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ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
- ABBAYE
 
ARTS
au temps des Mérovingiens
 
 
troisième
partie
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Arts
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Tissu
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Les témoignages fragiles


Le tissu Soie - scène de l'annonciation - VIIe siècle


Matière on ne peut plus périssable, le tissu ne parle pas beaucoup de la mode mérovingienne. Cependant, certains fragments de tissus ayant été en quelque sorte fossilisés au contact de métaux, on possède quelques informations sur les matières textiles qui étaient utilisées, leur trame, et parfois, les motifs décoratifs dont ils étaient ornés. Fort heureusement pour notre sujet, pour des raisons de conservation déjà évoquées, les deux exemples archéologiques célèbres ont été retrouvés dans deux abbayes :

 
- Parure de la reine Arégonde (ou Arégonde, vers 600, abbaye Saint-Denis)

Illustration de la répartition des objets de parure, à gauche, sur le squelette, à droite après reconstitution de l'ensemble de la parure. La parure se composait d’une chemise de fine toile de laine, d’une robe d’ottoman de soie violette s’arrêtant au-dessus des genoux, et d’un manteau de soie rouge sombre dont l’ouverture des manches portait une broderie de fils d’or en frise de rosettes.


Trésors de l'Abbaye de Chelles


Les pièces exceptionnelles présentées ci-dessous parlent de deux grandes dames de Neustrie. La première, Bathilde fut reine de Francie. Jeune esclave anglaise vendue sur le continent, elle fut achetée par le maire du Palais Erchinoald, qui ne l'épousa pas mais la donna en mariage àau jeune roi de Neustrie, Clovis II (+ 657). Bathilde devenue veuve, et régente du jeune Clotaire III, fonda pluisieurs abbayes. Celle de Chelles vit le jour au sein d'une villa royale, vers 658-659, un peu avant Corbie (vers 662). C'est à Chelles que la reine se retira et y mourut vers 680. Elle ne voulut pas être abbesse de son monastère mais désigna Bertille, née à Soissons vers 650 et qui devint moniale sous l'influence de saint Ouen. Elle entra au monastère de Jouarre où elle fut cellerière, avant d'être choisie par la reine pour être la première abbesse de Chelles. Elle y mourut vers 704, son corps y fut "élevé" peut-être au IXe siècle et ses restes ajoutés aux reliques de l'abbaye.
 
La sépulture de la reine Bathilde fait partie des trois sépultures royales mérovingiennes identifiées à ce jour : le roi Childéric, découverte à Tournai en 1653 et la reine Arnegonde en 1957 (fouilles de Michel Fleury à la basilique de l'ancienne abbaye Saint-Denis) .

Le corps de Bathilde fut mis en un sarcophage de pierre, à l'intérieur de la première abbatiale, dédiée à la Sainte-Croix. Son corps fut "élevé" en 833 par l'abbesse Hégilvide, qui fit transférer les restes de sa dépouille dans la nouvelle abbatiale Notre-Dame, construite peu avant 799 par l'abbesse Gisèle, soeur de Charlemagne. Conservés parmi les reliques de l'abbaye, ossements et parures nous sont parvenus en grande partie.


- Chasuble de la reine Bathilde († vers 680, abbaye de Chelles)
Détail de l'encolure de la chasuble» de la reine Bathilde, veuve de Clovis II, fondatrice de l’abbaye de Chelles († vers 680).

Cet habit fait partie des collections du musée municipal de cette ville, Alfred Bonno. La raison de ce vêtement nous est peut-être donnée par la Vita Eligii (La vie d'Eloi), qui raconte que Bathilde dut sacrifier ses bijoux sur l'ordre posthume de son confesseur, Eloi, "pour la plus grande révérence du Christ" et alors que la reine avait encore besoin du symbole de pouvoir que ces bijoux représentaient. Le vêtement aurait donc été brodé pour Bathilde, rappelant son rang royal tout en respectant les exigences d'humilité de saint Eloi.

Seul le devant de ce vêtement liturgique est conservé : il s’agit d’une pièce de lin en forme de T, sorte de "surtout" sans manches, sur lequel on a finement brodé, avec des fils de soie de différentes couleurs, la représentation très fidèle d’une somptueuse parure d’orfèvrerie d’origine byzantine, constituée de trois colliers. Le premier est simple, on en connaît de semblables dans le haut-moyen-âge méditerranéen. Le second est constitué de pierres serties en triangle, à la manière germanique. Il lui est rattaché une croix pectorale, gemmée et dont on connaît une copie, figurée sur la couverture d'or d'un évangéliaire offert au monastère de Monza, peu après l'an 600, par Théodelinde, reine des Lombards. Le troisième collier est un grand sautoir dont on ne quasiment pas la chaîne, alors que les médaillons qui y sont suspendus sont bien visibles, qui rappellent les médaillons précieux de la Lombardie du VIIe siècle : ainsi la fibule Castellani (British Museum) ou les boucles d'oreille lombardes de Senise. Le médaillon central montre des monstres affrontés autour de l'arbre de vie, comme sur le sarcophage de Théodata à Pavie (VIIIe siècle) ou une plaque du baptistère de Sigualdus à Cividale, antérieure à 737.


Tunique de l'abbesse Bertille, extrémité d'une manche (dont l'ourlet subsiste), ornée d'un galon tissé "aux tablettes" (effectué sur métier à tisser aux tablettes). Musée Alfred Bonno de Chelles.
 
C'est un vêtement qui fait encore une fois partie des sépultures de la reine Bathilde et de l'abbesse Bertille, qui fut ensevelie avec la tunique illustrée ici, à l'abbaye de Chelles. Les manches courtes, 30 cm, rapprochent ce vêtement de celui des moines égyptiens, à l'exception de sa qualité, le luxe de la soie utilisée pour l'abbesse de l'abbaye de Chelles, rappelant sa haute naissance, étant diamétralement opposé à la simplicité pénitencielle des ascètes orientaux.

Manteau de l'abbesse Bertille, après restauration, diamètre 2.50 m. Musée Alfred Bonno de Chelles.

Manteau de facture classique au haut moyen-âge, fermé en général par une fibule au milieu de la poitrine (exemple : plat d'argent du début du VIIe siècle représentant le mariage du roi David, trésor de Lampoussa, Kyrenia, Chypre; enluminures du Psautier de Stuttgart vers 820-830).

 


 
 
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