ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

- ABBAYE
 
Vue du monastère, vers les gorges de Nahal Tekoa

LE MONASTERE- DE- CHARITON (1)

Un peu d'histoire

 
 

 
 
On connaît le monastère fondé vers 350 à Souka* par Chariton sous diverses appellations. On l'appella Vieille Laure, sans doute pour la distinguer de la Nouvelle Laure, au sud de Tekoa, mais aussi de la Grande Laure de Sabas, mais surtout, il prit le nom de monastère de Chariton (Mar Chariton*) assez tardivement, vraisemblablement lors du transfert de sa dépouille à partir du monastère de Pharan, pendant la conquête musulmane (début du VIIIe siècle).
Le monastère de Chariton (Khirbet Khureitun, en arabe) fut fondé vers 350 et fut actif jusque vers la fin du XIIIe siècle.

La Vie de saint Chariton, écrite sans doute par un moine de la laure, nous dit que Chariton, empêché de vivre une parfaite solitude à cause des moines qui ne cessaient de grossir en nombre autour de lui, choisit un endroit pour s'y retirer, qu'on appela très vite "la grotte suspendue de Chariton (Xaritonoz )". En effet, au dire de ce premier biographe, cet endroit était situé non loin de la laure, mais surtout, il était inaccessible sans l'aide d'une échelle :
ces deux détails permirent sa localisation, découverte par l'archéologue israélien Yzhard Hirschfeld en 1981/82. Avec l'âge, Chariton eut de plus en plus de difficultés à aller chercher l'eau qui lui était nécessaire. Ne voulant être une charge auprès de ses coréligionnaires, il pria donc Dieu, qui opéra immédiatement un miracle, faisant apparaître alors dans un coin de la grotte, un flot constant d'une eau limpide : Ce miracle a laissé des traces dans la roche et on sait aujourd'hui que, vers le IVe siècle, la région a connu une période plus humide.

La biographie de Cyriac, un moine arrrivé au monastère en 485, confirme qu'après la mort de Chariton, la grotte du saint homme devint un lieu sacré de pèlerinage. Son auteur, Cyrille de Scythopolis, nous donne de précieux renseignements sur l'organisation de la laure. On apprend ainsi qu'on attribua en premier lieu à Cyriac des tâches domestiques : cuire le pain, s'occuper des malades, accueillir et servir les hôtes furent ses premières activités attribuées au couvent de Chariton, chacune pour une durée d'un an. Il fut ensuite trésorier de l'église, directeur de prières, et peut-être fut-il ordonné prêtre. Il est aussi intéressant d'apprendre qu'en plus de l'église, la laure était dotée d'une boulangerie, d'une infirmerie, d'une hôtellerie, ainsi que différentes salles d'approvisionnement en matériel et en nourriture. (cellier).

Vers 516, après 31 ans de vie au monastère, Cyriac décida de se retirer en ermite
dans les proches déserts de Natoupha et de Rouba, où le suivit rapidement une réputation de sainteté, qui ne lui assura pas la solitude qu'il escomptait. Durant une période de lèpre, en 542, les anciens du monastère de Chariton le prièrent d'y revenir, pensant que sa sainteté les éloignerait du mal. Il accepta et fut installé dans la grotte de Chariton, où il vécut cinq ans.

Différents écrits mentionnent le monastère de Chariton, comme la Vie de Xénophon, au VIe siècle, ou la vie de Maxime (Maximus), qui nous raconte qu'un moine mourut de la morsure d'un chameau, appartenant vraisemblablement à un Sarrasin hébergé au monastère.
 
Il y aurait eu une intense activité littéraire à Mar Chariton, mais aussi à Mar Saba, au VIIIe et IX e siècles. A Mar Chariton, par exemple, on sait que divers moines, parmi lesquels Stéphane de Ramla, traduisirent des manuscrits grecs en arabe. Plusieurs personnalités de l'époque y furent nommés abbés, tels le patriarche de Jérusalem ou le moine physicien Thomas (de 807 à 821).

De sinistres pages se tournèrent à la même époque, qui connut les violences sarrasines. Dans tout le désert de Judée, les Sarrasins pillèrent les biens des monastères, torturèrent et massacrèrent les moines. On connaît l'histoire des vingt martyrs de Mar Saba, la capture et la torture d'ermites de Mar Chariton. C'est à cette époque que les moines quittèrent en nombre leur cellules pour se regrouper au coeur du monastère, qu'ils protégèrent de murs. Les cellules, les citernes furent alors aménagées en lieux d'habitation par ce que nous nommerions aujourd'hui des squatters.

Le pèlerin russe, l'abbé Daniel, visita le monastère en 1106 et a décrit les murs, mentionné la tombe de Chariton, entre deux églises*, mais aussi celles de Xénophon et de ses deux fils. Le témoignage de Jean Phocas, en 1185, est un des tout derniers de l'activité du monastère.

* SOUKA : Selon Chitty, Souka dériverait du mot suq (souk : marché), qui fut traduit par laura, en grec. Abel pense plutôt qu'il faut en chercher l'origine dans tsuq (falaise, en hébreu), à cause des falaises escarpées de Nahal Tekoa (ou Técoa) dans le Wadi (vallée) Khureitun, où le monastère se trouvait, à 14 stades (stadia), environ 2.6 km, du village de Tekoa

Notez que le mot wadi désigne en arabe à la fois une vallée d'érosion et un cours d'eau. En plus de ces acceptions, l'arabe d'Afrique du Nord se distingue par l'utilisation de la variante oued pour désigner le lit d'une rivière asséchée

* MAR CHARITON : On trouve cette mention dans l'oeuvre d'Epiphanius Monachus (Le moine Epiphane) et dans la Vie de Stéphane le Sabaïte (début VIIIe)

* EGLISES : au nombre de deux au temps des Croisades, mais il ne devait y en avoir qu'une seul dans la monastère primitif, dont on a retrouvé une partie d'un chancel :

 
 

 

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