abbaye et hospice de Monserrat
Espagne, gravure du XVIIe siècle

ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
 

ABBAYE

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--La --Médecine
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L'Hôpital
monastique
 
2e partie
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Au IXe siècle, à l'époque Carolingienne, la situation des hôpitaux monastiques se codifie d'avantage. Si Charlemagne demande à ce que chaque cathédrale, chaque monastère dispose d'un hôpital (Capit. duplex, 803, c. III), Louis le Pieux réitère ces instructions dans les directives du concile d’Aix-la-Chapelle de 816 (canons 142-143). Mais il s'agit plus là d'un vœu pieux que d'une réalité. Il n'est que de comparer les décisions du Capitulaire de Villis et le contenu réel des jardins de l'époque, pour s'apercevoir que les instructions données par la Cour impériale étaient diversement suivies et interprétées.

Nul doute que l'abbaye de Cluny, fondée en 910, a instauré une organisation hospitalière de grande envergure, qui sera imitée partout, tout particulièrement en Allemagne. En plus de son infirmerie monastique, chaque monastère clunisien avait un hôpital (hospitale pauperum, ou eleemosynarius (aumônerie)) dans lequel travaillaient même des médecins ne faisant pas partie du monastère. Ceux-ci étaient responsables de l'aumônerie, dont les devoirs étaient soigneusement prescrits par la règle du monastère et qui représentaient en grande partie les services rendus au malade.

 

 Abbaye Saint-Claude, gravure anonyme du XVIIIe siècle.

L'hôpital des pèlerins, entre la Porte de l'Horloge et l'église Saint-Romain et son cimetière


Du Xe au XIIe siècle, le nombre d'hôpitaux monastiques connus se multiplie. Une dénomination nouvelle va apparaître pour désigner l'hôpital, cette fois en français, c'est l'Hôtel-Dieu. Il apparaîtrait pour la première fois en 1157 dans un diplôme de Louis VII, pour désigner le grand hôpital de Paris. L'origine latine de cette appellation, domus dei, fut longtemps générique et pouvait désigner chez les Romains toute sorte de bâtiments relatifs au culte (église, cathédrale, surtout). La première mention connue d'un hôpital sous cette désignation serait contenue dans un diplôme de Philippe Ier, daté de 1085, qui utilise l’expression "domus Domini Dei" à propos de l’hospitale Saint Jean du Haut Pavé à Etampes.

 

Lancelot du Lac, anonyme du XIIIe s.

Lionel, blessé, est transporté par des moines dans leur aumônerie (aumosne, dit le texte)

France, Poitiers, vers 1480

BNF Français 111, f. 201v

 
Nombre d'établissements hospitaliers étaient installés dans les cités ne relevaient pas de la tutelle monastique, mais de celle de l'évêque, mais l'assistance monastique dans les villes est un fait, moins bien connue, en particulier par le biais des aumôneries, au départ destinées au secours des pauvres, mais devenues parfois de véritables établissements hospitaliers, comme ce fut le cas pour Limoges, par exemple, organisés dans le cadre des offices claustraux*. Un texte à propos d'une aumônerie monastique, à la fin du XIe siècle nous en donne une bonne image :
"«Cette charge… un homme fort religieux, nommé Géraud, l'administre depuis plus de trente ans pour le service des pauvres… Avant son entrée en fonctions, le soin des pauvres et des pèlerins semblait, ici, médiocre, car il manquait un dispensateur et des ressources à dispenser et il n'y avait pas d'endroit pour accueillir les arrivants. Ayant reçu mandat de son abbé, il s'appliqua à distribuer, de bon cœur, aux indigents le peu qu'il put trouver… et à restaurer et agrandir la maison des pauvres et des pèlerins… Dès lors, il arriva souvent qu'en cette maison une multitude de pauvres, de pèlerins et toutes sortes de gens accablés par leur faiblesse vinssent de toutes parts et le nécessaire leur était donné […] Tout cela, le frère s'appliqua de le collecter à des termes fixes pour servir à l'aumônerie et non à d'autres fins comme il arrive en d'autres cas ; et il le dépensait, pour les besoins de cet hospice des pauvres, sans prodigalité ni avarice, mais avec mesure, en considération du lendemain.»
extrait de :
http://www.droit.univ-nantes.fr/histoire-du-droit/bourrigaud/protection_sociale/Extraits%20de%20texte.rtf.

