Salle d'un hôpital médiéval
Manuscrit du Al-Qanun fi'l-Tibb
(Canon de médecine) d'ABU ALI AL-HUSSAIN IBN ABDALLAH
IBN SINA, dit AVICENNE (981-1037).
Bibliothèque Laurenzina,
Florence.
menu du chapitre MEDECINE

ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
 

-------ABBAYE--------------

 

 

 

 

 
--La --Médecine
.
---
L'Hôpital
monastique
 
1e partie
--

 

 
Les Matricules
 

De ces pauvres, des listes nominatives sont établies, à l'origine uniquement dans les églises cathédrales ou monastiques. Ce sont les matricula. Les matricularii peuvent, quant à eux, bénéficier de l’aumône publique et d’une partie des revenus de l’église.
 
 
 
Le texte ci-dessous est extrait du texte de Patrick Lanotte, "Médecine, médecins et hospitalité dans le haut Moyen Age, L’exemple de Reims. L’origine de l’Hôtel-Dieu de Reims au VIe siècle : mythe ou réalité ?" thèse soutenue pour le diplôme d'état de docteur en médecine présentée et soutenue publiquement le 24 septembre 1998.


"A l’origine, la gestion des matricula est dévolue à l’évêque. Un cas de gestion laïque, par des "praesides", est cité dans la littérature sous le pape Léon le Grand (440-461) (74 p.55).

Le sens du mot matricula va évoluer dans le temps. Cette modification est lié au fait que le nombre de matricularii, qui était illimité au début, va devenir fixe et limité à partir du VIIIème siècle. Le nombre des matriculaires devient très inférieur au nombre de personnes dans la pauvreté, sans refuge ou requérant des soins que sont les pauperes. Au début, les matriculaires sont recrutés uniquement parmi les pauperes, sans distinctions, ils peuvent être pauvres, parfois orphelins, infirmes ou malades. Mais avec le temps, ces matriculaires vont travailler pour l’église ou pour des laïques qui vont les exploiter. Evidemment, il n’est plus intéressant de les recruter parmi des hommes ou des femmes inaptes au travail. C’est pour cette raison que les matricules ne vont plus comporter que des pauvres capables de travailler, les infirmes et les malades sont exclus de la matricule. Ceci va amener à la constitution, de façon parallèle, de structures d’accueil adaptées pour tous ceux qui ne sont pas inscrits sur les matricules mais qui nécessitent une aide : les pèlerins, les malades, les orphelins, les infirmes...Ces lieux d’accueil vont prendre des noms différents : xenodochium, diaconae ou hospitale pauperum pour les plus fréquemment retrouvés (65, p.111). Les matriculaires vont, peu à peu, bénéficier de largesses de la part de l’église qui les fait travailler (65, p.117). Ces largesses se traduisent en pratique par une protection importante avec nourriture, vêtements et logement dans la maison des pauvres : la mansio pauperum. Ils vont devenir des marguilliers. Ces derniers sont comparables à des rentiers mais plus du tout aux pauperes qui sont accueillis dans les hôtels Dieu. La situation des marguilliers devient enviée de la population, et l’évolution est telle que les dirigeants de l’Eglise vont être obligés de réagir dés le VIIIème siècle. Saint Rigobert à Reims ou Saint Chrodegang à Metz vont essayer de remettre de l’ordre et tenter, en vain, de revenir aux diaconies romaines (74). Mais dans de nombreuses villes comme à Corbie, Lyon ou Paris, la répartition des biens alimentaires et des dîmes va se modifier afin de faire face à l’augmentation croissante des pauvres hébergés dans les Hôtels-Dieu, la part de ces derniers étant plus importante (65, p.116).

Toutes ces initiatives seront vaines et les marguilliers vont être, dorénavant, choisis de plus en plus, parmi les clercs et ainsi devenir des prébendiers, prebendarii, nous sommes au Xème siècle et très loin des matricula du Vème siècle. Le terme va lui-même disparaître à cette époque ou être complètement déformé pour signifier un lieu d’accueil synonyme de xenodochium.

