ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
  -CLUNY
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L'abbatiat
d'ODON ( 927- 942 )
   Odon de Cluny lisant Virgile,
fresque de la bibliothèque du cloître baroque de Metten, Autriche, XVIIIe siècle.

 


La vie d'Odon de Lagery (Otto, Othon ou Eudes, 879/880 en Touraine - Tours, 18 novembre 942) nous est connue par son biographe Jean de Salerne, qu'il connut à Rome en 938 et qui le suivit à Cluny pour devenir moine à son tour. Odon est le fils d'un aristocrate militaire, probablement du Limousin, Abbon, et de sa femme Hildegarde, qui le consacrent à saint Martin de Tours, un des saints les plus vénérés de l'époque. Sa famille était liée à plusieurs grandes familles régnantes. Odon est, en effet, envoyé par ses parents à la Cour de Foulques II, comte d’Anjou, s'initier au métier des armes, puis à celle du duc d'Aquitaine, Guillaume II dit le Pieux, où il devait servir dans son administration. Cependant, une maladie met un frein à ces activités. Une violente douleur à la tête le prend par surprise, l'empêchant de se tenir debout. Cette maladie étrange lui cause de tels désagréments qu'il se croit à l'article de la mort et jure de servir saint Martin (que sa famille imagine être l'origine des maux, pour l'éprouver) toute sa vie s'il en réchappe. Il est finalement sauvé et prend alors l'habit de chanoine au chapitre de Saint-Martin de Tours. A Paris, ensuite, il est élève de Rémi (Remigius) d’Auxerre, qui lui apprend Virgile et la musique, à travers laquelle il fut le premier à donner à Cluny ses accents particuliers. De retour à Tours, il a la bonne fortune de recevoir du comte Foulque une prébende de chanoine à Saint-Martin, où il s'éprouve, concurremment à l'étude, par des actes d'austérité et de pénitence. C'est là qu'il compose un abrégé des Moralia in Job, de Grégoire le Grand.


À la suite de l'incendie de Saint-Martin et de son bourg monastique en 903 par les Normands, Odon est amené à quitter Tours. Mû par un désir de plus en plus grand d'ascétisme, il rejoint l'abbaye de Baume vers 905, dont Bernon était alors l'abbé. "C'était une des rares communautés, dit Jean de Salerne, où la vie régulière dans l'esprit de Benoît d’Aniane était scrupuleusement observée". Bernon s'attache rapidement à Odon, et lui confie d'abord la charge de l'école claustrale de Baume, avant de lui faire rejoindre la communauté de Cluny, où il entre vers 924/925, pour y prendre la tête après la mort de Bernon, en 927. Le testament de Bernon lui confie la direction de Cluny (pour laquelle il obtiendra plus de 80 donations), de Massay et de Déols du Bourg Dieu (près de Château-Raoul, aujourd'hui Châteauroux). Cet ancien chanoine de Saint-Martin de Tours est venu à Cluny, dit son biographe, avec une centaine d'ouvrages. C'est le point de départ, déjà important à l'époque, de la bibliothèque de Cluny, monastère où la culture tient une grande place dès le début, avec les maîtres à penser de l'école d’Auxerre, Haymon, Héric et Rémi, dont Odon a été l'élève à Paris. Tous les témoignages sont unanimes sur son charisme, unifiant sa sagesse, sa ferveur et son autorité.

Odon va aller plus loin que son prédécesseur en ce qui concerne le soutien papal à l'exemption de Cluny, mais aussi sa réforme, notamment dans le domaine liturgique et musical :
 
