La crosse dite de Robert de Molesmes, qui daterait en fait du XIIIe siècle.
Musée des Beaux-Arts de Dijon
"Le minutieux travail en filigrane de la douille octogonale, du noeud sphérique ainsi que le décor de rosaces indiquent une origine d'Italie méridionale marquée par l'art byzantin. Cette pièce aurait été ramenée d'Italie à Cîteaux au XIIIè siècle."
extrait de : voir sources en fin de page
ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
ABBAYE

 

 
LES CISTERCIENS

I

Molesmes
et
Cîteaux


 

A L'ORIGINE DES CISTERCIENS


INTRODUCTION


A priori, rien ne distingue au départ ce courant monastique qui naît dans une bouillante activité de réformes qui a généré toutes différentes réactions, différentes dynamiques :
voir LES REFORMES MONASTIQUES et REFORME GREGORIENNE. Rappelons que la première communauté de ce mouvement, que nous allons décrire plus loin, naît après la plupart des différents courants monastiques nouveaux, dont beaucoup sont opposés d'une manière ou d'une autre à la grande entreprise monastique que représente CLUNY (910), elle-même, rappelons-le, ayant été à l'origine du puissant mouvement de réforme de l'idéal bénédictin. Rappelons en quelques dates les fondations monastiques de ce temps de réforme :

- v.956 : Nil de Rossano (communautés d'ermites)
- 997 -: Camaldules (communautés d'ermites)
- 1039 : Vallombreuse (communautés d'ermites)
- " "---: Congrégation de Saint-Ruf d'Avignon (communautés canoniales réunies en collégiales)
- 1052 : La Chaise-Dieu (communauté bénédictine très ascétique)
- 1074 : Grandmont (communautés d'ermites)
- 1084 : Chartreux (communautés d'ermites)
- 1090 : Congrégation d'Arrouaise (voir Saint-Ruf)
- 1094 : Congrégation de Marbach (voir Saint-Ruf)
- 1095 : Antonins (Ordre Hospitalier)
- 1098 : Cîteaux
- 1101 : Fontevraud (ordre monastique de monastères mixtes : hommes-femmes)
- 1110 : Saint-Victor de Paris (voir Saint-Ruf)
- 1119 : Templiers, ou chevaliers du Temple
- 1120 : Prémontrés (voir Saint-Ruf)

Carte des lieux cisterciens de l'époque de Robert de Molesm

 

LES FONDATIONS :

MOLESMES ET CÎTEAUX


Robert portant les maquettes de ses deux fondations, Molesme et Cîteaux, Musée de l'église de Chaource, au sud de Troyes, atelier du maître de Chaource, XVIe

Robert de Molesmes (ou Molesme, Robertus Molismensis, v. 1028/1030-1111) naît près de Troyes dans une famille noble et pieuse de Champagne, de l'union de Thierry (Theodoricus) et d' Ermengarde (Ermengard). Il prit l'habit monastique vers quinze ans (1043) à Moutier-la-Celle (ou Moûtier, Montier-la-Celle, parfois Saint-Pierre-la-Celle), dans le diocèse de Troyes, dans l'Aube, où il devint prieur vers 1053. Vers 1069, il fut appelé par les moines de l'abbaye de Saint-Michel de Tonnerre, en Bourgogne (auj. un hôtel 4 *), pour être leur abbé, ce qu'il accepta. Cette abbaye avait des liens avec le monastère de St Bénigne de Dijon et suivait la version du coutumier de Cluny, mais les moines rechignait à suivre la règle qu'ils avaient pourtant acceptée. Déçu par le relâchement des ces derniers, il accepta vers 1071/1072 un court priorat à Saint-Ayoul de Provins, avant de retourner à Moûtier-la-Celle, comme simple moine. Là, un groupe d'ermites de la forêt de Collan (Colan, près de Châtillon- sur-Seine (21, Côte d'Or) le pria de prendre la tête de leur communauté, ce qu'il refusa tout d'abord. Parmi eux s'était joint, vers 1070, Aubry*, un des principaux artisans, nous le verrons, de la communauté cistercienne naissante.

* AUBRY (Aubri, Albéric, Albericus = Vénérable, 1050-1109) : Probablement natif de Bourgogne, on ne le connaît que par quelques lignes du petit exorde, qui le dit lettré, à la fois dans les sciences humaines et divines. Son action confirmera une solide formation intellectuelle et des aptitudes non seulement artistiques (notamment au sein du scriptorium de Cîteaux) mais aussi dans la direction des hommes et des choses.

Bâtiments restaurés de l'abbaye de Molesmes.
L’aile sud, construite au XVIIIe siècle par l’architecte d’Aviler, comprend un grand réfectoire, le salon du Prieuré, la salle à manger et le parloir. Ces grandes salles sont dotées de voûtes dites " en parapluie ou à caisson " qui sont uniques en France.

