ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
 
     
    Abbaye de Moutier-Grandval
     


   Moutier-Grandval (Suisse)
  Fondation environ 634
   Bénédictins puis chanoines Augustiniens
aucun vestige


 
 
HISTOIRE
ART

 
HISTOIRE

L'abbaye de Moutier-Grandval fait partie des premiers couvents fondés en territoire alaman. La fondation du monastère originel avait été demandée vers 634 par un des grands seigneurs d'Alsace, Gondoin, à Waldebert ( Walbert, Valbert) abbé du monastère colombanien de Luxeuil, dans un lieu du diocèse de Bâle. Par ailleurs, Gondoin demanda aussi aux moines de construire des routes pour une meilleure communication avec d'autres établissements.

Appelé Grandval par les Gaulois, les Germains l'appellent Grandfel (ou Grandfeil) et après la fondation du monastère, et plus communément, Munsterthal, c'est-à-dire Val-du-Monastère, qui relevait du village toujours appelé Moutier. Grandval est, comme son nom l'indique, une vallée, située dans le pays des anciens Rauraques, et qui s'étend aux frontières de l'Helvétie. Elle est arrosée par la Birse, qui se mêle au Rhin près de Bâle, après avoir rejoint d'autres nombreux cours d'eau.

C'est Germain, un autre moine de Luxeuil, qui sera envoyé par Valbert à Grandval, pour y être le premier abbé. D'autres compagnons feront route avec lui vers Grandval, dont Randoald, qui sera son Prieur, et qui connaîtra le martyr avec lui, comme nous allons bientôt le voir.

Germain était le fils d'un riche sénateur de Trêves et avait été formé auprès de l'évêque de cette ville, Modoald, qui participa au Synode de Reims tenu sous Sonnatius en 624 (ou au début de l'année suivante). Ensuite, à l'âge de 17 ans, Germain se rendit auprès de saint Arnulphe qui vivait au désert où il s'était retiré en l'an 630. Il entra à Luxeuil avec son frère Numérien, qui aurait succédé à saint Modoald sur son siège et qui est vénéré le 5 juillet.

Le 21 février 666, Germain de Trèves, est assassiné dans la vallée de Delémont, à la Communance, par les hommes du Duc d'Alsace Cathic (Cathicus, Chatalricus), successeur de Gondoin, père de la célèbre sainte Odile et ancêtre de Léon IX : vous pouvez lire les détails de ce martyre, rapporté par Bobolène, quelques années après sa mort et inscrit dans les Acta Sanctorum du 21 février, sur : http://www.home.ch/~spaw2744/germain/ ( copier-coller cette adresse dans votre navigateur, car le lien direct, bizarrement, ne fonctionne pas).

En 690, l'écrivain Bobolène dédie une de ses oeuvres à plusieurs personnages parmi lesquels se trouve Ingofrid, abbé de St-Ursanne. En 769, Carloman roi des Francs et des Lombards, confirme à Moûtier-Grandval son autorité sur la cella Sancti Ursizini confessoris.

 

Le 19 mars 866, Lothaire, roi de Lorraine, à la demande du comte Hugues de Tours, confirme à l'abbaye de Moutier-Grandval toutes ses possessions et, en particulier, le vicum cum capella, Vicques et sa chapelle. Cette même année, Miécourt apparaît parmi les possessions de l’abbaye de Moutier-Grandval dans un acte de Lothaire.


Le 9 mars 962, Conrad, roi de la Bourgogne Transjurane, fils de la reine Berthe, confirma à l'abbaye de Moutier Grandval la possession de l'église ou chapelle de St Imier. Le monastère ou prieuré, qui s'était formé autour de ces édifices, continua son existence jusqu'en 1076.

Placé ensuite sous la protection intéressée des comtes du Sundgau, qui finissent par accaparer l'essentiel de son patrimoine, Moutier-Grandval est rétabli dans ses droits par le roi de Bourgogne en 968. Désireux de renforcer la position de Notre-Dame de Bâle, le roi de Bourgogne Rodolphe III fait don de cette abbaye à à l'évêque de Bâle, Adalbéron II en 999. L'importance de cette donation n'a été vraiment comprise qu'il y peu, par les historiens. Si elle est soulignée par tous les historiens jurassiens aujourd'hui, si elle fait l'objet de bien des commémorations, elle n'avait pas été fêtée il y a un siècle et, il y a 50 ans, seul un article de journal faisait état de cet anniversaire. Il y a certaines raisons à cela : l'acte de donation a été imprimé pour la première fois en 1772 et c'est le doyen Morel qui, dans un ouvrage paru en 1813, a attribué pour la première fois une importance majeure à l'acte de donation, ceci.... bien après la disparition de l'ancien évêché !

Pourtant, la chose n'est pas commune. En empiétant sur le territoire des diocèses voisins, l'évêque de Bâle créait un état de toute pièce. Cet état était en marge de son diocèse. D'où l'importance de l'acte de donation, qui représente bien la naissance du Jura historique dont l'étendue est déterminée en grande partie par les possessions de l'abbaye de Moutier-Grandval. De ce fait, Moutier est bien le centre du Jura historique.

