit capables de remédier à un état contre nature, assez mal défini par une prétendue augmentation de chaleur naturelle: ce qui fait que cette qualité de rafraîchissant n'est souvent prise que dans un sens figuré; car la plûpart des remedes intérieurs auxquels on donne ce titre, sont bien capables de calmer la plûpart des symptômes, de l'état appellé échauffement, & même de remédier entierement à cette incommodité... mais ils ne sont point capables de diminuer la chaleur naturelle, ou de ramener à l'état naturel la chaleur excessive contre nature, du moins par un effet direct & immédiat.
 
Les remedes rafraîchissans internes sont premierement les boissons actuellement froides, comme l'eau à la glace, & les liqueurs glacées ou les glaces. Voyez Glaces, Médecine.
2°. Les liqueurs aqueuses acidules, telles que sont les sucs acides des végétaux étendus de beaucoup d'eau, par exemple, la limonnade... l'oxicrat...& enfin les liqueurs aqueuses chargées jusqu'à agréable acidité de quelque acide minéral...
3°. Tous les remedes appellés délayans...
4°. Enfin les esprits ardens fermentés très - affoiblis, en les noyant d'une grande quantité d'eau; ainsi un filet d'eau - de - vie dans un grand verre d'eau fournit un mélange vraiment rafraîchissant. C'est à cette classe qu'il faut rapporter la petite bierre, qui prise en petite quantité est véritablement rafraîchissante.
 
Il y a aussi des rafraîchissans extérieurs: & ceux - ci le sont à la rigueur, ou à la lettre; car ils diminuent réellement le degré de chaleur animale. (...)
 
Rafraichissans, terme de Chirurgie concernant la matiere médicale externe. Ce sont des médicamens qui ont la vertu de tempérer & de calmer la chaleur extraordinaire qu'on sent dans une partie; telles sont les lotions faites avec les sucs de laitue, de pourpier, de grande & de petite joubarbe, l'eau de plantain, de mouron, de fleur de lis blancs, de nénuphar, de morelle, le petit - lait, l'eau de frai de grenouilles, &c. l'onguent blanc, l'onguent de céruse, le nutritum fait avec la litharge, l'huile & le vinaigre; le cérat rafraîchissant de Galien, camphré ou non camphré, l'emplâtre de saturne, & différentes préparations de plomb; le sel de saturne, les trochisques blancs de rhasis...:

 

 

V (Unguentum) Abi . Razis : écriture manifestement incorrecte, puisque ce remède est ALBUM, ALBI RHAZIS, ALBUM RAZI : toutes les appellations de ce remède ne peuvent se passer du L de album, blanc en latin (qui a donné albumine)

Pot couvert du début du XVIIIIe siècle
Bordeaux, Musée des Arts Décoratifs

"Onguent blanc de Rhasès, communément appellé blanc - rhasis, & par corruption blanc - raisin; prenez cire blanche, trois onces; huile d'olive, douze onces: faites - les fondre ensemble dans un vaisseau de fayence; ajoutez ensuite céruse préparée & lavée trois onces; retirez le vaisseau du feu, & agitez sans cesse avec un pilon de bois, jusqu'à ce que le mélange soit refroidi, & qu'il ait pris la consistance d'onguent: le blanc - rhasis est le remede par excellence des écorchures." (ENCYCLO)


Ces remedes agissent sur les solides & sur les fluides, en resserrant les premiers, ou en les disposant à se contracter, & en diminuant le mouvement intestin des liqueurs. On met les rafraîchissans au nombre des repercussifs, & ils en font effectivement une classe. Ils seront dont nuisibles lorsqu'il y aura à craindre de repercuter, même modérément; mais l'application de ce remede sera très - utile quand on devra borner la force expansive des liqueurs & la végétation concomitante des solides: ce qu'on observe principalement dans les cancers ulcérés. C'est pourquoi les rafraîchissans en diminuant le mouvement du sang qui afflue sur la partie, & en réprimant l'expansion & l'orgasme des humeurs qui y sont en stagnation, & les repoussant légerement par la contraction ou le resserrement qu'elles occasionnent aux solides, la douleur, la chaleur & l'inflammation de la partie diminuent.
 
