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ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

- ABATTAGE
  --------- Sylviculture-----
 
 
La culture itinérante

 


 


Introduction

 
 
 
 
 
"La culture itinérante" est un terme désignant une forme d'agriculture pratiquée dans les forêts tropicales, parfois par des populations sédentaires, mais le plus souvent, par des populations semi-nomades. Elle consiste à abattre une aire de forêt primaire ou secondaire, que souvent on brûlera avant d'y installer des cultures de subsistance (maïs, sorgho, manioc, ignames, bananes, taro, etc...). Les agriculteurs sur brûlis ont souvent été associés à l'abattage et aux incendies détruisant les forêts primaires, mais la plupart des cultures sur brûlis se font aujourd'hui dans des forêts secondaires (et même dans des prairies). Les opérations préparant la culture forment l'essartage. Selon le type de végétation abattue pour l'essart, l'essartage est "pionnier" (abattage de vieilles forêts primaires de type climacique avec retour à la friche après épuisement des sols) ou "cyclique" (abattis de forêts secondaires, remaniées avec jachère en rotation).
Ces opérations ont lieu à la saison sèche et se rapportent d'abord au défrichage (buissons, arbrisseaux, broussailles, etc...) et à l'abattage proprement dit des arbres, coupés généralement à 1 mètre du sol, et dont les branches sont dispersées. On trouve, cependant, de par le monde, des pratiques un peu différentes d'abattage. Au Gabon, par exemple, on trouve la pratique de l'abattage en hauteur. L'abatteur grimpe sur l'arbre à abattre à une certaine hauteur. Il n'y a encore pas si longtemps, l'abattage s'y faisait à la hache, par 3 à 5 bûcherons perchés sur un échafaudage de fortune afin de frapper au dessus des contreforts de l'arbre.
Un peu avant la saison des pluies, idéalement, les cultivateurs itinérants mettent le feu au terrain ainsi préparé. Cette méthode est appelée "culture sur brûlis" (mais aussi "écobuage", ou encore "culture sur essarts"), l'abattage et le brûlage sur place de la végétation permettant d'enrichir le sol de leurs cendres, surtout quand les pluies succèdent immédiatement au brûlis.
"Les systèmes de culture itinérante possèdent une longue histoire (Olofson,
1981 ; Brady, 1996 ; Jinfeng, 1996 ; ZuoXiong, 1996). En Chine ancienne, par
exemple, leur pratique remonte à 6000 av. J.-C., si ce n’est plus tôt (JiangGe &
XiSheng, 1996). Les systèmes traditionnels de culture sur brûlis sont reconnus dans
la documentation comme durables s’ils s’accompagnent de périodes de jachère et
de conditions démographiques appropriées. On estime que 10 à 20 années ou plus
de jachère sont nécessaires pour prévenir l’érosion des sols et la perte de fertilité
et d’équilibre hydrique, ainsi que pour permettre la régénération de la forêt
*
(Bahuchet, 1996 ; Brady, 1996). Ces conditions sont généralement associées à des
densités de population inférieures à 20 personnes par km2 (Boserup, 1965)."

extrait de http://www.odifpeg.org.uk/francais/publications/rdfn/21/rdfn-21a-francais.pdf

* (Note de l'encyclopédiste) Hypothèse basse, quand d'autres spécialistes affirment qu'il faut souvent entre 50 à 100 ans pour reconstituer une forêt sur un terrain défriché.

 
Les parcelles ainsi cultivées ne réclament pas de bétail ni de soins intensifs : Un simple bâton, parfois une houe, enfouissent graines et tubercules superficiellement. Quand la parcelle a épuisé ses réserves d'origine (2 ou 3 ans en moyenne), manquant de fumure, elle devient infertile. On l'abandonne ou on la met en jachère pour des périodes variables, traditionnellement d'une dizaine à une vingtaine d'années, pendant lesquelles la forêt se reconstitue, et on se met à nouveau à la recherche d'une nouveau bout de forêt à grignoter.
 
