ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE

 

 

 

LES CISTERCIENS

Les Sources



L'ORDRE CISTERCIEN : Les Sources

 


Les débuts de l'aventure cistercienne nous est connue à la fois par des historiens contemporains (Orderic Vital, Guillaume de Malmesbury) et, surtout, par des récits et autres textes des acteurs mêmes de cette histoire. Les récits sont appelés Exordes (Exordia, sing. Exordium), que l'on traduit selon le contexte par origine, commencement, introduction, principe. Ces exordes sont au nombre de trois :

- Petit Exorde (Exordium parvum).
- Exorde de Cîteaux (Exordium cistercii)
- Grand Exorde (Exordium magnum)

Petit Exorde (Exordium parvum)


En 1950, Jean Lefèvre était convaincu que le Petit Exorde n’avait été écrit qu’en 1151, mais certains historiens pensent aujourd'hui que ce récit relativement court a été édigé par Etienne Harding lui-même, deuxième abbé de Cîteaux, sans doute avant 1119, en forme d'apologia (apologie) pour le Novum Monasterium (nom originel du monastère de Cîteaux), dans laquelle le récit est fréquemment interrompu par des textes officiels, puisqu'il fut ensuite soumis à l'approbation du pape Callixte II à Saulieu en 1119. Ce serait alors le texte le plus originel de la constitution cistercienne, bien que son travail ait été largement augmenté et modifié, aboutissant à un texte final (au plus tard en 1170), que les Cisterciens ont reçu comme un texte fondamental sur les origines et les idées de la réforme de leur mouvement, document à la fois historique et juridique, donc.

"Il y a quatre blocs principaux à l'intérieur de l'Exordium Parvum :
Prologue
1) Ch 1-4 Le départ de Molesme pour Cîteaux.
2) Ch 5-9 Le Retour de Robert et la Succession d'Albéric.
3) Ch 10-14 Le Privilège Romain.
4) Ch 15-18 Consolidation et Croissance.
Les chapitres 1-14 se distinguent par le fait que huit documents officiels y sont
insérés.Ces insertions ralentissent considérablement le rythme du récit et le
rendent un peu pesant. Leur but n'est pas narratif mais persuasif : ils veulent
créer chez le lecteur une impression de légalité solide. Les chapitres 15-18
comprennent deux listes d' "instituta" qui interrompent aussi le récit, cette fois
pour décrire la manière distinctive de vivre au Nouveau Monastère. De façon
détaillée, les chapitres peuvent être classés comme suit :
a) Le départ de Molesme pour Cîteaux
1. Exorde du Monastère de Cîteaux
2. La Lettre du Légat Hugues : TEXTE
3. Départ de Molesme des moines cisterciens. Leur arrivée à Cîteaux. La
fondation du monastère.
4. Erection de ce lieu en abbaye.
b) Le retour de Robert et la succession d'Alberic
5. Les moines de Molesme rebattent les oreilles au Seigneur Pape du
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retour de l'abbé Robert.
6. La Lettre du Sgr Pape pour le retour de l'abbé Robert: TEXTE
7. Le Décret du Légat réglant toute l'affaire entre les moines de
Molesme et de Cîteaux TEXTE
7.12-15: Supplément narratif :
8. Lettre de recommandation de l'abbé Robert TEXTE
9. Election d'Albéric, premier abbé de l'Eglise de Cîteaux.
c) Le Privilège romain
10. Le Privilège romain.
11. La lettre des Cardinaux Jean et Benoît : TEXTE
12. La lettre de Hugues de Lyon : TEXTE
13. La lettre de l'évêque de Chalon : TEXTE
14. Le Privilège Romain : TEXTE
d) Consolidation et croissance
15. Statuts propres aux moines cisterciens venus de Molesme.
16. Leur tristesse.
17. Mort du premier abbé. Promotion du second. Leurs statuts et leur joie.
18. Les abbayes"

Texte extrait de : http://users.skynet.be/am012324/exordium/fra/4.pdf,
où le Petit Exorde peut-être lu en intégralité :

Exorde de Cîteaux (Exordium cistercii)

C'est un texte très bref, dont l'historien Jean Lefèvre qu'il était un des textes fondateurs du mouvement cistercien, écrit par Etienne Harding, second abbé de Cîteaux. On pense plutôt aujourd'hui qu'il est une sorte de compilation postérieur au noyau primitif du Petit Exorde, et qu'il aurait été composé à Clairvaux dans l'entourage de saint Bernard, entre 1123 et 1138, peut-être vers 1130. Il contient l'Exorde proprement dit, mais aussi un résumé de la Charte de Charité et des Capitula (voir ces deux mots un peu plus loin).