Ambroise Paré recommande l'usage de l'huile d'oeufs agitée long - tems dans un mortier de plomb, jusqu'à ce qu'elle soit épaissie & devenue noire: on y ajoûte un peu de camphre & de poudre d'écrevisse brûlée; ce liniment calme la douleur des cancers. Le sucre de saturne dans de l'eau de plantain, est un très bon remede, ainsi que les sucs de morelle ou de semper vivum battus long - tems dans un mortier de plomb avec un pilon de même métal, &c.
(ENCYCLO)
 
* fortifians, fortifiants : remèdes propres à augmenter les forces diminuées ou abattues (HOFF), comme les toniques (NYS), analeptiques (ou cordiaux, NYS, HOFF), balsamiques, stomachiques, astringents, vulnéraires (HOFF)
 
"La difficulté qu'ont les fluides à passer par les vaisseaux, laquelle vient de ce qu'ils ont perdu leur figure sphérique, se fait aisément connoître par l'examen de ses causes; car elles sont ordinairement sensibles. L'on y remédie en rétablissant cette figure, c'est - à - dire, en augmentant le mouvement des liqueurs dans les vaisseaux & dans les visceres par les irritans, les fortifians, l'exercice... On donne du ressort aux vaisseaux 1°. en diminuant leur tension par la saignée; 2°. par les fortifians; 3°. par le frottement & l'action des muscles; 4°. par les irritans. (...) Au reste, soit que par un préjugé très - ancien & très - répandu, les remedes fortifians, échauffans, toniques, soient généralement regardés comme amis de l'estomac, & comme capables de remédier à tous ces dérangemens, les stomachiques proprement dits sont tous pris dans la classe des remedes fortifians, échauffans, toniques, ou même tous les remedes fortifians échauffans toniques sont en même tems regardés comme stomachiques; & en effet, tous les remedes de cet ordre sont propres à guérir plusieurs maladies de l'estomac." (...)
 
Les agglutinans sont des remedes fortifians, & dont l'effet est de réparer promptement les pertes, en empâtant les fluides, & en s'attachant aux solides du corps; ainsi ils remplacent abondamment ce que les actions vitales ont commencé à détruire. (...) Les agglutinans sont la plûpart d'une nature visqueuse, c'est - à - dire, qu'ils se réduisent facilement en gelée, & prennent une consistance gommeuse, d'où leur vient le nom d'Agglutinans, qui est formé d'ad à, & gluten, glu.

Ces remedes ne conviennent qu'aux gens assoiblis & épuisés par les remedes évacuans, la diete & les boissons trop aqueuses, comme il arrive à ceux qui ont essuyé de longues & fâcheuses maladies.
On doit diviser les agglutinans en deux classes. La premiere comprend les alimens bien nourrissans, & empâtant les parties acres des fluides: tels sont les gelées en général, comme celles de corne de cerf, de mou de veau, de pié de veau, & de mouton, de poulets. La seconde comprend les remedes qui ne sont pas alimens; telles sont la gomme arabique, la gomme adragante, la graine de psyllium, la graine de lin, l'oliban, le sang de dragon & d'autres.
Mais parmi les remedes agglutinans il y en a qui s'appliquent extérieurement; tels sont le baume du Commandeur, celui d'André de la Croix, les térébenthines, la sarcocolle, l'ichtyocolle, les poix, & quelques plantes même, comme la consoude, le plantin, les orties, les millefeuilles, &c. il en est d'autres dont l'usage est intérieur & extérieur.
 
Parmi les fortifiants :
 
Dioscoride parle du klumenon (clymenum) et du periklumenon (periclymenum), genres de chèvrefeuille (Lonicera L.).
Rabelais mentionne un vin particulier, l'hippocras (hypocras) clairet et l'hippocras blanc dans son Tiers Livre (chaps. 30 & 32, pp.448 & 455).
Félix Vicq d'Azyr (Instruction sur le traitement de la fièvre miliaire, qui est épidémique dans le Département de l'Oise, Beauvais : Imprimerie Desjardins, 1791) cite le serpentaire de Virginie et la thériaque.
 
HOFF cite les fleurs de roses, de citron, d'oranges, de jasmin, de muguet,
les feuilles de mélisse, d'origan, de marum (germandrée maritime, teucrium marum), de tilleul, le canangé*, "qui se tire en Perse" ; parmi les fruits : orange de Chine, citron, fraises, groseilles, framboises, cerises "& de leurs noiaux" (noyaux) ; comme aromate, la canelle (cannelle) ; parmi les substances provenant des animaux : le musc ; parmi les préparations à base de remèdes simples : huile de cèdre, de molucque (ou moluque, auj. molucelle, cloche d'Irlande, molucella laevis, Lamiacées), de mélisse de Constantinople, "la vraie huile de roses", l'huile de bergamotte, de canelle "réduite en Æleosaccharum* qui est le principal ingrédient de la poudre solaire de Zeller*", huile de mélisse citronnée, de fleurs de muguet, l'eau de canelle avec le coing.
 
