ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE
 
 
-LES ARTS
AU TEMPS
DES CAROLINGIENS

 
 
-ARCHITECTURE
ALPESTRE (1)


 

INRODUCTION


Une chose est certaine depuis quelques années : Le réchauffement ou le refroidissement qui a marqué par cycles climat des Alpes a eu une influence certaine sur l'histoire des populations alpines . C'est pendant une période de réchauffement qu'autour de l'an 800, les Carolingiens (Charlemagne en tête, depuis 773) s'est intéressé à ce carrefour stratégique de communication qu'était la Rhétie (Retia curiensis, issue de Raetia Prima). Comme les Rodolphiens et les princes de la Maison de Savoie chercheront à contrôler la route du Grand-Saint-Bernard en investissant dans des "postes" comme ceux de l'abbaye Saint-Maurice, dans le Valais. Comme l'évêque Tello, en 765, dotant sensiblement l'abbaye de Disentis pour le pouvoir des Victorides sur la voie menant à l'Oberalp et au Lukmanier. L'abbaye de Müstair, si richement décorée, dut son érection, vers 775, à un bien-fonds du fisc impérial, projet soutenu personnellement par Charlemagne : Ne devait-elle pas ces largesses en partie pour contrôler l'accès du col de l'Ofen (Ofenpass, voir carte plus haut) ?


Ceci étant dit, revenons à la Rhétie, cet episcopatus ou diocesis Curiensis, qui se confondait d'abord avec le diocèse de Coire (grosso modo le canton des Grisons auj.), formé vers le IVe siècle et dépendant de l'archevêché de Milan jusqu'au traité de Verdun (843) puis de l'archevêché de Mayence jusqu'en 1803/1818. Charlemagne, donc, y a imposé des évêques, des comtes francs, et c'est de cette période que date les plus anciens témoins architecturaux et artistiques, essentiellement dans la région des Grisons (Graubünden) :

 

MISTAIL et MUSTAIR


 
 
A cheval sur la Lotharingie et l'Italie de l'époque, mais enclavées dans l'une et l'autre, les abbatiales carolingiennes dont il est question ici, Mistail (ou Mustail, Monasterium puis Muster), Müstair (ou Muestair, auj. Münster) avec certitude, très probablement (car pas de vestiges carolingiens) Disentis , Pfäfers ou encore Schänis (809) , ont développé par cette situation particulière, un style très original, identifiable au premier coup d'oeil. De l'Italie, c'est sûr, Mustair et Mistail tirent leur chevet à triple absides (images 1 et 3)

Cependant, en Italie, ces églises se prolongent de même manière tripartite par leurs vaisseaux. En Rhétie, non, elles ne conservent qu'un vaisseau unique, très ramassé, très simplifié, typique des "églises-halles" de la région (mais la nef de l'abbatiale de Müstair sera divisée en trois à la période gothique). Pour cela, nous aurions tendance à voir l'influence germanique, résistant à ce développement des espaces cultuels que la Francie Orientale, longtemps conservatrice, refusera (au contraire des Francs de l'Ouest, plus "progressistes", nous l'avons vu dans le cas de Saint-Germain d'Auxerre). Plus généralement, le type architectural de ces églises est à rapprocher de celui des autres églises carolingiennes des régions alpestres : Reichenau et Saint-Gall, pour la région du lac de Constance, Mustair et Disentis pour les Grisons (et hors-cadre monastique : Saint-Benoît de Malles pour le Tyrol, Brescia pour le Haut-Adige).
 

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1. Abbatiale de Mistail, du IXe s, vue sur le chevet.

