ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE
  -Médecine : Infirmerie
 
Introduction
Architecture et Organisation 1
 
 
 
 Infirmerie ou "Salle des morts " de l'abbaye d'Ourscamp, bâtie vers 1220. De gauche à droite : Dessin d'une vue latérale de l'intérieur (puis de l'extérieur en y double-cliquant) et vue générale du bâtiment, perpendiculaire à l'abbatiale, orienté Nord-Sud, 46 m x 16 environ.
 -------- menu du chapitre MEDECINE

 


Avertissement


Nous allons donner ici des éléments pour appréhender le sujet de l'infirmerie monastique (infirmaria en latin, de infirmus : faible, débile, infirmitas : faiblesse, débilité ; enfermerie en vieux français). Nous voulons parler ici de l'espace réservé aux moines ou aux novices faibles ou malades. Il existe d'autres lieux hospitaliers pouvant dépendre de l'abbaye, comme ceux relatifs aux soins des pauvres, étrangers aux monastères : c'est le sujet de l'hôpital monastique. Il y a aussi ceux qui ont charge des maladies ravageuses et contagieuses : ils seront examinés au chapitre des maladies épidémiques . D'autre part, les soins accordés aux malades seront examinés au chapitre des soins.
 
Au contraire des infirmeries des moines, ces établissements peuvent appartenir ou être gérés par une abbaye, mais jamais compris stricto sensu dans sa clôture (la partie réservée strictement aux moines).
 

Introduction

 
 
La mise à l'écart de l'infirmerie induit une nécessité d'autonomie qui se traduit par l'organisation d'un mini-monastère à l'intérieur du monastère principal.
 
L'infirmerie des grandes abbayes forme ainsi une sorte de complexe indépendant où on pouvait trouver, le plus souvent en annexe de la salle même des malades : une "cuisine du gras" où on préparait la viande des malades (A Cluny, elle disposait d'une salle de nettoyage pour la vaisselle et les instruments de soins). Cette exception au régime plutôt végétarien des moines est accordée aux malades, aux convalescents, pour leur redonner des forces, qui pouvaient parfois, comme à Ourscamp. On pouvait aussi trouver un réfectoire, dit "de Miséricorde", une chapelle, des latrines, un chauffoir, un dortoir, des bains, une pharmacie (apothicairerie), parfois une simple armoire, dans laquelle l'infirmier conserve ses remèdes, sous forme de tisanes surtout. On trouvait parfois un logement de médecins, souvent une bibliothèque. Celle-ci offrait à la disposition de l'infirmier des ouvrages de médecine, de pharmacopée, de botanique, etc..., ainsi que des livres liturgiques énumérés plus loin. Précisons que, dès la seconde moitié du moyen-âge, certains inventaires mentionnent des livres liturgiques portatifs (nous dirions "de poche"), à l'usage personnel des malades. Dans les grandes abbayes, cet ensemble ouvrait parfois sur son propre cloître. La salle principale de l’infirmerie était éclairée par de grandes fenêtres qui permettaient également d’aérer la pièce. Cette salle pouvait être chauffée en hiver et elle faisait partie, avec le chauffoir proprement dit, des seules pièces chauffées de l'abbaye.

Un espace convenablement chauffé, un régime carné, des sucreries nous dit-on aussi, pour remonter le moral des troupes : nul doute que l'infirmerie était un endroit très convoité quand on était un peu las des rigueurs de la règle.
 
A la fin du XIVe siècle, la notion de vie privée s’impose et les grandes salles de l'infirmerie ou de l'hôpital vont suivre la même évolution que les dortoirs et seront divisées en chambres individuelles.
 
Nous donnerons maintenant un aperçu de ce que pouvait être une infirmerie jusqu'aux évolutions du XIVe siècle que nous venons d'évoquer.

Les établissements hospitaliers, de même que les entrepôts ou les grandes salles de réunion, se composaient en général d'un grand bâtiment allongé, voûté ou non, simple ou divisé en deux ou trois nefs de longueur égale. Afin que les malades pussent assister à la messe et recevoir facilement les sacrements, ces salles se terminaient parfois à un bout par une chapelle, comme les grandes salles des palais royaux de Paris et de Bergen, en Norvège. Il pouvait y avoir un autel dans la salle même des malades, pour ceux qui étaient dans l'impossibilité de quitter leur lit. Des niches étaient toujours creusées dans les murs de la salle des malades, à destination diverses : Il y a celles qui sont à portée du lit des malades, pour recevoir les objets qui pouvaient leur être utiles (à Ourscamp, à 1,40 m du sol) ou d'autres (deux dans le mur Nord d'Ourscamp) qui faisaient peut-être office de crédences, pour ranger toute sorte d'accessoires liturgiques pour la messe, tels les burettes, aiguières, bassins etc... Il peut y avoir des niches placées assez haut (à Ourscamp, à 1,80 m du sol), destinées sans doute à des veilleuses, pour la nuit. Souvent des cloisons séparaient les lits et faisaient à chacun une petite chambre tout en laissant circuler l'air, dont la salle, toujours élevée, contenait un volume d'air considérable. Des fenêtres ouvrantes étaient placées au-dessus du niveau de ces cloisons, afin de renouveler l'atmosphère sans produire de courants d'air au niveau ou se tenaient les malades. Ceux-ci avaient parfois, en plus, des fenêtres basses à leur disposition. Les galeries qui accédaient aux fenêtres hautes servaient également à la surveillance et protégeaient les cellules du trop grand jour. Une ou plusieurs cheminées chauffaient la salle (à Ourscamp, la cheminée était sur le mur sud). Un porche évitait parfois la communication trop directe avec l'air extérieur. Le logis des religieux ou religieuses préposés au service des malades était ordinairement contigu à la grande salle, ainsi que la pharmacie (apothicairerie) et les latrines. Les latrines sont très soigneusement séparées de la salle par une double porte, comme dans les ruines des infirmeries des abbayes italiennes de Casamari et de Fossanova (deuxième quart du XIIIe siècle) : dans le premier exemple, une citerne, dans le second, un canal d'eau courante se trouvent au-dessous du bâtiment, ainsi que des conduits d'évacuation.
 

