ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

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Document annexe
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-----L'APOTHICAIRE-----
 
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Mattheus Platearius (Plateaire ou Plataire, † env. 1161)
Livre des Simples Médecines (De simplici medicina ou Circa instans).
traduction française, France Nord (Amiens ?) vers 1300-1310
folios 49v-50, l'apothicairerie d'un côté et les consultations du médecin de l'autre.
 
British Library
Sloane 1977


 
LE MOINE APOTHICAIRE
 

Le lecteur s'apercevra que toutes les illustrations dans cet article concernant les apothicaires ou les apothicaireries se rapportent à des apothicaires laïcs : S'il n'existe pas, à notre connaissance, de représentation d'apothicairerie monastique médiévale, il ne sera pas bien difficile d'imaginer, toutefois, à partir de l'iconographie disponible, l'espace réservé à la pharmacie dans la clôture monastique, car le moine apothicaire, s'il ne fait pas commerce de ses remèdes, utilise les mêmes instruments, les mêmes remèdes, les mêmes pots à pharmacie, ainsi que nous le montrent des récipients marqués des armoiries (blason, écu) de certains abbés (image n, o) :

 n o _
 
n. Jarre d'apothicairerie monastique espagnole, aux armes d'un abbé de Santes Creus Jaume Valls, en Catalogne (1534-1560).
Décor de "hojas de bandas", feuilles de bandes, à cause des bandes ornant le col et les feuilles, qui forment le reste du décor de fond.
o. gourde, moitié du XVIe siècle, musée National de Céramique de Sèvres. Au revers, figurent les armoiries d'un abbé de Lisieux.

Choix d'ingrédients, préparation, conservation de différents remèdes (voir aussi POTS A PHARMACIE) sont des tâches qui incombent à l' apothicaire. La première législation française concernant la prescription de médicaments date de 1301. A cette date, un décret de la Faculté de médecine de Paris interdit aux apothicaires de délivrer des médicaments sans l’ordonnance d’un médecin. Par ailleurs, ils sont dans l'obligation de la conserver en cas de litige. Enfin, ils se doivent d'afficher dans leur officine la liste des médecins de leur quartier ou de leur ville. Quelques dizaines d'années plus tard, en 1336, le prévôt de Paris rappelle cette soumission aux apothicaires-épiciers, ce qui nous laisse penser que le contrôle de la médication des malades était sans doute loin d'être assuré à cette époque, et on le comprend aisément quand on sait qu'on pouvait trouver des remèdes (ou prétendus tels) non seulement chez l'apothicaire, mais aussi chez l'épicier, le droguiste ou les rebouteux du coin.
 
Dans les monastères, les tâches de l'apothicaire sont souvent été endossées par le moine infirmier. Yves, seigneur de Warluis, n'était-il pas à la fois prieur, cuisinier et infirmier de l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais, vers 1604 ?

Les activités du moine apothicaire (il y a aussi des moniales apothicairesses, apoticaresses) ont été rapidement dans la ligne de mire des autorités de l'Eglise. En effet, "déjà, dans les treize canons de la discipline, adoptés vers 350, sous le pontificat de Jules Ier, au concile de Carthage, il fut proscrit d´exercer les deux professions que sont la foi et la pharmacie : «Ipsis non liceat clericos nostros eligere apothecarios» (1). " Au VIe siècle, le pape Pélage II renchérissait : « Ut clerici apothecarii non ordinentur...» (2). En 1139, le pape Innocent III interdit même aux prêtres de préparer ou dispenser des médicaments. Certes, les règles ainsi édictées furent, selon les ordres religieux, plus ou moins bien respectées, mais une rupture officielle entre l´Eglise et la pharmacie fut confirmée à l´issue du concile de Latran IV, en 1215.