Par ailleurs, cet événement lie pour plusieurs siècles le destin du Jura avec celui des évêques de Bâle. Les évêques de Bâle, hommes des rois de Germanie et de Bourgogne, sont alors des fidèles soutiens du pouvoir royal en butte à l'hostilité des grands. Ces féodaux exercent à leur profit, dans leurs zones d'influence, les prérogatives relevant de la puissance publique.

L'acte de 999 est confirmé l'année suivante par l'empereur Otton III et représente authentiquement le document fondateur de la puissance temporelle des princes-évêques de Bâle dont l'évêché, formation politique de structure féodale, allait se maintenir vaille que vaille à travers sept siècles jusqu'à la Révolution française.

"En 1077, l'abbaye bénédictine de Moutier fut violemment supprimée dans des circonstances mémorables.
Le grand pape Grégoire VII avait pris la généreuse résolution d'extirper du sein de l'Eglise les maux qui la désolaient et surtout la simonie, c'est à dire la vente des
dignités ecclésiastiques, des abbayes et des évêchés qui, souvent, tombaient ainsi entre les mains des prêtres les plus indignes. Le pape trouva en Henri IV, empereur d'Allemagne, un ardent adversaire de ses projets. Les évêques promus par l'empereur se liguèrent contre le pape. Au nombre de ceux-ci furent l'évêque de Bâle, Bourkart d'Asuel (ou Bourcart, 1056-1106) et son frère Conon, évêque de Lausanne, Une guerre civile éclata. Dans la Suisse occidentale, la guerre devint ardente entre Rodolphe de Rheinfelden, compétiteur d'Henri IV et ses partisans d'une part, et d'autre part l'évêque de Bâle, ceux de Lausanne et de Constance et d'autres. Chaque monastère, chaque village, chaque château devint tour à tour la proie des deux partis. Les Bénédictins de Moutier, fidèles au pape, furent expulsés de leur monastère par l'évêque de Bâle. Les exécuteurs de l'évêque, le comte Oudelard de Soyhières, Nokter comte de Frobourg, Ulrich, comte d'Egisheim, mirent la main sur les biens du couvent. Plus tard, l'évêque chercha à réparer ses torts. Ses complices l'imitèrent. Vers l'an 1083, dans la forêt solitaire de Huzon, ils bâtirent un monastère de Bénédictins, qu'ils dotèrent des biens enlevés à Moutier. De son côté, l'évêque Bourkart d'Asuel, fonda le monastère de St-Alban, à Bâle, en 1085 selon les uns, en 1103, selon d'autres. C'est là que se réfugièrent les religieux expulsés de Moutier. Par contre coup, les couvents ou prieurés de St-Imier et de Saint-Ursanne, dépendances de Moutier furent supprimés. Les religieux se retirèrent également soit à Beinwyl, soit à St-Alban, à Bâle.
L'évêque de Bâle, Bourkart d'Asuel, remplaça, croit on, le monastère bénédictin de Moutier par un Chapitre de chanoines. Ceux-ci firent desservir l'Eglise de Saint-Imier par des prêtres séculiers ou par des chanoines pris dans leur corps.
Comme l'ancien couvent de St Imier avait des biens à lui, proprement dits, et qu'il n'était qu'une dépendance de Moutier, il se forma peu à peu un clergé autour du tombeau de St-Himier. Ce clergé, insensiblement prit les allures de chanoines. Il se forma ainsi petit à petit un Chapitre incomplet, dépendant de celui de Moutier et que l'évêque de Bâle approuva, comme souverain de l'Erguel. C'était du reste, selon l'usage du temps. Au XIIe siècle, le comte de Neuchâtel, Ulrich et sa femme Berthe, couronnèrent cette oeuvre naissante de restauration religieuse en complétant le nouveau Chapitre, en le dotant d'un prévôt et en lui fournissant, des rentes nécessaires à l'entretien des chanoines. C'est alors que le Chapitre de St-Imier fut définitivement délié des liens qui le rattachaient au Chapitre de Moutier Grandval et eut une existence à lui propre."

Extrait de : http://www.home.ch/~spaw2744/imier/page15.html et suivante.

Vers 1140, la légende veut que Siginand, prévôt du chapitre de Moutier-Grandval, ait fondé Bellelay à la suite d'un voeu lors d'un incident de chasse, mais rien n'est moins sûr. Ce qui est sûr, c'est que, pour des motifs spirituels et de sécurité, Bellelay se lia avec des établissements religieux voisins, pas forcément prémontrés. Une association fut passée à une date inconnue (mais avant 1460) avec les moines de Lucelle et les chanoines de Moutier-Grandvalet de Saint-Ursanne: voir abbaye de Bellelay.

