ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE

 

 
LES CISTERCIENS

III

PONTIGNY, CLAIRVAUX
 

 

 
 

 La seconde fille de Cîteaux : PONTIGNY


     
 Abbatiale de Pontigny, 1137-1150, auj. la plus grande église cistercienne de France, la mieux conservée aussi.
 BIBLE DE PONTIGNY

 
 The Cloisters Collection, 1999.364.2
Initiale v
1175–1195
27.5 x 16.5 cm
Début de la Genèse, illustrant en médaillon la Création du monde en sept jours.

Troyes (?), parchemin
style décoratif Champenois dit manerius
9 folios existants
vers 1190-1200
53 x 37,5 cm
Paris, BnF, Manuscrits, Lat. 8823
 

En mai 1114, à Pontigny (Pontiniacum), c'est à la seconde fille de Cîteaux de voir le jour en la lisière de la forêt d'Othe, dans la vallée du Serein (affluent de l'Yonne), près du village actuel de Saint-Procaire, sur des terres offertes par le prêtre d'Auxerre Ansius (on trouve parfois Hildebert), approuvé en cela par Humbaud (ou Humbald), l'évêque d'Auxerre de 1087 à sa mort, en 1114. Etienne Harding a visité le site avant d'y installer des moines et des convers du Nouveau Monastère, dirigés par leur premier abbé, Hugues de Vitry (ou de Mâcon). Le comte d'Auxerre ne sera pas en reste, car il offrira bien vite à l'abbaye des terres, avec des droits de pâture et de pêche.

La troisième fille de Cîteaux : CLAIRVAUX

 
 
Gravure représentant l'abbaye de Clairvaux en 1708

 
Carte postale représentant l'ancienne abbaye de Clairvaux, transformée en prison (Maison Centrale de détention) dès son rachat par l'Etat en 1808. Le grand cloître, désaffecté depuis 1972, fait toujours partie du domaine pénitentiaire.


 

Grégoire le Grand (540-604)
Règle Pastorale
(Gregorii Magni, Regola pastoralis, Regulæ Pastoralis Liber)
Chapitres (Capitulae) 23-26

Ecriture en minuscule de Clairvaux (scriptura minuscula claravallensis)

Abbaye de Clairvaux, XIIe s
Bibliothèque municipale de Troyes, ms 955, fol. 57
 

 

 
Un an après, le 25 juin 1115, naît Clairvaux (Clara Vallis, Claravallis, Clarevallis), troisième fille de Cîteaux. De la même manière que pour les précédentes, Etienne Harding consulta d'abord les traditionnellles autorités civiles et ecclésiastiques, en l'occurrence l'évêque de Langres Josceran (Joceran, Josseran) de Brancion (1113-1126) et quelques seigneurs de la région, dont un parent de Bernard, Josbert (ou Jobert) de la Ferté (ou Josbert le Roux), vicomte de la Ferté (la Ferté-sur-Aube) et surtout, le comte Hugues de Troyes, qui octroie les terres mêmes de Clairvaux, car situé dans un val, le Val d'Absinthe, où cette plante odoriférante poussait en abondance, paradoxalement (par rapport au nom) profond et encaissé. Ce don nous est confirmé par la charte de fondation du monastère, telle qu'elle nous est rapportée par JEAN MABILLON en note 24 de la lettre XXXI de Bernard :

 
"Au nom de la sainte et indivisible Trinité, commencement de la charte du comte Hugues. Qu'il soit connu à tous présents et à venir, que moi, comte de Troyes, je donne à Dieu, à la sainte vierge Marie et aux religieux de Clairvaux, l'endroit qui porte ce nom, avec ses dépendances, champs, prés, vignes, bois et eaux, sans aucune réserve ni pour moi ni pour mes descendants. Ce dont sont témoins Acard de Reims, Pierre et Robert d'Orléans, hommes de guerre à mon service. Que l'on sache aussi que Geoffroy Félonia donne le droit de pâtis sur sa terre de Juvencourt, tant dans les bois que dans la plaine, en tout temps; si les animaux desdits Pères causent quelques dégâts, les religieux n'en paieront que le montant, sans amende. J'ai fait toutes ces donations en présence des témoins susdits. Que l'on sache encore que le seigneur Jobert de la Ferté, surnommé le Roux, et le seigneur Reinaud de Perrecin ont donné, aux mêmes Pères, le droit de pâtis et l'usufruit sur toutes leurs terres, particulièrement sur les eaux, bois et prés du domaine de Perrecin : de cela sont témoins Acard de Reims et Robert, hommes de guerre à mon service. De plus, qu'il soit su encore que moi Hugues, comte de Troyes, je permets et concède auxdits Pères la libre et paisible possession de la terre et de la forêt d'Arétèle. Confirmé ces donations, par nous Joscern, évêque de Langres, et Hugues, comte de Troyes et scellé de notre sceau et de notre anneau."