 
C'est après que ces anachorètes se tournèrent vers le pape Grégoire VII que Robert se plia à la volonté du Pontife, en 1074. Un an plus tard, Robert dut déménager sa communauté à cause de son accroissement et choisit de se fixer dans le bois de Molesmes, dans la vallée de la Laigne (diocèse de Langres) où les seigneurs de Maligny (à qui il était apparenté), dont le père de saint Bernard, Tescelin (ou Técelin) le Roux, lui octroyèrent une part. La communauté s'y installa et adopta la règle bénédictine. Celle-ci acquit beaucoup de prestige, de par la volonté réformatrice de Robert et elle attira beaucoup de nobles fortunés, et donc, beaucoup d'argent. C'est d'ailleurs la renommée de Robert qui attira, en 1081/1082, celui qui allait être à l'origine des Chartreux, Bruno de Cologne, à qui Robert confia un petit ermitage dépendant de Molesme, à Sèche-Fontaine (auj. Avirey-Lingey, dans l'Aube) et érigé ensuite en prieuré (de nonnes à compter de 1173). Bruno y demeura pendant près de deux ans, avant qu'il ne se retire en Chartreuse pour fonder à son tour son propre mouvement, véritablement érémitique cette fois. C'est un peu plus tard, en 1085, qu'un jeune homme de 26 ans, Etienne Harding*, rejoignit Molesmes après un voyage en Ecosse, des études d'arts libéraux en France et un pèlerinage en Italie, ou il aura sûrement croisé les pas des Camaldules et des Vallombrosiens.

* ETIENNE HARDING : C'est en France qu'il aurait adopté le surnom (cognomen) français, Etienne, son nom anglo-saxon étant Harding, ce qu'atteste Guillaume de Malmsbury. L'histoire retiendra le nom d'Etienne Harding ou Etienne de Cîteaux, sans avoir encore résolu ce point. Harding était peut-être le "descendant de Harding, le
frère de Angul, fondateur de Anglia et arrière-petit-fils de Dan, le premier roi du Danemark. Selon le Doomsday Book (1086), des domaines dans le Wiltshire, le Dorset et le Somerset appartiennent aux Harding/s. (...) H.E.J. Cowdrey a des arguments contre : Harding était un nom anglais ancien très commun ; de plus, il n’y a pas de certitude pour identifier Ednoth avec Alnoth dont le fils avait des terres dans le Somerset."

extrait de : http://users.skynet.be/am012324/exordium/fra/2.pdf

En tout cas, c'est bien dans le Dorset qu'Etienne voit le jour, à Merriot, à 20 km du monastère de Sherborne, dont on sait qu' il sortira avec la volonté de quitter la vie monastique et pour divers voyages, vraisemblablement en Ecosse, pour commencer.

Les aumônes et les donations abondèrent, et avec elles la richesse, nous le disions, ce qui entraîna chez les moines mollesse et tiédeur, causant maintes discussions et scissions :
"La réussite de Molesme l’obligea à jouer un rôle dans le monde de la féodalité. Bien des donations étaient assorties de contraintes : des enfants à éduquer, des
pensionnaires à accepter, des sépultures dans l’enclos du monastère à assurer. Les bienfaiteurs étaient reçus et entretenus, et parfois des réunions de nobles se tenaient au monastère. En outre, de vastes possessions agraires demandaient un grand nombre d’employés pour accomplir le travail qui dépassait les possibilités des moines, et divers niveaux de supervision devenaient nécessaires, si on voulait assurer le bon ordre. Avec la complexité croissante de l’administration, il fallut une bureaucratie, ainsi que des domestiques pour assurer les tâches pratiques. Il y avait beaucoup d’ambiguïté dans
une telle situation et, si l’on en croit l’auteur de la Vita, les vices s’amplifiaient sans contrôle, et les discordes grandissaient.
"

extrait de :
http://users.skynet.be/am012324/exordium/fra/2.pdf

Devant tant de responsabilités, Robert eut le désir de s'éloigner un peu de Molesmes pour retrouver des conditions plus propices à l'opus Dei, à la simplicité évangélique, aux véritables buts monastiques, en fait. Il rejoignit ainsi à différentes reprises, de 1090 à 1093, un groupe d'ermites à Aux (Aurcs), puis créa avec des compagnons une celle (cella) en Savoie, à Notre-Dame des Alpes (Aulpes ou Aulps*), avec Etienne Harding et Aubry, devenu prieur de Molesme en 1090, qui eux aussi avaient auparavant d'autres ermites, peut-être à Oigny, en Côte d'Or.