* CANANGE : notre Ylang-ylang, Lamiacées, Cananga odorata (Lam.), Hook. f. & Thomson ; Canangium odoratum (Lam.) Baill. ex King, Unona odorata Dun., Uvaria odorata Lam.
* ÆLEOSACCHARUM : Eleosaccharum de l'ENCYCLO, l'oléosaccharum, huile essentielle combinée à du sucre.
* POUDRE SOLAIRE : "(Chimie.) nom donné par Basile Valentin & autres chimistes, à une poudre de couleur pourpre qu'on tire de l'or. On la fait en préparant un amalgame d'or & de mercure, & après que le mercure a été exhalé par un feu de reverbere, le résidu se mêle avec du soufre & se calcine par un feu gradué, jusqu'à ce qu'il soit réduit en poudre de couleur purpurine. On appelle aussi cette poudre le manteau rouge, & on lui attribue plusieurs vertus, fondées sur l'imagination."
 
LES ANALEPTIQUES qui ont un bon suc : "bouillons gélatineux de viandes, de chapons, des os & leurs moëlles tirés par la coction* de ces aliments dans l'eau avec un peu de vin, quelques rouelles (tranche épaisse, NDE) de citron, quelques grains de sel, de macis & de gerofle (girofle, NDE) en poudre, dans un vaisseau (récipient, NDE) fermé". Pain de Westphalie, avec eau, vin, oeufs ; décoction dans de l'eau ou dans du lait ;lait d'ânesse ; eau distillée de gros pain avec écorces de citron ; bon vin vieux du Rhin, véritable vin de Hongrie
 
* COCTION : "(Pharmac.) met générique exprimant l'altération opérée sur un corps solide par l'action d'un liquide, excitée ou augmentée par le feu." (ENCYCLO)
 
LES BALSAMIQUES, "d'une nature plus chaude & plus âcre que les analeptiques" (JAMES). Ils comprennent les céphaliques*, "amis des nerfs", les apoplectiques*,
 
* CEPHALIQUE : "remede propre pour les maladies de la tête. (...)
On donne ordinairement ce nom aux remedes qui sont propres à calmer la trop grande vivacité du sang, l’irritation & la tension des fibres, d’où proviennent l’irrégularité dans la distribution des esprits, le délire, les spasmes, les convulsions, la frénesie, & autres accidens de cette espece.
On met au rang des céphaliques tous les remedes qui temperent l’agitation des esprits par leurs exhalaisons agréables ; tels sont les fleurs de primevere, de tilleul, de sureau, de violettes, de lis des vallées ; enfin les substances balsamiques dont on a donné l’usage en infusion, en decoction, ou en poudre.
(ENCYCLO)
* APOPLECTIQUE (apoplectica) : remède contre l'apoplexie (ou ictus apoplectique, du préfixe grec apo, au loin, à l'écart, et pleksis, du verbe plessein, frapper) qui est "une perte de la connaissance et de la mobilité volontaire, survenant brusquement, due le plus souvent à une hémorragie cérébrale." Encyclopédie Universalis.
"Les anciens Medecins d’accord avec les modernes sur la nécessité de la saignée dans cette maladie, lorsqu’elle est produite par une cause chaude, ordonnent de la réitérer souvent dans ce cas, avec la précaution de mettre quelques intervalles entr’elles, selon Hippocrate & Celse ; lorsqu’elles ne sont pas avantageuses, elles deviennent très-nuisibles aux malades.
Hollier est d’avis de faire tourmenter beaucoup le malade attaqué d’apoplexie séreuse, de le faire secoüer, & de lui faire frotter toutes les parties du corps ; il prétend que l’on empêche par ce moyen le sang de se congeler, surtout si l’on a le soin de frotter le cou du malade à l’endroit où sont les veines jugulaires, & les arteres carotides, ce qu’il regarde comme absolument nécessaire pour passer avec succès à la saignée.
Duret n’admet la méthode de secoüer le malade, que lorsque l’apoplexie est venue peu-à-peu, & que l’on est sûr qu’il n’y a qu’une légere obstruction, prétendant que dans une apoplexie subite, les secousses augmentent l’oppression & accélerent la mort du malade.
Le reste du traitement consiste à procurer par tous les moyens possibles des évacuations : ainsi les émétiques sont les remedes appropriés dans ce cas, tant pour évacuer les matieres amassées dans le ventricule, que pour donner au genre nerveux une secousse capable de rendre aux esprits animaux la facilité
de parcourir les filets nerveux qui leur sont destinés.
 
