ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
ABAQUE
  MOBILIER

 


 

En Grèce et à Rome, dans l'antiquité, c'était une table, un buffet ou un dressoir. Le nom de la tablette supérieure ou abaque fut appliqué par extension au meuble tout entier sur lequel on plaçait des vases d'or et d'argent ciselés, des oeuvres d'art et toutes sortes d'objets précieux que l'on voulait exposer aux regards. Quoique le mot ne se rencontre que chez les écrivains latins, ou chez les écrivains grecs de l'époque romaine, il n'est pas douteux qu'il ne fût originaire de la Grèce et de l'Asie, comme l'usage du meuble lui-même, introduit à Rome après les victoires de Cn. Manlius (187 avant Jésus-Christ). Mais peut-être les Grecs n'appelaient-ils abaque que la tablette sur laquelle on posait les objets. Des meubles de ce genre étaient placés dans les sanctuaires de la Grèce auprès des images des divinités afin de recevoir les riches offrandes exposées, au moins à certains jours, aux yeux du public. Un bas-relief en terre cuite ici reproduit offre l'image d'un de ces dressoirs chargé de vases de formes très variées: . De petites armoires pratiquées dans le corps inférieur du meuble paraissent destinées à recevoir les objets et à les tenir enfermés. On voit de semblables dressoirs dans plusieurs bas-reliefs antiques. Sur le célèbre vase de sardonyx, connu sous le nom de coupe des Ptolémées, on voit aussi deux tables portées l'une par des sphinx, l'autre sur des pieds terminés en griffes; les vases et les statuettes dont elles sont chargées, les masques et les attributs qui les entourent font reconnaître des tables consacrées au culte de Bacchus, et servant, comme celles dont on vient de parler, à l'exposition des offrandes : . Ce sont encore des tables semblables qui sont figurées en relief sur deux des vases d'argent trouvés prés de Bernai et faisant partie de la même collection.
A Rome, comme en Grèce, des tables tenant lieu d'autels servaient à l'exposition des dons consacrés dans les temples; mais le nom d'abaque désigne ordinairement dans les auteurs latins un riche buffet (mensa vasaria), à table de marbre ou de métal, sur un pied de matière également précieuse et artistement travaillé, et qui servait à étaler (exponere) la vaisselle de prix dans les salles où l'on mangeait. Tite-Live et Pline disent expressément que l'on ne vit paraître ce luxe qu'après la conquête de l'Asie Mineure; alors sans doute on commença d'avoir des abaques dont la richesse et la beauté égalaient celles des objets qu'on y voyait exposés; mais avant même de rencontrer en Asie, dans la Grèce ou dans la Sicile, de brillants modèles bientôt avidement recherchés et imités, les Romains avaient pu prendre des Étrusques l'habitude d'exposer la vaisselle sur des tables plus ou moins ornées. On en voit des exemples dans divers monuments étrusques représentant des repas; celui qui est ici reproduit ici:
, est tiré d'une peinture d'un tombeau de Corneto, l'ancienne Tarquinia, dont on peut faire remonter l'exécution jusqu'au IVe siècle avant Jésus-Christ. Des vases sont rangés sur deux tablettes; d'autres sont placés au-dessous. Les cavités formées par l'intervalle des tablettes sont peut-être ce qu'un poète d'une époque beaucoup plus récente a appelé cavernae, à moins que l'on ne doive entendre par ce mot des casiers fermés, de véritables armoires comme celles qu'on voit sur le devant du premier meuble représenté plus haut. Dans le Digeste, il est fait mention d'abaques (abaces) servant de support à des vases d'airain de Corinthe et eux-mêmes faits de ce métal.
Caton nomme un abaque parmi les ustensiles et les meubles dont une ferme doit être fournie; mais comme ce nom vient dans son énumération à la suite des pièces du moulin, il est probable que dans ce passage il s'agit d'un pétrin, plus ordinairement appelé mortarium. La figure suivante: empruntée au monument funéraire du boulanger Eurysacês, découvert à Itome en 1838, fera comprendre comment cet ustensile, qui a l'apparence d'une table garnie d'un bord élevé pour retenir la pâte, a pu recevoir le nom d'abaque.
 
L'abaque peut-être aussi un plateau, un bassin propre à contenir des fruits ou d'autres mets. Pollux le nomme parmi les ustensiles qui composent l'attirail du cuisinier. On voit par un autre texte qu'il y avait de ces plateaux qui étaient faits en bois et de forme circulaire.
 
Enfin, un abaque pouvait être une table ou un damier se rapprochant plus ou moins des tables à calcul, dont elles prirent le nom, par les divisions qu’on y voyait tracées et les jetons ou pièces qu’on y faisait marcher. Elles servaient à différents jeux [DUODECIM SCRIPTA, LATRUNCULI, POLEIS PAIZEIN, PETTEIA, DIAGRAMMISMOS, PENTEGRAMMA].
 
"Le grand abaque" était le nom donné il y a bien longtemps à une espèce d'auge dont on se servait dans les Mines pour laver l'or.

Sources :

 

 
- Dictionnaire des Antiquités grecques et Romaines, Daremberg et Saglio (1877)
- http://colet.uchicago.edu/htbin/ENC_ART.sh?ENCART=57-
 


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