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* AULPS : En Savoie, dans le Chablais, vallée de la Dranse (Biot, Morzine), à 25 km de Thonon. Monastère érigé en abbaye par une charte de 1097, Abbatiae Alpensis Creatio, signée par Robert de Molesme, le prieur Aubry et le secrétaire Etienne Harding.

1. Restitution de l'abbaye après réfection des XVIIe-XVIIIe s, abbatiale et cloître.
2. Peinture anonyme des ruines de l'abbaye. Archives départementales de Savoie - Nice et Savoie, 1864.
3. Ruines de l'abbatiale.
4. Vue aérienne des vestiges du domaine de l'abbaye. Légende conforme à la "mappe sarde" (mappe = carte, en italien), premier cadastre cartographique européen que le duc de Savoie (et roi de Piémont-Sardaigne) Victor Amédée II( 1666-1732) établit à partir des tabelles (relevé des données des matrices cadastrales) faites en 1601 à la demande de Charles-Emmanuel Ier (1562-1630). Par commune, les géomètres établirent des cartes avec l'aide d'indicateurs, qui s'occupèrent des limites des propriétés, et de calculateurs, qui calculaient le rendement des terres. Très riches d'information pour l'historien, elles contiennent des données topographiques, orographiques, hydrographiques et même sociales. Les cartes, au 1/2400, réalisées sur planchette, étaient accompagnés d'un "Livre de géométrie" et d'un "Livre d'estime", indiquant la productivité et la production réelle de chaque parcelle, ce qui permit pour la première fois de leur donner une valeur foncière et le montant de l'impôt, qui était un grand pas vers l'équité de l'assiette de l'impôt foncier.

5. Plan du cloître et des salles annexes selon le plan Gonthier par Ernest Renard.


Ils se déplacèrent peu de temps à Vivicus (Vivier ? devenue en 1919 Vivier-sur Artaut, dans l'Aube, 10) Robert finit, quant à lui, par revenir à Molesmes, à la suite des appels repentants faits par les moines de l'abbaye à leur évêque et au pape. Cependant, si Robert est un homme de grande patience, il était devenu inflexible à convaincre les plus tièdes de pratiquer une plus grande ascèse, celle de la règle bénédictine d'origine et non sa version édulcorée de Benoît d'Aniane ou de Cluny. Cette volonté permanente de réforme incita sûrement le pape Urbain II à confirmer le monastère de Molesme le 29 novembre 1095.
En 1098 Molesmes sera à la tête de 35 prieurés et autres annexes, ce qui donne une idée de la fortune du nouveau mouvement, et le relâchement prévisible de nombre de moines, nous l'avons dit, qui allait de pair avec cette richesse.
Les mises en garde de Robert aux moines défaillants n'ayant eu que peu d'effets, celui-ci alla trouver Hugues de Die, archevêque de Lyon (et ancien évêque de Die), en compagnie d'Etienne, d'Aubry et de quatre autres moines, Eudes, Jean, Létald et Pierre, la permission de quitter Molesmes et de réaliser un projet en accord avec leur profond désir de vivre au plus près de la règle de Benoît. Après avoir obtenu le soutien apostolique de son évêque, Robert prit de nouveau son ballot et partit avec les plus intègres de ses moines (au nombre de 21) s'installer le 21 mars 1098, un dimanche des Rameaux, en un lieu sauvage à cinq lieues de Dijon, dans le diocèse de Chalon (Châlons-sur-Saône), avec l'aide et l'approbation de Gautier, évêque de Chalons, et de Raymond, vicomte de Beaune, par qui un alleu fut offert à Robert, sous la protection d'Eudes, duc de Bourgogne, une terre marécageuse appelée Cistercium (de cistel, jonc, roseau), où la communauté nouvelle construisit, en un lieu-dit la Forgeotte (Août), un monastère de bois (et sa chapelle), qu'on appela Novum Monasterium (Nouveau Monastère), et bientôt, tout naturellement, Cistercium (Cîteaux), dans les années 1120, pour bien distinguer la mère de toutes ses nouvelles filles qui étaient aussi appelé d'abord Novum Monasterium . Comme beaucoup de ses filles et petites-filles, Cîteaux s'éteindra à la Révolution Française. Robert connut alors le bonheur de vivre la règle dans son authenticité primitive, faite de pauvreté, de prière et de travail manuel, comme en témoigna Guillaume de Malmesbury* :

"La religion de Cîteaux apparut soudain comme la voie parfaite qui conduit au Ciel. Quelle œuvre rayonnante de sainteté ! Les siècles futurs béniront pour toujours le souvenir de ces héros. Ils ont vaincu la nature. Leurs austérités sont effrayantes. Ils dorment sur une planche nue, se lèvent à minuit pour matines et ne retournent pas au dortoir ; mais ils règlent de telle sorte la psalmodie que, en toute saison, l’office des laudes commence à l’aurore. Aussitôt après laudes, ils chantent prime et célèbrent le saint sacrifice. Tout le reste du temps est partagé entre le travail manuel, l’oraison et la psalmodie."