On joindra à l’usage des émétiques celui des clysteres acres & purgatifs, afin de rappeller le sentiment dans les intestins, par l’irritation qu’ils y occasionnent." (ENCYCLO)
 
 

ABLUENTIA MEDICAMENTA (De ex abluere : laver, nettoyer)

"Remèdes delayans propres à dissoudre ou à emporter les parties acres et salines qui affectent les parties du corps" (JAMES). De ex abluere : laver, nettoyer. LEM cite les eaux minérales de Forge, de Sainte Reine, pour lesquelles François Doucet, Maitre Chirurgien à Frôlois, soutient un mémoire : " La source, dit-il, sortant d'une terre argileuse, est froide, onctueuse, et contient beaucoup de bulles d'air ; à l'analyse il trouve un sel d'alcali (carbonate alcalin) et du sel de Glauber (sulfate de soude) ; à l'ébullition elle dépose une croûte de vrai nitre à base d'alcali fixe (ce qui pourrait être du nitrate de sodium ou de potassium ) à la dose de 1 grain (53 milligrammes ) par livre, l'évaporation laisse au fond du vase " un peu de bitume ou d'huile de pétrole condensée ". Doucet est convaincu de son efficacité, en raison des guérisons multiples et rapides, constatées depuis lontemps. Il constate que l'eau est alcaline, onctuese et qu'elle contient un composé souffré, cela peut avoir quelqu'intérêt pour le traitement des affections cutanées.
( in Bolotte, Alise-Sainte-Reine aux XVIIe et XVIIIe siècles, les pélerinages, la station thermale, histoire de l'hôpital)."
http://site.voila.fr/lechevalierdebonnard/alise.html

ABSTERGENTIA (de ex abstengere : nettoyer, déterger)

"Remèdes propres à pénétrer, déterger les humeurs. Tels sont l'aigremoine, la veronique, les autres herbes vulnéraires, les détersifs [voir plus haut, NDE], etc." (LEM)

ACUENTIA (medicamenta, de ab acuere : aiguiser)

"Drogue propre à aiguiser la vertu de quelque remède, comme quand on mêle trois ou quatre grains de diagredes* ou de trochisques alhandal* dans une prise de pilules" (LEM)

* alhandal : Handal est le nom arabe de la coloquinte, qui entre en grande partie dans les trochisques d'alhandal.

* diagrède : "Cette préparation se fait ordinairement, en faisant cuire la scammonée dans un coing, & alors on l'appelle diacrydum cydoniatum: d'autres lui font recevoir la vapeur du soufre allumé, & l'appellent diagrede soufré, diagrydium sulphuratum. Il y en a qui l'incorporent avec une quantité suffisante d'esprit de vitriol rosat pour en faire une pâte liquide, qu'on met ensuite sécher au soleil ou à un petit feu: ils appellent cette préparation diagrede rosat. Le but qu'on a dans toutes ces préparations, estde corriger la scammonée; mais on prétend qu'elle n'a pas besoin de correction, & qu'on peut l'employer dans son état naturel. (...)
 
Les Grecs & les Arabes ont employé la scammonée. Les modernes la regardent comme un très - violent purgatif; j'ajoute que c'est un remede infidele, & dont l'opération est très - incertaine; sa grande acrimonie irrite l'estomac, cause des nausées, enflamme, ratisse les intestins, les ulceres, ouvre les veines, & produit des superpurgations. On a imaginé plusieurs préparations de ce remede, pour en corriger la violence; & à cet effet on se sert du suc de coing, de réglisse ou du soufre; de - là viennent les noms de diagrede de coing, diagrede de réglisse & diagrede de soufre, qui sont d'usage en médecine. (ENCYCLO)

 
ESPRITS (spiritus, spiritii)

On désignait surtout par ce terme des liqueurs subtiles obtenues par distillation de toutes sortes de substances, minérales, végétales ou animales, dont Lémery dit qu'il en est de volatils et d'autres fixes. On désignait aussi par là certains acides, sels, huiles essentielles ou eaux distillées. En voici les principaux :

- esprit ardent (spiritus ardens), esprit de vin (spiritus vini) : désignation courante de l'alcool, "produit volatil et inflammable des liqueurs fermentées" (PAN), voir encadré ci-dessous.
- esprit de Mindederus ou de Mindeder :
selon PAN, relatif au "médecin militaire allemand Raimond Mindeder, qui paraît avoir administré le premier l'acétate d'ammoniaque, spécialement contre le typhus."

