ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE-------
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L'ESPAGNE
des
----WISIGOTHS---

(II )


Aux VIe-VIIe siècles, les monastères attachés aux grandes cités accueillent la plupart des futurs évêques : nous avons déjà cité saint Vincent (santo Vicente) de Huesca, mais nous allons en citer bien d'autres, à commencer par Eutrope de Valence (Eutropio de Valencia, + 589), disciple de Donat (Donatus, Donadeo) au monastère de Servitano (Servitanum) (voir aussi ce lien pour la culture espagnole de l'époque). Dans son De monachis Perfectis, source importante du monachisme au VIe siècle, Eutrope se plaint comme d'autres pasteurs de l'Eglise que les règles monastiques écrites et connues des moines font défaut. Vraisemblablement, nous sommes encore à une époque où la tradition orale régit encore la vie monastique en Hispanie, avec de nombreuses variantes possibles, et où les règles monastiques sont des espèces de florilège de règles connues (codices regularum), les règles des pères égyptiens,avant tout. Cela est plus particulier à l'Espagne, à la différence du reste de l'Europe, où la règle bénédictine ne s'imposera que tardivement. L'abbé de Servitano fait, par ailleurs, l'éloge des monastères citadins. Cette expansion des monastères intra-muros s'est produite d'abord en Gaule à la fin du Ve siècle, en réaction aux invasions germaniques, les monastères ruraux étant devenu des cibles de choix pour les envahisseurs. En Espagne, ce mouvement s'amorcera aux alentours de 550. Eutrope traite aussi du martyr, non seulement du sang versé à cause des adversaires du Christ, mais le rapproche de la condition spirituelle et charnelle du moine. Il ne faut pas confondre cette vision ascétique avec la réalité concrète de la vie du moine hispanique de l'époque wisigothe. Comme en Gaule ou ailleurs dans la chrétienté, les moines se voient octroyer par les nobles d'importantes terres qu'ils faut faire fructifier et les moines y contribuent pour beaucoup en s'adonnant au travail manuel, mais aussi en secourant les pauvres, charité que les différentes règles monastiques, en Hispanie ou en Lusitanie, semblent partager le plus.

Continuons maintenant notre liste d'abbés-évêques, avec Renovatus (Renovato, Renato, début VIIe s.) fut évêque de Mérida après avoir été abbé du monastère de Santa Maria de Cauliana (Cauliense, Coloniana, Cauliania, Cubillana, Conventus Caulanianus), fondé vers 582 par un ermite africain, saint Nunto (ou Nuncto, ordre de saint Augustin). Ildefonse de Tolède (Ildefonso, + 667), à l'abbaye Saint-Cosme-et-Saint-Damien d'Agali*, fut instruit par l'abbé Helladius (Hellade), lui-même devenu évêque, et aurait élevé à ses frais un couvent de moniales à Tolède, dit Monasterio Deibiense. Ildefonse fait partie, comme Isidore ou Braulio, de ces abbés-évêques encore très attachés au savoir classique, dont il disait qu'il était "un don commun, non privé". Son ouvrage le plus célèbre est le "De Viris illustribus" (Vies illustres), inspiré des oeuvres homonymes de Jérôme et d'Isidore, dont Julien (san Julián), qui le succéda à l'évêché de Tolède, dit le plus grand bien dans son Elogium, qui est la première source d'informations sur la vie d'Ildefonse. Puis vient la Vita attribuée à Cixila (Cixiliani) suivie de plusieurs autres s'y appuyant : Rodrigo Cerratense, au XIIIe s., celle de celui qu'on nomme le Prébendier (Beneficiario) d'Ubeda, au XIVe s., l'archiprêtre de Talavera, au XVe s., enfin celle de Salazar de Mendoza, au XVIIe s. En plus de celle déjà citée, les oeuvres connues d'Ildefonse sont De cognitione baptismi, Libellum de Virginitate Sanctae Mariae contra tres infideles, un traité en deux livres : Annotationes de cognitione baptismi et Liber de itineri deserti, quo itur post baptismum, mais aussi des ouvres qui forgèrent la liturgie tolédane : des messes (Missae), des hymnes, des sermons, des antiphonaires, des répons, etc.. Par ailleurs, Ildefonse, en un temps de paganisme et d'hérésies, insistait beaucoup sur la formation catéchétique de ses pasteurs, moines ou non.

