ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE
 
-CLUNY
 
 
L' abbatiat d'Odilon
(994-1049)


 
Odilon de Mercœur est né en 961/962 en Auvergne, près de Lavoûte-Chilhac (Haute-Loire), d'une famille comtale. Il fit ses études au chapitre de Saint-Julien de Brioude, où il devint chanoine. Paralysé des jambes, la tradition veut qu'il obtienne la guérison de Marie et s'en aille en Bourgogne, convaincu par Maïeul de le suivre à Cluny, vers 990, où il se verra d'abord confier la charge des oblats, ces enfants confiés par leurs parents aux monastères.

Cinquième abbé de Cluny, Odilon fait prendre à la destinée de l'abbaye clunisienne un véritable tournant. De 980 et 1030, Cluny va étendre son autorité, non seulement en matière religieuse, mais aussi en matière civile. Elle continuera un temps de partager avec le comte le pouvoir judiciaire, puis l'exercera seule.

Contrairement à ses prédécesseurs, Odilon conserve le titre d'abbé de Cluny dans les monastères qu'il réforme. Par le biais de ses relations privilégiées avec Otton III, à qui il rend visite à Pavie en 997, il obtient pour son abbaye l'année suivante, du pape Grégoire V, un privilège d'exemption, qui précise en détail les biens détenus par le monastère, d'un côté des biens qu'on pourrait qualifier de seigneuriaux, villae et curtes, de l'autre des biens plus ecclésiastiques, églises, celles, monastères. Mais, par-dessus tout, c'est l'indépendance vis-à-vis des évêques que recherche Odilon, et qu'il obtiendra pour tous ses moines, ceux de l'abbaye mère, mais aussi ceux des abbayes-filles, qui ne dépendront plus du diocèse où ils se trouvent, mais dépendront de l'abbé de Cluny, lui-même ne relevant que du Saint-Siège :
" Nous décrétons, sous peine d'anathème pour les contrevenants, qu'aucun évêque, aucun membre de l'ordre sacerdotal, ne pourra venir dans votre vénérable couvent pour consacrer l'église, ordonner des prêtres et diacres et célébrer la messe sans y avoir été invité par l'abbé, et qu'il sera en revanche permis aux moines de recevoir les ordres là où il te plaira, à toi (Odilon) et à tes successeurs".

Jusqu'aux environs de 1015, l'abbatiat d'Odilon peut se voir comme une première période de développement de l'Ecclesia cluniacensis. Au départ, l'abbé de Cluny fonde de petits monastères alentour et en reçoit en donation. Les prieurés de Charolles et de Marcigny (Saône-et-Loire) dépendaient de l'ordre de Cluny, comme Paray-le-Monial, octroyé en 999 par Hugues, évêque d'Auxerre et comte de Chalon et dont la seconde abbatiale (dite Paray II) est sans doute érigée sur les plans d'Odilon, sur les rives de la Bourbince, et consacrée vers 1004. Il demeure tout de même deux choses de cette abbatiale, la tour sud et, flanquée aux deux tours, le narthex. Vous remarquerez que la tour nord (à gauche) est plus ouvragée et date probablement de l'église d'Hugues de Semur (dite Paray III), le successeur d'Odilon, celle que l'on admire aujourd'hui :

cliquer sur la tour sud pour en voir un détail.

Citons aussi Bourbon-Lancy, Mesvres, Mont-Saint-Vincent, Saint-Racho-les-Autun, La Voûte-Chilhac (Haute-Loire), Vaux-sur-Poligny (Jura).

A Cluny même, Odilon fait bâtir une avant-nef, dite narthex et plus spécialement, "Galilée", découverte par les fouilles archéologiques de K.J Conant (Cluny II).

Puis, c'est l'expansion géographique, naturellement dans le royaume de Bourgogne, mais aussi en Auvergne (terre natale d'Odilon), en Provence, dans les pays rhodaniens, avec la particularité du choix des abbés de Cluny de se situer près des grandes voies de communication, vers l'Italie (massifs du Jura et des Alpes) et vers l'Espagne surtout. Mais c'est dans l'Europe entière qu'Odilon tisse la toile clunisienne : N'entre t-il pas en relation avec Etienne II, le premier roi de Hongrie, couronné à Noël de l’an mil par le pape Sylvestre II, qui lui demande des livres pour sa nouvelle communauté. Le nouvel empereur d'Allemagne Henri Ier ne lui offre t-il pas, le jour de son sacre de 1014, un globe terrestre qu'il vient de recevoir ?
 

Développement de la famille clunisienne

 
Citons quelques fondations, en Bourgogne d'abord, dans le territoire occupé par la Suisse : le prieuré Saint-Victor de Genève, en Suisse actuelle (999), où Odilon aurait construit (ou reconstruit) des bâtiments conventuels, à l'exception de l'église, laissée en l'état. L'abbé de Cluny serait venu très fréquemment à Genève, au moins à l'occasion des visites attestées à Payerne et à Romainmôtier, mais aussi au cours de ses voyages à Rome. Toujours en Suisse, dans la région de Neufchâtel, le prieuré Saint-Pierre de Bevaix (998), fondé par un représentant de la haute noblesse, un certain Rodolphe, qui remet ce monastère, ses domaines et ses serfs, pratiquement l'ensemble du territoire bevaisan, les villages de Brot et de Saint-Martin et cinquante personnes avec leurs familles, le tout au pouvoir de l'abbé de Cluny et de ses successeurs.

Evoquons maintenant deux grands prieurés, toujours en Suisse. En premier lieu, la fondation royale de Romainmôtier, octroyée en 929 à Cluny du temps de l'abbé Odon. C'est sous l'abbatiat d'Odilon que commence la construction de l'abbatiale (devenue plus tard prieurale) :

 
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Prieurale de Romainmôtier (voir plan de l'église), parties du XIe siècle : de gauche à droite, extérieur de la nef, arcades et chapiteaux de la nef, chapiteau mystérieux du chevalier à l'escargot : Offre t-il ses services à l'abbaye?
 
Voir aussi : Galilée
 
 

Sources :

 
MARCEL PACAUT, A la fin du Xe et au début du XIe siècle, les mutations de l'ordre de Cluny de Mayeul à Odilon

http://www.hotelbasilique.com/images/basilic/silenci.jpg
http://www.romainmotier.ch/abbatiale/
http://www.picswiss.ch/Waadt/VD-17-4.html
http://bevaix.ne.ch/general.asp/3-0-47-1-1000-7-0/
http://apia.u-strasbg.fr/eikon/html/paray-le-monial.html
http://www.romainmotier.ch/abbatiale/AbbatialeLeft.html
 
 
 

 
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