ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
-ABBAYE
 
 
Art mérovingien
 
 
Enluminure
2ème partie
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DURROW-
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Les manuscrits, suite : Durrow
     


The Gospel Book ou Book of Durrow (L'Evangéliaire ou Livre de Durrow), Evangile de Jean, Dublin, Librairie du Trinity College, Ms. A.IV.5, fin VIIe siècle, 245 x 145 mm.



Le manuscrit d’origine anglo-saxonne le plus ancien et qui soit conservé aurait été rédigé vers 675 au monastère de Durrow, dépendant de l'abbaye de Durham, fondé vers 553 par un dénommé Columban, né vers 521 et autre que le Columban célèbre, fondateur de Luxeuil. Certains spécialistes penchent cependant pour Iona ou la Northumbrie, de par les similitudes constatées notamment entre le travail des couleurs et des motifs et celui des arts du métal anglo-saxons, en particulier les appliques émaillées des hanging bowls ou des œuvres cloisonnées, telles les épaulettes de Sutton Hoo, les motifs animaliers du ribbon style et le hiératisme des personnages, encore traités sans grand souci de réalisme, et qui plaiderait en faveur d’un travail anglo-saxon. Le colophon prétend que le scribe était Columban lui-même, et que le livre a été écrit en dans douze jours. C'est clairement impossible et on croit plutôt que le livre parvenu jusqu'à nous est une copie d'un manuscrit plus ancien, celui-là peut-être de la main même de Columban et non enluminé. C'était une relique si précieuse que le Roi Flann possédait vers 900 un cumdach (reliquaire) spécialement conçu pour sa conservation, mais qui a été perdu.


C'est un des plus anciens manuscrits comportant des pages entièrement couvertes d'ornements,
qui plus est très colorés : ce sont les fameuses pages dites "en tapis", comme nous l'avons évoqué plus haut, au chapitre de l'enluminure. Le manuscrit avait disparu au XVIe siècle, quand le monastère a été dissous, mais il a été retrouvé un siècle plus tard et donné au Collège de la Trinité. Cette sauvegarde tient du miracle, quand on sait qu'il avait appartenu le plus clair de cette période à un fermier local qui, l'ayant mis au fond d'un abreuvoir, avait l'espoir que cette divine cure guérissât les bêtes malades de son bétail !


L'ouvrage contient le texte des quatre Évangiles dans la version (latine) de la Vulgate, six pages "en tapis" et cinq autres complètement enluminées.
 
Le Livre de Durrow, comme, par exemple, les évangéliaires d'Echternach, de Lindisfarne ou de Lichfield (fin VIIe, début VIIIe siècle) est un exemple typique et parmi les plus beaux travaux des scriptoria irlandais du haut moyen-âge. C'est pourtant le premier manuscrit connu d'un texte chrétien décoré d'enluminures insulaires. Ses particularités sont les suivantes :

- les pages d’incipit

- les tables de canons

- des caryatides inversées avec, non plus des colonnes qui deviennent hommes, mais le contraire, ou alors, comme dans le livre de Durrow, saint Matthieu qui devient cloche. Le livre de Kells, que nous étudierons avec l'époque carlingienne présente aussi ce trait.

- la figuration des portraits d’évangélistes. C'est le premier livre insulaire connu représentant les quatre évangélistes, avec des symboles attribués à chacun d'eux, d'influence méditerranéenne. Ici, et c'est exceptionnel, les évangélistes n'ont ni ailes, ni halos, ni livres en main, ce qui confirme son caractère ancien pour ce type de production.

L'homme, pour Saint Matthieu, folio 21v :

Le lion pour Marc, folio 191v :

Le taureau pour Luc, folio 24v :

L'aigle pour Jean, folio 84v :

 

L'influence méditerraéenne y est présente, par exemple dans le folio 1v, qui présente pour la première fois une croix au beau milieu d'une page "en tapis" :

L'influence germanique, elle, se lit dans les entrelacs du folio 192v, en forme d'animaux : , mais certains folios sont typiquement irlandais :

 


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