ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
 

-ABBAYE
-CLUNY
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CLUNY III
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L' abbatiale -
Saint-Pierre-et-Saint-Paul
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Maior -Ecclesia
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Introduction

 


 


Selon le moine Gilon, qui écrivit une des biographies d'Hugues de Semur vers 1120, c'est un évènement particulier qui décida l'abbé de Cluny d'entreprendre la construction d'une nouvelle abbatiale. Un ancien abbé de Baume-les-Messieurs, redevenu simple moine, Gunzo, sur le point de mourir, aurait été visité en songe par saint Pierre, qui lui aurait enjoint de communiquer à Hugues les plans de la nouvelle église :

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De gauche à droite : Vision du moine Gunzo et le moine Gunzo communiquant sa vision à l'abbé Hugues de Semur. Parchemin enluminé, abbaye Saint-Martin-des-Champs, fin XIIe siècle.
Le malade, imputant ses rêves à son lamentable état, n'osa en parler à qui de droit, mais le saint revint et lui certifia qu'il était bien l'apôtre Pierre. Il lui montra ses nombreuses cordes pendant de son flanc. Il ajouta qu'il n'aimait pas voir les moines célébrer Dieu dans une bergerie étroite et vétuste. Par ailleurs, il avait choisi un malade pour messager, afin que sa guérison rende manifeste la vérité de son message. Le saint ravit le moine en esprit et se montra à lui tendant des cordeaux, posant des jalons et notant les dimensions de l'espace nécessaire à l'ouvrage.Le vieillard se vit octroyer sept années de vie supplémentaires en échange de la bonne marche de sa mission. A l'inverse, le moine récalcitrant aurait vu l'abbé de Cluny frappé du sort auquel lui, Gunzo, avait échappé.
Le biographe insiste sur l'ampleur exceptionnelle de l'édifice, apte à abriter un un millier de moines, avec de hautes colonnes, de nombreuses ouvertures sur le pourtour du choeur.
Si la légende attribue à Gunzo le rôle de l'architecte, c'est en réalité Hézelon, chanoine mathématicien de Liège qui en sera le maître d'oeuvre et qui, par la même occasion, se fera moine à Cluny. Le principal document confirmant ce fait est une lettre de Pierre le Vénérable adressée entre 1136 et 1145 à l'évêque de Liège Albéron Ier. L'abbé de Cluny déclare, en effet, qu'Hézelon "a édifié les plans et mené à bien la construction de la nouvelle église."

On sait que l'architecte utilisa de nombreux systèmes numériques, comme l'a montré l'archéologue américain K.J Conant. La dimension du petit transept est de 59 m, tandis que le grand transept mesure 73 m : ce double transept est un exemple unique dans l'architecture religieuse de l'époque. La longueur totale de l'abbatiale est de 187,31 m, du chevet à la galilée (h
ors œuvre, l’église mesurait 141,73 m). Ce sera le plus grand édifice de la chrétienté, jusqu'à la construction de Saint-Pierre de Rome...cinq siècles plus tard !

Son plan, nous le verrons, révèle une multiplication de transepts, de collatéraux et de chapelles, un large déambulatoire, un vaisseau profond, une vaste galilée, qui s'expliquent par la fonction essentiellement liturgique de l'abbatiale : Les processions pouvaient être fastueuses, avec parfois 1000 frères (en 1132) et de nombreux pèlerins. Les messes étaient nombreuses et on pouvait en célébrer onze quotidiennement : messes privées (missae privates), messes basses (missae minores), grand-messes (majores missae, generales missae).

L'autel majeur de l'abbatiale, ainsi que l'autel matutinal, sont consacrés par Urbain II le 25 octobre 1095 (Précisons que chaque chapelle était pourvue d'un autel). Le pape accorde alors à son abbé les pontificalia. L'abbé de Cluny est donc l'un des rares abbés mitrés de la chrétienté. Par cet acte, Urbain II estompe les différences de rang entre évêques et abbés :

Le pape Urbain II (à gauche, avec sa curie romaine) dédicace l'autel majeur de l'abbatiale de Cluny III, au centre, sur lequel sont posés sept cierges, chiffre biblique parfait, peut-être ici les sept dons de l'esprit saint. A droite, l'abbé crossé et mitré, Hugues de Semur. Manuscrit latin 17716, folio 91r, BNF. Paris


Les trois premières chapelles, rayonnantes et orientées, seront quant à elles consacrées par les archevêques Daimbert (Dagoberto) de Pise et Hugues de Lyon, et le cardinal-évêque de Segni. Observons qu'il ne s'agit pas là d'un calendrier bien établi : En général, le pontife bénissait au gré de ses déplacements et de ses desseins politiques, ici un terrain nu, là quelques pierres. La dédicace de l'abbatiale, alors quasiment terminée, sera faite par le pape Innocent II, le 25 octobre 1130 et consacrée aux saints apôtres Pierre et Paul. C'est une cérémonie qui nécessite dans les lieux la présence de murs et de colonnes, pour pouvoir opérer les aspersions et onctions rituelles.

Sources :


L'abbaye de Cluny, Centre de l'Occident médiéval, de Dominique Vingtain, aux éditions du patrimoine, 1998.


http://tinooeb.cluny.free.fr/renommee/doc-philathelique.html http://www.valsesiascuole.it/crosior/1medioevo/chiesa84.jpg

 
 

 
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