* L'office claustral, "est une fonction particuliere dont on charge quelque religieux d'un monastere, comme d'avoir soin de l'infirmerie, de la sacristie, de la panneterie, du cellier, des aumônes; & l'office de grand veneur de l'abbé de saint Denis étoit un office claustral, comme on le peut voir dans le Pouillé." Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, article OFFICE

Par ailleurs, les abbayes auront souvent en leur sein différentes structures de soins : infirmerie, hôpital, lazarets. Citons en exemple les abbayes de Fécamp, en Seine-Maritime (1013), Saint-Sernin à Toulouse (fin XIe), Eschau, en Alsace (1143) Saint-Clément de Montmars, en Lozère (XIIe), Irache en Navarre (Espagne, XIe), Hirschau, Prüm, Fulda, en Allemagne, etc...
 
Un texte sur l'hôpital de l'abbaye de Saint-Sernin, que nous avons cité, nous donne maintenant une bonne idée de l'organisation et de la vie d'un hôpital monastique :

"L’hôpital du XIe siècle et son environnement

Les textes

- La fondation et la dotation d’un hospice pour les pauvres

Deux notices rédigées dans le dernier tiers du XIe siècle et transcrites un siècle plus tard dans le cartulaire de l’abbaye Saint-Sernin (23) relatent l’établissement et la dotation d’une maison de charité destinée à accueillir des " pauvres " qui y demeureront.
Cet établissement, le plus ancien hospice médiéval connu pour Toulouse, est fondé entre 1071 et 1080 par le comte Guillaume IV (1060/1-1093/4), l’évêque Isarn de Lavaur (1071-1105), également prévôt (de Saint-Sernin), Raymond Guillaume de Marquefave, sacriste du monastère, ainsi que par le prieur Pierre Ponchet et le chanoine Raymond Pierre. Le comte acquiert de Gilbert, prieur de Sainte-Marie (la Daurade), pour l’" œuvre de l’hôpital ", l’emplacement d’un moulin situé sur la rive droite de la Garonne, en aval du Bazacle ; il déclare que l’hôpital pourra avoir un four dans le claustrum de Saint-Sernin et sera exonéré de droit d’usage. Pierre Ponchet, Raymond Pierre et les autres religieux de Saint-Sernin abandonnent le dixième des revenus de leur église ; les draps de tous les défunts qui seront inhumés à Saint-Sernin sont attribués à l’hôpital (24). Sur l’intervention du comte et de l’évêque, le juge Pierre Benoît cède gratuitement l’église Saint-Jean, et un certain Christophe fait rémission des droits sur le sel et le vin nécessaires à l’hôpital. Le comte Guillaume, son épouse, la comtesse Mathilde, et l’évêque Isarn confient la direction de l’établissement à un personnage nommé Raymond Gérard (ou Géraud) (25).
- L’accroissement et l’administration du temporel de l’hôpital

