ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE
  -Médecine
 menu du chapitre MEDECINE
Les soins
I


Introduction
 

Il n'aura pas échappé au lecteur que les âges les plus riches des monastères chrétiens se situant au moyen-âge, ils sont aussi période de douleur, puisque la médecine ne fera aucun progrès spectaculaire d'un bout à l'autre de cette longue période d'environ dix siècles, aux conditions sanitaires déplorables. De douleur, disions-nous, car différents fléaux marqueront durement les temps médiévaux, décimant un peu partout les populations. Avant de les évoquer, il est bon de préciser que les contagions ne seront pas traitées ici, mais dans le chapitre des maladies épidémiques, car traitées de manière différente par l'Eglise, que ce soit de manière cultuelle ou hospitalière.
 
Citons en premier lieu les famines, qui touchent ponctuellement une région suite à une saison déplorable, de mauvaises situations politiques ou des invasions étrangères, pour ne prendre que ces exemples. Il ne faut pas oublier que les conditions sanitaires déplorables de cette époque mettaient en permanence les populations en grand danger : Les premiers soins des pauvres consistaient premièrement à leur donner à manger.
 
Nous avons vu ailleurs que les premières communautés chrétiennes d'Orient pouvaient posséder une infirmerie pour soigner les frères malades. Nous ne savons presque rien des soins qui étaient apportés à ces hommes et ces femmes. En Occident, les premières informations qui nous sont données sur le sujet datent du VIe siècle et sont toutes italiennes. Commençons avec qui de droit, à savoir le père des Bénédictins, Benoît de Nursie, qui écrit au chapitre 36 de sa règle (rédigée vers 528) :

" LES FRÈRES MALADES

SERVIR LES MALADES, C'EST SERVIR LE CHRIST

1 Avant tout et par-dessus tout, il faut prendre soin des frères malades. On les servira vraiment comme le Christ lui-même,
2 parce qu'il a dit : « J'ai été malade, et vous êtes venus me visiter » (Matthieu 25, 36).
3 Et : « Ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous l'avez fait » (Matthieu 25, 40).

LES MALADES NE SERONT PAS EXIGEANTS

4 Mais, à leur tour, les malades comprendront que c'est pour l'honneur de Dieu qu'on les sert. Et ils ne feront pas de peine aux frères qui les servent en réclamant trop de choses.
5 Pourtant, il faut supporter ces malades avec patience, parce qu'ils font gagner une récompense plus grande.
6 L'abbé veillera donc avec très grand soin à ce qu'on s'occupe d'eux sans aucune négligence.

COMMENT SOIGNER LES MALADES

7 Les malades ont un logement à part, exprès pour eux. Pour les servir, on leur donne un frère qui respecte Dieu avec confiance, qui est plein de dévouement et soigneux.
8 Chaque fois que c'est nécessaire, on offre aux malades de prendre un bain. Mais on le permet plus rarement à ceux qui sont en bonne santé et surtout aux jeunes.
9 De plus, on permet aux frères qui sont très faibles de manger de la viande pour refaire leurs forces. Mais, quand ils vont mieux, tous se privent de viande comme d'habitude.

LA RESPONSABILITÉ DE L'ABBÉ

10 L'abbé veillera avec très grand soin à ce que les cellériers et les infirmiers ne soient pas négligents avec les malades. En effet, c'est l'abbé qui est responsable de toutes les fautes de ses disciples. "
Extrait de la page : http://perso.wanadoo.fr/belloc/rb_chp_53.htm
 

Nous avons dit ailleurs que Benoît de Nursie n'a pas écrit sa Règle à partir de rien. Il s'appuie sur la règle dite du Maître, des Vitae Patrum, des règles de Basile, Cassien, Césaire, etc. Il ne crée donc pas l'institution de l'infirmerie dans les monastères, mais comme sa règle sera bientôt la pierre angulaire de la monastique occidentale, cette structure médicale entre là dans un contexte à présent codifié. Il ne faut pas chercher un lien direct entre ceci et les autres exemples historiquement proches que nous allons évoquer : la règle bénédictine ne sera pas diffusée immédiatement. Nous restons toujours en Italie, cette fois à Rome, au monastère Saint-André, fondé par Grégoire le Grand vers 570, car celui-ci nous conte dans ses Dialogues une histoire instructive à bien des
égards :