Enfin, à l’origine, il semblerait que le nombre de matricularii inscrits sur les matricules ne soit pas limité. Les testaments de Saint Rémi pourraient me contredire car il est écrit : « Pauperibus duodecim in matricula positis... »(31, chap. XVIII), le nombre des pauvres est limité à douze. En détaillant les testaments, je constate que le mot "duodecim" n’existe que dans le grand testament, qui n’est qu’une extrapolation par Hincmar du petit testament. Dans le petit testament, il n’y a pas de limitation du nombre des pauvres, ce qui correspond plus à la vérité. Au VIème siècle, une matricule des pauvres existe dans toutes les grandes villes (74, p.56) ; elle est attestée à Reims dés 470, à Laon en 420 (88)(31), à Clermont vers 556 (43), à Tours vers 585 (43), à Metz où on ne compte pas moins de 726 pauvres au VIIème siècle.

A partir de la période carolingienne et la réorganisation de l’église, les multiples de douze, symbole du collège apostolique, deviennent les chiffres les plus fréquemment retrouvés pour le nombre de matriculaires inscrits sur les matricules monastiques.

C’est le cas à :
- Corbie (65, p.112)
- L’église St Paul de Lyon (65, p.112)
- La basilique Saint Pierre et Saint Martin (24 matriculaires) (65, p.115)
- Reims (31)
- Auxerre (24 matriculaires) (65, p.111)..."
 
 
..."Bibliographie (note de l'encyclopédiste : extrait de la bibliographie concernant uniquement le passage cité)
 
-31- FLODOARD
Floardi Chronicon \ Traduit par Abbé Bandeville.
Reims : [Impr. Regnier], 1855
 
-43- GREGOIRE DE TOURS
Histoire des Francs \ Traduit par Latouche R.
Paris : Les belles lettres, 1974
 
-65- LESNE E.
La matricule des pauvres à l’époque carolingienne.
Revue Mabillon, 1934, 95, 105-123
 
-74- MOLLAT M.
Les pauvres au moyen âge.
Paris : Ed Complexe, 1978
 
-88- SAINT-DENIS A.
L’Hôtel-Dieu de Laon 1150-1300.
Nancy : Presse Universitaire de Nancy, 1983 ".

 
Nous venons de voir que les "matriculaires" ne sont pas représentatifs de tous les pauvres ou malades accueillis dans les hôpitaux monastiques. Nous allons maintenant élargir le sujet et voir de quelle manière ont existé les espaces hospitaliers dans le cadre monastique.
 
 
La règle de saint Benoît consacre, par exemple, un chapitre (36) aux malades, mais il s'agit là des frères malades du monastère, et non des étrangers au couvent, dont Benoît parle au chapitre 53, et dont l'assistance se limiterait à l'hospitalité au sens plus moderne du terme, à savoir le vivre et le couvert. Ceci nous ramène au précédent chapitre, où nous avions dit que les monastères ne joueraient que plus tard un rôle important dans le secours médical des pauvres. Si Cassiodore, fondateur de l'abbaye de Vivarium vers 555 (voir chapitre Temps de Mérovingiens) nous parle de deux médecins de l'abbaye, il ne nous dit pas exactement où et dans quel cadre ces médecins exerçaient. On sait seulement que, en un temps où les malades préférait la pharmacopée, les cures d'eau ou d'air, à la médecine, Cassiodore recommande aux médecins de ne pas délaisser leurs livres après les études et de continuer à étudier la science des anciens. Déjà, vers 615, une bulle du pape Innocent III vient réglementer l'enseignement de l'anatomie en interdisant "aux clercs et aux moines toute étude de la partie de la chirurgie qui a à faire avec le fait de brûler ou de couper".
 
Pour le VIIe siècle, nous savons qu'à l'abbaye Fontenelle (Saint-Wandrille), et ce de 680 à 695, saint Ansbert construisit un hôpital à l’ouest du monastère, pour douze pauvres et seize malades. Nous avons de bonnes raisons de penser que des Xenodochia existaient par exemple à Bobbio au VIIe siècle, sur le côté sud de l'abbaye, près des ateliers artisanaux, ainsi qu'à à Saint-Gall. Certains d'entre eux devenaient des abbayes à part entière, comme l'abbaye de Péronne. Nous savons aussi, qu'en plus des hospices contrôlés par les monastères, à l'intérieur ou à l'extérieur de ceux-ci, on trouve des maladreries (léproseries), les maladies contagieuses ayant obligé tôt à réserver des bâtiments distincts aux lépreux.

