ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE
 
 
-LES ARTS
AU TEMPS
DES CAROLINGIENS

 

crypte archéologique de l'abbaye

 
-ARCHITECTURE
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Saint-Germain-d'Auxerre

 


 

En Francie Occidentale, les Carolingiens ont subdivisé le chevet unique en différents espaces permettant la circulation permanente des dévots dans la crypte, autour des reliques des saints, mais aussi du choeur, permettant aussi la multiplication des messes dans les chapelles latérales. Les autels sont ainsi concentrés dans la partie orientale de l'église, au lieu d'y être disséminés en divers points de celle-ci. L'ensemble n'est pas encore harmonieux, il faudra attendre pour cela le développement du déambulatoire en demi-cercle ouvrant sur des chapelles rayonnantes, au milieu du XIe siècle. Cela transforme tout de même efficacement l'organisation quotidienne du culte dans les grandes abbatiales, pendant que les Francs orientaux resteront un certain temps attaché aux traditions du temps de Charlemagne, comme nous le montre l'exemple de l'abbatiale de Kornelimünster (anciennement Inden), abbaye fondée par Benoît d'Aniane en 814 et dont les vestiges ont été retrouvés en 1959 sous l'actuel édifice, qui date de la fin du XIIIe siècle :

Le petit oratoire fondé au Ve siècle par Saint-Germain, évêque d'Auxerre, était dédicacé à saint Maurice d’Agaune, construit sur le plan même de l'abbatiale de Saint-Maurice d'Agaune. Germain mourut en 448, à Ravenne et son corps ramené à Auxerre pour reposer dans l’oratoire. Vers 500, la reine Clotilde (Clothilde) entreprend de construire une église plus importante sur le tombeau du saint, très visité : c'est la première basilique Saint-Germain.
"Vers 840 Conrad, oncle de Charles le Chauve et sans doute abbé laïc de Saint-Germain, perd peu à peu la vue. Alors qu'aucun remède ne parvient à le soulager il décide d'invoquer l'intercession de Germain. Une nuit d'insomnie alors que la douleur se faisait plus vive, il vient se prosterner en prières auprès du tombeau du saint. Il y trouve des herbes qu'il s'applique longuement sur les yeux et retrouve alors la lumière. Miraculeusement guéri, il veut aussitôt marquer sa reconnaissance envers Germain en faisant reconstruire et amplifier son sanctuaire. Conrad confie à sa femme Adelaïde le soin de mener à bien l'entreprise."

Extrait de :
http://www.auxerre.culture.gouv.fr/culture/arcnat/auxerre/fr/his/pag/car_gue.htm

Des deux niveaux élevés par Conrad entre 841 et 859, il n'en reste plus qu'un aujourd'hui que le niveau des cryptes (dites "Saintes Grottes"), l'étage supérieur ayant disparu suite aux reconstructions gothiques de l'abbatiale (choeur au XIIIe). La recherche métrologique nous a révélé quatre unités principales de mesures utilisées dans les cryptes successives de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre :
- Le pied romain (297 mm)
- pied carolingien (353 mm)
- pied royal (325 mm)
- reprises de soutènement (343 mm)

La crypte est construite autour du cénotaphe (ou sarcophage) de saint Germain, tombeau installé dans un espace à trois nefs, appelé "confession" (confessio) où offices et eucharistie avaient lieu. Murs, voûtes, médaillons, clefs de voûte, voûtains [section de voute], intrados, culs-de-four, etc...que ce soit dans les oratoires ou les cubiculii (voir plus loin) ont conservé de nombreuses peintures, qui marquent indiscutablement le retour de la figuration, très délaissée depuis la fin de l'antiquité romaine, source inépuisable des thèmes (décors des chapiteaux et des fresques) et des symboles (codification des personnages). Il ne s'agissait pas de simples ajouts décoratifs mais de faire de l'église un grand livre ouvert sur la foi, lisible par tous, un vrai programme théologique. En cela, l'époque carolingienne a suivi l'enseignement de Grégoire le Grand, pour qui la peinture des églises devaient être le livre des illettrés.