Nous illustrerons cette pratique par l'exemple des Tawahkas du Honduras :

"Une fois la zone sélectionnée, les sous-bois sont défrichés à la machette autour des grands arbres. Quelques jours plus tard le paysan revient avec une hache pour abattre les arbres restants en groupes. Les arbres de petit gabarit sont d'abord partiellement entaillés mais laissés sur pied tandis que les plus grands sont complètement abattus afin qu'ils entraînent les plus petits dans leur chute. Les paysans mesurent leur habilité au nombre d'arbres qu'ils peuvent abattre simultanément de cette manière. Dans certains cas, le champ entier peut être dégagé ainsi. Quelques arbres de très grand gabarit sont parfois gardés dans le champ et protégés par pare-feu. Cela consiste à abattre les gaulis environnants en les faisant tomber vers l'extérieur pour qu'ils encerclent le grand arbre à protéger. Lors de la transformation d'une aire forestière en un champ, ils passent plus de temps à abattre à la hache qu'à défricher à la machette. C'est l'inverse qui se produit pour les parcelles laissées en jachère, quel qu'en soit l'âge, mais s'il s'agit d'une jachère récente, le défrichement à la machette suffira. Les champs sont défrichés à la saison sèche, la plupart des paysans laissant les sous-bois et les arbres abattus sécher pendant une période allant de trois semaines à un mois avant le brûlis. Ils prennent grand soin de ne pas propager le feu au reste de la forêt au moyen de pare-feux consistant à abattre les arbres aux bords du champ de sorte qu'ils tombent vers l'intérieur, la rangée de troncs parallèles créant ainsi un intervalle entre les cimes combustibles et la lisière de la forêt."

extrait cité plus haut

Si le terme de "culture itinérante" est souvent assimilé à celui de "culture itinérante sur brûlis", en raison du fait que la culture itinérante dans les forêts tropicales se conjugue le plus souvent avec la méthode du brûlis, il y a des exceptions qui ne permettent pas de les confondre absolument. En effet :
"(...) dans plusieurs zones à très forte pluviosité, l'abattis n'est pas suivi de brûlage. On parle alors de slash and mulch [abattis et compost] pour distinguer ce procédé du slash and burn [abattis et brûlis]. C'est le cas des groupes Ok, qui tuent les arbres (en brûlant les racines par exemple) pour faire tomber les feuilles, mais ne les abattent pas [PENA 1983:169[11] ], plantant les taros dans la litière non perturbée de la forêt ; ainsi le sol est-il couvert d'un épais compost humide de feuilles, écorces et bois décomposé qui protège le sol contre les fortes pluies, empêche la repousse des mauvaises herbes et augmente la fertilité en empêchant le tassement du sol [Hyndmann et Morren 1990].
En Asie, l'essartage sur forêt inondée pour la production de riz n'est pas rare. Trois types d'agriculture se distinguent selon les plantes cultivées :
- les plantes à multiplication végétative, tubercules (manioc, ignames, taros, patate douce), fruits à cuire (bananier plantain),
- les céréales, maïs, riz pluvial, riz irrigué,
L'association des deux :
- en Afrique, l'association la plus fréquente est celle du maïs interplanté avec les tubercules et les bananiers,
- en Asie, la parcelle de riz pluvial peut être replantée en manioc après la moisson et de nombreux riziculteurs ajoutent à leurs rizières inondées des essarts complémentaires plantés en tubercules (Philippines - Bornéo),
- en Amérique, association de manioc et de riz pluvial, auxquels succèdent les bananiers."

http://www.europarl.eu.int/workingpapers/agri/s5-8-2_fr.htm
 

Les sociétés traditionnelles

 
On accuse souvent la culture itinérante de bien des maux, comme l'érosion, la déforestation, la destruction de l'écosystème, etc... Nous allons voir que la réponse à ce problème est complexe. En guise d'introduction, écoutons la voix de Paul House du département de botanique de l'université de Reading, au Royaume-Uni :

"L'image d'arbres abattus et calcinés, prélude à la conversion d'anciennes forêts ombrophiles en pâturages ouverts et permanents toujours plus nombreux, est devenue l'une des visions les plus pathétiques de notre ère. On évoque souvent la nature soi-disant irrationnelle de l'agriculture itinérante pour expliquer la transformation destructrice des forêts en zones agricoles dégradées. L'agriculture est ainsi progressivement devenue synonyme de destruction des forêts dans les tropiques. Pourtant, divers peuples indigènes pratiquent l'agriculture dans les forêts tropicales ombrophiles du monde depuis des milliers d'années et celles-ci sont restées pratiquement intactes jusqu'à une date récente de notre siècle. Les pratiques
agricoles de l'un de ces groupes autochtones de paysans forestiers, les Tawahkas honduriens, apportent la preuve que l'agriculture peut être durable sans endommager irréparablement la forêt. Une comparaison avec les pratiques des paysans immigrants voisins (les campesinos) démontre que ce n'est pas l'agriculture en soi qui entraîne la transformation permanente des forêts à d'autres fins d'exploitation, mais plutôt un manque de connaissances combiné à d'autres facteurs extérieurs"


extrait de http://www.odifpeg.org.uk/francais/publications/rdfn/21/rdfn-21a-francais.pdf

