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ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
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ABATTAGE
 
 
Sylviculture
 
-
-DEFORESTATION
.
L'abattage commercial---
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abattage d'un okoumé

 


 


 
Introduction

Le déboisement des forêts tropicales réalisé par des sociétés industrielles ou des gouvernements à des fins spéculatives ne représenterait qu'un volume d''abattage de 4 à 10 % des arbres, mais ce chiffre est loin de représenter la réalité des dégâts causés indirectement par cet abattage et qui sont nombreux. Ces minimas correspondent, en effet, aux abattages prévus, alors que chaque abattage, mais aussi de nombreuses opérations le précédant et le suivant, est un facteur de destruction de la forêt. Avant d'analyser ces causes aggravantes de déforestation, nous pouvons déjà jeter un coup d'oeil parlant au tableau ci-après :

 

 

 

 Recensement des dommages
d'abattage et de débardage

Massif du Chaillu au sud du Congo, à la frontière du Gabon.

 


Nombre d'arbres endommagés ...

 

Abattage

Débardage

Total

...par hectare de zone exploitée

/ha

17.3

11.5

28.8

...par arbre abattu

/arbre

17.7

11.8

29.5

...per m3 de volume exploité*

/m3

3.0

2.0

5.0

* Volume net après tronçonnager

 

 

 

 

 

On ne sera donc pas surpris d'apprendre qu'"à la fin des années 1980, 99% de la totalité du bois tropical était soumis à une exploitation impitoyable, selon une étude de l'Organisation Internationale du bois de construction tropical (ITTO)".

Citons ici quelque exemples de par le monde, qui illustrent dramatiquement cette situation, extraits, sauf mention supplémentaire, de la page web http://www.artisans-du-monde.org/bois.htm :

- En Papouasie Nouvelle-Guinée, "le taux de destruction approche souvent les 80% - ne laissant qu'un cinquième de la végétation après abattage (Notons que les statistiques de la FAO classent une forêt comme détruite uniquement si plus de 90% de la végétation a disparu)."
 
- Au Sarawak (île de Bornéo, Malaisie), et ce "à la fin des années 1980, 99% de la totalité du bois tropical était soumis à une exploitation impitoyable, selon une étude de l'Organisation Internationale du bois de construction tropical (ITTO) (...) la cause majeure réside plutôt dans la rentabilité commerciale de l'espèce la plus présente dans la région, le Dipterocarpaceae (connu dans le commerce sous le nom de Meranti). Pratiquement, tous les arbres d'un diamètre suffisant peuvent être abattus, ce qui signifie en moyenne 8 à 10 arbres par hectare. (...)Pendant les années fastes, les entreprises de bois familiales sino-malaises (qui s'entendaient bien avec les politiciens malais), ont accumulé leur richesse et ont investi massivement dans des équipements à haute capacité d'abattage. Tout ce matériel ne pouvait pas rester inutilisé. Leurs tracteurs à chenilles et autres camions grondent donc aujourd'hui dans des pays comme la Papouasie-Nouvelle-Guinée.(...) ...l'Etat fédéral de Sarawak a acquis sa notoriété grâce à la résistance des peuples indigènes Penan contre les entreprises du bois. Ce peuple anciennement nomade s'est installé dans la forêt humide et a défendu ses intérêts par des blocus et d'autres actions non-violentes. Leur résistance a été réprimée par des moyens militaires de plus en plus durs."
 
- en Indonésie, le niveau d’exploitation soutenable n’est que de 23 millions de m3 par an, alors que ce sont 70 millions de m3 qui sont prélevés actuellement. Ou encore en Guinée équatoriale, où 780.000 m3 disparaissent chaque année, alors que le niveau d’exploitation soutenable est de 400.000 m3.
 
- "L'abattage sélectif dans les régions d'Afrique à forte densité de population n'aboutit pas à une sylviculture durable parce qu'après l'abattage, ces régions déboisées attirent l'immigration. C'est pour cette raison que l'Afrique de l'Ouest a perdu la presque totalité de ses forêts et que l'économie du secteur du bois se concentre aujourd'hui en Afrique Centrale. (...) Récemment, de plus en plus d'entreprises du Sud-est asiatique ont demandé des concessions en Afrique. Elles désirent approvisionner leurs marchés domestiques en grandes quantités de bois pour la production de papier et de carton principalement. L'analyse du cas du Cameroun révèle qu'elles utilisent beaucoup plus d'espèces, ce qui aboutit souvent en une déforestation presque totale."
 