Un acte de la fin du XIe siècle et une cinquantaine de titres du XIIe, copiés pour la plupart dans le cartulaire de Saint-Sernin, indiquent le développement des possessions de l’hôpital.
Avant 1094, le prieur de Saint-Sernin Pierre Ponchet décide avec Bernard Arnaud et ses trois fils, Arnaud Bernard, Géraud et Arnaud Bernard de la Tête-du-Bourg, de créer une sauveté afin de promouvoir l’" œuvre des pauvres ". Le comte Guillaume et l’évêque Isarn approuvent et confirment cette fondation. La sauveté, établie dans la vallée de l’Hers mort, à Matepezoul (vers l’ancien chemin de Mathé, commune de Saint-Alban, Haute-Garonne), est donnée à l’hôpital, toujours dirigé par l’aumônier Raymond Gérard (26). Ce dernier, disparu avant 1122 et inhumé dans l’église Saint-Jean, sera rapidement honoré d’un culte public (27), amplifié aux XVe (28) et XVIIe siècles, mais resté strictement toulousain.
Par une charte délivrée entre 1112 et 1122, le comte de Toulouse Alphonse Ier Jourdain (1112-1148), se conformant à la volonté de son prédécesseur Guillaume IV, concède un four aux habitants de l’hôpital Saint-Raymond. Le comte et Bernard Guillaume de Bruguières, mentionné comme chevalier (miles) à la même époque (29), reçoivent alors la direction de cette maison (30).
À partir de 1122, une nombreuse série d’actes d’acquisition de terres et de droits manifeste l’activité des personnages chargés d’administrer l’" aumônerie " de l’hôpital : Arnaud Bernard, fils de Bernard Arnaud, qui paraît comme aumônier en 1122 ; Raymond, prêtre de Saint-Raymond ; Arnaud Agil, aumônier de Saint-Raymond et chanoine de Saint-Sernin, mentionné de 1125 à 1142 ; Guillaume Pierre, cité avec ces mêmes qualités de 1142 à 1155 ; Raymond Guillaume, de 1162 à 1173 (31). Le temporel de Saint-Raymond passe ainsi progressivement sous le contrôle du chapitre de Saint-Sernin.
Dans la seconde moitié du XIIe siècle, les abbés de Saint-Sernin interviennent directement dans la gestion des biens de l’hôpital : Hugues (1140-1173/6), de 1155 à 1173 (c’est sous son abbatiat que les titres de Saint-Raymond sont compilés pour être intégrés dans le cartulaire de Saint-Sernin), puis Pons de Montpezat (1175/6-1197/8), en 1181, 1191 et 1195 (deux actes présentent expressément cet abbé comme seigneur des possessions de l’aumônerie) (32).
Désormais, les bulles pontificales confirment au monastère la possession de " l’église Saint-Jean avec l’hôpital Saint-Raymond " : privilèges adressés par Alexandre III (1159-1181) à l’abbé Hugues en 1169, puis à l’abbé Pons en 1176 (33), et par Innocent III (1198-1216) à l’abbé Jourdain en 1216 (34).
L’inventaire des biens de Saint-Sernin dressé du 10 au 14 septembre 1246 sous l’autorité de l’abbé Bernard de Gensac (1243-1263) déclare nettement : Et est dictum hospitale dicti monasterii ; à cette date, la chapelle Saint-Jean est passée sous le vocable de Saint-Raymond (35). Dans la liste des meubles de l’hôpital figurent alors notamment 101 matelas, dont 49 de plume, 41 couvertures, 47 coussins, 54 oreillers, dont 50 de plume, 56 lits de bois et 36 draps (36).
 