Les scènes les mieux conservées sont celles de la chapelle Saint- Etienne. Elles illustrent le martyre de saint Étienne, premier martyr chrétien, selon le texte du Livre des Actes : 6 et 7). D'autres scènes très abîmées illustrent, dans une chapelle qui porte leur nom, le couronnement des évêques Laurent et Vincent par le Christ, thème oriental très connu. On trouve aussi des figures épiscopales dans les cubiculii (plur. de cubiculum : chambre à coucher, chambre funéraire), que les archéologues nomment maintenant "cubicules d'angle", après René Louis. Ces derniers sont situés aux extrémités est de la confession et rappellent les pontifes successeurs de Germain et inhumés à ses côtés

Visitez la crypte en cliquant sur les icônes :

 
 
L'Extase
Au centre de face Étienne nimbé et revêtu de la dalmatique se tient les paumes ouvertes. Son regard fixe et lointain illustre le passage des Actes des apôtres où il est dit qu'il voit le Christ siégeant dans les cieux à la droite de Dieu. Au second plan, de part et d'autre d'Étienne, neuf personnages dont certains portent le bâton de commandement des juges convergent vers le saint. Plusieurs d'entre eux tiennent leur main droite serrée sur une pierre et préfigurent ainsi la dernière scène de la lapidation.
 
 
confession, avec architraves analysées par dendrochronologie, voûte en berceau et cénotaphe de saint Germain.
 
 
 
(saint etienne)
http://www.flickr.com/photos/54748097@N00/2185624352
http://www.repro-tableaux.com/a/auxerre-st-germain.html&mpos=1000
 
http://home.nordnet.fr/~ajuhel/Weyl/weyl_D5_R5.html
 
http://cards.geneanet.org/pics/carte/normal/m/michelraimbault193.jpg (chambre)

NOTES
 

Livre des Actes
 
Chapitre 6
1 Or en ces jours-là, le nombre des disciples se multipliant, il s'éleva un murmure des Hellénistes* contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service journalier.
2 Et les douze, ayant appelé la multitude des disciples, dirent : Il ne convient pas que, laissant la parole de Dieu, nous servions aux tables.
3 Jetez donc les yeux, frères, sur sept hommes d’entre vous, qui aient un [bon] témoignage, pleins de l'Esprit Saint et de sagesse, que nous établirons sur cette affaire.
4 Et, pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole.
5 Et ce discours plut à toute la multitude ; et ils choisirent Étienne, homme plein de foi et de l'Esprit Saint, et Philippe, et Prochore, et Nicanor, et Timon, et Parménas, et
6 Nicolas, prosélyte d'Antioche, qu'ils présentèrent aux apôtres ; et, après avoir prié, ils leur imposèrent les mains.
- v. 1 : Hellénistes : juifs de culture grecque ayant vécu hors de Palestine ; Hébreux : Juifs de Palestine.
7 Et la parole de Dieu croissait, et le nombre des disciples se multipliait beaucoup dans Jérusalem, et une grande foule de sacrificateurs obéissait à la foi.
8 Or Étienne, plein de grâce et de puissance, faisait parmi le peuple des prodiges et de grands miracles*.
9 Et quelques-uns de la synagogue appelée des Libertins*, et des Cyrénéens, et des Alexandrins, et de ceux de Cilicie et d'Asie, se levèrent, disputant contre Étienne.
10 Et ils ne pouvaient pas résister à la sagesse et à l'Esprit par lequel il parlait.
11 Alors ils subornèrent des hommes qui disaient : Nous l'avons ouï proférant des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu.
12 Et ils soulevèrent le peuple et les anciens et les scribes ; et tombant sur lui, ils l'enlevèrent et l'amenèrent devant le sanhédrin.
13 Et ils présentèrent de faux témoins qui disaient : Cet homme ne cesse pas de proférer des paroles contre le saint lieu et contre la loi ;
14 car nous l'avons entendu dire que ce Jésus le Nazaréen* détruira ce lieu-ci, et changera les coutumes que Moïse nous a enseignées.
15 Et tous ceux qui étaient assis dans le sanhédrin, ayant leurs yeux arrêtés sur lui, virent son visage comme le visage d'un ange.
- v. 8 : litt.: signes. - v. 9 : ou : des Affranchis. - v. 14 : ou : que Jésus ce Nazaréen
 
