ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
 
 
LE
PRIEURÉ
(I)



De gauche à droite, de haut en bas :

Introduction

 


Préambule : Nous avons déjà évoqué l'apparition du prieuré dans la constitution historique des abbayes, (voir ABBAYE - Origines)
 
Le mot latin traditionnel désignant le prieuré, prioratus, n'apparaît qu'au tout début du XIIe siècle (mais prior, dès le XIe s). Au XIe et XIIe siècles, les textes parlent surtout de cella, d'obedientia, de domus, termes qui témoignent de la simplicité d'un certain nombre de fondations à l'origine. On trouvera aussi le terme de decanatus: doyenné, terme habituellement réservé à un ensemble de diocèses. Dans ce cas, le prieur est appelé decanus, doyen. Il n'est pas rare que l'appellation de monastère (monasterium) soit utilisée pour les prieurés conséquents. On trouvera aussi praepositure, prévôté, en particulier dans certaines régions comme la Flandre.

fresque (XIIe s) du collatéral sud de la prieurale Saint Eutrope, église du prieuré de Les Salles Lavauguyon, en Limousin, Haute-Vienne . Elle représente Boson de Rochechouart, premier prieur du monastère (On peut lire : BOSO PRIOR)

 
Ajoutons que la charge de prieur (prior : le premier, le chef) recouvrait différentes réalités dans le monde monastique. Chef d'un prieuré, il était aussi le second officier de l'abbaye après l'abbé, on l'appelait aussi praepositus (prepositus, prévôt) avant que prior ne se généralise. Dans des monastères importants, le prieur pouvait être secondé par un sous-prieur (subprior), voire un troisième (tertius prior). Par ailleurs, quand une abbaye ou un prieuré avaient, respectivement à leur tête, un abbé ou un prieur commendataires, qui n'avait pas la charge spirituelle de la communauté, le chef spirituel était le plus souvent le prieur claustral (prior claustralis, prior pro antiquis, prior major. Nous n'évoquerons pas ici les prieurs qui ne sont pas à la tête de prieurés mais qui sont à la tête de monastères indépendants dans certaines congrégations, tels les Grands Prieurs des ordres de Malte, des Templiers ou des Hospitaliers de Jérusalem, ou encore chez les Chartreux ou dans les ordres mendiants, Franciscains ou Dominicains.

On distinguait les prieurés réguliers, affecté à un ecclésiastique régulier (un moine, un chanoine, par exemple) des prieurés séculiers, à la tête desquels on trouvait un ecclésiastique séculier (un évêque par exemple), qui pouvait être commendataire. Ces prieurés étaient qualifiés de commendataires, comme d'autres pouvaient être collatifs (opposé à électifs), à savoir des bénéfices à la collation (le droit de conférer le bénéfice) d'un abbé. D'autres encore étaient des prieurés-cures (cenobii prioratus curialis), prieuré annexé à une cure, dirigé le plus souvent par un curé-prieur, qui était à la fois curé et chef monastique, mais qui pouvait se composer d'un curé pour célébrer les offices d'une part, et d'un prieur d'autre part. On citera aussi les prieurés-châteaux qui portaient souvent le nom de château (castrum, dont le sens évolua de camp fortifié à château), et qui était comme leur nom l'indique des établissement monastiques fortifiés. En raison des guerres, d'ailleurs, il n'y a pas que les prieurés qui pouvaient être ici où là fortifiées mais des granges, des hôpitaux, des commanderies, etc.
 

Prieuré-château de Boutavent, région du Mâconnais, Saône-et-Loire (71), fin XIIIes.

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1----Sceau du prieur de Sainte Honorine de Conflans, XIIe s, 6,2 cm x 4,6 cm
Archives nationales
Il "représente une femme debout, vue de face, tête nue, en robe à manches pendantes, la main droite étendue et tenant un livre dans la main gauche. Le sceau est entouré de l'inscription suivante : « Sigilum Sancte Honnorine de Coflens ». Il était appendu à un acte d'échange entre le prieur de Conflans, signalé dans l'acte par un « R. » qui signifie probablement Robert, Roger ou Richard, et le chevalier Dreux de Merri ; tous ces prénoms commençant par un R ayant été portés au XIIe siècle par des prieurs de Conflans."