Grand Exorde (Exordium magnum)

Très long texte de la fin XIIe-début XIIIe, dans sa version définitive rédigée par Conrad (1140-1226), moine de Clairvaux, puis de l'abbaye allemande d'Eberbach.

 
En plus des Exordes, la communauté cistercienne s'est dotée dès le départ d'un cadre constitutionnel défini par différents textes, dont voici les principaux :

- La Charte de Charité (Carta Caritatis), constitution confirmée par le pape Calixte en 1119, mais formée, comme les textes précédents, en diférentes étapes. Ce texte établit un équilibre complexe entre indépendance et devoir de chacun des monastères affiliés à l'Ordre*, inspiré peut-être de l'expérience des moines de Vallombreuse. Certes chaque abbé, en effet, était chef de son monastère (selon le voeu de St Benoît) et subvenait événtuellement aux besoins d'une autre abbaye par une démarche volontaire, et non par décision d'un pouvoir central (comme à Cluny). Cependant, cette autonomie n'était pas absolue, conditionnée par le comportement de la communauté monastique, qui se devait de posséder une foi vigoureuse, de respecter scrupuleusement la règle bénédictine, etc...

 *Ordre (Ordo) : "D'une manière particulière depuis l'époque d'Augustin, le concept d'"ordre" a été important en Occident. Le terme lui-même, néanmoins, était assez complexe, ayant jusqu'à huit sens différents dans l'usage médiéval. En général, le thème de l'"ordre"reflète la conviction que Dieua assigné un état déterminé ou un rang, à toutes les personnes, et que toute la responsabilité morale fondamentale de chacune est d'agir en accord avec les obligations inhérentes à la position qui lui est assignée.
Depuis l'"ordre" de l'univers, jusqu'à l'"ordre" de la psalmodie (RB 18),
tout était considéré comme dérivant finalement de la volonté de Dieu.
Une telle perspective implique nécessairement une "subordination":
envers cet ordre lui-même, et envers les autres personnes qui ont une
situation plus élevée.
Un comportement "désordonné" ou "non-ordonné" suppose, en plus de
sa qualité morale intrinsèque, une note de rébellion, mettant en cause
tout l'ordre que Dieu a imposé à la Création.
Tout d'abord, l'"Ordre" cistercien fut compris comme le mode de vie
structuré du monastère de Cîteaux. (A l'heure actuelle, nous utilisons
encore le terme Ordo pour désigner le livret annuel donnant les
instructions détaillées pour la liturgie de chaque jour). ceux qui vivaient
selon ce mode de vie étaient assurés de mener une vie "ordonnée". A
mesure de la multiplication des monastères, l'"Ordre" cistercien devint
plus vaste, et un second usage du terme devint exacte -- la désignation
d'une fédération de monastères suivant le même mode de vie, et
subordonnés aux mêmes sources d'autorité. C'est ainsi que "l'ordre" en
vint à désigner le courant d'une législation organisant la vie en parallèle
avec la Règle de Saint Benoît. Et les termes se conjuguèrent alors. Un
comportement "contraire à la Règle et à l'ordre" était automatiquement
perçu comme déviant et devait être redressé, corrigé.
L'usage du terme "ordre" suppose l'existence d'une vie cistercienne
réglée, dans laquelle tous les éléments font partie d'un tout où rien n'est
facultatif et qui, en dernier lieu, est vu comme expression de la volonté
divine."

extrait de : http://users.skynet.be/am012324/exordium/fra/7.pdf

 
 