 
23. A.D. Haute-Garonne, 101 H 1 (ms. sur parchemin, dernier tiers du XIIe s.) ; C. Douais, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Sernin de Toulouse (844-1200), Paris et Toulouse, 1887. Le cartulaire contient un dossier comprenant une cinquantaine d’actes relatifs à l’hôpital Saint-Raymond et à ses possessions, classés approximativement dans l’ordre chronologique (Douais 1887, nos 546-597) ; on doit défalquer de cette série une charte incluse par erreur (n° 583), et on peut y ajouter quelques documents isolés (n° 96 ; Appendice, nos 7, 9, 31, 63).
24. Douais 1887, n° 547.
25. Douais 1887, nos 546, 547. Raimundus Gairardus ou Raimundus Gairaldus (respectivement trois et deux occurrences contemporaines. Douais 1887, nos 547, 546, 548 ; 546, 193) ; les auteurs modernes l’appellent " Raymond Guérard ", " Gairard ou Gairald ", " Gayrard " (C. Douais), " Raimond Gairard ", " Gairart " (P. Gérard)… Ce personnage est mentionné comme responsable de l’hospice dans les trois premiers actes du dossier de Saint-Raymond (Douais 1887, nos 546, 547, 548) ; il paraît par ailleurs comme " capiscol " ou écolâtre de Saint-Sernin dans un document antérieur à 1105, voire à 1094 ([...] uidente […] Raimundo Gairardo, qui erat capisco. Douais 1887, n° 193). Son seing (S. [...] Raimundus Gairardi) figure dans une charte datée de septembre 1060, mais cet acte est inauthentique (Douais 1887, Appendice, n° 13 – P. Cabau, " Chronologie des évêques de Toulouse – XIe siècle ", dans M.S.A.M.F., LI, 1991, p. 136-137).
26. Douais 1887, n° 548 ; P. Gérard, " Du nouveau sur Arnaud-Bernard – La famille de Borbolac et Saint-Sernin de Toulouse (vers 1080-1136) ", dans L’Auta, n° 505, Toulouse, 1985, p. 112-117.
27. La première allusion à " saint " Raymond remonte au 27 juin 1122 (habitatores Sancti Raimundi. Douais 1887, n° 551). À la suite des travaux de C. Douais (1887, p. LVIII ; Mélanges sur Saint-Sernin de Toulouse, I, Toulouse, 1894, p. 14), on s’est accordé à placer son décès au 3 juillet 1118. La plus ancienne de ses Vies (Vita sancti Raimundi, Sancti Saturnini Tolosani canonici – B.M. Toulouse, ms. 117 (premier tiers du XVIe siècle) ; Douais 1894, p. 16-20) et un calendrier liturgique de Saint-Sernin (B.M. Nîmes, ms. 8 ; Douais 1894, p. 16, n. ; C. Douais, " Deux calendriers liturgiques de Saint-Sernin (quatorzième, quinzième siècles) ", dans B.S.A.M.F., n° 16, 1895, p. 153-184 ; p. 167) indiquent seulement le 3 juillet. Le nécrologe de l’abbaye portait : " V. non. jul. obitus Raymondi Gairardi deuotissimi. Est sanctus Raymondus fundator collegii b. Raymondi ubi jacet anno MCXVIII. " (B.N.F., ms. lat 12771, n° CCXXIII : Excerpta ex necrologio inclytae domus Sti. Saturnini Tolosae, p. 442 (extraits par Claude Estiennot de La Serrée ; seconde moitié du XVIIe s.) ; Histoire générale de Languedoc, 3e éd., IV-1, Toulouse, 1872, p. 524. Cf. G. de Catel, Histoire des Comtes de Tolose, Toulouse, 1623, p. 177 : " sainct Raimond Chanoine de sainct Sernin [...] le College de sainct Raimond de Tolose, qu’il a fondé " ; Mémoires de l’Histoire de Languedoc, Toulouse, 1633, p. 225). L’addition à la rubrique originelle du nécrologe contient les mêmes erreurs que la Vita : Raymond Gérard ne fut pas le fondateur mais le premier responsable de l’hôpital, et non du collège Saint-Raymond (Histoire générale de Languedoc, 3e éd., III, Toulouse, 1872, p. 441). Quant à la date de 1118, sans doute ambiguë (date du décès, de la fondation du " collège " ?), elle peut avoir été déduite de ce que la Vita laisse entendre – à tort – que Raymond fut prévôt de Saint-Sernin (Lectio Va – Douais 1894, p. 18) et de ce que l’on supposait au XVIIe siècle que cette église avait été gouvernée par des prévôts jusqu’en 1118 : " Je n’ignore pas [...] que l’Eglise de sainct Sernin n’ayt été regie par des Preuosts, iusques en l’an mille cent dix & huict, que Guillaume Raimond fut institué le premier Abbé, depuis lequel temps elle a tousiours esté regie par des Abbés iusqu’à ce iourd’huy. " (Catel 1633, p. 264) ; les actes des archives de Saint-Sernin montrent que Raymond Guillaume, prévôt avant 1108, devint abbé entre le 2 octobre 1113 et le 2 janvier 1119 (Douais 1887, nos 508, 136, 81 ; Appendice, n° 5).
28. Une note en date du 24 avril 1436 rédigée par Bonaldi, recteur de l’Université de Toulouse, relate une procession solennelle faite par l’Université à l’occasion de la reprise de Paris par le roi Charles VII, de la mort du comte de Foix et de l’établissement de la fête de saint Raymond. R. Gadave, Les documents sur l’histoire de l’Université de Toulouse [...], Toulouse et Paris, 1910, n° 173, p. 110-111.
29. A.M. Toulouse, AA 1 et AA 2, n° 14 (1 112/1 121) ; Limouzin-Lamothe, La Commune de Toulouse [...], Paris et Toulouse, 1932, n° XIV, p. 287-288.
30. Douais 1887, n° 549.
31. Douais 1887, passim (surtout parmi les nos 581-597).
32. Douais 1887, passim (surtout parmi les nos 581-597).
33. Douais 1887, Appendice, nos 7, 9.
34. C. Douais, Mélanges sur Saint-Sernin de Toulouse, I, Toulouse, 1894, n° III, p. 38-41.
35. Archives de la paroisse de Saint-Sernin (II, IX, 2) ; C. Douais, Documents sur l’ancienne province de Languedoc, II, Trésor et reliques de Saint-Sernin de Toulouse, I, Les inventaires (1246-1657), Paris et Toulouse, 1904, p. 27, n° 86.
36. Douais 1904, p. 27, n° 86."