source image et texte : http://fr.topic-topos.com/sceau-du-prieure-de-conflans-conflans-sainte-honorine

2--"Matrice et sceau du prieur de Saint-Gervais, dépendance de l'abbaye de Fécamp, XIIIe, collection particulière
 
Sur le plateau de la matrice on peut lire : "+ S. PRIORIS . SCI . GERVASII", abréviation de : SIGNUM PRIORIS SANCTI GERVASII : "sceau du prieur de Saint-Gervais".
"Le prieuré de Saint-Gervais de Rouen dépendait de l'abbaye de Fécamp. Il fut édifié extra muros, là où meurut Guillaume le Conquérant le 9 septembre 1087. Sous le chœur existait une crypte rectangulaire antérieure à l'an mil. La tradition y place la sépulture des premiers évêques. En effet, un grand cimetière antique et paléochrétien s'étend jusqu'à la rue du Renard, ancienne voie romaine. De nombreux sarcophages y ont été retrouvés dont deux sont exposés dans l'église.
Le prieuré a été illustré par le séjour qu'y fit, durant une maladie, saint Thomas de Cantorbéry. Il reçut également la visite du roi Henri II d'Angleterre et par le roi Louis VII de France. Ce prieuré dura jusqu'au XVe siècle."

source image et texte : http://www.fabiandemontjoye.com/objets-d-art/collections/903-sceau-medieval-prieur-saint-gervais-rouen-france.html

 
 
Il faut distinguer le prieuré conventuel (prioratus monachorum, prioratus conventu intructus) du prieuré simple (prioratus simplex), même si la réalité n'est pas toujours aisée à comprendre au travers des documents qui en témoignent.
 
Le prieuré simple abrite trop peu de moines pour former ce qu'on nomme une conventualité. C'est le cas d'un grand nombre de prieurés ruraux de deux ou trois moines, voire d'un seul. Il peut arriver aussi que les moines ne résident même pas en lieu et place du prieuré :
 
"Saint-Georges-de-Didonne (Charente-Maritime), près de Royan, les visiteurs rapportent en effet ceci :
« Il y a là huit moines avec le prieur [dont les noms suivent]. Il y a là deux moines sur les huit pour deux maisons qui sont soumises à la maison susdite, à savoir Saint-André d’Oleron et Meschers. Le prieur dit que ces deux moines ne peuvent pas vivre dans leurs maisons respectives à cause du manque de revenus [22 l. pour Oleron et 20 l. pour Meschers]. C’est pourquoi un moine et un prieur ne peuvent pas vivre correctement dans l’une ou l’autre des maisons. Il tient donc ces maisons selon les dispositions du chapitre général et pour chacune d’elles, il y a un moine dans son monastère. 77
 
77. Traduction dans Sources d’histoire médiévale, IXe-milieu du XIVe siècle, dir. BRUNEL,
Ghislain, LALOU, Élisabeth, Paris, Larousse, 1992 (Textes essentiels), p. 122-123 d’après le
texte publié dans la Bibliothèque de l’École des chartes, 4e sér., t. 5, 1859, p. 237-246."
 
Moines, monastères et prieurés charentais au Moyen Âge. Quelques réflexions autour d’un projet collectif en cours
Cécile TREFFORT, Professeur, Université de Poitiers, CESCM, UMR 6223, CNRS
abpo.revues.org/767?file=1
 

Le prieuré conventuel abrite une communauté de moines disposant de bâtiments conventuels, selon l'importance du prieuré : réfectoire, dortoir, cloître, salle capitulaire ou chapitre, logis prioral, porterie, bibliothèque, hôtellerie, infirmerie, etc., nous n'avons pas trouvé d'exemple de prieuré disposant d'un scriptorium.
Le prieur représente l'abbé et a de nombreuses responsabilités temporelles et spirituelles, et les conflits ne manquent pas entre prieurs et seigneurs, prieurs et abbés, concernant le bon droit des uns et des autres, nous le verrons. Le prieur d'un monastère important, comme l'abbé, est un vrai seigneur sur son domaine : il accorde des donations, établit des chartes, possède son propre sceau (voir images 1 et 2 ci-dessus), établit la justice (mais sur ce sujet aussi les litiges existent entre seigneurs et moines).