- "Jusqu´à la fin des années 70, on considérait que la déforestation au Brésil était un problème mineur qui avait un impact local limité. Cependant, la situation a changé de façon spectaculaire. Au cours des 20 années qui ont suivi, 50 millions d´hectares de forêts ont été défrichés dans les États de Rondônia, Pará, Amazonas, Mato Grosso et Acre, ce qui représente près de 14 p. 100 de la forêt amazonienne brésilienne. La déforestation à cette échelle n´a aucun précédent".

extrait de http://www.rcfa-cfan.org/


"Au Brésil, l'attention internationale s'est concentrée sur l'abattage illégal de bois mahogany [acajou, NDE] dans les réserves d'Indiens, mais l'économie du secteur du bois n'est pas ici une cause significative de la déforestation.
Cependant, les choses changent. A nouveau, les groupes du Sud-est asiatique ont acquis de larges concessions au Brésil. Partout où l'abattage a commencé, les procédures habituelles sont répétées : grâce à d'importants investissements en capital, le maximum de bois est enlevé en un minimum de temps. Les pratiques de ces conglomérats étrangers ont forcé l'industrie nationale du bois, relativement peu développée, à coopérer avec les protecteurs brésiliens de l'environnement. Grâce à l'insistance des protecteurs de l'environnement, on assiste à des opérations modestes de manière à pouvoir se positionner contre les "étrangers" et leurs prétendues "pratiques forestières durables"."
 

"De nombreuses peuplades indigènes dont la culture repose sur la forêt, s'opposent à l'abattage commercial des arbres. Par conséquent, l'appel au boycott a été soutenu dans le Sud tant par les représentants des peuples indigènes que par les groupes de protection de l'environnement (...) Les commerçants du bois ont défendu "que l'abattage était bénéfique pour les forêts. Ils soutiennent que, parce que les forêts sont utiles, elles sont précieuses et doivent être protégées. Ils prétendent que les principales raisons de la destruction ne sont pas à chercher dans le commerce du bois mais plutôt dans les besoins en terres agricoles des populations sans terre. La pauvreté et la surpopulation sont les sources du problème. Les commerçants du bois préconisent alors le développement économique comme seule solution et concluent que ce développement résulte des revenus des ventes internationales de bois.
Le commerce du bois est toutefois incapable de fournir la preuve que la plupart des bois tropicaux sont le résultat d'une gestion forestière "appropriée", qui prévoit la régénération des forêts et des conditions durables de vie pour les populations locales."
 
 

Pendant l'abattage


Les arbres que l'on abat dans les forêts tropicales pour le commerce de leur bois sont des arbres de grande maturité, dominant la forêt par la hauteur de leur fût et l'ampleur de leur couronne. Ces géants, en se couchant, laissent un grand vide dans le couvert forestier et cause des dégradations importantes aux autres arbres. Sachant que "la chute d'un grand arbre crée un chablis de 50x30 m, celle de 10% des arbres d'un secteur détruit au moins 55% des autres arbres. Ceci signifie qu'après l'extraction de 10% des arbres, seulement 35% de la végétation subsiste."

 
extrait de http://lucy.ukc.ac.uk/Sonja/RF/Frpr/prfr_t.htm
 
"L'entreprise allemande Glunz, par exemple, ou sa filiale Isoroi au Gabon, n'abat d'habitude que deux okumes par hectare (un des bois utilisés pour la bibliothèque nationale française*). Pour deux arbres, c'est en moyenne un hectare qui doit être dégagé pour créer des allées et faciliter le transport. Le taux de destruction est donc élevé par rapport au rendement. Des ingérences à grande échelle peuvent également avoir des effets considérables sur le gibier, à cause, notamment, de la chasse illégale mais nécessaire à l'approvisionnement des camps de bûcherons".
 
extrait de http://www.artisans-du-monde.org
 
* La nouvelle bibliothèque nationale de France (BNF) à Paris, inaugurée par le Président Mitterrand fin 1995, a ainsi utilisé :
- de l'ipe du Brésil pour la réalisation d'un patio de 6 hectares
- de 110.000 m² d'ocume du Gabon pour les stores
- de l'afzelia du Cameroun pour le parquet des vastes halls.
 