Extrait de la page : http://www.societes-savantes-toulouse.asso.fr/samf/memoires/T_57/cazarra.htm

Le IXe siècle connaît des interventions répétées des autorités ecclésiastiques à propos de l'exercice de la médecine par les moines, comme le Synode de Ratisbonne (887), les moines médecins ne diminuent pas pour autant : Le médecin de Guillaume le Conquérant, par exemple, était un moine de l'abbaye de Saint-Denis, le chartrain Baudouin, qui plus est intermédiaire auprès du clergé supérieur, et qui fut abbé de l'abbaye Saint-Edmondbury de 1065 à 1097, un des plus grands monastères d'Angleterre. Un peu plus tard, le concile de Clermont (18 novembre 1130) s'exprime à ce sujet en ces termes : "A ce que nous avons appris, une mauvaise et détestable coutume s'est implantée ; des moines et des chanoines réguliers, après avoir pris l'habit et fait leur profession, au mépris de la règle des bienheureux maîtres Benoît et Augustin, apprennent le droit et la médecine par désir de lucre…
Nous interdisons par notre autorité apostolique qu'il en aille ainsi à I'avenir. Que les évêques, abbés et prieurs qui ont consenti à une telle irrégularité et qui ne l'auront pas réformée, soient dépouillés de leurs propres honneurs."
extrait de la page : http://www-droit.u-clermont1.fr/Recherche/CentresRecherche/Histoire/gerhma/textauvhma2.htm
 
Les conciles de Reims (1131) et de Latran (1139) réitèreront la chose à peu près dans les même termes.
En 1205, un nouveau concile de Latran défend aux prêtres de faire de la chirurgie par l’intermédiaire d’un texte concernant le sang :
"Aucun clerc n’édictera ou ne portera de sentence de mort, n’exécutera aucune peine de sang ou n’assistera à une exécution, n’écrira ou ne dictera de lettres ayant pour objet une peine capitale. Aucun clerc ne sera mis à la tête de routiers, d’archers, ou d’hommes de ce genre versant le sang. Le sous diacre, le diacre et le prêtre [Ordres majeurs
1] ne pratiqueront pas l’art de la chirurgie qui comporte brûlures ou saignées" (Canon 18 de Latran IV)

1. Note de l'encyclopédiste

 
En 1220, le pape Honorius III interdit aux ordres majeurs tout exercice de la médecine. Il n’y a donc plus que les clercs d'ordre mineur, dont font partie les moines, qui peuvent accéder à l’étude de la médecine, avec comme condition toutefois de rester dans les ordres mineurs et de ne pas accéder à la prêtrise.
 
L'historienne Danielle Jacquard2 a donc raison d'être catégorique, et Darrel Amundsen3 ne pense pas autrement : l'Eglise n'a jamais interdit à ses clercs l'exercice de la médecine comme on peut le dire souvent bien à tort, et la lecture des articles que nous venons de citer nuance donc quelque peu cette conviction. D'ailleurs, "bien que le synode de Milan en 1565 ait interdit l'exercice de l'art pharmaceutique aux religieuses, celles-ci continueront non seulement à exercer leur activité au sein des hôpitaux mais aussi de délivrer des médicaments au public, hors de l'hôpital, entrant ainsi en conflit quasi-permanent avec la communauté des maîtres-apothicaires de la ville."
extrait de : http://www3.chu-rouen.fr/.
La mise en garde de l'Eglise s'expliquait aussi par le fait que les moines-médecins, habitués à sortir à leur gré des monastères, finissaient peu à peu par en négliger les règles. Ils étaient sans cesse au contact du siècle, dont certains prendront les goûts et les habitudes. Attirés par l’amour du lucre, ceux-là négligeront les pauvres et ne soigneront plus que les riches. Gilles de Corbeil, médecin de Philippe-Auguste, en arrive à défendre la lecture de ses livres, non seulement aux charlatans, mais encore aux moines vagabonds, qui, sous le couvert de la religion, se mêlent aussi d’enseigner et d’exercer la médecine. A côté de ces moines "libéraux", et pendant longtemps, il se trouvera dans les abbayes des médecins soignant les pauvres gratuitement en les visitant. Ainsi, on sait que jusqu'à la Révolution, le médecin de l'abbaye de Jumièges visitait gracieusement les malades à domicile et leur délivrait des remèdes. Chaque année, les religieux de ce monastère distribuaient sept tonneaux de vin aux pauvres. Et trois aux malades de la léproserie.
 