2. Mistail, vue intérieure du chevet et du départ de la nef. Les fresques du XVe siècle peuvent être vues en détail en cliquant sur l'image, avec :
- abside centrale, de haut en bas de gauche à droite : Christ en gloire dans une mandorle, apôtres, adoration des mages et mages.
- nef, côté nord, de droite à gauche : Christophore (du grec kristos phorein, porteur du Christ).
"La figure du saint christophore...est une création latine datant de la fin du XIIe siècle. Pourtant ce culte doit beaucoup à l’Antiquité et au monde grec. Et son développement durant la première partie du Moyen-âge est un des plus originaux.
En effet, saint Christophe n’a pas été de tout temps le géant porteur du Christ représenté désormais sur les médaillons d’automobile. Il a connu plusieurs identités. Et la première est la plus étrange : Christophe a été un saint cynocéphale, un homme à tête de chien ! Son culte en orient apparaît à la fin de l’Antiquité, vers le Ve siècle après J.-C., en Asie mineure. Il prospéra dans cette région et en Grèce sous l’empire byzantin."
extrait de : http://nausicaa13.free.fr/articles.php?lng=fr&pg=374 ; à sa gauche, un ensemble de trois illustrations avec Saint Gall, dédicace de l'abbatiale et Christ jardinier, image intéressante pour les détails agricoles.
 

3. Vue générale de l'est avec l'abbatiale de Müstair et la tour Planta, avec ses créneaux en queue d'hirondelle. Ladite tour n'a pas été érigée à la fin du XVe siècle par l’abbesse Angelina Planta, comme on l'a longtemps cru, mais servait déjà d’habitation et de défense au Xe siècle (957). C'est une des plus vieilles constructions civiles en Europe encore debout et les historiens des châteaux forts ne connaissent pas de construction équivalente. Elle a été rénovée pour abriter le musée de l'abbaye. Ce qu'il reste de l'ancienne résidence épiscopale du XIe siècle abrite désormais la double chapelle dédiée aux saints Ulrich et Nicolas.
4. Plan de l'abbaye de Müstair numérisé par Acheotech S.A
Source : http://www.archeotech.ch/mustair/tests/index.htmlindex.html
 

MISTAIL

Eglise et ancien couvent de femmes dans la comm. d'Alvaschein. Ce couvent épiscopal fut fondé avant 806, probablement à l'initiative des sœurs de Cazis. On le trouve sous le nom Sororibus ad Impidines (d'après le Ministerium Impetinis carolingien de la région de l'Albula) à la fin du IXe s., Uapitines en 926, Prades avant mars 954, Monasterium en 1290/1298. L'église actuelle à trois absides (dédiée à saint Pierre en 926) fut construite vers 800 sur des édifices antérieurs, à la chronologie incertaine. Des restes de fresques remontent à l'époque de sa fondation. Le couvent fut supprimé entre 1096 et 1154. L'évêque Adelgott fit ensuite don de l'église, avec les métairies de Prada (comm. Tiefencastel), Savognin et Latsch (comm. Bergün), aux prémontrés de Saint-Lucius à Coire. L'église, le domaine de Prada et celui de Savognin revinrent en 1282 à l'évêché, qui plaça l'administration de ces biens sous l'obédience d'un vidomnat, inféodé à la famille de Marmels en 1386. Le xenodochium sancti Petri, mentionné en 831, dépendait probablement aussi de Mistail. Cet hospice, différent de celui du col du Septimer, se trouvait vraisemblablement dans les environs du couvent. Contrairement à ce qu'avancent d'anciens travaux, l'église conventuelle de Mistail n'est pas identique à la première église de la vallée de l'Albula (et probablement de l'Oberhalbstein). Toutefois, Mistail semble avoir servi de chapelle funéraire à la paroisse de Tiefencastel. On a retrouvé des tombes du haut Moyen Age, taillées dans l'ardoise, au nord de l'église actuelle, ainsi qu'un petit mausolée voûté au sud-ouest. Après la suppression du couvent, l'église garda le droit de sépulture, d'abord apparemment pour toute la vallée de l'Albula, puis jusqu'en 1679 pour la commune d'Alvaschein, déjà propriétaire de l'église en 1397(nouvelle consécration). Datables du tournant du XVe s., les fresques de l'abside principale et de la paroi nord, le clocher et la sacristie ont probablement été réalisés à l'occasion de cet événement. Au nord de l'église se trouvent des vestiges d'édifices conventuels. A l'ouest du sanctuaire, une partie des fondements de l'atrium s'est effondrée dans le ravin de l'Albula.
 

 

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