Chapitre 7
 
1 Et le souverain sacrificateur dit : ? Ces choses sont-elles ainsi ?
2 Et il dit : Hommes frères et pères*, écoutez : Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham, lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu'il habitât en Charan, et il lui dit :
3 Sors de ton pays et de ta parenté, et viens au pays que je te montrerai.
4 Alors, sortant du pays des Chaldéens, il habita en Charan ; et de là, après que son père fut mort, Dieu le fit passer dans ce pays où vous habitez maintenant.
5 Et il ne lui donna pas d'héritage dans ce pays, pas même où poser son pied, et il lui promit de le lui donner en possession, et à sa postérité après lui, alors qu'il n'avait point d'enfant.lapidation
6 Et Dieu parla ainsi : " Sa postérité séjournera dans une terre étrangère, et on l'asservira et on la maltraitera pendant quatre cents ans ;
7 et je jugerai, moi, la nation à laquelle ils auront été asservis, dit Dieu ; et après cela ils sortiront et me serviront en ce lieu-ci "[Genèse 15:13-16].
8 Et il lui donna l'alliance de la circoncision ; et ainsi Abraham engendra Isaac et le circoncit le huitième jour ; et Isaac, Jacob ; et Jacob, les douze patriarches.
9 Et les patriarches, étant pleins d'envie contre Joseph, le vendirent [pour être mené] en Égypte ; et Dieu était avec lui ;
10 et il le délivra de toutes ses afflictions, et lui fit trouver grâce et sagesse auprès du pharaon, roi d'Égypte ; et il l'établit gouverneur sur l’Égypte et sur toute sa maison.
11 Or il survint une famine dans tout le pays d’Égypte et en Canaan, et une grande détresse, et nos pères ne trouvèrent pas de nourriture.
12 Et Jacob, ayant ouï dire qu'il y avait du blé en Égypte, y envoya une première fois nos pères ;
13 et, la seconde fois, Joseph fut reconnu de ses frères, et la famille de Joseph fut connue du pharaon.
14 Et Joseph envoya chercher son père Jacob et toute sa parenté, en [tout] soixante-quinze âmes.
15 Et Jacob descendit en Égypte ; et il mourut, lui et nos pères ;
16 et ils furent transportés à Sichem, et mis dans le sépulcre qu'Abraham avait acheté à prix d'argent des fils d'Emmor, le [père] de Sichem.
- v. 2 : hébraïsme pour : Frères et pères
17 Mais comme le temps de la promesse que Dieu avait promise à Abraham, approchait, le peuple s'accrut et se multiplia en Égypte,
18 jusqu'à ce qu'il se leva un autre roi sur l’Égypte, qui ne connaissait pas Joseph.
19 Celui-ci, usant de ruse contre notre race, maltraita les pères jusqu'à leur faire exposer leurs enfants pour qu'ils ne demeurassent pas en vie.
20 En ce temps-là naquit Moïse, et il était divinement beau*; et il fut nourri trois mois dans la maison du père.
21 Mais, ayant été exposé, la fille du pharaon l'emporta, et l'éleva pour elle, afin qu’il fût son fils.
22 Et Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Egyptiens ; et il était puissant dans ses paroles et dans ses actions.
23 Mais quand il fut parvenu à l'âge de quarante ans, il lui vint au cœur de visiter ses frères, les fils d'Israël ;
24 et voyant l'un d'eux à qui l'on faisait tort, il le défendit, et vengea l'opprimé, en frappant l'Égyptien.
25 Or il croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main, mais ils ne le comprirent point.
26 Et le jour suivant, il se montra à eux comme ils se battaient ; et il les engagea à la paix, disant : Vous êtes frères ; pourquoi vous faites-vous tort l’un à l'autre ?
27 Mais celui qui faisait tort à son prochain, le repoussa, disant : Qui t'a établi chef et juge sur nous ?
28 Veux-tu me tuer, toi, comme tu tuas hier l'Égyptien ?
29 Et Moïse s'enfuit à cette parole, et fut étranger dans le pays de Madian, où il engendra deux fils.
30 Et, quarante ans s'étant écoulés, un ange lui apparut au désert de la montagne de Sinaï, dans la flamme de feu d'un buisson.
31 Et Moïse, voyant cela, fut étonné de la vision ; et comme il approchait pour regarder*, une voix du *Seigneur se fit [entendre] :
32 Moi, je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d'Abraham, et d'Isaac, et de Jacob. Et Moïse, devenu tout tremblant, n'osait regarder.