"...un moine de son monastère, nommé Justus, exerçait la médecine, avec la permission de ses supérieurs ; il en avait profité pour recevoir, en cachette de son abbé, trois écus d'or. C'était une faute grave contre la pauvreté religieuse et monastique ; mais touché des remontrances de son frère Copiosus, à qui il avait avoué sa faute, humilié par la peine salutaire de l'excommunication, qui avait été prononcé contre lui, il mourut dans de vrais sentiments de repentir. Cependant saint Grégoire voulant inspirer à tous les frères une juste horreur du crime de propriété dans un religieux, ne leva pas pour cela l'excommunication ; il fut donc enterré à l'écart, dans l'endroit où l'on déposait les immondices, et les trois écus furent jetés dans la fosse, pendant que les religieux répétaient la parole de saint Pierre Apôtre à Simon le Magicien : pereat pecunia tua tecum, que ton argent périsse avec toi. Mais quelque temps après, le saint abbé se sentant touché de compassion, fit appeler l'économe Pretiosus, et lui dit avec tristesse : " Il y a longtemps que notre frère défunt est torturé dans les flammes du Purgatoire ; nous devons, par charité, nous efforcer de l'en délivrer. Allez donc, et à partir d'aujourd'hui offrez pour lui le saint Sacrifice de la messe pendant trente jours ; n'en laissez passer aucun sans que l'hostie de propitiation soit immolée pour sa délivrance ".
L'économe se mit aussitôt en devoir d'obéir, mais occupé à mille autres soins, il ne songeait pas, non plus que l'abbé, à compter les jours. Une nuit, le défunt apparut à son frère Copiosus : - "Eh ! quoi, c'est vous ! comment vous trouvez-vous ici à cette heure ? - Jusqu'à présent, j'étais très mal, répondit l'apparition, mais à présent, je suis bien, car aujourd'hui même je suis admis dans la société des saints". On compta les jours qui s'étaient écoulés depuis que l'on avait commencé d'offrir pour lui le saint Sacrifice, et l'on reconnut que ce jour était précisément le trentième."
 
extrait de la page : http://perso.club-internet.fr/custodi/trentain.htm
 
Ainsi, ceux qui avaient en charge les communautés chrétiennes voyaient toujours d'un très mauvais oeil le détournement de la charité par un de ses membres à son profit. Nous l'avons vu au chapitre de l'hôpital, les conciles auront des mots très durs envers les moines qui bafouent les vœux de pauvreté qu'ils ont prononcés. Ajoutons que cette anecdote aurait donné naissance à ce qu'on appelle le Trentain grégorien, qui sera examinée au chapitre liturgique.

D'autre part, Benoît ne nous parle malheureusement pas de l'organisation de son infirmerie, mais on peut imaginer que, comme à Vivarium, des moines se sont spécialisés dans la médecine. Cassiodore nous parle en effet plusieurs fois de ce sujet dans ses Institutiones, de l'existence de médecins mais, surtout, pour encourager les études médicales : voir le chapitre de la culture médicale. Il faudra cependant attendre le plan de Saint-Gall pour nous éclairer sur la structure de l'infirmerie monastique du moyen-âge. C'est le modèle que ce document sera appelé à devenir pour les communautés monastiques d'Occident qui doit retenir notre attention et, d'évidence, ce modèle nous parle de l'infirmerie comme d'un ensemble hospitalier dont l'auteur du modèle recherche l'autonomie. Suivant ce modèle le plus idéalement possible (mais pas du tout à la lettre), les grandes abbayes se doteront de véritables quartiers autonomes possédant leur église, leur cloître, leurs cuisines etc., véritables monastères en réduction, ce qui sera valable aussi pour le noviciat. On trouve de telles structures à Cluny, Fontevraud, Saint-Denis, Saint-Riquier, etc.
 
Il nous faut voir maintenant comment ces infirmeries fonctionnaient, et nous rendre compte que les âmes faisaient l'objet d'un soin presque plus attentif que les corps.

 
LES SOINS SPIRITUELS

 
L'infirmerie d'une abbaye est tout d'abord un lieu transitoire et impur, la maladie étant comprise par le moyen-âge chrétien comme un état de péché, qui réclame une mise à l'écart du malade jusqu'il soit purgé de ses souillures (voir aussi médecine cultuelle). Ce dernier portait d'ailleurs les signes visibles de cette exclusion temporaire de la communauté, le bâton en signe de faiblesse, et la tête couverte, en signe de pénitence. Cette mise en quarantaine (par crainte, parfois, de contagion) exigeait du lieu qu'il soit le plus autonome possible, afin que les impurs ne se mélangent aux purs. Au point que, dans les grandes abbayes, telles Fontevraud, Cluny, Saint-Denis, cet espace était une reproduction miniature du monastère qui l'abritait. On pouvait, en effet, y trouver chapelle, dortoir, cuisine, cloître, réfectoire, bains (où les ablutions étaient nombreuses, que ce soit pour les pieds ou la vaisselle), etc. : N'oublions pas que le moyen-âge vivait constamment dans la crainte des épidémies, de peste en particulier, responsable d'un grand nombre de décès.
 
L'organisation de l'infirmerie était calquée sur celle du monastère : le silence et la célébration des offices étaient observés. En plus de l'aspect purement thérapeutique, que nous allons bientôt examiner, le malade devait observer un certain nombre de règles qui devaient l'aider à retrouver sa place dans la communauté : il devait en particulier se purifier par des pénitences et recevoir l'absolution comme ultime purification.
Notons que c'est un des rares lieux de l'abbaye, à l'instar du chauffoir et des cuisines, à posséder un feu constant, placé en général dans son hall, pour le bien-être des malades.
 