 
Les populations des forêts tropicales du monde entier pratiquent, en effet, la culture itinérante depuis des temps immémoriaux, non seulement sans dommage pour les forêts qu'ils occupent, mais encore, en la régénérant. Pour illustrer cela, il est nécessaire de s'attarder s'attarder un peu sur le lien existentiel qui relie l'homme et la forêt tropicale. L'homme habite la forêt et la forêt l'habite aussi. Il y a donc un grand respect de cet homme envers cette mère nourricière qu'il connaît parfaitement, protège, révère parfois. Dès le début de son histoire avec la forêt, l'homme des tropiques scelle symboliquement sa relation, à l'instar des Beti du Cameroun :

"Selon Leplaideur (1985), l’appropriation d’un nouveau territoire était symboliquement marquée par la défécation du chef dans un trou creusé dans la terre afin de désigner les frontières naturelles du nouveau territoire. A l’intérieur du mvog, c’était le ‘droit de hache’ – le droit d’abattre des arbres – et les droits d’usufruit qui devenaient alors le signe d’acquisition de la terre. Le droit de hache dépassait largement les limites internes du mvog. Il représentait la confirmation des droits collectifs des premiers occupants et constituait (aujourd’hui encore) un ‘droit constitutionnel’ dans le sens qu’il était universellement reconnu par les voisins comme par les tiers, sauf en période de guerre. Afin d’être reconnu constitutionnellement, la désignation d’un territoire démarqué par ses frontières naturelles (fleuves, montagnes, etc.) devait être confirmée par la délimitation physique de ce territoire à travers des symboles d’occupation humaine et d’usage productif. C’était principalement en défrichant des terres que les populations établissaient leurs droits d’utilisation sur une ou des zones de terres forestières. Entant que premier acte d’agriculture forestière, le droit de hache symbolisait ainsi l’acquisition d’une terre par le fondateur d’une lignée. Dans d’autres régions d’Afrique, le droit de hache pouvait être remplacé par le ‘droit de feu’, comme c’était le cas chez les lamanats de Senegambia (associé à une déforestation massive au moyen âge). Presque partout, ces droits pouvaient toutefois être supplantés parle ‘droit indiscutable’ de la conquête."

extrait de http://www.odifpeg.org.uk/francais/publications/rdfn/21/rdfn-21e-francais.pdf

Cette appropriation de la forêt ne se fait pas de n'importe quelle manière dans les sociétés traditionnelles. Ces populations dépendent entièrement de l'univers végétal dans lequel ils vivent et leur intérêt a toujours été de respecter son intégrité. Les hommes des forêts tropicales mettent donc à profit des connaissances accumulées depuis des siècles pour entretenir la symbiose de l'homme et de la forêt. Dans de nombreuses régions, le grands arbres ne peuvent être abattus que sur avis, comme à Bornéo (Vayda 1979, Chin 1985). Lors de l'abattage, on laisse alors en place les arbres trop gros ou trop durs (pour les maisons, les canots), ainsi que des arbres utiles, à fruit et noix, à abeilles ou à bois précieux (pour les pirogues, les poteaux de maisons).