Le document originel de ce texte est la Charte de Charité et d'Unanimité (1114), document mentionné dans la charte de fondation de Pontigny, qui traduit un fort désir d'unité en concluant : "... de sorte qu'il n'y ait aucune discordance dans nos actes, mais que nous vivions dans une seule charité, sous une seule Règle et selon un mode de vie semblable". Ce document originel fut glosé, augmenté, révisé entre 1119 et 1152 et augmenté d'un Prologue avant sa confirmation par le pape Eugène III. Nous connaissons ce second texte sous le nom de Carta Caritatis Prior. Les Cisterciens durent se rendre à l'évidence que leur idéal était difficile à réaliser, puisque les abbés eux-mêmes étaient susceptibles de le bafouer, que l'on songe seulement à la défection d'Arnold de Morimont (1124), à l'absentéisme des abbés aux sessions du Chapitre Général ou encore à l'irresponsabilité du propre abbé de la maison-mère de Cîteaux, Guy, successeur d'Etienne en 1134. Enfin, la Carta Caritatis Posterior, rédigée de 1165 à 1173, est la dernière version de ce document : c'est sur elle que se base la constitution des Cisterciens aujourd'hui.

- Les Instituta, compilations des Capitula, qui rendent comptent des sessions des Chapitres Généraux de la congrégation, rapportant les décisions de chaque Chapitre Général, définissant les coutumes. Parmi eux, les Instituta Capituli generalis, des débuts du mouvement cistercien, représentent le noyau de statuts les plus anciens. Ces statuts ne sont pas figés, ils évoluent et se multiplient, ce qui amènera le Chapitre Général de Cîteaux, dirigé par l'abbé d'Arnaud Amaury (Arnaud Amalric, † 1225) à les réunir en 1202 dans le Traité ou Livre de Définitions (Libellus antiquarum definitionum), pour obtenir un ensemble cohérent et valide pour son temps. Celui-ci deviendra le Libellus novellarum definitionum en 1350, de nouveau revu et corrigé, bien sûr.

- Deux coutumiers (Consuetudines), eux aussi se transformant au cours du temps et règlementant, comme son nom l'indique, les us et coutumes : Le plus ancien de ces Usus cistercienseses est l'Ecclesiastica Officia, pour les moines et les Usus Conversorum, pour les convers, écrit sous l'abbatiat d'Etienne Harding, vers 1120/1125.

Ecclesiastica Officia* (parfois, Liber Usuum)

Rédigé depuis les premières années de Cîteaux (1130/1135, manuscrit de la bibliothèque municipale de Trente, ms 1711), ce manuscrit est appelé aussi Usus cisterciensum monachorum et détaille point par point la journée du moine, tant au niveau liturgique, première partie du texte (offices ou liturgie des heures, messes*, sacrements, rites, etc...) que de ses activités, par exemple le soins des malades et des pauvres, l'accueil des novices ou des hôtes, l'organisation des officiers de l'abbaye, etc... Une deuxième mouture du texte fut proposée vers 1152, en témoigne le manuscrit 31 de la bibliothèque de l'université de Ljubljana, appelé Consuetudines cisterciensium.

* messes : A noter une description détaillée du rituel de la Messe (Ordo Missae) particulier aux cisterciens.
* Ecclesiastica Officia : "L'expression ecclesiastica officia semble être apparue pour la première fois dans De divinis officiis (PL 83,737-826) de saint ISIDORE de SÉVILLE (+636), où officium a une signification assez large : Office liturgique (Célébration), service/fonction liturgique. Dans ce livre de saint Isidore, il est question de Moines et de Moniales."

extrait de :
http://www.cisterbrihuega.org/fondodoc/formacion/2001/fra/liturgie/consuetudines.html