 
Profitons de ce moment pour rappeler qu'en 1536, François Rabelais lui-même se voit accorder l'absolution par le pape Paul III Farnèse, qui régularise sa situation en lui autorisant à reprendre à la fois son habit de bénédictin (qu'il avait abandonné sans tambours ni trompettes!) et l'exercice de la médecine...qu'il ne pratiquait pas pour s'enrichir, il n'avait pas besoin de cela.
 
L'autorité ecclésiastique s'appliqua donc, semble t-il, à sanctionner surtout les clercs qui pratiquent la science médicale ou juridique d'une manière dévoyée et peu conforme à l'esprit de charité.
 
Notons que, même quand l'hôpital se laïcisera, les médecins laïcs pourront contribuer aux connaissances médicales des moines. Ainsi, Thomas de Thonon, médecin laïc qui, en 1286, compose un traité d’hygiène en vers français qu’il adresse à l’abbesse et aux religieuses de Maubuisson. L'abbaye est appelée aussi Sainte-Marie-la-Royale, dans le diocèse de Paris, près de Pontoise, et avait été fondée en 1241 par la reine Blanche, mère de saint Louis. Thomas de Thonon l'offre aussi à l’abbé Leufroi de Saint-Martin de Pontoise, abbaye fondée au XIe siècle dans le diocèse de Rouen. Thomas de Thonon se retira plus tard à Dijon où il fut l’un des bienfaiteurs de l’abbaye de Saint-Etienne et mourut au plus tard en 1301. Par ailleurs, les hôpitaux resteront très longtemps et très souvent administré par des religieux, séculiers ou réguliers, mais dans ce dernier cas, ce sera plutôt des ordres actifs : dominicains, franciscains, etc... sans compter que, jusqu'au début du XXe siècle, et même parfois au-delà, l'hôtel-dieu laïc se distinguera par son mobilier religieux, ses icônes, ses crucifix au mur, etc :
 

 
Plan de l'Hôtel-Dieu en 1633
 
--L'hôpital fait partie de l'enceinte même de la ville
L'hôpital est détruit pendant la guerre 14-18
 
Cette photo d'une sœur dans les cuisines du nouvel hôpital-hospice de Corbie, inauguré en 1937, fait bien sentir l'influence encore bien présente des religieux dans l'univers hospitalier des premières décades du 20ème siècle.
 

2. Danielle Jacquart, Dictionnaire encyclopédique du Moyen-Âge, volume 2, Paris, Éditions du Cerf, 1997.
3. Darrel W. Amundsen, Medicine, Society and Faith in the Ancient and Medieval Worlds, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1996.
 
 
 
 

Sources :

- http://www.cister.net/cfdocs/citeaux/disc_larmes.htm#_edn49 (vie dans les abbayes cisterciennes
- http://www.camelotintl.com/heritage/historichouses/south_east/bealieu/bumedic.html
- http://www.moravianmuseum.org/ museum/sites.jsp.
- http://pages.dgsi.net/Actaruce/medecine.html
- http://www.ch-corbie.fr
- http://perso.wanadoo.fr/mosaique-sorde.abbaye/imag/Espitaou.jpg
- http://www.ligue.savoie.com/act045.htm
- http://babsouria.online.fr/gald101.htm
 
Illustrations xenodochium de Mérida :
- www.terra.es/personal2/ francis29/plano.htm
- www.terra.es/personal2/ francis29/visigodo.htm.
- www.turismoextremadura.com/espanol/ historico/ruta3b.htm
- http://www.ipa.min-cultura.pt/pubs/TA/folder/21/017.pdf (reconstitution)
- http://missiontice.ac-besancon.fr/lycee_pre_saint_sauveur/college/abbahtm/maladie.htm
(hôpital abbaye saint claude)
 
- Patrick Lanotte, "Médecine, médecins et hospitalité dans le haut Moyen Age, L’exemple de Reims. L’origine de l’Hôtel-Dieu de Reims au VIe siècle : mythe ou réalité ? thèse soutenue pour le diplôme d'état de docteur en médecine présentée et soutenue publiquement le 24 septembre 1998.
 
 

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