Des recherches ont, par ailleurs, été faites sur l'impact de la culture sur brûlis sur la régénération des forêts, qui incitent à la prudence, quant au jugement que l'on veut porter sur les pratiques de l'agroforesterie tropicale. Au Mexique, par exemple, Brent M. Rutherford, professeur à la Faculté des études environnementales de l'Université de York, a étudié les pratiques agricoles des fermiers Maya de des forêts sèches de Quintana Roo. "Sa recherche était centrée sur la régénération des forêts à la suite des pratiques agricoles des fermiers Maya à Quintana Roo, au Mexique. Plus de 10,000 arbres ont été étudiés dans des lotissements d'arbres dont l'âge varie de 1 à 18 ans. Alors que les experts croient généralement que les arbres requièrent des graines viables pour se reproduire dans les sols sablonneux, on constate que, dans la forêt sèche de Quintana Roo, plus de la moitié des arbres se reproduisent végétativement. C'est-à-dire que, à la suite des pratiques d'abattage et de brûlis d'une agriculture à court terme, les arbres se sont reproduits à partir de tiges poussant à même les troncs d'arbres ou de couronne de racines. Les activités du stage étaient concentrées sur la traduction de la nomenclature de la terminologie maya en biologie. Cela a permis l'identification des familles et espèces qui dont le mode de reproduction sont par graines obligatoires, végétatifs obligatoires, et celles qui semblent se reproduire selon les deux modes. On a également étudié la structure cladistique des groupes de familles et l'impact que les pratiques en agriculture ont sur la diversité."

extrait de http://www.iicacan.org/pdf/Annual_Report_2000_f.pdf

Un autre aspect, très important, de l'expertise ancestrale des populations pratiquant la culture itinérante, est leur pratique de la jachère sur de longues périodes, la mise en recrû forestier restaurant année après année les qualités du sol. "Nombreux sont les chercheurs, de Condominas (1957) à De Koninck (1997 et 1999) en passant par Boulbet (1975), Dove (1983), Rambo (1995), Thrupp et al (1997), qui soulèvent à quel point l'agriculture itinérante, si décriée par les États d'Asie du Sud-Est, peut au contraire jouer un rôle de régénération de la forêt tropicale, à condition que des temps de jachère suffisamment longs soient respectés."

extrait de http://www.unites.uqam.ca/vertigo/art3vol3n1/y_roche_r_de-koninck.html

 
De nombreux cultivateurs autochtones défrichent de moins en moins la forêt primaire, qui s'amenuise fortemement, mais plutôt la forêt secondaire, cultivant des terres pour produire des récoltes annuelles et laissant le plus souvent les champs se régénérer naturellement. Les durées de jachères vont du moyen au long terme. Des chercheurs travaillant sur les populations Semai et Tepah Semai du Vietnam affirment : "Une friche de 12 ans permet la régénération d'une forêt véritable et est cruciale pour la refertilisation du sol (Semai, Dentan 1979, Tapah Semai, très acculturés, Gomes 1991). La taille et la valeur des parcelles est fonction de la nature de la forêt : en forêt secondaire on peut planter le quart ou la moitié de ce qu'on plante dans une parcelle obtenue de forêt primaire."

extrait de http://www.iicacan.org/pdf/Annual_Report_2000_f.pdf

Les exemples de populations pratiquant ces méthodes ancestrales sont nombreux et vont des indiens Kayapos de l’Amazonie brésilienne (Posey, 1985) aux indiens Kwaikers des forêts ombrophiles de la côte Pacifique en Colombie et en Equateur (Ceron, 1987), en passant par les Solis de Zambie centrale (Chidumayo, 1988), les Chitemene de Zambie du Nord (Araki, 1993) et divers groupes au Laos du Nord, Philippines, Inde, Malaisie, Papouasie-Nouvelle-
Guinée ou Bornéo, où les Iban prouvent, dans les vallées de Sarawak , qu'ils habitent continûment depuis trois siècles, leur système agricole rotatif à jachères ne mène pas inéluctablement à une déforestation et une évolution en prairies [cf. PADOCH 1982].

Par ailleurs, dans la culture itinérante traditionnelle, "la jachère n'est jamais réellement abandonnée. On y chasse, on y cueille des plantes sauvages, fournissant des légumes et des fruits, et les produits de plantes cultivées implantées auparavant. On y ramasse du bois mort et des matériaux de construction, on l'enrichit fréquemment en y implantant ou en privilégiant des arbres utiles. Les niveaux d'intégration des arbres dans le système agricole sont divers, mais dans tous les cas, il importe de conserver des arbres parvenus à maturité qui produiront les fruits et les semences nécessaires à la repousse du couvert forestier. Ainsi, c'est une "gestion durable" de la forêt qui est pratiquée de façon traditionnelle."

extrait de http://www.europarl.eu.int/workingpapers/agri/s5-8-2_fr.htm


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