 
ALCOOL, étymologies

Les savants du monde islamique, Al-Kindi († 873) et Abulcasis (env. 936-1031) en tête, ont très probablement inventé et perfectionné la distillation de l'alcool. L'école médicale de Salerne est pionnière en Europe au début du XIIe siècle, et l'alcool est distillé sous deux formes principales : aqua ardens (eau ardente) et aqua vitae (eau de vie, en français vers le XIVe s.), censée entretenir, prolonger la vie et dont la renommée se développa en Europe par les travaux de Raymond Lulle et d'Arnaud de Villeneuve au milieu du XIIIe siècle. Les eaux de vie étaient alors des médicaments prescrits pour toutes sortes de maux : douleurs, plaies infectées, morsures, etc.

Quand le mot espagnol alcohol fait son apparition vers 1278, il est employé pour parler de l'antimoine, du mot arabe al kuhl, al kohl, qui signifie littéralement "le plus subtil", "le plus raffiné", et qui désigne non seulement la poudre très fine obtenue en broyant le sulfure d’antimoine (Sb2S3) utilisé au Moyen-Orient comme fard à paupières (Notre "khol" n'apparaît qu'en 1787, "khôl" en 1837, passés par kouhel en 1646, utilisé par Gérard de Nerval), mais aussi plus généralement, les substances réduites en poudres raffinées*. Par transposition d'idée, les alchimistes ont transposé la subtilité de l'al-kohl sur celle des liqueurs distillées, elles aussi résultat d'une subtile transformation. C'est ainsi que, pour la première fois, le mot alkohol apparaît sous la plume de Paracelse vers 1526/1527, dans la formule alkohol spiritus vini*, liant ainsi alkohol et esprit de vin (voir plus bas), terme repris par Ambroise Paré en 1586 : "Collyre est un médicament approprié aux yeux, fait de medicamens bien subtilement pulverisés, que les Arabes disent comme alcohol", PARÉ, XXV, 34.

* Robert Halleux : Les ouvrages alchimiques de Jean de Rupescissa, Imprimerie Nationale, 1981.

Enfin, notre moderne "alcool" est très tardif et n'apparaît que dans le premier quart du XIXe siècle (PAN, qui cite aussi alkool, 1812) ou dans la sixième édition du dictionnaire de l'Académie Française en 1835.

 
- esprit de nitre (spiritus nitri) : l'acide nitrique
- esprit de nitre dulcifié (alcool aetherum acidi nitrici) : "combinaison d'éther nitrique avec l'alcool. On le prescrit à la dose d'un scrupule à deux gros dans une potion ou depuis six à douze gouttes sur un morceau de sucre. Il est employé comme diurétique et rafraîchissant dans la strangurie, la dysurie, la gravelle et autres maladies des voies urinaires." (LEM)
- esprit de recteur : "Les différens principes qui peuvent entrer dans la composition des eaux distillées, sont 1°. la partie aromatique des plantes & des animaux: 2°. une certaine substance qui ne peut pas être proprement appellée odeur ou parfum, puisqu'elle s'éleve des substances même que nous appellons communément inodores, mais qui se rend pourtant assez sensible à l'odorat, pour fournir des caracteres plus ou moins particuliers de la substance à laquelle elle a appartenu; cette partie aromatique & cette substance beaucoup moins sensible, sont connues parmi les Chimistes sous le nom commun d'esprit recteur, que Boerhaave a remis en usage." (ENCYCLO)
- esprit de sel, esprit de sel marin (spiritus salis, spiritus salis marini) : c'est l'acide chlorhydrique, appelé acide muriatique (muriaticum acidum) avant la découverte du chlore et de sa formule chimique (HCl). Il a été découvert par l'alchimiste Jabir ibn Hayyan vers 800.
- esprit de vin : voir esprit ardent
- esprit de vinaigre (spiritus aceti, mais aussi de nombreux synonymes : Acetum commune, Spiritus aceti, Acetum lignorum, Acetum destillatum, Acidum aceticum, Acidum aceticum dilutum, Acidum aceticum) : c'est l'acide acétique (HC2H3O2)
- esprit de vitriol (spiritus vitrioli) : acide sulfurique* du vitriol vert, ou sulfate de fer.
* appelé alors huile de vitriol (oleum vitrioli).
- esprit volatil : alcali (alkali) volatil (ammoniaque) sous forme de fluide, opposé à l'alcali volatil fixe, ou sel volatile (carbonate de potasse).
Recette de l'esprit volatil aromatique huileux :
"On a donné ce nom à une préparation officinale, qui n'est proprement qu'un mêlange d'esprit volatil, de sel ammoniac, & d'un esprit aromatique composé. Voici cette préparation, telle qu'elle est décrite dans la nouvelle pharmacopée de Paris.
Prenez six dragmes de zestes récens d'oranges, autant de ceux de citron; deux dragmes de vanille, deux dragmes de macis, une demi - dragme de gérofle, une dragme de canelle, quatre onces de sel ammoniac: coupez en petits morceaux les zestes & la vanille: concassez le macis, le gérofle & la canelle: pulvérisez le sel ammoniac, & mettez le tout dans une cornue de verre, versant par - dessus quatre onces d'eau simple de canelle, & quatre onces d'esprit - de - vin rectifié: fermez le vaisseau, & laissez digérer pendant quelques jours, ayant soin de remuer de tems en tems.
Ajoûtez, après deux ou trois jours de digestion, quatre onces de sel de tartre; & sur le champ ajoûtez au bec de la cornue un récipient convenable, que vous luterez selon les regles de l'art: faites la distillation au bain de sable. Vous garderez la liqueur qui passera, dans une bouteille bien bouchée.
L'esprit volatil aromatique huileux, est un cordial très - vif, un sudorifique très - efficace, un bon emménagogue, un hystérique assez utile. On le fait entrer ordinairement à la dose de trente ou de quarante gouttes, dans des potions de quatre à cinq onces, destinées à être prises par cuillerées." (ENCYCLO)