En 931, le pape Jean XI accorde, dans un privilège, à Cluny un droit de réforme permettant à son abbé de prendre en charge tout monastère à la demande d'un abbé laïc et d'accueillir tout moine dont le monastère refuse d'être réformé. Dès ce moment, Odon va être appelé à réformer et à prendre la tête d'un grand nombre de monastères. On retrouve ainsi Odon à la tête, entre autres, de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire), où il est appelé par son ami Hugues l'Abbé à restaurer la discipline monastique, de Saint-Julien de Tours, de Saint-Pierre-le-Vif à Sens, et d'autres monastères à Aurillac, Sauxillanges, Tulle, Limoges, Périgueux (936), Saint-Allyre de Clermont, Sarlat en Périgord, Ambierle dans la Loire (donnée à Cluny en 938), etc... Odon oeuvre beaucoup en Italie, entre 936 et 942. Le patrice de Rome, Albéric, lui demande de réformer l'abbaye de Farfa, en Italie, où sévissaient dépravations et crimes, mais aussi de tous les monastères autour de Rome, dont il le fait archimandrite (en particulier Sainte-Marie sur l'Aventin, qu'il fonde lui-même, Saint-Laurent, Subiaco (le monastère de Benoît de Nursie), Saint-Paul hors les murs : "Pendant qu'il était au couvent de Saint-Paul, à Rome, l'abbé Baudoin le supplia de faire des corrections et des observations au livre des Dialogues de la Vie de saint Martin, composé par Sulpice Sévère. Il acquiesça à sa prière et donna d'abord le volume à corriger à un autre religieux. Tandis qu'il y travaillait, on sonna l'office du soir, et, à l'instant même, pour obéir, à la règle, qui ordonne qu'alors on quitte tout, et même une lettre commencée, pour se rendre au chœur, notre saint ainsi que celui qui corrigeait sous lui, laissèrent le livre ouvert dans le lieu du travail, pour aller où la cloche les appelait. C'était en hiver, et il plut toute la nuit en telle abondance, que l'endroit où était ce livre en fut tout inondé. Cependant il ne fut mouillé qu'autour des marges, et l'on n'y trouva pas une seule lettre endommagée. On voulut lui attribuer cette merveille; mais il en référa toute la gloire au glorieux saint Martin, dont la vie était écrite en ce volume".
 
Il visite avec succès les abbayes de Pavie (Saint-Pierre au Ciel d'Or), Salerne, etc... C'est à la demande du seul pape honorable de cette époque, Léon VII, qu'à trois reprises, Odon dût se rendre à Rome pour y réconcilier le prince Albéric d'avec son gendre, Hugo (Hugues), roi des Lombards.

C'est au cours de son troisième voyage en Italie qu'Odon meurt, en 942.

En ce qui concerne la liturgie, Odon se montre encore plus strict que ne l'est déjà la règle réformée d'Aniane, déjà exigeante. Il instaure à Cluny la fête de Saint Martin de Tours, et ordonnance vraisemblablement son répertoire d'hymnes, basés sur des modèles tourangeaux. Musicien de talent, il composa des hymnes (l'incipit du Rex Christe, Martine iam Consul et Rex Christe, Martini decus/Martine, par apostolis, douze antiennes composées pour les fêtes de Saint-Martin-de-Tours est commandée par les chanoines de la ville. On ne connaît guère de traité de musique sous son nom, mais ses Collationes (Les Conférences, écrit à la demande de Turpion, évêque de Limoges, vers 926) donnent de précieuses indications sur l'idée qu'il s'en fait : au contraire de "cultiver la gorge" la musique doit se faire psalmodie pour sanctifier nos âmes, expulser nos mauvais désirs : nous avons là une parfaite illustration de l'évolution musicale qui préparera la réforme grégorienne.

Odon était cultivé et possédait des talents pour l'écriture. Parmi ses oeuvres, nous retiendrons surtout, en plus de ce que nous avons cité :

- Occupatio, une poésie épique sur l'histoire du salut depuis la Pentecôte (éditions Swoboda, 1900),
- Vita Sancti Geraldi Auriliacensis (La Vie de saint Géraud d'Aurillac), où il brosse le portrait du guerrier chrétien (souvenir de ses premières armes) et du Seigneur aussi puissant que juste, qui était son disciple et ami. Ouvrage écrit peu après la mort de Géraud, datant de 909, à la demande de Turpion, cité plus haut.
- Epitome (Les Epitomés, abrégés d'ouvrages antiques)
- Sermones (Les Sermons), à travers lesquels il insistait sur l'autorité des papes et des évêques, sur la chasteté, les rites de la liturgie qui participaient beaucoup à faire des moines des intimes du Christ, ces derniers se devant d'atteindre la béatitude, la félicité angélique selon lui (vita angelica) en sept étapes.
- Un récit de la translation du corps de Saint-Martin-de-Tours en Bourgogne.
 
 

Sources :

 
- http://www.newadvent.org/cathen/05785d.htm (réformation de Farfa)
- http://www.lepanto.org.br/HagOdon.html (biographie d'Odon en portugais)
- http://home.t-online.de/home/kloster_metten/bib30.jpg (Odon lisant Virgile)
 
 

 
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