 
On évoquera à ce sujet la présence de lianes passant au travers des couronnes de différents arbres, qui causent à l'abattage de l'un d'entre-eux différentes blessures : écorce abîmée, couronne endommagée et déracinement. Les dégâts occasionnés à l'écorce et à la couronne peuvent provoquer la pourriture du bois et les attaques d'insectes. On suppose que les dommages liés à la couronne diminue sensiblement la vitalité de l'arbre. Un arbre est considéré comme ayant des dégâts de couronne lorsqu'on observe sur celle-ci une cassure importante. Par ailleurs, un arbre partiellement déraciné ne se régénère pas totalement et cet arbre est considéré comme commercialement non productif :

jeune okoumé partiellement déraciné

Une grande étude sur les activités d’exploitation forestière de la Compagnie Forestière du Cameroun (C.F.C) dans la concession qui lui a été octroyée en 1996 nous instruit sur les problèmes induits par l'abattage commercial des arbres :

"L’arbre en tombant, meurtrit, abat et écrase un certain nombre de tiges situées dans sa direction de chute. Ces tiges sont généralement de petit diamètre (10-40 cm). On observe aussi des bris et chablis qui sont essentiellement provoqués par l’écrasement du houppier sur le sol, le fût glissant sur les obstacles. Les dimensions et la forme des houppiers des arbres exploités (Sapelli, Assamela, Iroko, Tali, Sipo) dans la concession de C.F.C. sont très variables. On peut cependant approximativement estimer que selon les espèces et la taille des arbres, ils varient entre 10 et 25 mètres de hauteur et de 15 à 35 mètres de largeur et retenir une superficie moyenne de 250 m2. Par ailleurs, la presque totalité des dégâts causés au sous-bois et à l’étage dominé est le fait des grosses branches. Une partie seulement du houppier crée dans sa chute une ouverture durable du couvert. Les trouées ainsi provoquées dans le couvert forestier consécutives à l’abattage des arbres exploitées créent un nouveau type de végétation. Il a, en effet, été constaté que l’ouverture du houppier induisait une régénération naturelle abondante d’arbres de lumière à l’instar du Fraké, de l’Eyong et du Ricinodendron aux dépens des espèces ombrophiles. C’est dire qu’à long terme se produira un changement de faciès de la forêt concernée."

extrait de http://www.forestsmonitor.org/reports/sandrine/impact-e.htm

Autour de l'abattage


Il faut dire un mot des machines utilisées pour exploiter les arbres, et qui entrent pour une bonne part dans la destruction des forêts tropicales, comme les bulldozers, les niveleuses, ou les débusqueuses de grumes, pour évacuer le bois coupé et bâtir des routes. Les sols, érodés par le passage des machines d'abattage ou de débardage, peuvent aussi abîmer les arbres :

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de gauche à droite : altération du sol sur une piste de débardage et par okoumé agressé lors d'une opération de débardage.


Ces problèmes peuvent être limités en appliquant mieux les techniques d'abattage bien dirigé, avec marquage permanent. D'autre part :
"les pratiques courantes pourraient être sensiblement améliorées en ce qui concerne l'érosion et la pollution de l'eau et ce, en évitant l'abattage à travers les cours d'eau ou dans les zones marécageuses. Ceci pourrait s'avérer difficile sur les terrains escarpés mais dans la plupart des cas les arbres pourraient être abattus latéralement ou en suivant les lignes de contour. Ceci protégerait non seulement l'eau, mais limiterait les dégâts occasionnés à la grume qui surviennent quelques fois lors d'un tronçonnage difficile sur les terrains accidentés." (...)
L'utilisation de grumes dérivant d'un arbre devrait toujours être déterminée avant de procéder à l'abattage. Une sélection plus appropriée des arbres à exploiter, réduirait le volume des pertes et augmenterait la rentabilité des opérations de transport. Les impacts d'ordre environnemental et la rentabilité de l'exploitation s'améliorent d'une façon certaine, lorsque les arbres qui sont en grande partie inutilisables, en raison de dégradations ou de mauvaise qualité, sont laissés intacts dans la forêt. Ceci requiert une évaluation détaillée de l'offre et de la demande forêt/scierie, les normes de qualité bien définies, un suivi et un lien de communication permanents entre la scierie et la forêt".
 