On citera en passant les esprits suivants (LEM) :
Esprit carminatif, de Sylvius de la Boë
Esprit de castoréum
Esprit de corail
Esprit de nitre
Esprit d'hydromel
Esprit de l'hydromel vineux pareil à celui de l'esprit de vin,
Esprit de vin anthosat,
Esprit de vin camphré,
Esprit de vitriol dulciné,
Esprit de vitriol rosat,
Esprit sa vertu,
Esprit & sel volatil de scorpions,
Esprit magistral de vers de terre,
Esprit thériacal camphré,
Esprit volatil de soie crue

VINAIGRES (acetum, aceti)

Nous parlerons ici des vinaigres médicinaux, le vinaigre médicinal étant un "vinaigre rempli des substances et des vertus d'une ou plusieurs espèces de drogues qui servent en médecine" (LEM).
 
Le § suivant est basé sur JAMES :
 
Pour Hippocrate, le vinaigre est bon pour les hystéries et, mélangé à du miel il calme les inflammations du foie et de la poitrine. Ajoutée à de l'eau, cette composition était appelé oxymel, composition dont Dioscoride dit qu'elle efface les traces de meurtrissures. Selon sa conception des tempéraments, il le conseille d'avantage aux personnes bilieuses qu'atrabilaires, le déconseille aux mélancoliques (mélancholiques) et aux femmes, parce qu'il nuierait à l'utérus. Pour Galien, ce remède est très atténuant*, discussif*, répercussif*.
 
* remède atténuant, en latin attenuantia, de attenuare, atténuer) c'est à dire qu'ils "pénètrent, raréfient et divisent [attenuatio, NDE] les humeurs en parties subtiles; tels sont les sels, la racine d'iris, les fleurs de benjoin, les esprits volatiles." (LEM)
* discussif ( discutiens, de discutere : chasser, résoudre. S'entend d'un remède qui, selon, dissipe des tumeurs, des engorgements de différentes natures, ou s'oppose à leur développement, lorsque les résolutifs, moins puissants, ont été infructueux.
* répercussif ( discutiens, de disc) : "Ce sont des médicamens qui ont la vertu de repousser les humeurs qui font affluence sur une partie, ou qui s'y seroient déjà engagées. Ils ne peuvent être appliqués avec fruit que dans le commencement des tumeurs inflammatoires pour en empêcher le progrès, ou dans des cas où l'on prévoit une inflammation nécessaire sans l'application de ces médicamens qui la préviennent, ou du moins la moderent.
 
On peut regarder les répercussifs sous deux classes, qui sont les rafraîchissans & les astringens. Chaque classe contient des genres & des especes, qui different par leur nature & le degré de leur vertu.
 
Les répercussifs rafraîchissans se tirent des remedes aqueux, tels que la laitue, le pourpier, l'endive, la lentille d'eau, le blanc d'oeuf, le frai de grenouille, &c. Voyez Rafraichissans.
 