33 Et le *Seigneur lui dit : Délie les sandales de tes pieds ; car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte.
34 J'ai vu, j'ai vu l'oppression de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu leur gémissement, et je suis descendu pour les délivrer ; et maintenant viens, je t'enverrai en Égypte*.
35 Ce Moïse qu'ils avaient rejeté, disant : Qui t'a établi chef et juge ? celui-là, Dieu l'a envoyé pour chef et pour libérateur, par la main de l'ange qui lui était apparu au buisson.
36 C'est lui qui les conduisit dehors, en faisant des prodiges et des miracles* dans le pays d'Égypte, et dans la mer Rouge, et au désert pendant quarante ans.
37 C'est ce Moïse qui a dit aux fils d'Israël : Dieu vous suscitera d'entre vos frères un prophète comme moi ; [écoutez-le] *.
38 C'est lui qui fut dans l'assemblée au désert, avec l'ange qui lui parlait sur la montagne de Sinaï, et avec nos pères ; qui reçut des oracles vivants pour nous les donner ;
39 auquel nos pères ne voulurent pas être soumis ; mais ils le repoussèrent et retournèrent de leur cœur en Égypte, disant à Aaron :
40 Fais-nous des dieux qui aillent devant nous, car, quant à ce Moïse qui nous a conduits hors du pays d'Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé.
41 Et ils firent en ces jours-là un veau, et offrirent un sacrifice à l'idole, et se réjouirent dans les œuvres de leurs mains.
42 Et Dieu se retourna, et les livra au service* de l'armée du ciel, ainsi qu'il est écrit au livre des prophètes : " M'avez-vous offert des bêtes égorgées et des sacrifices pendant quarante ans dans le désert, maison d'Israël ?
43 Et vous avez porté le tabernacle de Moloch et l'étoile de votre dieu Remphan, les figures que vous avez faites pour leur rendre hommage ; et je vous transporterai au delà de Babylone " [Amos 5:25-27].
- v. 20 : litt.: beau à Dieu. - v. 31 : plutôt : se rendre compte. - v. 34 : voir Exode 3. - v. 36 : litt.: signes. - v. 37 : voir Deutéronome 18:15. - v. 42 : c. à d. au culte.
44 Nos pères avaient le tabernacle du témoignage dans le désert, comme avait ordonné celui qui avait dit à Moïse de le faire selon le modèle qu'il avait vu.
45 Et nos pères, l'ayant reçu, l'introduisirent avec Josué, en prenant possession des nations que Dieu chassa de devant la face de nos pères, jusqu'aux jours de David,
46 qui trouva grâce devant Dieu, et qui demanda de trouver un tabernacle pour le Dieu de Jacob.
47 Mais Salomon lui bâtit une maison.
48 Mais le Très-haut* n'habite point dans des [demeures] faites de main ; selon que dit le prophète :
49 " Le ciel est mon trône, et la terre est le marchepied de mes pieds. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le *Seigneur, et quel sera le lieu de mon repos ?
50 Ma main n'a-t-elle pas fait toutes ces choses ? " [Ésaïe 66:1-2].
- v. 48 : ce mot Très-haut traduit le mot hébreu Élion ; voir Genèse 14:18.
51 Gens de col roide et incirconcis de cœur et d'oreilles, vous résistez toujours à l'Esprit Saint - comme vos pères, vous aussi.
52 Lequel des prophètes vos pères n'ont-ils pas persécuté ? Et ils ont tué ceux qui ont prédit la* venue du Juste, lequel maintenant vous, vous avez livré et mis à mort,
53 vous qui avez reçu la loi par la disposition* des anges, et qui ne l'avez point gardée...
- v. 52 : litt.: concernant la. - v. 53 : ou : l’ordonnance, le commandement ; comparer Galates 3:19 et Hébreux 2:2.
54 En entendant ces choses, ils frémissaient de rage dans leurs cœurs, et ils grinçaient les dents contre lui.
55 Mais lui, étant plein de l'Esprit Saint, et ayant les yeux attachés sur le ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu ;
56 et il dit : Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu.
57 Et criant à haute voix, ils bouchèrent leurs oreilles, et d'un commun accord se précipitèrent sur lui ;
58 et l'ayant poussé hors de la ville, ils le lapidaient ; et les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme appelé Saul.
59 Et ils lapidaient Étienne, qui priait* et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit.
60 Et s'étant mis à genoux, il cria à haute voix : Seigneur, ne leur impute point ce péché.

