ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE-------
 
 
-
L'ESPAGNE
----MUSULMANE----

ROYAUMES
CHRETIENS

( I )

LES ASTURIES
 


 
 
 
Les poches de résistance à l'invasion musulmane de 711 sont situés assez logiquement au nord de la péninsule ibérique, d'où s'organisera d'abord la longue reconquête du pays (Reconquista) par les Chrétiens, définitivement en 1492. Ce sont les Asturies qui ouvrent le bal en 722, à Covadonga, victoire de Pélage, Don Pelayo (718-737), premier roi de la Reconquista, sur ces musulmans qu'on appelé Maures*. Pour certains, c'est son fils Favila (737-739) qui fonda le monastère de Covadonga, dans la commune* de Cangas de Onís (voir cartes de l'Espagne), mais il paraît plus certain que c'est le fils de ce dernier, Alfonso I des Asturies (739-757) et son épouse, Doña Hermesinda, qui fit bâtir un monastère pour lequel il fit venir douze moines bénédictins. Pendant toute la période de la Reconquista, en effet, les régions se dépeuplent et se repeuplent au gré des victoires et des défaites, et cela dès le début. Ainsi, Alphonse Ier repeuplera de chrétiens, entre autres villages, ceux de Margolles y Triongo, par exemple. Par ailleurs, il faut souligner que, même en territoire conquis par les Musulmans, certains monastères continuaient leurs activités, tel San Millán de la Cogolla, dont nous avons vu que le scriptorium avait alors été très actif. Les moines n'avaient cependant pas le droit de construire de nouveaux monastères et, comme tous les chrétiens, de nouvelles églises, mais pouvaient exercer leur culte tout en payant un impôt spécial, la djizya (litt. compensation) tant qu'ils ne s'étaient pas convertis à l'islam. D'autres, bien plus nombreux on le sait, étaient sitôt abandonné avant d'être réoccupés quand la région en question repassait aux mains des Chrétiens. Mais revenons au monastère de Covadonga, pour lequel le roi Alfonso I le Catholique fait bâtir une chapelle, qui a été intégrée à une grotte. C'est une petite église en bois de chêne, dont les troncs auraient été apportés par les anges, et qui a été rebâtie en 1877. Là est particulièrement vénérée la Santina, la Vierge de Covadonga qui est traditionnellement liée à l'histoire asturienne, car elle aurait protégé dans cette Sainte Grotte (Santa Cueva) le premier roi asturien, Pélage, se cachant des Musulmans. Au XIVe siècle, le monastère devint une collégiale de chanoines qui n'existe plus, et une basilique monumentale y fut reconstruite en 1778, suite à un incendie :

 sarcophage de pierre du roi Pélage ( Pelayo)   Chapelle de la Sainte Grotte, au-dessus des cascades de la rivière Deva  Basilique de Covadonga (Basílica de Santa María la Real en Covadonga)

* MAURES : du latin Maurus (ancien français : More) habitant de la Mauretania (Mauritania) romaine, nom donné aux Berbères d'Afrique du Nord par les Romains, et plus tard, aux Berbères islamisés qui ont envahi l'Espagne à partir de 711. Les Maures ont aussi été appelés Sarrazins (Sarrasins), dénomination plus générale des Arabes depuis les Romains. Le mot nous vient du latin Sarracenus, Sarraceni, lui-même issu du grec, Sarakênoi, mot dérivé de Skênê, tente, car ce mot désignait au départ les Arabes Scénites qui vivent sous des tentes (dont les Bédouins). L'historien grec Strabon, par la bouche d'Erathostène, les nomme Scenitoe Arabes. Ces Arabes Scénites sont cités par Pline (Histoire Naturelle, livre V), mais aussi Ptolémée, qui les situe dans la province romaine de Petraea, l'Arabie Pétrée (de la ville de Petra, une des trois régions de l'Arabie, les deux autres étant l'Arabie Heureuse et l'Arabie déserte) ou encore l'historien romain Ammien Marcellin (livre XXII, chap. 15).