1) Qu´il ne soit pas permis aux mêmes d´être clercs et apothicaires.
2) Afin que les apothicaires ne puissent être ordonnés."

extrait de : http://www.snphpu.org/infos.asp?ThNum=Th00000019

Ajoutons que, se surajoutant à ces interdictions, les études médicales seront introduites dans les universités, en 1220 à Paris et en 1272 à Montpellier. Ainsi, à l'instar de nombreux travaux (agricoles, jardinerie, etc.), mais pour des raisons différentes, les tâches infirmières ou médicales seront confiées par beaucoup d'abbayes à du personnel extérieur, donc laïc, qu'ils soient médecins, infirmiers ou apothicaires. Nous en avons de nombreux témoignages, citons-en quelques-uns. A l'abbaye Notre-Dame d'Etival-en-Charnie, par exemple, un monastère de moniales, il est rapporté dans ses comptes :"A Baudoyn, apothicaire, demourant à Saincte-Susanne, pour une medicine qu'il fist pour dame Marguerite de Loré, religieuse de ladicte abbaye, 15 sols 6 deniers". Cette abbaye de Chemiré-en-Charnie (Sarthe) a été fondée en 1109 par l'intervention de l'ermite saint Alleaume, disciple de Robert d'Arbrissel, auprès de Raoul VII de Beaumont, vicomte de Beaumont. A l'abbaye Saint-Pierre de Jumièges, en 1540, on parle de "350 livres pour l'infirmerie, gages et honoraires du médecin, chirurgien, apothicaire et barbier". A la même époque, à l'abbaye de Villemagne, fondée, au VIIe siècle, par Clarinus, un moine bénédictin de Cogne (auj.Villemagne l'Argentière, Hérault) "l'abbé était tenu de payer un médecin, un apothicaire, un chirurgien, et d'accueillir les vagabonds pendant au moins trois jours." Parfois, tout ce personnel résidait dans l'abbaye même. Dans le nouveau monastère espagnol de San Juan de la Peña (sous Carlos II, en 1676, après un incendie), on prévoira une pharmacie avec des chambres pour le médecin, l’apothicaire et le chirurgien,
 
Dernier exemple, au XIVe siècle, par le "Receptari de Manresa" un recueil de recettes médicales (antidotaire) d'un apothicaire catalan, qui contient pour chaque malade dûment répertorié les remèdes appropriés, on apprend que le prieur de la grande abbaye de Montserrat, à vingt kilomètres au sud de Manresa, était un des patients prestigieux de l'apothicaire (qui soignait toutes les catégories sociales), comme le frère du roi Pierre IV (1336-1387), l'Infant Jacques, comte d'Urgell.

Il ne faudrait pas en conclure que les moines apothicaires se faisaient rare. Sans doute que les moines à la tête des offices monastiques ne se contentaient pas du seul avis de leur apothicaire. Qu'il y ait eu rivalité entre clercs apothicaires et apothicaires civils, par contre, il n'y a pas de doute. On connaît par exemple un certain nombre de préparations médicinales créées ou rendus célèbres par des moines : que ce soit la poudre de Jésuites (voir corticis peruviam) au XVIe s., l'essence de vipères des Capucins (qu'on donna au Duc de Chartres, mais c'est plutôt le quinquina qui le sauva), le baume tranquille* des abbés Rousseau et Aignan, Capucins eux-aussi, l'eau de mélisse des Carmes, l'eau de bleuet du collyre des Oratoriens, au XVIIe s. A cela il faut ajouter des remèdes placés sous le sceau divin, qui devaient attiser les foudres des apothicaires civils, on citera l’eau de vie de lavande des religieuses bénédictines de Traisnel, l'essence divine du révérend père Aimé ou l’eau rouge des Jacobins (frères dominicains de saint Jacques).

* BAUME TRANQUILLE : "A titre d’exemple, l’abbé Rousseau et l’abbé Aignan reçoivent du roi un appartement pour y travailler sur leurs remèdes secrets. Le plus connu, le baume tranquille est composé d’une
vingtaine de plantes infusées dans de l’huile d’olive. Ce baume, qui figure encore dans la
Pharmacopée de 1965, convient à la guérison des blessures et à ce titre, il est appliqué sur
la jambe de la Marquise qui souffre d’un ulcère. Admirable dans les coliques et les
dysenteries, il est également bon contre l’inflammation de la poitrine, la pleurésie, les
rhumatismes, les douleurs d’oreille, les rétentions d’urine, les hémorroïdes, et bien d’autres
infections si l’on en croit le père Aignan. Si l’on y ajoute quelques gros crapauds vifs le
remède est, de plus, efficace contre la peste et toutes les maladies vénéneuses d’après
l’abbé Rousseau. Les Capucins du Louvre préparent de nombreux remèdes dont ils n’ont pas l’exclusivité :
une tisane qui guérit la fièvre ; l’eau d’émeraude, à base d’esprit d’urine ; l’eau de la Reine
de Hongrie, à base d’alcoolat de romarin auquel on ajoute diverses plantes. Madame de
Sévigné l’utilise pour soigner son torticolis et la trouve « divine »."
extrait de : http://www.ordre.pharmacien.fr/upload/Syntheses/184.pdf