textes exraits de : http://www.fao.org/docrep/w5796f/w5796f00.htm#TopOfPage

"La deuxième étape d’un programme d’aménagement, est d’en déterminer les objectifs. Il appartient aux institutions de réguler l’ensemble, en s’assurant que les politiques d’aménagement du territoire, les législations foncières prendront en compte les intérêts de chacun, dans un contexte équitable de partage des ressources. Il convient aussi de responsabiliser les villageois, les usagers directs de la forêt. Au Cameroun, à Dimako, cela conduit les chercheurs à tester de nouvelles techniques d’aménagement qui respectent les droits de chasse, l’exploitation de certains produits non ligneux, les essences ou les arbres importants pour l’économie paysanne. La gestion des ressources forestières ainsi transférée aux communautés rurales devient un facteur de développement.
 
La troisième étape consiste à prévoir dans le temps et dans l’espace un plan de gestion. Ce plan s’appuie sur des cartes précises, délimitant des parcelles où peuvent se pratiquer des coupes et des opérations sylvicoles telles que le repeuplement. A Madagascar, avec l’appui des communautés rurales, a été testé avec succès le principe des aires protégées. D’importants projets pilotes sont en place dans sept pays du bassin du Congo, sur 340.000 hectares."

extrait de http://www.jhuccp.org/prf/fm13/fm13chap4_4.stm

"Dans son programme écoforestier, le centre austra-lien d'information sur les forêts humides (RIC) établit des contrats avec les communautés de Papouasie-Nouvelle-Guinée et des Iles Salomon. Il sponsorise des scieries mobiles et des cycles de formation appropriés. La communauté s'engage, quant à elle, à empêcher les entreprises du bois d'entrer sur leur terre. Elle promet également de respecter les règles suivantes de gestion des forêts :
- la terre sera divisée en trois zones: une zone pour la technique agricole du brûlis, une zone de forêt gérée économiquement et une zone de stricte conservation;
- l'abattage du bois sera précédé d'un plan de gestion des forêts basé sur un inventaire;
- un maximum de 10 arbres par hectare pourra être abattu;
- aucune espèce (surtout les espèces rares) ne pourra être utilisée de manière excessive;
- des pratiques soigneuses d'abattage devront être appliquées (les arbres non abattus doivent être protégés. Les arbres ne peuvent pas tomber les uns sur les autres);
- le cycle d'abattage sera de 15 à 30 ans, avec une attention particulière portée au rajeunissement;
- aucun engin ou moyen de transport lourd ne sera utilisé. Il n'y aura pas de routes dans les forêts;
- les bûches doivent être débitées sur place au moyen de scies portables;
- les machines et le bois seront transportés à pied.
Le bois est acheté par des entreprises européennes ou australiennes à un prix supérieur au prix du marché, le profit à la stère de bois coupé étant donc plusieurs fois supérieur à ce qu'il aurait été normalement."

extrait de http://www.artisansdumonde.org/bois.htm

"Les forêts sont en général plus précieuses quand elles sont sur pied et bien gérées que si on les abat pour réaliser des bénéfices à court terme. Au Pérou, les produits forestiers d'un hectare pourraient rapporter plus de $400 par an, bon an mal an. L'abattage des arbres sur la même superficie et la vente du bois donneraient un revenu ponctuel de $1.000 (98). Des études effectuées par la FAO au Pérou, dans l'Amazonie brésilienne, aux Philippines et en Indonésie conduisent à penser que la récolte de produits forestiers sur une base durable est deux fois plus rémunératrice à long terme que l'abattage des forêts pour les remplacer par des cultures ou des pâturages."
 
extrait de http://www.jhuccp.org/prf/fm13/fm13chap4_4.stm
 

Sources :


http://www.fao.org/docrep/w5796f/w5796f00.htm#TopOfPage
http://www.unil.ch/igul/DIVERS/CYCLOPE/niger/dia35.htm (photo route de Niamey)
http://www.artisansdumonde.org
 

 
 
 
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