La famille de Bernard étant bien impliquée dans cette fondation, il n'est pas anormal qu'Harding le mette à la tête de ce nouveau monastère, où il s'établit avec des moines de sa famille : ses deux frères cadets Bartholomée et André, mais aussi son aîné Guy, marié, père de deux enfants, qui les rejoindra après que son épouse décide de rentrer au couvent. Le dernier d'entre-eux, Gérard, soldat de son état, refusera tout d'abord avant d'être fait prisonnier, situation qui le poussa à changer d'avis et à rejoindre les précédents. En plus de ses frères, il y eut son oncle Gaudry, ses cousins Geoffroy et Robert, en plus de quatre amis : Geoffroy d'Aignay, Renier, Elbaud et Gaucher, qui sera le premier prieur de Clairvaux.

 
 Le novice Bernard de Fontaines devient profès, en même temps qu'une moniale, qui va promettre d’observer la règle bénédictine, tenue par l’abbesse. C'est la cérémonie de la vêture : En habits de cérémonie se tiennent les laïcs, au premier plan : le père de Bernard, Tescelin (Técelin) de Fontaines, à gauche et sa mère Aleth (Aaleth) de Montbard, à droite, ainsi que les compagnons de Bernard, dont l'un est en train d'ôter son vêtement. Bernard lui-même est déjà en tenue de novice, nimbé (auréolé) dans sa
sainteté, à droite de l'abbé Harding.


Miroir historial de Vincent de Beauvais (XVe s.).
Chantilly, Musée Condé, Ms. 722, fol. 209v.

Arrêtons nous maintenant un instant sur la situation géographique de l'abbaye de Clairvaux avec Jean-François Leroux-Dhuys (Clairvaux, de l'abbaye à la prison), pour préciser que les moines Cisterciens, comme ceux qui les ont précédés, ne négligent pas toujours l'aspect politico-économique des leurs entreprises spirituelles, ce que nous avons vu en particulier aux temps carolingiens pour le choix des abbayes de montagnes, gardiens des cols alpins :
"L'ancienne voie d'Agrippa de Lyon à Reims, la grande liaison entre l'Italie et l'Angleterre, passe à moins d'un kilomètre. Les comtes de Champagne protègent cette route, redevenue l'axe majeur de l'Europe marchande car elle dessert les foires de Champagne. A quatorze kilomètres, Bar-sur-Aube, l'une des quatre villes de foire, ouvre ses portes chaque année aux voyageurs de tous les pas chrétiens d'Occident." Leroux-Dhuys pense aussi que l'abbaye cistercienne de Vauluisant (1127) a été fondée aussi avec une type d'arrière pensée politique. En effet, "elle est située au pont sur le Serein qui constitue non seulement le point de rencontre des trois diocèses d'Auxerre, de Langres et de Sens, mais aussi celui des comtés d'Auxerre, de Tonnerre et de Champagne, s'il faut en croire André Ségaud."

extrait de : http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/archive/2005/09/index.html

Sources :

http://www.kurt-merkert.de/img/img_burgundn17b.jpg (abbatiale pontigny)
http://www.metmuseum.org/toah/images/hb/hb_1999.364.2.jpg (bible pontigny cloisters)
http://expositions.bnf.fr/ciel/grand/3-019.htm (bible pontigny troyes)
http://www.mcah.columbia.edu/dbcourses/murray/large/ (clairvaux gravure)
http://www.unigre.it/pubblicazioni/lasala/WEB/TAV18_E.HTM (minuscule clairvaux)
 

 
 
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