Illustrons maintenant cette rivalité par un exemple intéressant qui nous vient de Bordeaux, à la fin du XVIIIe siècle :
"La Pharmacie des Carmes de Bordeaux a une histoire unique, liée à son fondateur
Pierre Catinot, moine apothicaire, et, à travers lui, à l’Eau de mélisse des Carmes, la plus célèbre de ses préparations pharmaceutiques qui fit longtemps la réputation de cette officine.
Son histoire remonte à la Révolution française et nous replonge ainsi dans une époque
où le destin des monastères d’un coté et celui de la corporation des apothicaires de l’autre
vont vivre un véritable tournant.
En effet, c’est durant cette période de l’histoire de France que de nombreuses
institutions, religieuses en particulier, durent fermer leurs portes, ce qui a amené plusieurs
apothicaires moines à demander à exercer en ville. Or, dans la ville de Bordeaux, et c’est ce
qui confère un caractère unique à cette situation, seul Pierre Catinot, en religion Frère Placide
de la Circoncision, eut le droit de patente. Cette chose paraît invraisemblable lorsque nous
savons la rivalité qu’il y eut durant des siècles entre les apothicaires diplômés et les moines
apothicaires1. De plus, c’est durant les années 1790 que le terme d’apothicaire a disparu au
profit de celui de pharmacien
[tiré du pharmakos grec, NDE] et la réglementation de la profession n’en est devenue que plus
stricte. Le fait que l’on ait laissé une personne non diplômée s’installer ainsi surprend donc
encore plus. (...)
 
Peut-être les affinités maçonniques de notre moine apothicaire peuvent-elle
expliquer la tolérance dont il bénéficia au moment de la période révolutionnaire ? Nous
pouvons d’ailleurs noter que Pierre Catinot céda son officine à Léon Bertrand Magonty, lui-même
maçon (affilié à la loge « Triangle-Chapitre Essence de la Paix ») qui enverra Joseph
Henry, son fils, comme élève à la Pharmacie Pelletier à Paris ; or nous savons que Bertrand
Pelletier ainsi que son fils Joseph étaient également maçons.
La requête fut acceptée : il fut non seulement nommé apothicaire juré mais il put
également acheter l’apothicairerie des Carmes et obtint de rester dans le couvent après avoir
abandonné son ordre. (...)
 
Catinot fut donc reconnu par la commune et fut complètement associé avec les autres apothicaires civils dans un document condensé ci-dessous. Ce dernier concerne en effet, en même temps, la lutte qui exista pendant toute l’époque révolutionnaire entre les apothicaires moines, qui voulaient continuer à exercer la pharmacie,
et les apothicaires jurés, qui voulaient leur interdire l’exercice de cette profession. Ce conflit fut jugé très différemment suivant les individus en cause
.Pour Catinot, dit Placide, la preuve existait qu’il s’était associé aux autres apothicaires jurés contre les apothicaires moines. En effet, le 21 janvier 1792, nous trouvons un extrait du registre des arrêtés du directoire du département de la Gironde : « Vu le mémoire des sieurs Falquet père, Cadilhon, Dubédat, f.m Mellville, Malleville aîné, Dumaine, Oulés, Falquet fis, G. Villesuzanne, Lamégie, Falquet aîné, Gayet, Guignan, Darles, Doubrére, Catinot, Ali et Testas, citoyens actifs de la ville de Bordeaux, ensemble les pièces y jointes et l’avis du district du 26 novembre dernier (26 novembre 1791). » Ainsi, dix-huit des vingt apothicaires jurés, Catinot compris, demandèrent que les apothicaires moines ne puissent pas avoir de patente d’apothicaire. Cela concernait les sieurs Gastelouzard, Dupont et Macluzeau. Le directoire du département ne donna pas entièrement raison aux apothicaires civils. La conclusion est la suivante : « Arrête que, provisoirement et jusqu'à ce qu’il en ait été autrement ordonné, les dits cidevant Frères seront admis à se pourvoir de patente et maintenus dans l’exercice de profession de la même manière qu’ils l’ont exercée jusqu'à ce jour et qu’ils l’exercent actuellement. » Catinot, ancien petit Carme Déchaux, n’hésita pas à porter plainte contre ses confrères moines, ce qui prouve qu’il se jugeait bien supérieur à ceux-ci et cette valeur était reconnue par tous ses confrères civils. La preuve que Catinot fut le seul apothicaire moine auquel fut accordée l’autorisation d’exercer en ville est faite par la liste éditée par les maîtres en pharmacie au moment de la loi de germinal dans laquelle ne figurent ni Macluzeau ni Gastelouzard ni Dupont, mais Catinot."