Par ailleurs, le secours spirituel était organisé en cela que tout était fait pour que les moines malades pussent participer du mieux possible, selon leur état physique, aux offices. L'infirmier était en charge de la lecture liturgique, comme celle des psautiers, les bréviaires, les collectaires, les antiphonaires et les missels. Ces lectures étaient faites souvent pendant le repas par l'infirmier, après qu'il eut servi aux malades les plats apportés par les servants du réfectoire...qui mangeront avec lui et le réfectorier (responsable du réfectoire) au second service, appelé alors "seconde table".
 
Un bon nombre de moines entraient à l'infirmerie, nous l'avons dit tout au début, pour vivre leurs derniers instants terrestres. Il était possible, d'ailleurs, de prendre l'habit monastique à ce moment crucial : un richissime personnage, vieux ou malade, n'hésitait pas à payer fort cher son aller-simple pour le Paradis! Ce moine ou cette nonne étaient appelés "Ad succurrendum". Comme pour un pot de départ, gravitaient autour de lui ses frères, en un moment aussi convivial qu'une fête. Car, quoi de plus festif que de passer d'un monde gâté par le péché à un monde idéal, au cœur de Dieu? Par ailleurs, des inventaires nomment un manuscrit souvent présent dans l'infirmerie, l'Ars Moriendi, qui aidait les moines à "bien mourir". Signalons qu'à Cluny, qui acceptait souvent les vieillards, il y avait une salle de l'infirmerie réservée pour la toilette des défunts. Celle-ci se faisait parfois, comme à Ourscamp, sur une sorte d'autel de pierre un peu plus grand qu'un homme et placé à l'intérieur même de l'infirmerie, dans l'exemple cité : au centre. Une pierre plus basse que l'autel, à l'avant, recueillait sans doute le corps du malade agonisant qu’on laissait expirer sur une couche de cendres. Passé à trépas, le mort était soulevé sur le plus grand socle pour recevoir les derniers soins. La légende raconte qu'à l'infirmerie de Clairvaux, à la mort de saint Bernard, on souleva son corps et on s'aperçut que celui-ci avait laissé son empreinte dans la pierre.

Infirmerie de l'abbaye cistercienne d'Ourscamp, 1220

Cependant, leurs tout derniers jours n'étaient pas de tout repos : dès que les signes du trépas semblaient s'annoncer, hop, le pauvre bougre (ou la pauvre bougresse, bien sûr) était tiré du lit par deux de ses frères, et hop, il était conduit illico à la salle de réunion (dite salle capitulaire) pour sa dernière confession, nécessairement publique. A peine finie, hop, retour au lit pour y recevoir la communion, l'extrême-onction et faire ses derniers adieux à la communauté. "Après avoir baisé la croix, il échangeait le baiser de paix avec tous ses frères, commençant par le père abbé, comme il l'avait fait à la fin de son noviciat. Dès le début de l'agonie, il était veillé sans relâche. On plaçait devant lui des cierges, des croix, et tous les moines, avertis par des coups frappés contre la porte du cloître, se réunissaient et chantaient pour leur frère, le Credo, les litanies. Après avoir rendu l'âme, son corps était lavé par d'autres moines, ses égaux dans la hiérarchie des âges et des offices, porté dans l'abbatiale puis enseveli au cimetière après la psalmodie" extrait de la Vie Privée, 1985, tome 2, ouvrage collectif dirigé par Georges Duby au Seuil.