extrait de :
http://www.jclife.org/bible/nt05_actes.htm#ch.7 (extraits du Livre des Actes)

 
Plan des cryptes, extrait de Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, de Barthélemy Henry Waast, 1853. Avec légende, dont : tombeaux de saint Germain, évêque d'Auxerre, Loup; Théodose, Romains, Eleuthère, Alod, Urse, Christianus (Chrétien), Betto (Betton), Ethérus (Ethère), Aunaire, Didier, Optat, évêques d'Auxerre, saints Sanctinus et Nemotien, prêtres, sainte Maxime, vierge, saints Fraterne, Abbon, Censoir (Censure), Héribald, évêques d'Auxerre, saints Félix et Moré, enfants martyrs, saint Géraut, évêque, autels de saint Germain, Eutrope, Benoît, sainte Maxime, Marie de Consolat, Marie des Anges, saints Laurent et Vincent martyrs, sainte Trinité.
 
RENE LOUIS

 

"Deux événements archéologiques de première importance ont rendu notre département familier au monde cultivé durant ce siècle : la découverte des plus anciennes fresques françaises à Auxerre et celles des sources thermales des Fontaines-Salées. Ces deux révélations sont dues au même savant : René Louis. Universitaire et érudit, cet Auxerrois demeuré fidèle à sa ville tout au long de sa vie, a su puiser dans les traditions culturelles du département pour nourrir et vivifier ses intuitions de chercheur. Né à Auxerre en 1906 dans une famille de sept enfants, il partage son enfance entre le chef-lieu et la maison de sa grand-mère à Dampierre-sous-Bouhy ; si c'est au collège de Gien qu'il accomplit ses études secondaires fondées sur une solide connaissance du grec et du latin, lorsqu'il lui faut aborder la Sorbonne, c'est à l'amitié de l'organiste auxerrois Paul Berthier qu'il doit d'être hébergé à la manécanterie des Petits Chanteurs à la croix de bois où il sera répétiteur tout en préparant ses diplômes (1928-1931). Epris de chant liturgique et de musique chorale, René Louis connaît alors une existence qui n'est pas sans rappeler celle de l'abbé Lebœuf (1687-1760), son ancêtre en archéologie médiévale, chantre à la cathédrale d'Auxerre.
Durant l'été 1927, à peine âgé de 21 ans, il entreprend des fouilles sous l'ancienne église Saint-Pèlerin. Et il met au jour l'abside et le sanctuaire de la cathédrale primitive d'Auxerre.
C'est alors qu'un libraire local lui commande un modeste guide de l'église et des cryptes de Saint-Germain, « douze pages au maximum ». Le jeune chercheur est bientôt familier de ce monde souterrain alors ouvert à tout vent mais négligé des visiteurs. Il sait que le sanctuaire remonte à l'époque carolingienne, un temps où les peintres rehaussaient de fresques les sculptures. Armé d'un tranchet de cordonnier, mu par une intuition fébrile, il fait sauter les multiples couches de badigeon accumulées sur les murs.