"Du fait que les Cisterciens, déjà dans les premiers documents, exigeaient avec beaucoup de force l'unité et uniformité de la vie cistercienne dans tous les Monastères (selon le modèle de Cîteaux : cf Carta caritatis et les premières décisions du Chapitre Général), on en vint entre 1173 et 1191 à la création du fameux Codex normatif et Codex modèle, bibliothèque municipale de Dijon 114, appelé "manuscrit-type". Avec ce manuscrit, qui comprenait l'ensemble des livres liturgiques, tous les livres liturgiques de l'Ordre* entier devaient en principe concorder. Nous savons aujourd'hui que c'était un idéal si exigeant qu'il ne pouvait être atteint qu'approximativement. Ce Codex représente la troisième phase de la tradition du texte cistercien au XIIe siècle. Y sont mentionnés également les Us cisterciens, Consuetudines, dans leur version augmentée des années 1184/1186 environ. Cette rédaction du texte est demeurée la même jusqu'au XVIIe siècle, et en partie jusqu'à notre époque, même s'il y a eu des ajouts et des changements au cours des siècles.
(...)
Depuis 1989, nous avons une précieuse et utile édition latin-français des Ecclesiastica Officia de notre Ordre, selon la tradition manuscrite du XIIe siècle, avec les trois textes: Trente 1711, Ljubljana 31 et Dijon 114 : Danièle CHOISSELET OCSO / Placide VERNET OCSO (ed.), Les ‘Ecclesiastica Officia’ cisterciens du XIIe siècle. Texte latin selon les manuscrits publiés de Trente 1711, Ljubljana 31 et Dijon 114. Version français, annexe liturgique, notes, index et tables, Abbaye d'Oelenberg, F-68950 Reiningue 1989 (= La documentation cistercienne, 22). Ce volume de 623 pages est muni d'une bonne introduction, de notes, explications, tables et index.
Les Ecclesiastica Officia de cette édition, donc les textes des Us cisterciens du XIIe siècle, comprennent 121 chapitres, que l'on peut diviser de la manière suivante :
1) Chapitres 1- 52: l'année liturgique avec ses temps et fêtes fixes (chapitre 50 – 52: Office des défunts et anniversaires des défunts),
2) Chapitres 53- 67: le rite cistercien de la Messe (Messe conventuelle et privée).
3) Chapitres 68 -84: l'ordonnance de la journée cistercienne des Matines à Complies (chapitre 84: ordonnance de la journée pour le temps des moissons),
4) Chapitres 85- 102: Rites monastiques (tonsure, Processions, accueil des hôtes, voyages, saignées, maladie et mort, Noviciat et Profession)
5) Chapitres 103- 120: offices et charges monastiques (hebdomadier, cuisinier, Abbé, Prieur, Sous-Prieur, Maître des Novices, sacristain, chantre, infirmier, cellérier, réfectorier, hôtelier, portier),
6) Chapitre 121: Bénédiction de la table."

extrait de : voir extrait précédent.

En plus de ces textes juridiques, il existe évidemment un certain nombre de textes liturgiques, spécifiques à toutes les communautés de moines : Missels, hymnaires, psautier, bréviaires*, graduel, antiphonaire, lectionnaire, calendrier, etc... eux-même contenus parfois dans les différents documents dont nous avons parlé plus haut.

* Ainsi le Bréviaire (breviarium) dit d'Etienne Harding (v. 1132), découvert en 1939 par un Cistercien d'Himmerod, le P. Konrad Koch (+ 1955) dans la Bibliothèque Nationale de Prusse à Berlin (Staatsbibliothek Preussischer Kulturbesitz, Ms. Lat. oct. 402). bréviaire qui serait, en fait, un lectionnaire, qui "certifie que durant les années 1130 où le manuscrit (maintenant à Berlin) fut sans doute copié, il existait différents projets concordants mais pas identiques. Cette version ainsi que d’autres manuscrits du milieu du XIIe siècle, et même contemporains de saint Bernard, sont apparentés à l’exemplar de Dijon, sans être absolument identiques. Les manuscrits tranchent, en de mêmes occasions, avec l’homéliaire de Paul Diacre, pourtant la base incontestable de ces lectionnaires. A d’autres endroits, ils divergent légèrement; ce qui laisse penser que l’établissement du texte standard résulte d’une évolution, plutôt que de l’adoption primitive d’un lectionnaire déjà élaboré."

sources : extrait de http://www.cister.net/disc_culture.htm#70


Citons, enfin, la vie de Robert de Molesme (Vita Sancti Roberti), rédigée un peu avant la canonisation de saint Robert, en 1222, par un moine anonyme de Molesme sur la requête de son abbé, Odon II (1215-1227). Cet écrit est, comme nombre de biographies de l'époque, très hagiographique, au point où même le Pape Honorius IV avait émis des réserves sur la véracité de certains miracles qui y sont narrés.
 
 
 
 
Sources :

http://www.cisterbrihuega.org/fondodoc/formacion/2001/fra/liturgie/officia.html (liturgie)
http://users.skynet.be/scourmont/script/scriptorium-a.htm (Textes fondateurs)

 


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