Les répercussifs astringens sont les roses rouges, les balaustes, le sang de dragon, le bol d'Arménie, l'alun. Voyez Astringens. Les auteurs mettent les narcotiques, tels que le solanum, la belladonna, la mandragore, l'opium. Et dans la seconde toutes les plantes vulnéraires, aromatiques, qui ont la vertu de fortifier & de corroborer les parties. (ENCYCLO)
* antiphlogistique (vers 1733, du grecφλογιστός , phlogistos : consumé par la flamme, inflammable; toujours employé) : anti-inflammatoire.

Pour Galien toujours, le vinaigre fait cesser le hoquet, dissout les tumeurs squirrheuses de la rate, est un antidote contre les champignons vénéneux et la thapsie (thapsia, pour thapsia villosa, une ombellifère pouvant donner, selon Buffon (1707-1788), de violentes et longues diarrhées (Histoire naturelle, générale et particulière, Georges Louis Leclerc Buffon, Editeur F. Dufart, Paris, 1806). Allongé d'eau, le vinaigre est un remède contre les fièvres, ardentes ou autres. En application externe, il guérit les achores (du grec, a privatif + chôros, tête, lieu, parce que chaque ulcère n'occupe qu'un petit espace) en latin Impetigo larvalis, tinea faciei lactea, croûtes de lait, teigne muqueuse. Ces noms étaient donnés à de petits ulcères touchant le visage et la tête, surtout des enfants.
Dioscoride dit que le vinaigre arrête le flux du sang, à l'intérieur ou à l'extérieur du corps. Bon pour les blessures, il prévient aussi l'inflammation. Mêlé à des drogues convenables, il guérit les chutes de l'anus et de la matrice, la pourriture, le saignement des gencives, les ulcères corrosifs, les érysipèles*, la lèpre, l'herpès, la gale, les dartres. Il arrête les ulcères chancreux. Une fomentation chaude de vinaigre et de soufre apaise la goutte. Ajouté à de l'huile rosat, il guérit les maux de tête associés à la chaleur. Sa vapeur bien chaude est très efficace contre l'hydropisie, la surdité, les "tintements d'oreille" (un remède propre aux affections auriculaires est appelé acoustica), et le "poison froid" des animaux venimeux.
"...au VIII° siècle, Geber (Gabir ibh Harjyan) se réfère à la théorie des antagonismes, le chaud est l'opposé du froid, le sec de l'humide. Remèdes et maladies s'opposent de même, Contre les maladies du sang, il préconise les substances froides et sèches telles que le vinaigre, les grenades;"
http://histoirepharmacie.free.fr/main02-02.htm

* érysipèle : eresipeles chez James, du grec êrusipêlas : peau rouge maladie infectieuse et contagieuse de la peau causée par un streptocoque.

- oxalme "s. m. (Matiere médicale.) les médecins grecs nommoient oxalme, du vinaigre impregné de saumure, ou de sel marin dissous dans de l'eau. Ils l'employoient extérieurement pour guérir les ulceres putrides, comme aussi pour la teigne & la gale de tête des enfans; quelquefois ils l'employoient en lavement, mais alors ils avoient grand soin de donner aussitôt un second lavement de lait. Dioscoride, liv. V. ch. xxiij. (D. J.)". (ENCYCLO)
- oxycrat : mélange d'eau et de vinaigre ( 5 pour 1), boisson rafra^chissante et antiseptique.
- oxymel : voir introduction
- thymoxalme : "...préparation de vinaigre, de thym, de sel, & de quelques autres ingrédiens. On ordonnoit le thymoxalme extérieurement dans la goutte & les enflures, & on le prescrivoit intérieurement dans les maux d’estomac, à la dose d’environ un quart de pinte, dans de l’eau chaude : il opéroit comme purgatif, & voici sa préparation. On prenoit deux onces de thym pilé, autant de sel, un peu de farine, de rhue, & de pouliot : on mettoit le tout dans un pot, ensuite on versoit dessus trois pintes d’eau, & quatorze onces de vinaigre : on couvroit bien le pot d’un gros drap, & on l’exposoit pendant quelque tems à la chaleur du soleil. Dioscoride, l. V. c. xxjv. (D. J.)" (ENCYCLO).
- vinaigre de litharge (acetum lithargirites) : contre rougeurs et boutons du visage (JAMES)
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vinaigre miellé (acetum mellis) : pour dissoudre les cailloux sans les calciner auparavant (JAMES).
- vinaigre pestilentiel (acetum pestilentiale) : avec racines d'angélique, zédoaire, baies de génévrier, rue (rhue), en fumigation ou gargarisme pour prévenir de la peste (JAMES)
- vinaigre philosophique (acetum philosophicum ou philosophicorum) : "Aigre tiré du miel" (LEM).
- vinaigre radical (acetum radicatum) : Il aurait été créé par Robert Boyle, physicien, chimiste irlandais (Lismore, Irlande 1627-1691). "Par la distillation du bois, il obtenait du vinaigre et de l'alcool qu'il appelle esprit de bois inflammable ou adiaphorétique. Il en séparait l'alcool par une seconde distillation, à feu modéré, après y avoir mêlé de la chaux qui retenait le vinaigre. L'alcool recueilli, il poussait la distillation plus vivement, et obtenait un esprit acide, d'une odeur très pénétrante, qu'il nomma vinaigre radical..." (Journal de pharmacie et de chimie Par Société de pharmacie de Paris, 1856)
- vinaigre des quatre voleurs :
"Le sieur MAILLE est un spécialiste de ces vinaigres d’apothicaires. Le vinaigre des quatre voleurs est très demandé. Lors de la grande peste, à Marseille des malandrins dévalisaient les malades et détroussaient les cadavres sans contracter le fléau. Capturés, ils échangèrent leur grâce contre la recette du vinaigre dont ils s’aspergeaient avant de commettre leurs forfaits.
 