 
Du concile de Latran III (1179), qui obligeait par exemple les prieurés à entretenir au moins deux moines, à celui de Vienne (1311), l'Eglise intervient par le droit canon pour tenter d'améliorer l'organisation interne des prieurés (nombre et âge des religieux, vie liturgique, etc.), mais aussi externe, dans ses rapports de dépendance à l'abbaye mère (instabilité des prieurs, lutte contre l'arbitraire des abbés, des avoués, etc.). Nicolas IV, par la bulle de 1290, avait augmenté les bénéfices des prieurés de l'ordre de Cluny en soumettant l'abbaye-mère à la dévolution. Innocent III, quant à lui, avait exigé qu'un prieur forain (dépendant d'une abbé) ne peut être destitué ni rappelé à son monastère sans raison valable.
 
Le concile de Vienne a exigé que les prieurs aient une résidence exacte là où ils officient, et non au monastère dont dépend le prieuré. Ils devront être profès et âgés de vingt-cinq ans au moins pour diriger un prieuré conventuel, et vingt ans pour les autres, qui doivent être prêtres. Boniface VIII interdira aux abbés et aux évêques de s'emparer des bénéfices vacants, et par là, on comprend encore une fois que bien des abus existaient à partir du moment où le temporel pouvait être source de richesse pour un puissant, ecclésiastique ou laïc, qui n'obtenait pas un établissement monastique en commende pour son salut, nous l'avons déjà évoqué, mais bien pour augmenter sa richesse. D'autre part, comme l'abbaye, le prieuré peut être créé pour des raisons politiques, aristocratiques ou religieuses :
 
" Saint-Georges de Rennes, fondation ducale dirigée par la soeur du duc, fonde un gros prieuré à Tinténiac pour surveiller un vassal remuant et stabiliser une frontière fragile, un type d’opération que l’on peut assez facilement identifier à de multiples reprises. De son côté, Marmoutier exploite largement les réseaux vassaliques et fonde des prieurés au Bignon et à Arquenay grâce à des familles de la mouvance des Laval, fondateurs d’un gros prieuré. Les conversions ne sont pas rares et cinq des onze prieurés bas-manceaux de Marmoutier sont liésà des entrées en religion. (...) Plus souvent les prieurés apparaissent comme des créations totalement neuves, fruit d’une coopération entre aristocrates et moines. Les actes les présentent comme des fondations pieuses de puissants laïcs. Les exemples abondent au XIe siècle et même encore au XIIe siècle. L’exemple est donné par les plus grands. Le duc de Bretagne fonde, dans les premières années du XIe siècle, les prieurés de Livré-sur-Changeon pour Saint- Florent de Saumur et de Gahard pour Marmoutier28. Foulque Nerra, comte d’Anjou, donne au Ronceray, en 1028, l’église de Seiches en Anjou, qui va devenir le centre d’un important prieuré ; le comte Thibault de Blois lui offre un autre domaine, base du futur prieuré de Saint-Lambert-du-Lattay29. Les grands barons suivent, avec un léger décalage, et pratiquement tous les châteaux un peu importants se voient adjoindre un prieuré de Marmoutier : c’est le cas de Fougères, Vitré, Laval, Mayenne… Nombre de prieurés ruraux sont créés dans les villages, par des familles plus ou moins importantes, mais qui ont à coeur d’avoir leur prieuré. Cette politique de fondation étant largement étudiée dans les contributions qui suivent, il n’est pas utile d’insister. Les motivations sont diverses, mais d’abord religieuses. La prière des moines se présente comme un secours majeur pour le salut du donateur et de sa famille. Parfois, comme à Saint-Sauveur-des-Landes, le prieuré peut devenir nécropole familiale, mais c’est souvent l’abbaye-mère qui accueille la dépouille du donateur 30. Un certain nombre obtiennent la societas beneficii, gage de l’amitié scellée avec les moines et d’une prière particulièrement
secourable.
"
Prieurés et société dans l’Ouest, XIe-XIIIe siècle, Éléments d’historiographie, et premier bilan d’une enquête, Daniel PICHOT
Professeur, Université Rennes 2 Haute-Bretagne, CRHISCO, CERHIO, FRE CNRS 3004
http://abpo.revues.org/767?file=1