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Deux détails possibles, en partie haute et en partie basse. pour le folio quasiment entier, cliquer ici

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pour le folio entier, cliquer ici

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a. Château d'Issogne, Italie, une des fresques des métiers, ici l'apothicairerie, vers 1400
 b. Aldebrandin de Sienne (Aldobrandino da Siena, Aldobrandinus de Senis, 1296/1299), le Régime du corps (1256, dans lequel la vie est divisée en sept âges, dont trois sont consacrés à l'enfance). Besançon, Bibliothèque municipale, fin XVe s., ms 0463, f. 001. L'apothicaire et la femme enceinte.
Un exemplaire de Bruges, BNF ms. 2510, est appelé selon l'auteur lui-même : "Li Livres qui doit iestre apielés la Flours et la rose de toute médecine de fisique".

"La vie du médecin italien venu exercer à Troyes nous est assez mal connue. On lui attribue, outre son Régime du corps (1), une Practica oculorum [traité de soins oculaires]. Originaire de Florence, ou de Sienne, Aldebrandin mourut à Troyes, entre 1296 et 1299 ; médecin
des comtes de Provence, puis de la cour de saint Louis, il aurait rédigé pour Béatrix de Provence son Régime du Corps, car lui, son médecin habituel, ne pouvait l’accompagner à la cour de France où elle allait retrouver ses quatre filles, toutes reines, Marguerite, épouse de saint Louis, Eléonore, reine d’Angleterre, Sancie, impératrice du Saint Empire romain germanique et
Béatrix, reine d’Anjou-Naples et Sicile. Ce voyage, on le sait, se situa en 1256.
Le Régime du corps est une oeuvre d’un intérêt majeur, car il est le premier texte médical rédigé directement en français, et ce, par un compatriote de Brunetto Latini. Le but de l’ouvrage n’est nullement curatif comme il a soin de l’indiquer : « La maladie delivrer n’est pas son entencion... mais le cors en santé garder et les maladies eskiver
»."