  •  
    "Un Religieux à qui il survenoit une infirmité, comme la fièvre, en avertissoit le Supérieur, et alloit à l’infirmerie demander de la tisanne, et ensuite se coucher ; mais pour ce premier accès l’infirmier ne pouvoit pas lui tâter le pouls ; un second accès survenant, il faisoit comme au premier ; mais après l’accès on l’envoyoit à la visite. Cette visite se faisoit tous les matins à l’infirmerie, en présence d’un Supérieur. Le malade expliquoit ce qu’il souffroit ; l’infirmier le questionnoit, mais ne disoit rien autre chose devant lui. Il pouvoit aller au rétro-chœur, et être dispensé du travail de la nuit et du travail du jardin. Au troisième accès on le soignoit ou purgeoit. Il étoit alors hors du chœur tout à fait pendant trois jours, pouvoit se mettre sur sa couche pendant les travaux, et avoir à ses repas du pain blanc et des œufs. Au quatrième accès il entroit à l’infirmerie, et devoit dès lors n’avoir plus aucune communication avec le reste de la maison, ensorte qu’à cet égard l’infirmerie étoit plus pénible que la vie commune. On s’attachoit à la rendre onéreuse, afin qu’on ne fut pas tenté de chercher à y rester longtems. Les infirmes couchoient sur une paillasse, et leur traversin étoit de bâles de blé. On leur donnoit le matin une petite souppe, a dîné une souppe grasse et un morceau de bouilli, et le soir alternativement une souppe et des œufs, ou une souppe et des racines ou herbes. Ils travailloient comme les Religieux, mais à des travaux plus doux ; ils se levoient a la même heure, et après avoir dit leur office en particulier, ils se recouchoient jus qu’à cinq heures qui étoit toujours l’heure la plus tardive de ce qu’on appeloit le second réveil. La fièvre cessant après le quatrième accès, on restoit quinze jours ou trois semaines à l’infirmerie, et si elle revenoit, on restoit le même tems après la cessation de la fièvre.
    [11] Dans les grands travaux, les infirmes y assistoient deux heures le matin, et autant le soir.
    Un infirme approchant de sa fin alloit a l’Eglise porté dans un fauteuil. La communauté s’assembloit ; on mettoit le malade sur une chaise de bois au milieu du chœur, et on lui donnoit l’extrême-onction et le saint viatique, l’infirmier et le médecin l’aidant à aller communier au coin de l’autel. On le remenoit ensuite à l’infirmerie, et sa fin approchant tout à fait, on assembloit de nouveau la communauté qui se rendoit à l’infirmerie. On étendoit sur le pavé de la cendre bénite, en forme de croix, on mettoit dessus une natte pareille à celle sur la quelle les Religieux couchoient en santé, et on y étendoit le moribond. Il est à remarquer que jamais les malades ne quittoient les habits réguliers. On se mettoit à genoux autour de lui, et le P: Abbé faisoit la recommandation de l’ame. On disoit ensuite les sept Pseaumes, et si le frère ne mourroit pas, on s’en alloit, sinon le P: Abbé, qui retournant son étole et prenant sa crosse, procédoit à l’absoute. Les quatre Profès plus près avant et après le deffunt, l’emportoient pour le laver, et le revétir de ses habits de voyage ; ils le rapportoient ensuite dans une voiture bannale et découverts, et on le conduisoit en procession à l’Eglise. Pendant le lavement on avoit commencé le Pseautier, on le continuoit alors, quatre Religieux le récitant à deux chœurs, et se relevant de demie-heure en demi heure, excepté la nuit, où il n’y avoit que deux bandes, de deux chacune. Les quatre Religieux qui avoient lavé le défunt, le portoient de l’infirmerie à l’élglise, et de l’Eglise au Cimetière. Ils avoient dû achever de creuser la fosse qui n’étoit continuellement ouverte qu’au tiers ; ils l’y déposient, le couvroint du capuce, lui mettoient les mains en croix sur la poitrine, et combleint la fosse. On revenoit à l’Eglise en récitant les sept Pseaumes. Les Prêtres disoient trois messes pour chaque mort des deux maisons ; les non-Prêtres un Pseautier, et les Convers cent cinquante miserere. On faisoit tous les ans un grand anniversaire et une absoute suivie d’un Tricenaire pour tous les Religieux, parens de l’ordre ; et les Prêtres disoient pour eux vingt messes, les autres dix Pseautiers, et les Convers quinze cents miserere. On avait toute l’année pour remplir ce devoir."

    Description de la vie de Sept-Fons et du Val-Saint-Lieu, ci-devant Val-des-Choux, par P. Théotime, moine de l'abbaye, né à Metz le 31 mars 1758
    extrait de :
    http://www.abbaye-tamie.com/l_abbaye/documentstrappistes/description-de-la-vie-au-valdeschoux/vue


LES SOINS MATERIELS
 

INTRODUCTION
 

Il est rappelé au lecteur qu'il s'agit ici des soins accordés aux moines malades de l'infirmerie ou de l'hôpital monastique, et non ceux octroyés dans le cadre des maladies épidémiques, traitées dans des établissements particuliers : lazarets, hôpitaux Saint-Antoine, maladreries, etc.
 
Cependant, avant de parler des pratiques médicales en usage dans les couvents, il serait bon de rappeler brièvement les idées qui ont alimenté les connaissances médicales des moines, et qui n'ont pas beaucoup évolué avant l'ère de la médecine moderne, qui débute à la fin du XIX siècle : Ce sera l'objet du chapitre de la culture médicale.
 

 
Les coutumiers du XIIe siècle nous apprennent que les malades étaient divisés en trois groupes : premièrement les moines qui venaient de subir la saignée, qui étaient des malades temporaires, le deuxième groupe, une sorte d’état intermédiaire, était composé de moines dont l’état de santé exigeait qu’ils fussent exclus du chœur ou de moines âgés qui ne suivaient plus le régime régulier. Quant au troisième, il regroupait tous les moines qui séjournaient à l’infirmerie, de ceux qui souffraient de maladies graves et étaient alités.
 