 
"Dominer les vassaux par l’intermédiaire des moines
 
Hugues* prend une décision importante dans l’acte de fondation. Il permet à ses vassaux de donner des terres dont il est le seigneur au prieuré de Saint-Leu sans réclamer de compensations financières.
Cette décision a deux conséquences. Tout d’abord, elle assure aux moines l’afflux de donations et donc, la pérennisation de l’établissement. Ces donations sont motivés par le prestige familial des Dammartin et le fait que Saint-Leu représente leur nécropole familiale, les vassaux des Dammartin ont plus de facilité à donner à Saint-Leu qu’à un autre établissement ecclésiastique. D’autre part, elle permet aux Dammartin de contrôler les donations de terres qui leur appartiennent. Ils préfèrent voir une terre donnée à Saint-Leu qu’ils contrôlent même indirectement, plutôt qu’à un autre établissement ecclésiastique dont ils n’ont pas le soutien. En cas de problème, les moines de Saint-Leu peuvent aider les Dammartin, alors qu’un autre établissement ecclésiastique a plus de réticence. Ainsi, les quarante premières années de l’existence du prieuré sont marqués par des donations de petits aristocrates locaux se trouvant dans un rayon de 15 km autour du prieuré."

* Hugues de Dammartin, qui fonde en 1081, avec l’évêque Guy de Beauvais, le prieuré de Saint-Leu d’Esserent (dont il est question ici), qu'ils confieront à l'abbaye de Cluny.

extrait de :
http://www.lespetitescases.net/b-saint-leu-et-les-dammartin#bodyftn97

 
L'exemple d'un petit prieuré : Le Prieuré de la Ramée
 

 
La charte de la fondation du prieuré de la Ramée, figurant dans le cartulaire de l'abbaye d'Evron, "relate qu’en 1211, Payen de Vaiges, un seigneur local, a donné sa chapelle de la Ramée à l’abbaye d’Évron afin que deux moines y résident et y prient « pro salute vivorum et requie defunctorum »."
 
extrait des Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest
Jean-René Ladurée, Le prieuré de la Ramée dépendant de
l’abbaye d’Évron : un prieuré rural
abpo.revues.org/pdf/777
 
 
En plus de la chapelle, le seigneur attribue aux moines la maison principale (domum dans le texte), les jardins (hortos), le verger (viridarium), des emplacements autour de la maison (plateas quae circa domnum), probablement le four et le moulin, dont nous connaissons l'existence, enfin les vignes (vineam) et les champs adjacents (campum juxta ipsa vineam).

     
 plans du prieuré de la Ramée et du domaine prieural

"...dans la dernière moitié de la charte de fondation, le seigneur de Vaiges cède aux moines d’Évron certains droits de justice. Ces derniers ont dû être un enjeu important, car presque la moitié de notre document en développe les conditions particulières. Si un litige s’élevait entre les hommes des moines ou entre ceux-ci et une tierce personne et qu’ils n’arrivaient pas à faire la paix par eux-mêmes, le prieur pouvait trancher et se réservait l’amende due par le perdant. De même, si un voleur venait à être pris par les moines, seul le prieur en était le juge. (...) Dans la documentation régionale, le terme villicatio, véritable droit justicier d’un seigneur, s’est imposé au dépens de celui de vicaria dès le XIIe siècle. L’acte étant de 1211, il convient par ailleurs de nuancer l’hypothèse selon laquelle ce terme disparaît au XIIIe siècle pour se transformer en villicaria21. Mais, Payen de Vaiges ne donne pas aux moines l’ensemble du pouvoir judiciaire. Le seigneur se réserve en effet les cas les plus importants. Cela est commun à de nombreux dons de villicatio. Ainsi, l’effusion de sang étant interdite aux clercs, il ajoute que si le voleur était condamné à l’amputation ou à la mort, c’est lui-même, en tant que seigneur de la Ramée, qui se chargerait de faire exécuter la sentence. Une abbaye comme celle d’Évron cherche à contrôler les droits de vicaria. À la Ramée, elle obtient des droits importants, mais malgré tout limités. Le seigneur lui attribue plus la récolte les amendes que le jugement des criminels."

extrait de : cf. le précédent.
 