 
Architecture et Organisation

 
Il n'est pas possible, malheureusement de se faire la moindre idée des infirmeries des monastères du haut moyen-âge, pour lesquels nous ne possédons ni plan, ni reproduction, mais simplement d'infimes traces archéologiques. Les plus vieux bâtiments conservés sont presque tous Cisterciens, ceux-ci ayant entrepris dès le XIIe siècle la construction d’infirmeries spacieuses en pierre ou en brique. Spacieuses, oui, mais il ne faudrait pas lier directement la superficie des salles de malades au nombre que représentent ceux-ci, comme si on les y entassait. A Ourscamp, par exemple, on a dit que l'infirmerie pouvai accueillir une centaine de malades : Cela se pourrait, si ces derniers étaient allongés côte à côte, mais on prenait la précaution de laisser beaucoup d'espace entre eux.Marcel Candille (1950-1973), spécialiste de l'histoire des hôpitaux, lui octroyait une capacité d'une trentaine de malades dans son ouvrage :"Un hôpital conventuel du XIIIe siècle, l’infirmerie. ou salle des morts de l’abbaye d’Ourscamps”" (L’Hôpital et l’Aide Sociale à París, 1960). Proposition est faite au lecteur d'aller observer au préalable quelques plans d'abbaye et de revenir ensuite à cette page pour dégager les traits essentiels de leurs infirmeries, généraux ou particuliers.
 

- Les grandes abbayes possèdent parfois plusieurs infirmeries, en moyenne deux, une pour les convers et une pour les moines, parfois une de plus, pour les laïcs :

 

Abbaye de Fountains, Angleterre (voir plan)

INFIRMERIES

<---- convers

édifiée  après 1170 par Robert Pipewell

moines --->

édifiée  entre 1150-1170 par l'abbé Richard

 
 
Le complexe infirmier des moines a été complètement restructuré par l'abbé John of Kent (1220-1247). Il comprenait un hall, une chapelle, une cuisine et des latrines (reredorters). L'air frais et l'exercice était considérés comme des conditions importantes de guérison des malades. C'est ainsi qu'on pratiqua de grandes ouvertures et que l'infirmerie possédait son propre cloître avec des arcades ouvertes, pour la déambulation ou le simple repos, sur des bancs. Des fouilles du XIXe siècle révélèrent qu'au XIVe siècle on transforma le hall en chambres séparées, ce qui témoigne de l'évolution des mentalités : c'était le début de l'intimité et du confort pour les malades. Sous les Tudor (1485 - 1603), sera construite une nouvelle chapelle, une miséricorde* et on adoptera pour ouverture des doubles fenêtres de style Tudor, à meneaux et à petits carreaux.

* "Une miséricorde est une petite console en bois sculpté sous la sellette à abattant d'une stalle de chœur permettant aux chanoines de s'appuyer pendant les offices. Les miséricordes peuvent représenter des personnages, des scènes de la vie quotidienne, des animaux fabuleux..."
extrait de : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mis%C3%A9ricorde
 

"Dans cette zone, on trouvait souvent une infirmerie pour les laïcs, où étaient soignés les malades et les pauvres qui venaient chercher assistance auprès de l’abbaye. Des recherches récentes en Angleterre ont permis de mettre en lumière l’œuvre remarquable menée par les cisterciens pour apporter des soins médicaux aux pauvres de la région, mais sur le continent, de telles infirmeries sont également attestées. Certes l’extension de l’assistance médicale dans les villes rendait la présence des hôpitaux monastiques moins indispensables, mais les abbayes cisterciennes étaient établies loin des centres urbains, dans les campagnes où la maladie, la misère et les accidents faisaient peut-être plus de ravages". Extrait de http://www.cister.net/cfdocs/citeaux/disc_larmes.htm

 

- L'infirmerie est soigneusement isolée par crainte des épidémies, mais aussi pour répondre, comme nous l'avons évoqué, à l'idée que l'homme médiéval se fait des qualités de pureté ou d'impureté d'un l'individu, selon qu'il est en bonne santé ou malade, à la fois physiquement et spirituellement. Elle est ainsi presque toujours implantée en retrait par rapport au corps même du monastère, comme à Kirkstall,
(voir plan) :
   
---A gauche : Au premier plan, partie des ruines de l'nfirmerie de l'abbaye de Kirkstall (fin XIIIe siècle), Angleterre, en retrait d'autres bâtiments monastiques. L'infirmerie possédait une grande cheminée pour réchauffer les malades et, au XIVe siècle, on fit des cellules individuelles à la place du hall commun, comme à Fountains, nous l'avons-vu, ou ailleurs. Au fond, mieux conservés (cuisine, logement de l'abbé, de ses hôtes). A droite, vue de ces ruines : infirmerie, apothicairerie, cuisine (XVe) et arrière-cuisine (XVe).

ou à Halesowen :
Infirmerie de l'abbaye prémontrée d'Halesowen (West Midlands, Angleterre), après 1215. A gauche, vue du bâtiment .

ou encore à Fontenay (voir plan) :
Les bâtiments de l'infirmerie de 'abbaye de Fontenay, avec sa façade XVIIIe.

 

 

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