Après trois jours apparaissent les fresques de la vie de saint Étienne (850), jusqu'à ce jour les plus anciennes connues en France. L'importance de la découverte est immédiatement saluée par tous les savants. Cependant, agrégé de grammaire, c'est à l'épopée médiévale que René Louis entend désormais se consacrer, à un cycle de poèmes dont le héros est Girard, un grand féodal gouverneur de Bourgogne et de Provence révolté contre le roi Charles le Chauve et fondateur des abbayes de Pothières et de Vézelay.Il remarque que, dans une version du XIIè siècle, des épisodes se situent dans les paysages bien réels de la Bourgogne du Nord. Notamment la bataille décisive au lieu dit « Vaubeton ». Grâce aux anciens toponymes et à des dictons recueillis auprès des villageois, René Louis identifie ce lieu dans la vallée de la Cure, entre Saint-Père et Pierre-Perthuis. Le poème fait allusion à la destruction d'un ancien château. Guidé par les gens de Saint-Père, il entreprend des fouilles et le « château » du poème se révèle être les restes de thermes gallo-romains. Il mobilise toute une équipe d'archéologues et fonde en 1935 la Société des fouilles archéologiques et des monuments historiques de l'Yonne. Les campagnes menées aux Fontaines-Salées, surtout de 1934 à 1937, vont peu à peu révéler leurs richesses : non seulement des thermes qui ont connu leur apogée sous les Antonins (1er siècle après J.-C.) mais également tout un ensemble de sanctuaires celtiques et plus anciennement un système de captage des eaux minérales vieux d'environ 3 000 ans. En septembre 1935, lors d'un congrès à Vézelay, P-E. Flandin entraîne Winston Churchill sur ce site qui fait l'étonnement du monde entier. René Louis poursuit sa carrière de savant doublée de celle d'un professeur au verbe prenant, entouré de disciples enthousiastes dont certains conduisent des recherches sur les églises primitives d'Auxerre. Ni les ans ni la cécité ne ralentissent ses activités. Ce musicien conserve une conception polyphonique de la recherche. Pour ressusciter le très lointain passé, il faut prêter l'oreille aux échos de toutes les rumeurs, interroger tous les témoignages, déceler toutes les traces : monuments, sculptures, littérature, épigraphie, folklore, étymologies, proverbes, lieux dits... Bien avant qu'elle ne soit sur toutes les lèvres, René Louis pratique avec talent et fruit la pluridisciplinarité. Icaunais, il a su faire parler la terre de ses ancêtres et redonner vie aux fastes de l'époque carolingienne, quand Auxerre rayonnait par ses églises et ses écoles, Auxerre où il s'éteint en 1991"

texte et image extraits de :
http://livrerobertpioche.site.voila.fr/page1.html



Sources

"L'art du Haut Moyen-Age" de Piotr Skubiszewski, Pochothèque, édition de la Librairie Générale Française, 1998

 
http://www.wfu.edu/~titus/stgermain.htm (plan St Germain d'Auxerre)
http://www.cem-auxerre.fr/site/IMG/pdf/yon_mag_juin_99.pdf
http://www.thais.it/architettura/romanica/schede/scm_00018_uk.htm (St Germain d'Auxerre, confession 2)
http://pagesperso-orange.fr/orthodoxie/textes/feteStEtienne.html (Lapidation de Saint Etienne)
http://www.auxerre.culture.gouv.fr/fr/
 

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