 
L'exemple d'un prieuré casadéen : Le Prieuré Saint-Jean l'Évangéliste de Trizay
 
 

 

Prieuré de Trizay, vestiges de la façade du réfectoire (XIIe-XVe) et du cloître (vers 1100)
 

Nous évoquons maintenant le prieuré casadéen (dépendant de l'abbaye de la Chaise-Dieu) de Trizay, en Saintonge (Charentes), le deuxième en importance des prieurés casadéens, parce qu'il a conservé nombre de témoignages de sa splendeur passée.
 

 

 
Historique du Prieuré de Trizay par Jacques Duguet, extraits :
 
 
"1177 : Le pape Alexandre III confirme les possessions de la Chaise-Dieu ; parmi ces possessions il désigne Trizay. C'est la première mention connue de cette dépendance de l'abbaye et, aussi, du nom de Trizay.
 
Vers 1181 : Arrive à Saint-Jean-l'Evangéliste de Trizay, après un long périple, en venant de Sainte-Gemme, le porteur d'un parchemin qui annonce le décès de Bertrand de Baux, bienfaiteur de l'abbaye de Silvacane, en Provence (décédé en 1181). Des moines de la Chaise-Dieu résident donc alors à Trizay.
 
1226 : Hugues de Tonnay, seigneur de Tonnay-Charente, cède à l'abbé de la Chaise-Dieu la présentation du prieur de Trizay ; autrement dit il renonce à intervenir dans la désignation du prieur qui sera faite par l'abbé seul. Par le même acte, il concède au prieuré le droit de prélever du bois de chauffage dans son bois du Chizé.
 
1232 : le même Hugues de Tonnay accorde au prieuré et aux habitants de plusieurs paroisses (Saint-Hippolyte de Biard, Saint-Vivien de la Vallée, Monthérault, Echillais, Saint-Étienne de Tonnay, Saint-Clément et Saint-Hippolyte de Tonnay) un droit d'exploit dans un marais appelé la Fuble, sur la rive droite de l'Arnoult, et dans des terres incultes de la paroisse de Saint-Hippolyte. Ce droit n'est pas plus précisément désigné. Le prieur est alors Guillaume de Saint-Astier.
 
Sans date : Geoffroy de Tonnay, seigneur de Tonnay-Charente, frère du précédent, concède au prieur un droit de chasse pour les oiseaux et " toutes sortes de bêtes ", dans les garennes de Saint-Hippolyte et de Monthérault. Les garennes sont des espaces réservés par le seigneur pour la chasse.
 
16 juillet 1240 : Le porteur d'un parchemin signalant un décès relatif à l'abbaye de Soulignac, en Limousin, est à " Saint Jean de Trizay ".
 
1273 : Partage entre les héritiers d'un autre Geoffroy de Tonnay, seigneur de Tonnay-Charente et autres châteaux. On constitue sept parts. La paroisse de Trizay est incluse dans la châtellenie des Fontaines de Beurlay, érigée pour constituer une des sept parts.
 
1300 : Guy de Rochechouart, seigneur de Tonnay-Charente, petit-fils de Geoffroy de Tonnay (ci-dessus année 1273), fait un compromis avec le prieur de Trizay et les habitants des paroisses désignées en 1232, au sujet des droits accordés par ses prédécesseurs, Hugues et Geoffroy de Ton-nay. A l'examen des actes, il reconnaît les droits du prieuré et des gens des paroisses, en retenant cependant pour lui la pêche dans les eaux de l'Arnoult qui arrosent le marais de la Fuble et quinze brasses de chaque côté de l'Arnoult, et en leur demandant une aide pour les frais qu'il doit engager pour participer à une guerre en Flandre. Les intéressés lui accordent deux cents livres " de bonne monnaie courante ".
 
Avril 1302 : Lors du chapitre général tenu à l'abbaye de la Chaise-Dieu, l'abbé Aymon doit faire face à une véritable conjuration contre son pouvoir, menée par deux prieurs, dont celui de Trizay, Bertrand " de Bisturre ", docteur en droit canon. De nouveaux statuts sont alors élaborés, qui limitent les prérogatives des abbés. Ils sont entérinés à Rome, dans la basilique Saint-Jean du Latran, le 5 février 1303, en présence de l'abbé et des prieurs contestataires désignés comme procureurs du chapitre. L'article 18 stipule que de nouvelles contributions ne pourront être demandées aux prieurés qu'avec l'assentiment d'un conseil composé de quatre religieux de l'abbaye et de six prieurs représentant les différentes régions. Parmi les six prieurs figurera celui de Sainte-Gemme ou celui de Trizay.
 