L'infirmier, qui prend en charge, nous l'avons dit, le soutien spirituel de ses frères, s'occupe aussi de leur santé. En plus de les soigner, nous allons bientôt voir comment, il se doit de servir les repas aux malades, soit directement au lit, soit, pour la plupart, au réfectoire de l'infirmerie. Il vérifie que le feu est entretenu, que les bougies sont allumées pour matines, nettoie le sang et les bols utilisés pour la saignée, etc. Cette intense activité donnait à l'infirmier quelques dispenses bien méritées, comme par exemple, celle de faire une lecture prévue à ses frères. Les Ecclesiastica Officia cisterciens
 
Ces repas entraient dans le cadre d'un régime alimentaire carné, censé redonner du feu et du sang à leurs faibles corps (exception au quasi-végétarisme prescrit par saint Benoît, qui avait banni la consommation des quadrupèdes mais autorisé celle des oiseaux). Ce régime carné excluait le malade de la communion et, pour les mourants, il cessait dès que l'extrême-onction leur avait été donnée, car on jugeait qu'il était alors temps pour eux de se rapprocher d'un état spirituel. Les repas des malades étaient préparés par un cuisinier dans la "cuisine du gras", ou "cuisine des viandes" appelée misericordia (terme désignant aussi les sièges rabattables dans les stalles du chœur monastique, pour le soutien des religieux lors des longs offices). L’alimentation d'un malade pouvait être établie selon un calendrier comportant des "jeûnes" qui ne signifiaient pas suppression de la nourriture mais plutôt variation de l’alimentation. De plus, certains malades particulièrement ascétiques continuaient leurs privations avec zèle, tel Césaire d'Arles (voir réfectoire) ou Lupicin (+ 480), abbé de Lauconne, dans le Jura, qui n'acceptait pas qu'on ajoutât huile ou lait dans son potage, comme il était coutume de pratiquer quand on était malade ou infirme dans son monastère. Sur le point de mourir, il alla même refuser de l'eau à laquelle on avait ajouté un peu de... miel !


Plusieurs coutumiers nous précisent que le cellérier ( responsable du cellier) se devait de rendre quotidiennement visite aux malades, pour connaître leurs besoins et leurs souhaits. Il était fréquent, par exemple qu'il accordât aux malades de petites friandises, celles-ci contribuaient, dit-on, à un recouvrement rapide de la santé :
 
Le livre des Comptes de l'abbaye de Beaulieu, en Angleterre, montre que l'infirmerie recevait quotidiennement de la boulangerie et de la brasserie de la bière et du pain. On a trouvé beaucoup de traces de foies et d'autres ordures d'animaux abattus par le cellérier : pigeons et autres poulets. Les friandises du lieu se composaient d'amandes, de cumin, de réglisse, de sucre et de poivre, disponibles comme nous l'avons dit pour les malades. Ces derniers, nous le voyons, sont les plus bichonnés du monastère. Dans le jardin médicinal de l'abbaye de Westminster, d'un acre de superficie, les moines avaient aménagé des allées pour promener leurs convalescents au milieu des senteurs bienfaisantes des plantes.
 
L'office de l'infirmier, comme les autres offices, était parfois complexe dans son organisation. Un moine infirmier, nous l'avons vu ailleurs, pouvait cumuler plusieurs offices (apothicaire et cuisinier était notre exemple), l'exemple suivant est assez éloquent :
"Un petit prieuré dépendant de l'abbaye de La Chaise-Dieu est établi à Saint-Vert dès le XIème siècle. Deux ou trois moines vivent là. Au XIIIème siècle ce prieuré est uni à l'infirmerie de La Chaise-Dieu. L'union signifie la disparition des moines de la paroisse, le prieuré de Saint-Vert n'étant plus désormais qu'une source de revenu pour l'abbaye. L'infirmier réside à La Chaise-Dieu. Sa charge consiste, à l'origine, à prendre soin des moines malades et des infirmes. Il est un des officiers claustraux de l'abbaye, le troisième plus haut dignitaire du monastère. Il possède plusieurs prieurés [et plusieurs domestiques, NDE]. L'infirmier de l'abbaye de La Chaise-Dieu, prieur non résidant, présente à la cure de Saint-Vert : il désigne le curé desservant. L'investiture appartient cependant à l'évêque de Saint-Flour. Au milieu du XVIIème siècle, suite à la disparition des offices claustraux (dans le cadre de la réforme des ordres monastiques), les biens et revenus du prieuré de Saint-Vert passent à la mense conventuelle."
extrait de : http://saint.vert.free.fr/prieure.html
 

 
Les thérapeutiques
 

Préambule
 

Nous distinguerons deux catégories de soins. En premier lieu, les médicaments eux-mêmes, à base de plantes, surtout. En effet, l'utilisation médicamenteuse des plantes entrait pour une grande part dans les soins accordés aux malades : ceci sera examiné autour de l'herbularius, le jardin des simples où étaient cultivées les plantes médicinales. Mais entraient aussi dans la composition des remèdes des substances animales ou minérales, dont nous donnerons des exemples à travers les pots de pharmacie (origines, typologie) et les médicaments qui y étaient conservés, que ce soit des confections des préparations animales, des préparations minérales ou des préparations végétales que, selon le plan de Sain-Gall, le moine-infirmier concoctait dans l'apothicairerie adjacente à son infirmerie. Nous en verrons le détail au chapitre suivant, avec le regret de ne pouvoir nous appuyer, surtout pour l'iconographie, que sur des apothicairies extérieures aux monastères : à notre connaissance, il n'existe aucune illustration d'apothicairerie monastique.