Il fallait porter sur la bouche une éponge imprégnée du vinaigre "des 4 voleurs" composé, outre de vinaigre blanc, d’absinthe, genièvre, marjolaine, sauge, clou de girofle, romarin et camphre. Le parfumage joua un rôle essentiel dans la prévention comme dans les soins.
 
Légende du vinaigre des 4 voleurs
 
En 1726, à Marseille, la peste sévit et fait des centaines de morts. Quatre personnes sans scrupules décident alors d'en profiter pour piller les maisons. Ils seront arrêtés et jugés pour leurs méfaits, mais la justice s'intéresse à la méthode qui les a préservé de l'épidémie. Pour être libérés, ils délivrent le secret de leur immunité : un vinaigre à base d'ail : l'acetum antiseptum.
 
Recette du Vinaigre des 4 voleurs
Sert pour la désinfection, la décontamination, le nettoyage des plaies
 
20 g de romarin 20 g de lavande
20 g de sauge 30 g de cannelle
20 g de thym 30 g de acore vrai
20 g de menthe 30 g de girofle
20 g d'absinthe 30 g d'ail
20 g de rue 5 g de camphre
Mettre le tout dans 1.5 litre de vin blanc, laisser macérer durant 10 jours et filtrer. Conserver au frais et à l'abri de la lumière"
http://monpayslahauteprovence.blog50.com/archive/2007/03/index.html
 
"Si les vinaigres d’asepsie firent la renommée du sieur MAILLE, c’est une de ses préparations confidentielles qui lui assura la fortune : il connaissait les capacités conjuguées de l’acidité et des tanins à provoquer la crispation et la constriction des muscles et muqueuses. Une clientèle de jeunes bourgeoises, de filles de grands du royaume lui achetait à prix d’or un vinaigre très particulier. Curieusement, c’est souvent quelques temps avant leur mariage que ces demoiselles venaient s’approvisionner en 'vinaigre de virginité'. S’il ne raccommodait pas la chose, du moins temporairement en donnait-il l’illusion."
http://www.oenologie.fr/autourduvin/derives/vinaigre.shtml

- vinaigre de vin (acetum vini) : ce que l'on met dans nos salades servait contre les vomissements de bile, les affections gingivales et eupeptiques, mais avait des effets toxiques pour les nerfs.
- vinaigre de Saturne (acetum saturni, saturninum, impraegnatio saturni) : imprégnation ["liqueur empreinte d'un mixte qu'elle a dissous" (LEM)] de plomb (symbole alchimique : Saturne) par le vinaigre, qui le dissout sous la forme de la céruse.
"Une autre liqueur fort différente de la précédente, & qui porte le nom de lait virginal dans quelques livres classiques, dans la Chimie de Lemery, par exemple, c'est le vinaigre de Saturne précipité par l'eau. Ce remede est vanté contre les dartres, les éruptions érésipélateuses, & presque toutes les maladies de la peau. Son usage mérite quelque considération dans la pratique, à cause de sa qualité répercussive." (ENCYCLO)
 
 

 

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