 
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   San Ildefonso, 1608, tableau du Greco (Domenikos Teotokopoulos, Domenico Theotokopoulos, 1541 - 1614), 112 x 65 cm, National Gallery of Art, Washington.
 Imposición de la casulla a San Ildefonso (Imposition de la chasuble à saint Ildefonse)

L'archevêque de Tolède a développé le culte marial en proclamant les privilèges et les attributs de la mère du Christ. La Vierge l'en aurait remercié en le revêtant d'une chasuble, en présence d'anges et de nombreux saints : Antoine, Lucie, Catherine, Agathe, Apolline et Léocadie.

 Andrés De Islas, 1774, actif entre
1753-1775)

82 x 63 cm
 
Collection particulière
Maître de Saint Ildefonse, V. 1475 - 1500
 
2,30 m x 1,67 m
 
Musée du Louvre

Bartolome Esteban Murillo
(1618 - 1682)

1658-1660.

Musée du Prado, Madrid.

VELÁZQUEZ (Diego Rodriguez de Silva y)
(1599, Sevilla - 1660, Madrid)

Vers 1620


166 x 120 cm


Museo de Bellas Artes,
(Musée des Beaux-Arts) de Séville.
 
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 Autel d'Ildefonse, 1630/32, de Pierre (Pieter) Paul Rubens (1577–1640) en bois peint, sous forme de tryptique.

Commande de la régente des Habsbourg aux Pays-Bas, Clara Isabella, en mémoire de son défunt mari l'Archiduc Albert d'Autriche, pour la Congrégation d'Ildefonse à Bruxelles.

Image de gauche : vue du tryptique ouvert, dont chaque panneau peut être agrandi. Pour une vue globale, cliquer ici.
panneaux de gauche et de droite : 352 x 109 cm
panneau central : 352 x 236 cm

Image de droite : vue du panneau extérieur,
tryptique fermé.

Kunsthistorisches Museum Vienna, GG Inv. No. 678

 
 Vision de saint Ildefonse, 1630-1632, tableau de Rubens, musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg, en Russie

Teudisclus de Lamego ou de Braulio de Saragosse (+ 656), passèrent au monastère de Sainte Engrâce (Santa Engracia), fondé vers 592, où Eugène II, évêque de Tolède, fut instruit vers 620. Du deuxième monastère (hiéronymite) fondé par le roi d'Aragon Juan II (Jean II) en 1540, en remerciement d'une guérison de cataracte, il ne reste que l'abbatiale, aujourd'hui église paroissiale, en particulier le porche, de type plateresque :


* AGALI (AGALIA, AGALLIA, AGALIENSE) : Monastère fondé peut-être par le roi wisigoth Athanagilde vers 554 (Atanagildo, règne de 554-567). L'étymologie et la localisation d'Agali sont assez incertaines : Pour certains c'est le nom donné à cause d'une proche villa vie nommée Agalula (Vie de saint Ildefonse de Salazar de Mendoza, 1618), pour d'autres, comme Simón Martínez, ce peut être l'abondance dans la région de la noix de galle (agalla ) qui en est l'origine, ou encore la vallée où était localisée le couvent, appelée dit-il Valle Agalén ou Agüalen, sur les rives du Tage (Demostración y conocimiento del silio y lugar donde fué edificado el monasterio Agaliense, XVIe siècle, ouvrage demandé par le roi Felipe (Philippe) II). Ce dernier point est contestable car selon Cixilanus, qui écrivit une Vita Hildefonsi (Patrologie Latine de Migne. XCVI, 44) le monastère se situait dans les faubourgs de Tolède et était dédicacé à Cosme et Damien, ce qui peut faire penser à un monastère-hôpital (xenonochium) : "In ecclesia sanctorum Cosmae et Damiani quae sita est in suburbio Toletano."


Nous clôturons notre liste d'abbés-évêques par Sergius (Sergio, Serge), évêque de Tarraco (latin : Tarraconensis, espagnol : Tarragona, français : Tarragone) entre 520 et 555. Une inscription métrique dans un manuscrit (Paris, Bibliothèque
Nationale, lat. 8093, f. 16r ) nous précise qu'il a fondé un monastère dans les proches environs de Tarragone, mais nous ne savons rien de plus.

 

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