La Mauretania qui donna son nom à la Mauritanie, couvrait en Afrique du Nord le Maroc, la Mauritanie et l'ouest de l'Algérie actuels. C'est l'empereur Claude ( Tiberius Claudius Drusus, -10 à 54) qui divisa la Maurétanie en deux provinces, la Césarienne à l'est (Mauretania Caesariensis) et la Tingitane à l'ouest (Mauretania Tingitana), du nom de leurs capitales respectives : Caesarea (Césarée), la Cherchell contemporaine, et Tingis, Tingi, Tanja en arabe, pour Tanger).

 
* COMMUNE : en Galice et en Asuries, elle porte, comme la mairie, le nom de concejo, en espagnol, conceyu en asturien et concello en galicien .

Selon la tradition, qui repose d'abord sur une inscription de 746, Alphonse Ier serait aussi à l'origine du monastère de San Pedro de Villanueva, comme le précédent dans la commune de Cangas de Onís (voir carte plus haut) et comme celui-ci, occupé par les Bénédictins dès la première heure, jusqu'en 1835, chassés par la desamortización de Mendizabal. Le couvent a été transformé depuis 1998 en Parador (hôtel haut-de-gamme à caractère historique). Du monument, classé monument national en 1907, on peut voir essentiellement aujourd'hui :

- l'église romane du dernier tiers du XIIe siècle possède des arcs en plein-cintre (arcos de medio punto : portail, fenêtre), des billettes en damier bicolore (éléments décoratifs constitués de tronçons de tores assemblés en damier, moldura ajedrezada : abside nord, abside centrale), d'originaux et nombreux modillons (canecillos : absides ), qui sont des corbeaux sculptés, c'est à dire des pierres en saillie qui soutiennent la charge des corniches, enfin, des métopes* (metopas) aux décors variés (abside centrale). Le beau portail méridional fait reposer ses archivoltes sur des piédroits (ou pieds-droits, montants verticaux encadrant un portail) possédant de beaux chapiteaux : A gauche (sud) il faudrait voir l'histoire des "adieux" (despedida) d'un couple royal historique, le roi Favila et son épouse, le roi ayant été tué par un ours à l'issue d'une chasse.
 
* METOPES : "Vient du grec « métopê », de « méta » : entre et « ôpê » : ouverture. Dans l'architecture dorique, métope, c'est-à-dire un panneau qui, dans une frise, remplissait l'espace libre entre les triglyphes ; ce panneau était quelquefois uni, quelquefois, au contraire, richement orné de sculptures, comme les métopes du Parthénon."
 


 
 
 
- la façade datée de 1687 On peut y voir la niche vide de saint Pierre (san Pedro) et deux beaux blasons sculptés (photo de droite)
- le cloître classico-baroque construit de 1674 à 1694 et intégré au Parador.

Si tous les massifs montagneux du Nord de la péninsule ibérique servent de refugent aux Chrétiens fuyant les Arabes, nous voyons bien que les Monts Cantabriques, auxquels font partie les monastères que nous venons de citer, sont dans leur grande étendue, un lieu privilégié de repliement offrant nombre d'abris aux fuyards. C'est peut-être en ces premières décades du VIIIe siècle que s'installa aussi saint Toribio avec ses moines, dans le pays* de Liébana, sur le mont Viorna, à l'ouest du massif des Pics de l'Europe.

* PAYS : traduction ici de comarca, littéralement le secteur. Ces comarcas désignent des ensembles économico-historico-culturels qui n'ont rien d'administratif et empiètent généralement plusieurs régions, d'où la dénomination de pays choisie pour la traduction.

Mais cette installation à l'heure de la Reconquista n'est en rien certaine. La légende dit qu'un loup et qu'un ours auraient aidé le fondateur à déplacer les pierres qui servirent à élever le premier édifice monastique. Selon la tradition rapportée, ce fondateur aurait pu être aussi Toribio de Astorga, évêque de cette ville entre 448 et 453 et qui évangélisa la région, ou alors un autre évêque, Santo Toribio de Palencia (530-540), qui serait allé à Jérusalem et aurait ramené la relique de la Sainte Croix dont nous allons parler plus loin.

