ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE
 
-CLUNY
 
 
L' abbatiat d'Odilon (4)
(994-1049)

 


 

LA LITURGIE, LA COMMEMORATION DES MORTS
 

 
Pour célébrer dignement Dieu et ses saints, il faut une liturgie magnifique et bien ordonnée. Ce sera l'affaire de Cluny. La grande activité de Cluny, en effet, et ce dès l'abbatiat d'Odilon, c'est la liturgie. Elle est une sorte de carrefour entre les différents groupes qui composent l'Eglise, les laïcs et le clergé, séculier ou régulier, une société partagée en deux méta-groupes : Les vivants et les morts.

Dès 1030, Odilon instaure un jour de commémoration des morts, le 2 novembre, lendemain de la Toussaint. Les moines étaient à cette occasion une espèce de lien entre l'assemblée des fidèles et celle des anges. Pour chaque moine passé à trépas, à Cluny ou dans un autre couvent clunisien, ce sont pas moins de six fois cinq messes qui sont dites pendant trente jours soit...neuf cents messes ! Et tous les ans, une messe anniversaire était célébrée pour lui, à date régulière ! (voir aussi Galilée). Par ailleurs, des laïcs sont inscrits à titre de familiers au nécrologe clunisien.

Comme le système pénitentiel, le système commémoratif rapportait gros, ce dernier sous forme de prébendes, dont le nombre allait croître de manière colossale, richesse qui permettra de nourrir chaque année près d'une vingtaine de milliers de pauvres. Et quand viendra la grande famine de 1031, Odilon n'hésitera pas à vider les greniers du monastère et à vendre des ornements et des objets précieux pour venir en aide aux miséreux.

Concernant la gestion des morts, Cluny possède des reliques, comme tout monastère qui se respecte, surtout depuis l'époque carolingienne, nous l'avons vu. Cependant, Cluny, de par sa position de plus en plus névralgique, se voulant être une espèce de "voyage à Rome" bis, au sein de l'Occident chrétien, se devra d'en posséder beaucoup : Nombreuses sont les reliques acquises alors par Odilon dans ce but, et qui seront déposées à l'intérieur de différents écrins : celles des papes Marcel (avant 1027) et Grégoire (vers 1030), dans une châsse d'argent, une mèche de Mayeul dans un vase de verre, le bras de saint Maur (vers 1033), le lait de la Vierge dans des contenants encore différents. Dans des statues de saint Pierre (mais aussi d'autres saints et évêques) on enfermait aussi beaucoup de ces objets sacrés : morceaux de la sainte Croix, du vêtement de Marie, des corps de saint Pierre et de l'apôtre Jacques, etc... Ils venaient de partout : Terre Sainte, Rome, Santiago (en Espagne), mais aussi en Francie, à Paris, à Chalons : toute sorte de hauts-lieux du christianisme et qui permettent à Odilon de dessiner une géographie sacrée propre à s'inscrire, avec toutes les autres ordonnances liturgiques, à un programme spirituel de grande ampleur, pour faire battre à Cluny le coeur de la chrétienté.

 
LES COUTUMIERS
 

Pour des moines appartenant à une grande famille, mais dispersée aux quatre coins de l'Europe, il faut des us et coutumes cataloguées de manière à ce qu'ils puissent servir de référence dans tous les monastères clunisiens. Pour toute la société, il faut une historiographie et une hagiographie marquante, qui mettra en avant le prestige de l'abbaye.

C'est ainsi que, pour régir la vie dans tous les couvents clunisiens sur le même mode, on réunit des coutumes dans un ouvrage que nous appelons coutumier. Sous l'abbatiat d'Odilon, les moines terminent sûrement la rédaction du premier coutumier commencé à l'époque de Maïeul, exclusivement liturgique et que nous avons décrit précédemment.

Le deuxième coutumier de Cluny, commencé sous l'abbatiat d'Odilon (1027-1045) régit, quant à lui, la vie interne et externe du couvent (rapports avec les évêques, les rois, les empereurs) : c'est le Liber Tramitis, (le Livre du Chemin) ou Liber Tramitis aevi Odilonis. Il nous est connu par une copie de l'abbaye de Farfa, en Italie, les Consuetudines Farfenses.

 
HISTORIOGRAPHIE ET HAGIOGRAPHIE
 

 
Pour que Cluny soit un phare chrétien dans toute la société, il faut aussi une historiographie et une hagiographie marquante, qui mettra en avant le prestige de l'abbaye. L'hagiographie clunisienne, commencée juste après la mort de Maïeul, va renforcer l'identification de la communauté tout entière à son abbé. L'emploi des cartulaires, commencé par Odilon à la fin de son abbatiat, va progressivement proposer un catalogue exhaustif de biens, de privilèges, d'évènements historiques propres à démontrer le développement de la puissance de l'abbaye. L'historiographie de Cluny trouvera en Raoul Glaber (vers 980-1050) un savant ordonnateur, qui écrit ses Histoires (Historiae, finies vers 1048) en partie à Cluny et les dédie à Odilon.

L'œuvre personnelle d'Odilon "est riche de sermons qui manifestent sa dévotion eucharistique et mariale et de textes hagiographiques relatifs à saint Maïeul et à l'impératrice Adélaïde Peut-être lui doit-on également une épitaphe consacrant en l'empereur Otton le Grand un défenseur de la paix - idéal pour lequel Odilon a lutté toute sa vie, au point que l'on voit souvent en lui l'un des inspirateurs, autour de l'an mille, du mouvement de la paix de Dieu.* " N'avait-il pas coutume de dire :
"... ce n'est pas Dieu qui a fait les nobles, mais l'usurpation et la force brutale" ?

* texte extrait de la page web : http://www-droit.u-clermont1.fr/Recherche/CentresRecherche/Histoire/Gerhma/
clunydip.htm

Le prestige d'Odilon grandit et l'oblige à voyager beaucoup, entre 1035 et 1046, date à laquelle se rend à Rome auprès de l'empereur Henri III, voyage au retour duquel il s'éteint, à Souvigny, à l'âge de 86 ans.

 

Sources :

L'abbaye de Cluny, Centre de l'Occident médiéval, de Dominique Vingtain, aux éditions du patrimoine, 1998.

http://fsc.cluny.free.fr/sites/charlieu1.htm
http://www.voyageenfrance.com/index.php?dossier=image%2Fville%2Findex.php3%3Fville%3D%26departement%3D42
(Charlieu).
http://fsc.cluny.free.fr/sites/lavoute1.htm
 
 
 
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