En second lieu, les actes thérapeutiques (ou supposés l'être), dont les plus couramment pratiqués (jusqu'au développement de la médecine scientifique moderne) sont la purgation, la saignée et l'uroscopie, ainsi que la chirurgie.

    "..Un abbé de moyen age, estant en ceste ville pour solliciter un procez, solicita pareillement une femme honneste de son métier, pour deviser une nuict avec elle, si bien que marché fait il arriva en sa maison. Elle recueillit Monsieur l’Abbé amiablement, & le voulant gratifier, luy donna pour sa collation quelque confiture, en laquelle y entroit des cantharides, pour mieux l’inciter au déduit vénérique. Or quelque temps après, a sçavoir le lendemain, les accidents que j’ay par cy devant declarez adClysterium donare,
    Postea saignare,
    Ensuita purgare,
    Resaignare,repurgare et reclysterisare.*
    vinrent à Monsieur l’Abbé, & encores plus grand, parce qu’il pissoit & jettoit du sang tout pur par le siège, et par la verge. Les Médecins estants appelez, voyants l’Abbé avoir tels accidents, avec érection de la verge, cogneurent qu’il avoit pris des cantharides. Ils luy ordonnèrent des vomitoires & clystères, faicts d’orge-mondé, de ris, & décoction de maulves, semence de lin, de fenugrec, d’huile de lis, suif de bouc ou de cerf, & puis après un peu de thériaque mixtionnée avec conserve de roses pour faire sortir le poison dehors. Pareillement on lui donna à boire du laict, & on lui en fit aussi des injections en la verge, & aux intestins, avec autres choses réfrigérantes, glaireuses et gluantes, pour cuider obtundre et amortir la virulence et malignité du venin. Or telles choses à bon droit ont esté ordonnées des anciens Médecins, par-ce qu’elles demeurent longtemps attachées aux parties intérieures offensées et ulcérées : joinct aussi qu’elles gardent que le virus n’y peut pénétrer : & partant le laict est fort bon. Aussi le beurre frais jetté en la vessie, & l’huile d’amandes douces récentement tirée : semblablement les mucilages du psyllium, de maulves, de coings ; & le syrop de nénuphar, de pavot, de violes, de jus de laictues, pourpier, concombres, de courges et de melons. Or son boire estoit eau d’orge & ptisane : son manger estoit poulailles, veau, chevreau, cochons gras boullus avec laictues, pourpié, maulves, violiers de Mars, orge, lesquels aliments luy estoient aussi médicaments, tant pour lâcher le ventre, que pour adoucir et seder les douleurs de l’acrimonie du venin ; & sur la region des reins, lombes et sur le penil on mit plusieurs choses refrigérantes et humectantes. D’avantage il fut baigné pour cuider donner issue au venin par les pores du cuir : mais pour tous ces remèdes faits selon l’art, monsieur l’Abbé ne délaissa à mourir avec gangrène de la verge. Et partant je conseille à telles dames ne prendre de telles confitures, & moins encore en donner à homme vivant, pour les accidents qui en adviennent."

    A. Paré,
    1509 - 1590 (père de la chirurgie moderne), OEuvres complètes, 21ème Livre, Ch.XXXV

    texte extrait de :
    http://www.unil.ch/webdav/site/central/shared/ds/html/dies/dies2002/images/Dies_Diezi.pdf

    * formule comique reprise par Molière dans son Malade Imaginaire (NDE).
    (

 
INTRODUCTION
 

L'apothicaire ou l'infirmier chargé de la préparation des remèdes avait une large pharmacopée à sa disposition et celle-ci, depuis la plus haute antiquité, est largement une polypharmacie, dont la thériaque représente un peu l'idéal, la panacée, avec des dizaines de composés censés guérir toutes les maladies.
Les mots remèdes, drogues, médicaments apparaissent en français à peu près en même temps au XIIIe-XIVe siècles. Remedium et medicamen, medicamentum étaient déjà utilisés par les Romains pour désigner les médicaments, ainsi que pharmacum (du grec ϕάρμακον (pharmakon), qui désignait aussi bien un médicament qu'un poison, mais qui était aussi utilisé dans les arts pour désigner les pigments, les couleurs. Ce terme nous donnera, bien sûr, notre pharmacien (vers 1620, en usage fréquent vers 1790), pharmacie, pharmaceutique, pharmacopée, etc. La Souda (Suda, Suidas), par exemple, le fameux et volumineux lexique encyclopédique byzantin du Xe-XIe siècle, donne cette acception de pharmakon. On trouve dans le De Re Medica de Celse une distinction intéressante "entre les pratiquants de la pharmaceutique (pharmaceutes), les marchands qui vendent des médicaments tout préparés (pharmacopoles*), les pileurs de drogues (pharmaceutribes), les marchands de plantes communes (herbarii) et les droguistes (seplasiarii)".
extrait de : http://www.erudit.org/revue/meta/2001/v46/n1/004551ar.pdf
* unguentarius latin.