Un texte de 1105 dit :

"La très bonne odeur de la renommée du monastère de Molesme s’étendait de toutes parts. De nombreux barons leur accordaient des bénéfices et leur demandaient de fonder de nouveaux monastères sur leurs territoires."

Extraits de : http://www.clio.fr/bibliotheque/Les_Cisterciens_labeur_austerite_et_rayonnement.asp

* Guillaume (William) de Malmesbury (ou Malmsbury), v. 1095-1143 : Moine et historien de l'abbaye de Malmesbury, connu pour sa célèbre chronique d'histoire anglaise Gesta regum anglorum , rédigée vers 1120 (Histoire de 449-1127 en version finale), pour laquelle il utilisa des sources fiables, lisant des textes dans l'original, à la manière d'un historien moderne. Dans cette Histoire, il évoque Cîteaux, son deuxième abbé ayant été un Anglais, Stephen (Etienne) Harding. Il écrivit une Gesta pontificum anglorum (aussi De gestis pontificum Angliæ), source appréciable de l'histoire primitive de l'église d'Angleterre et de celle de plusieurs saints. Enfin, il rédigea la suite de sa chronique historique de 1125 à 1142, Historia Novella.

Malheureusement, peu de temps après son installation au Nouveau Monastère, les moines de Molesmes, leur abbé Geoffroy en tête, réclamèrent en 1099 auprès du pape Urbain II, en concile à Rome, le retour de Robert. Urbain II pria Hugues de Die, un de ses légats, de régler ce problème. Hugues n'y alla pas de main morte pour convaincre Robert à réintégrer Molesmes. Il convoqua en juin 1099 à Port-d'Anselle, près de Mâcon, une assemblée d'éminents ecclésiastiques : les évêques de Chalon, Autun, Mâcon, Belley, et les abbés de Tournus, Saint-Bénigne de Dijon et Saint-Martin-d'Ainay de Lyon, ainsi que d'autres personnages. Robert se soumit jusqu'à sa mort à cette décision, ce qui laissa vacante la succession du Nouveau Monastère (qui ne prit le nom de Cîteaux que vers 1119), qui revint tout naturellement à Aubry.

Un an avant sa mort, en 1110, Robert dut régler le problème des abbayes d'Aulps (auj. Saint-Jean d'Aulps) et de Balerne (auj. Mont-sur-Monnet, Jura), dans le Jura savoyard, comme la précédente, elle-même fille des communautés essaimées à partir d'Aulps. La Concorde de Molesme (Concordat de Molesmes : Concordia Molismensis), dirigée par Robert, attribua naturellement une certaine prééminence à Aulps, car il était clair qu'Aulps était un chef d'ordre, ayant essaimé entre 1100 et 1110, à l'origine non seulement de la communauté de Notre-Dame de Balerne, mais aussi de Cessens (1009) déplacée en 1135 à Hautecombe, au-dessus du lac du Châtillon (auj. Bourget), sur des terres que céda Gautier d'Aix pour le salut de son âme, et plus tard de Bonmont (1136), dans l'actuel canton suisse de Vaud, mais encore à Bonlieu (Annecy) et à Sainte Catherine de la Montagne (Semnoz).

Robert de Molesme meurt en 1111, canonisé en 1220 et inséré au calendrier cistercien en 1222.

 
Sources :

MARCEL PACAUT
Les moines blancs, Editions Fayard, 1993
Les ordres monastiques et religieux au Moyen Âge, Nathan Université, 1993

http://www.cister.net/
http://users.skynet.be/am012324/
http://www.cisterbrihuega.org/fondodoc/formacion/2001/fra/liturgie/officia.html (liturgie)
http://caf77.free.fr/Photos/Rando/ricey1.jpg (aile sud abbaye de Molesme)
http://groups.msn.com/_ (image crosse de Robert)
http://users.skynet.be/scourmont/script/docprim/vita_roberti.htm (vita roberti)
http://vieuxtroyes.free.fr/t/chaource.htm (statue de Robert de Molesmes)
http://www.aulps.fr/bat18.php (restitution abbaye aulps, vue aérienne, plan du cloître)
http://www.sabaudia.org/v2/expo/nice_et_savoie/gallerie/pages/74-55.htm (Aulps, peinture ruines)
http://www.aet-taxi.com/it/galeriestjean_it.html (aulps-ruines abbatiale)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mappe_sarde
 
 
 

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