3 juillet 1313 : par testament, Guy de Rochechouart [celui de 1300] élit sa sépulture dans le prieuré de Trizay, auprès de son père Aimeri de Rochechouart.
 
1372 : Aveu fait au roi par Louis de Rochechouart, seigneur de Tonnay-Charente et des Fontaines de Beurlay. Il mentionne " le prieur de Saint Jean de Trizay " parmi les gens d'église qui tiennent des choses de lui, en franche aumône. Le prieur ne doit rien d'autre au seigneur que la fidélité.
 
XIVe siècle : L'abbé de la Chaise-Dieu perçoit des " procurations ", redevances destinées à couvrir les frais de ses visites aux membres dépendants, qui sont fixées à quatre livres par prieuré. Cependant les gros prieurés sont inscrits pour plusieurs procurations : Sainte-Gemme pour cinq, Trizay pour deux. Le diocèse de Saintes paie en tout quinze procurations. A la même époque, Trizay doit trente sous par an au chambrier de l'abbaye.
 
26 septembre 1460 : Le prieur de Trizay, le frère Tartarin, baille une déclaration du temporel du prieuré aux commissaires royaux chargés de contrôler le paiement des droits sur les nouveaux acquêts. Le religieux affirme que le prieuré n'a rien acquis dans les soixante dernières années, ce qui n'est pas étonnant, la " guerre de cent ans " étant à peine terminée. L'acte permet de constater que la seigneurie du prieuré s'étend sur toute la paroisse de Trizay, à l'exception toutefois du fief de Chambon, au sud, et que le prieur dispose de toute justice, haute, moyenne et basse, dans sa seigneurie de Trizay.Le prieur doit donc entretenir une cour de justice, dont nous ignorons la composition, et le prieuré doit posséder une salle d'audience et une prison, dont nous ignorons la localisation. D'autre part, pour loger les redevances en nature des tenanciers, il doit avoir une grange, de localisation également inconnue.
 
XVIe siècle : Les prieurs sont des " commendataires ". Le régime de la " commende " permet à des ecclésiastiques qui ne sont pas moines, voire à des laïcs, d'être nommés abbés ou prieurs par le pape, sur présentation royale. Ces abbés ou prieurs commendataires jouissent des revenus de l'abbaye ou du prieuré sans être soumis à l'obligation de résidence. Ils cumulent d'ailleurs souvent les " bénéfices ". Ils doivent gérer le temporel de leur établissement et payer des pensions aux moines résidants.
 
Quand un prieur résigne [c'est-à-dire abandonne] son office de prieur, il peut désigner un successeur, qui est généralement admis par le roi et le pape. Cette pratique favorise le népotisme : des prieurs ecclésiastiques résignent en faveur de neveux ou de cousins. Ce népotisme s'observe au XVIe siècle, à Trizay, dans la famille des Goumard, seigneurs d'Echillais et d'Ardillières. C'est ainsi qu'en janvier 1520, le prieur est Charles Goumard, frère du seigneur d'Echillais, qui est en même temps archidiacre d'Aunis et prieur de Soubise.
 
En 1519 il a acquis par échange, à titre personnel, le fief de Chambon, dans la paroisse de Trizay. Il fait son testament le 20 septembre 1531 et est inhumé dans la cathédrale de Saintes, dans la " chapelle des Goumard " qu'il a édifiée en 1530. Son neveu Charles Goumard, fils de François, seigneur d'Ardillières, lui succède. A ce Charles succède son neveu Antoine Goumard, qui est en charge en 1561. On identifie ensuite un Jean Goumard, cousin d'Antoine."

extrait de :
http://www.trizay.com/historique-abbaye-trizay.php



 
Plan de l'état actuel du prieuré de Trizay : cliquer sur les pastilles rouges pour voir les photos des lieux concernés.
 


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