Le terme "drogue" (vers 1462, on trouve aussi drocque) serait le seul d'entre-eux à ne pas posséder une étymologie latine, puisqu'il viendrait du néerlandais "droge", en particulier à cause des droge vate (tonneaux secs) où, par substantivation, droge désigne le contenu, des produits séchés (on sèche les plantes pour les médicaments). Il désignait souvent un remède simple :
"Drogue, s.f., res cathartica, on nomme drogue, en médecine et en pharmacie, tous les médicamens simples qui sont l'objet du commerce de la droguerie, et par médicamens simples on entend non seulement les produits immédiats des végétaux et des animaux qui composent la matière médicale,.....mais encore beaucoup de produits de manufacfures" (Dictionnaire Panckoucke op cit: "Drogue" par CADET de GASSICOURT vol. 10 1814 pp 254-255. Principale bibliographie citée: LEMERY: Dictionnaire universel des drogues simples 1 vol in 4° Paris 1/33)"
extrait de : http://www.bium.univ-paris5.fr/sfhad/vol2/art10/notes.htm

L'ensemble des remèdes, là encore aussi loin que nous pouvons remonter dans le temps, est très fortement reliée, dans toutes les civilisations du monde, à la religion et à la magie, en même temps qu'à une expérience humaine plurimillénaire, que les cultures antiques ou médiévales se partagent par les livres, les contacts, les conquêtes, le commerce, etc., où la Mésopotamie, l'Inde, la Perse, la Chine, les empires grecs, latins ou arabes tiennent le plus grand rôle.

Il faut dire ici un mot sur la frontière ténue qui, depuis l'antiquité, existe entre aliment et médicament, puisqu'on mangeait de nombreuses plantes qui étaient aussi consommées de manière médicamenteuse. Ainsi, il y avait beaucoup de débats sur ce qu'on pouvait raisonnablement manger ou non, puisqu'en même temps de manger, on se soignait ou aggravait sans le savoir sa santé en ingérant des remèdes inappropriés. C'est ainsi que beaucoup de confiseries au miel (avant la tardive utilisation du sucre en occident) verront leurs recettes paraître d'abord dans des livres de diététique, de pharmacie ou de médecine voir : ABEILLE, MEDECINE, Grèce et Rome

     
    Des plantes contre le mal des Ardents

    Les plantes utilisées, par les Chanoines hospitaliers de Saint-Antoine dans leur pharmacopée, apparaissent sur le retable réalisé pour la commanderie d'Issenheim par Matthias Grünewald, entre 1512 et 1516.
    Quatorze plantes sont répertoriées comme pouvant entrer dans la composition du Saint Vinage, breuvage thérapeutique fabriqué exclusivement par les Hospitaliers: grand plantain, plantain lancéolé, coquelicot, verveine, renoncule bulbeuse, scrofulaire aquatique, ortie blanche, chiendent rampant, véronique petit chêne, gentiane croisette, dompte-venin, trèfle blanc, souchet, épeautre.
    Ces plantes sédatives, narcotiques ou vasodilatatrices sont, la plupart du temps, accommodées de vinaigre, de miel. Concassées, bouillies, macérées, elles permettent l'élaboration de nombreux emplâtres, jus et autres décoctions ou encore d'onguents destinés aux plaies ouvertes et aux ulcères.
    Le Practica in medicinam, practica morborum curandorum, offert en 1469 à Jean d'Orlier, précepteur d'Issenheim, met en évidence une recette obtenue à base de soufre, de poivre, de graisse de porc, d'eau de rose destinée aux maladies de peau.

    L'onguent comme l'emplâtre sont des médications courantes. L'effet de cicatrisation est, avant tout, recherché étant donné le nombre de malades amputés de leurs membres lésés.

    Parmi ces remèdes, le baume de Saint-Antoine apparaît comme le plus efficace. Les neuf essences végétales recensées activent la circulation sanguine, désinfectent puissamment et réduisent l'activité sensorielle.
     
    Secrets d'officine

    Les ouvrages présents dans les officines monastiques et les apothicaireries sont considérés comme des usuels. Aux côtés des grands traités de médecine, de chirurgie et de botanique figurent les antidotaires, premiers ouvrages de thérapeutique, apparus au XIIe siècle.

