ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE

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Abbatiale de Müstair, fresque du martyre de saint Jean Baptiste, détail du roi Hérode (voir image 7)

 
-LES ARTS
AU TEMPS
DES CAROLINGIENS

 
 
-ARCHITECTURE
ALPESTRE (2)

MÜSTAIR (1)


Près de Tiefencastel et faisant partie de la commune d'Alvaschein, si les fresques les plus anciennes de l'abbaye Saint-Pierre de Mistail concerne la période romane, nous l'avons vu, Saint-Jean Baptiste de Müstair (ou Münster), dans les Grisons suisses, en revanche, qui deviendra un couvent de moniales au XIe-XIIe siècle (Saint-Jean des Soeurs) et qui est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1983, nous révèle un décor carolingien (vers 825) qui, nous l'avons dit, devait remplir l'abbatiale tout entière d'un livre d'images, en un véritable programme d'enseignement par l'image. Entendons-nous bien, cependant, sur la nature de cet enseignement. Les Grands de l'époque, nous en avons parlé ailleurs, bâtissent des monastères pour leur salut ou celui de leur lignée, certes, mais aussi pour entretenir, renforcer leurs liens matrimoniaux, leur légitimité politique ou, dans le cas qui nous occupe ici, contrôler des voies de communication. Ces préoccupations politiques se lisent dans la structure, l'organisation, mais aussi dans l'esthétique des lieux, qui peut receler aussi un message politique. En l'occurrence, à Müstair, les thèmes choisis font dire à Nicolò Rasmo* que la place importante que prend la figuration de la rébellion d'Absalon (ou Absalom) dans le cycle de David pourrait être le reflet d'une rébellion contre Louis le Pieux. D'autres historiens, cependant, pensent plutôt qu'il faut y voir, comme pour l'ensemble des fresques de Müstair, un message christique, ici l'infidélité du peuple juif envers le Messie, mais aussi la victoire de ce dernier contre les forces du Mal.
 

* Nicolò Rasmo (1909-1986), historien d'art, spécialiste du Trentin et du Haut-Adige. Ses principaux
ouvrages :
- Michele Pacher (1969), "Michael Pacher", 1435-1498, peintre et sculpteur Autrichien, connu notamment pour le fameux retable de Saint Wolfgang (Sankt Wolfgang).
- Affreschi medievali atesini (1971), "Les fresques médiévales atesini"
[sing. Atesino : de la région de l'Adige et parler frioulan].
- L'Età cavalleresca in Val d'Adige (1980)
"L'état chevaleresque dans la Vallée de l'Adige" .

Evoquons cette bande dessinée christologique par son essence, le Christ lui-même, placé dans l'abside centrale, très haut, en majesté, thème byzantin très prisé par l'époque carolingienne, que l'on songe seulement à l'éclatant exemple de Germigny-des-prés. C'est la Traditio Regis selon laquelle le Christ apparaît entre les Saints Pierre et Paul, remettant aux apôtres, par leur intermédiaire, la nouvelle loi. On ne s'étonnera donc pas qu'on ait placé au-dessous de cette Traditio l'histoire des deux saints que nous venons de citer.

2 -3 -4
 

Vue du plafond (2 ) et des trois absides du chevet (3), dont celle du centre comporte un médaillon autour du Christ, en majesté, dans une mandorle (4), surmontant le récit illustré par la fresque de la vie de saint Jean le Baptiste, à qui est dédié ce lieu :

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7. Le martyre de Jean-Baptiste, détail (autre détail image 1)
 

 

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