extrait de : http://lavie-enchampagne.com/pdf/numero44/article1.pdf

 c. Haydar, mahzan al-asrâr, Le bazar de Kûfa, ici le drapier et l'apothicaire, Irak, Bagdad, vers 1500-1550.
d. Barthélémy l'Anglais, Des propriétés des choses, "chappitre II : des remedes de la douleur du chief."
Illustration d'une apothicairerie vers 1475-1500, BNF Français 218, f.111, avec l'apothicaire pesant ses produits et à gauche, un médecin "mirant" les urines d'un malade alité.
 e. Amman Jost ou Jodocus, graveur allemand, 1539, Zürich - 1591, Nuremberg (Nürnberg), l'apothicaire.
Plume, encre noire, 1550-1600, 11,9 x 7,8 cm. Vignettes d'almanach (Monastbilder) se rapportant à divers métiers.
 f. L'apothicaire. Traduction latine, vers 1275-1300 du Canon d'Avicenne (Abu 'Ali al-Husayn b. Abdallah Ibn Sina, 980-1037), Canon medicinae, Qanun), Bibliothèque Municipale de Besançon, Ms 0457, f. 365v
g. Canon d'Avicenne, Apothicairerie, édition hébraïque de 1491. BUBo (Biblioteca Universitaria di Bologna) ms. 2197
Premier ouvrage scientifique imprimé en hébreu et unique version du Qanun en cette langue, due à Nathan de Cento (1279) et de Joseph Lorki (1408), publiée à Naples par Azriel ben Joseph de Gunzenhausen en 1491. C'est Avicenne lui-même, qui est représenté ici, assis en manteau rouge et instruisant ses étudiants.
h. Poteau cornier, apothicaire, Nantes, fin XVe, Musée départemental Dobrée à Nantes.
"Poteau cornier, orné d'un apothicaire debout, coiffé d'une toque, vêtu d'une tunique courte, pilant des drogues dans un mortier placé sur un socle, composition sous une arcature trilobée ornée de fleurons, bois, fin XVe, 2,16 x 0,58 x 0,65 m, Nantes, "ancienne maison Mellet près des changes", 849.35.6
Le poteau cornier, à l'angle de deux murs de la maison, est à la fois un élément architectural porteur indispensable et un élément d'ornementation de la façade puisqu'il est décoré d'"ymaiges" en pierre ou en bois. Le poteau cornier peut servir d'enseigne et signaler une échoppe, une profession au passant, le plus souvent illettré et qui n'a pas beaucoup d'autres points de repère dans la rue."
extrait de : http://www.culture.cg44.fr/Musee/collections/voir/scupot.html
i. Cathédrale de Chartres, détail d'un quatre-feuilles (forme quadrilobée), XIIIe s. L'apothicaire se sert de sa balance dans le lobe inférieur.
j. Apothicaire de Joachimsthal*, gravure de 1568
*aujourd'hui tchèque : Jáchymov, région de Karlovy Vary, Bohême, République tchèque.
j2 et j3. Brunschwig, Hieronymus, Liber de arte distillandi de compositis (Grosses Destillierbuch) : Le livre de l'art de la distillation
1512, édité par Gruninger à Strassburg (Strasbourg) en 1512, gravures : la boutique de l'apothicaire, apprentissage de l'étudiantfolios 35 et 120.
j4. Apothicairerie, Canon d'Avicenne, manuscrit arabe du XVIIIe siècle.
j5. Apothicairerie, lithographie de l'Université de Santa Clara, Californie, USA, vers 1870

ETYMOLOGIES
 

L'apothécaire du Livre des Métiers, du prévôt de Paris, Etienne Boileau (1268), sera longtemps assimilée aux herbiers, herbières et autres espiciers et espicières, épiciers ou épicières, des marchands d'épices dotées de nombreuses vertus médicinales. Les savants latins l'ont d'abord appelé medicamentarius, selon l'usage des Romains, mais le terme de pigmentarius (plur. pigmentarii) sera utilisé au bas moyen-âge. Chez les Romains, c'est le vendeur de couleurs ou de parfums, qu'il continuera d'être au moyen-âge, en même temps qu'il désignera le pharmacien (tiré du pharmakos grec) , comme dans les Digesta seu Pandecta (Pandectes, en grec, Digesta iustiniani, Codex iuris en latin, que nous nommons Digeste) de l'empereur byzantin Justinien, une des trois parties du Code Justinien (529 - 533), dit corpus juris civilis, les autres parties étant le Codex lui-même (codex Iustinianus, codex legum), ensemble de lois, et les Institutions (Institutes), manuel d'enseignement du code, où il est précisé que le pigmentarius qui aura vendu un poison en guise de médicament sera soumis à une amende. Ajoutons que le moyen-âge désignera aussi par pigmentarius l'aide du médecin qui préparait les médicaments.

Plus tard, on rapprochera le boutiquier grec ou latin du boutiquier de médecines, ce qui forgera le mot apothecarius, apothecarus (apotecarius, par ex. chez Nostradamus), tout en continuant d'user du medicamentarius (pharmacien) utilisé par les Romains. Les latins utilisaient le mot aphotheca pour désigner un lieu destiné à conserver des provisions, parfois la cave ou le cellier, apothecarius désignant alors le magasinier, le boutiquier, calqué directement sur le grec, apothêké, ou le préfixe apo signifie "au loin", "à part", et thêké, un terme relatif à la conservation, et qui désignait d'abord un réceptacle : étui, coffre, armoire, puis, de manière plus large, une collection, et qui servira à fabriquer différents mots tels apothêké, local, boutique, ou encore bibliothêkê, notre bibliothèque, littéralement "lieu de conservation des livres".

 

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