"L'éphémère république Rauracienne qui s'était constituée pendant la Révolution sur les terres ayant appartenu précédemment aux Princes Evêques de Bâle étaient devenues dans la suite le département Français du Mont-Terrible, créé le 23 avril 1793, et comprenant les districts de Porrentruy et de Delémont. En 1797 on y rattacha Montbéliard et en 1798 la partie helvétique de l'ancien évêché de Bâle (Moutiers-Grandval,
Erguel, la Mairie de La Neuveville, Bienne). Ce département fut supprimé par la loi du 17 février 1800 et réuni au département du Haut-Rhin, duquel il formait désormais les deux arrondissements de Porrentruy et de
Delemont. En 1814, ces 2 arrondissements, à l'exception de Montbéliard, furent séparés de la France".

Extrait de : http://web.club-internet.fr/imerloup/ (république Rauracienne)


ART


Crosse de Saint Germain.

Cloisonné d'or et d'argent, pierres de couleurs vertes disposées en S, taille 119 cm, Ø 23 cm, VIIe s.Les ornements en filigrane ont été ajoutés après la mort du saint, selon la coutume irlandaise et dans un style typiquement mérovingien. (Musée jurassien, Delémont).


LA BIBLE DE MOUTIER-GRANDVAL

Ce chapitre est entièrement extrait du site : http://www.home.ch/~spaw2744/germain/

1 : Moïse recevant la Loi de Dieu et la remettant aux enfants d'Israël


La Bible de Moutier-Grandval a été écrite et décorée d’enluminures par les moines de l’abbaye de Saint-Martin de Tours, en France, sous le règne de Louis le Pieux, fils de Charlemagne, entre 820 et 843. Les moines de Tours travaillaient encore selon les directives de leur abbé décédé, Alcuin, le savant d’origine anglaise qui, sous Charlemagne, avait restauré les textes bibliques dans leur intégralité.

Il est presque certain que la Bible de Moutier-Grandval, dite de Tours ou d’Alcuin, a été offerte, déjà au IXe siècle, à l’abbaye de Moutier-Grandval, dans le Jura, en Suisse. Elle resta à Moutier jusqu’à la Réforme. Moutier étant alors devenu protestant, les chanoines, héritiers des moines, quittèrent cette localité en 1534, emportant la Bible, et s’installèrent dans la ville voisine, Delémont. Lorsque, deux siècles et demi plus tard, en 1792, les chanoines furent dispersés par la Révolution française, la Bible fut oubliée dans le galetas de leur maison capitulaire, à Delémont.

Issue d’un des centres de civilisation les plus prestigieux du haut moyen âge, la Bible dite d’Alcuin a été, au coeur du Jura, durant près de 1000 ans, génératrice de spiritualité, de culture et de goût artistique. Elle est l’objet par lequel le pays jurassien et son peuple ont touché à la civilisation. Malheureusement éloignée du Jura il y a 150 ans, elle mérite d’y retrouver sa place.

En 1821, des enfants découvrirent le livre, le remirent aux demoiselles Verdat, propriétaires de l’immeuble, qui le vendirent 25 batz à l’ancien maire de la ville, Alexis Bennot, lequel le céda pour 24 louis d’or à l’antiquaire bâlois de Speyr Passavant. Dès 1822, de Speyr Passavant promena la Bible de Moutier dans plusieurs pays d’Europe, en la faisant passer à tort pour la Bible qu’Alcuin avait offerte en cadeau à Charlemagne en l’an 801. Finalement, en 1836, l’antiquaire vendit le volume à la cour d’Angleterre pour 750 livres.

La Bible de Moutier-Grandval est déposée depuis lors au British Museum de Londres sous le nom de "Biblia sacra latina. Saec IX. Mus. Brit. iure emptionis. Mss. add. 10.546".

La Bible de Moutier-Grandval est haute de 53 cm et large de 40 cm. La reliure est décorée de repoussoirs en cuivre doré. Le texte a été écrit à la main par au moins 24 copistes. Les lettres employées, les minuscules carolingiennes, sont d’une lecture assez facile pour l’homme de notre temps. On compte 449 feuillets de parchemin assez fin, donc 898 pages. La langue employée est le latin. Le volume contient l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Les différents livres composant la Bible sont souvent introduits par une préface due à saint Jérôme. Quelques poèmes d’Alcuin sont ajoutés au texte sacré. (Jean-Louis Rais ancien Conservateur du Musée Jurassien. Delémont)


 

Sources :

 
http://www.moutier.ch/m-g2.htm#Crosse (Germain et Randoald)
http://resulb.ulb.ac.be/philo/serlifra/cilpr98/resumes/sect4/muller4.html (Grandval - faux)
http://www.psjb.ch/revue/textes/jdj/mil-26041999e.htm (Grandval - Jura historique)
http://www.moutier.ch/m-g.htm
http://www.moutier.ch/m-g2.htm#Crosse
http://www.vicques.ch/historique.htm
http://www.mont-blanc-leman.org/regions/communes/abondance/abondance/abbaye.html
http://www.321web.ch/baroche/admin/miecourt/patrim.htm
http://www.courtetelle.ch/historique.htm