 
Nous restons encore au VIIIe siècle, pour lequel nous avons des informations très intéressantes sur l'abbaye de Corbie (fondée en 657 par la reine Bathilde). Les moines y établissent dans le dernier quart du siècle une maison à la porte du monastère, pour secourir les pauvres ou les étrangers, qu'ils soient valides ou malades. Cette maison s'appellera l'Hôpital de la Porte (Hospitali autem vestro quod portaria dicitur). C'est un des tout premiers exemples que nous connaissons de portaria : La Porte, dénomination qui deviendra très commune au moyen-âge, où étaient accueillis à la fois les hôtes étrangers, les pauvres, les malades ou les infirmes, qu'on nomme aussi plus simplement hospitalia, "la chambre pour les hôtes", terme qui côtoie un certain temps le xenodochium et qui se généraliserait au IXe siècle:
 
"Au début, les Abbés de Corbie choisirent deux de leurs religieux et leur donnèrent à chacun un certain nombre de domestiques pour avoir soin des pauvres.
L'un de ces religieux, au titre d'hôtelier (hospitarius), avait le soin des pauvres étrangers, sains et
malades ; l'autre nommé aumônier (eleemosynaria) avait charge des pauvres malades résidant dans cet asile et de ceux domiciliés dans le pays et qui ne pouvaient y avoir place à cause de l'encombrement.
Celui-ci, ainsi qu'en font foi les statuts d'Erembert, troisième abbé de Corbie (670- 787), avait cinq serviteurs : le chef servait les prébendiers et les autres pauvres étrangers ou pèlerins, l'autre était portier de l'Hôpital, deux servaient à aller chercher du bois à dos d'âne, le dernier avait le soin de deux fours à cuire le pain.
L'abbé Mordan, prédécesseur de Saint Adhélard, partagea les biens de l'Abbaye en trois portions : la première partie pour la nourriture et l'entretien des religieux, la seconde pour les hôtes, les malades et les pauvres qui n'avaient pas de quoi vivre, la troisième pour les réparations de l'église.

 

 Le service des pauvres par l'aumône à la porte du Monastère :

Saint Adalhard - La porte de l'Abbaye (de Corbie)

Hans Burgmaier

Les Saints de la Famille de l'Empereur Maximilien

Bois de 1518 - Tirage 1793


Dans les chapitres 4 et 5 des statuts (datant de 822) de Saint Adhélard (ou Adhalard, Adalhard), imprimés au 4ème tome du Spicilège de Dom Luc Dachery, il est fait mention de l'Hôpital et des deux religieux qui le desservaient. Il est dit qu'il leur sera donné tous les jours 45 pains de blé méteil, 5 pains de blé froment et un muid et demi de bière. Les 45 pains devaient être distribués tant aux pauvres qui restaient dans l'hôpital qu'à ceux qui n'y séjournaient pas, les cinq pains de froment devaient être partagés entre les pauvres clercs et les malades. Le vin n'était pas fixé, c'était le Prieur de l'Abbaye qui en ordonnait la distribution.
On leur distribuait encore, d'après les mêmes statuts, une certaine quantité de fromage, de lard, de légumes, la cinquième partie des dîmes d'anguilles, de veaux, de brebis et autres bestiaux, de même que la cinquième partie des offrandes en argent qui se faisaient à la porte du monastère et les vieux habillements des religieux. On fournissait aussi à l'hôpital le bois, les garnitures de lits et autres ustensiles. L'Hôpital n'avait donc, à cette époque, d'autres revenus que des allocations et des aumônes."

Texte de Léon Curé *
Extrait de la page: http://www.ch-corbie.fr/html/les_origines.htm

* Léon Curé est né à Chauny le 31 mars 1858, médecin à Corbie en 1883, entre au Conseil municipal en 1887, est sera maire de Corbie de 1888 à avril 1907, année de sa mort. Il devient conseiller Général en 1897 et est réélu en cette qualité en 1901. De son travail sur Corbie, dont nous avons cité un extrait, il
dit : " Voilà, condensées suivant leur époque, les notes que j'ai pu recueillir sur l'Histoire de notre Hôpital.
Résigné d'avance à être incomplet, j'ai voulu rester un simple compilateur. Je serais heureux si, un jour ou l'autre, ces documents pouvaient servir à l'histoire complète de Corbie. Dr Léon Curé."


 

----