    Véritable thesaurus pharmacologique, aussi bien influencé par la médecine gréco-latine que par la médecine arabe, l'Antidotarium Nicolaï offre une description des médicaments les plus importants, mais l'examen de leur composition demeure réduit laissant médecins et apothicaires libres de présenter leurs propres "recettes". Une liste de simples et plus de cent cinquante formules font de cet antidotaire une référence.

    L'usage de l'antidotaire, conçu comme un livre à part entière ou en feuillets ajoutés dans les traités spécialisés de chirurgie ou de médecine, se généralise.
    D'un abord plus complexe, les ouvrages de thérapeutique tels que le Canon medicinae d'Avicenne ou les Opera medica de Pseudo-Mésué, rédigés entre le XIe et le XIIIe siècles, sont avant tout des traités de matière médicale. À la pharmacologie (plus de sept cent cinquante plantes décrites par Avicenne) succède une classification précise des médicaments composés qui en fait la base de l'enseignement médical durant tout le Moyen Age.

    L'apothicairerie des Hospitaliers de Saint-Antoine se distingue par la présence de remèdes appropriés dans le traitement des deux formes du mal des Ardents et plus largement des maladies dermatologiques et infectieuses. Dans la composition des médecines se trouvent à la fois des substances végétale, minérale et animale. Le premier règne est de toute évidence majoritaire: les simples de Galien, aux sources de la pharmacopée primitive, constituent aussi bien une matière première prélevée dans la nature qu'un médicament à part entière. Dioscorides parle déjà de "matière médicale" dans son traité de référence De materia medica où sont décrits les simples et leurs vertus thérapeutiques.

    Fleurs, feuilles, fruits, graines mais aussi racines abondent dans les officines et entrent dans la composition de nombreux remèdes. Ainsi en est-il du baume de Saint-Antoine dont la recette, tenue alors secrète par les Hospitaliers, fait état de feuilles ou de graines de différentes espèces telles que choux, noyer, blette, sureau, tussilage, ortie, sanicle ou rüe. Additionné de graisses animales (mouton et porc), dont Hippocrate vantait déjà les mérites, mais aussi de poix, d'huile d'olive, cet onguent est un antiseptique puissant de par, notamment, la présence de térébenthine et de vert-de-gris.

    Bénéficiant d'un statut particulier, le Saint Vinage est bien plus qu'un breuvage thérapeutique. Mis en contact avec les reliques d'Antoine l'Egyptien, il revêt une dimension sacrée. Administré exclusivement aux malades frappés du mal des Ardents à l'issue d'un rituel bien défini (proche de celui de l'incubatio, point d'orgue du pèlerinage) et à une période précise (lors des Fêtes de l'Ascension), le Saint Vinage est de toute évidence perçu comme une "relique représentative", miraculeuse et guérisseuse.

    Les végétaux servent aussi à la réalisation d'emplâtres et de robs dont le rôle occlusif est apprécié des chirurgiens dans le traitement des ulcères et des plaies, comme dans celui des rhumatismes liés au phénomène de vascularisation et d'innervation. Ainsi, en 1562, Jean Comeil-Agrippa, chirurgien du prieuré de Rome, confectionne "continuellement de ses propres mains et peines la plupart des onguents et robs*, emplâtres et autres choses nécessaires pour la mortification des ulcères et la guérison des plaies ou autres afflictions et accidents survenus aux pauvres malades "qu’on y reçoit...

    Le règne minéral et le règne animal ne sont pas oubliés: pour traiter les fièvres ou la syphilis, l'usage de terres argileuses, de chaux, de soufre, de mercure, de céruse et de plomb, très toxiques, est fréquent. Le bois et le nerf de cerf proposé en bouillon ou réduits en poudre figurent en bonne place dans les recettes de Claude Allard, religieux de l'Ordre, en 1653."

    extrait de : http://www.adolphus.nl/xcrpts/xcantoinabbay.html

    robs : voir l'abeille dans l'antiquité : richesse industrielle 2

 
SOURCES :
 
- http://www.countway.med.harvard.edu/bml/collectionimages.html
- http://histoirepharmacie.free.fr/main01-01.htm
- http://www.abbaye-ourscamp.org/Historique-de-l-Abbaye.html
- http://www.enluminures.culture.fr/Wave/savimage/enlumine/irht5/IRHT_084683-v.jpg (apothicaire)
- http://www.civilization.ca/vmnf/collect/Monaster/grpots_f.html (augustines)
- http://wdoc.it/documenti_generici.htm
- http://frblin.club.fr/ccmf/07textes/autres/comdam.htm
- bnf.fr (cosme et damien, barthélémy, tristan)
- http://www.fitzmuseum.cam.ac.uk/opacdirect/73179.html (albarello)
- http://web2.bium.univ-paris5.fr/livanc/?cote=00216x04&p=10&do=page (Mesué)
- http://www.monasteriosanjuan.com/images/cim-01-g.jpg (san juan de la peña)
 

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