Toujours est-il que c'est au VIIIe siècle, vers 786, que c'est au sein du scriptorium de Sancto Martino (selon la première mention du monastère, en 828, car dédié à saint Martin de Tours, San Martín de Turieno) que le moine Beatus rédige ses fameux commentaires de l'Apocalypse : voir BEATUS DE LIEBANA.
 


Ce n'est qu'en 1125 qu'un document atteste son nom de Sancto Martino vel Sancto Toribio episcopo, qui est appelé en général Monasterio de Santo Toribio de Liebana, aujourd'hui (vue générale image 1 et plan du monastère image 2). Aujourd'hui, il en reste surtout l'église à trois nefs, aux absides polygonales (image 3, vue du parvis), qui commença d'être érigé en 1256 en style gothique inspiré du style cistercien, dont le dépouillement se lit sur le portail du Pardon (image 4), dont la porte est un intéressant ouvrage contemporain de bois aux figures de bronze représentant les saints Liébanais (Santos Lebaniegos), oeuvre de l'écrivain et sculpteur Manuel Pereda de la Reguera (1919-1981). A l'intérieur de l'abbatiale gothique , les voûtes sont à croisée d'ogives (bóvedas de crucería) compartimentées en 4, 6 ou 8 voûtains* (image 5 et 6) :
 
Toujours à l'intérieur de l'abbatiale, on trouve dans une des absides une sculpture de Santo Toribio, en bois d'orme et polychrome, datée du XIVe siècle et qui ne cesse de se déteriorer à cause des pèlerins, qui ont la fâcheuse habitude d'en arracher des copeaux, en guise d'amulettes (image 7). A Santo Toribio, le pèlerin vient surtout voir les reliques de la Lignum Crucis. Ce serait la relique de la véritable croix du Christ la plus grande du monde, dit-on (63,5 x 39,3 cm, Ø 40 mm), et qui fit l'objet d'une expertise en 1958, qui aurait montré que sa matière a près de 2000 ans et qu'elle est tirée d'un cyprès, le cupressus sempervivens. Ces reliques de bois (premier inventaire de 1316) étaient au départ d'un seul morceau, coupé en deux par les Bénédictins au XVIe siècle et ont été placées en croix à l'intérieur d'une croix ouvragée d'orfèvrerie (1679, image 10), conservée dans une chapelle du même nom (début XVIIIe, image 8). Cette chapelle est l'oeuvre du maître Plaza et a été financée par Francisco de Cossío y Otero, natif de Turieno et archevêque de Bogotá, qui envoya 12.000 pesos d'argent pour sa construction ainsi que l'érection de l'ouvrage (1705) qui conserve la fameuse relique.

* VOÛTAINS :

Un voûtain est un compartiment, un espace entre les nervures d'une voûte

A noter qu'en 1512, le pape Jules II permit aux pèlerins un jubilé d'une semaine en l'honneur du saint quand sa fête (16 avril) tombe un dimanche, privilège étendu par Paul VI en 1967.


Sources :
 
http://www.santuariodecovadonga.com/subnivel2/ns.htm
http://www.cangasdeonisyconcejo.com/webs/turismo/arte/monasterios.htm
http://architecture.relig.free.fr/glossaire_fr_es.htm
IMAGES COVADONGA
http://www.cabot.ac.uk/Intercambio%20web/Photo% (image covadonga - grotte)
http://www.ojodigital.net/showphoto.php/photo/3413/cat/500/ppuser/247 (image covadonga - basilique)
http://www.cantabriajoven.com/naturaleza/picos/mapa_picos_europa.gif (carte parc national Picos de Europa)
IMAGES SANTO TORIBIO
http://www.jdiezarnal.com/santotoribioiglesia01.jpg (abbatiale)
http://www.jdiezarnal.com/santotoribioiglesia05.jpg (abbaye)
http://www.jdiezarnal.com/santotoribiodeliebana.html (église)
IMAGES SAN PEDRO DE VILLANUEVA
http://www.vivirasturias.com/asturias/turismo-rural/2490/2813/0/antiguo-monasterio-de-san-pedro/
http://www.asturiasvirtual.com/asturias/oriente/paseos/images/cob645.jpg
http://www.1romanico.com/004/monumentoe.asp?monu=000029&ruta=007
 
 

 

-----