ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
-------ABAQUE-------------
 

CALCUL

 
 
ABAQUE CRANMER
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pour aveugles

 


 

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1) Abaque Cranmer, cadre et boules en plastique, repères tactiles toutes les trois colonnes (6 1/8 x 3 1/4 x 7/16 pouces)
2) Jeune femme non-voyante utilisant l'abaque Cranmer

 
Tim Cranmer est, aux Etats-Unis (il vit au Kentucky), et un peu partout dans le monde depuis l'invention de son abaque, une figure importante du monde des aveugles. Aveugle lui-même, il œuvre depuis longtemps pour améliorer la vie des non voyants, que ce soit par des programmes spéciaux ou des améliorations, voire inventions techniques (il a reçu pour tous ses travaux de nombreux "awards" (récompenses)).
L'histoire de l'abaque Cranmer commence dans une échoppe de la Chinatown de Los Angeles en 1956. Il y découvre et achète un abaque chinois, et demande qu'on lui explique la manière de l'utiliser. A son retour de Los Angeles, Cranmer montre l'instrument à Fred Gissoni, un ami et collaborateur, et ils imaginent tous deux que l'abaque pourrait être un instrument intéressant pour les aveugles, si les boules étaient moins instables. L'idée a été laissée un peu de côté, jusqu'en 1959. Cette année-là, Gissoni et Betty, sa femme, font plusieurs visites à la Maison d'Edition Américaine pour les Aveugles, à New-York. On leur montre un abaque japonais, un soroban donc, qui avait été légèrement adapté pour les aveugles, en attachant au cadre de l'abaque un caoutchouc qui passait derrière les boules et qui freinait leur déplacement. Un échantillon en a été donné à Gissoni, qui s'est empressé de l'apporter à Tim Cranmer.
Tim avait été un accordeur de piano. Il s'en souvint pour concevoir différents modèles d'abaque où patins de feutres, et autres composants de piano, jouèrent un rôle dans ces premières tentatives.
Durant l'année 1960, Gissoni et Cranmer apprennent sérieusement l'usage de l'abaque grâce à un autre de leur collègue, comptable de son état, qui leur prête deux livres sur la technique de l'instrument, dont le classique de Takashi Kojima.
 
Pour la conception des boules, on transmit à Gissoni l'adresse d'un magasin de boules d'usages divers, à Chicago, où il dénicha des boules utilisées pour les rosaires, dont Cranmer se servit pour concevoir un nouvel abaque. Il fit une garniture de feutre derrière les boules, puis une autre de mousse derrière le feutre, mit un carton derrière la mousse et une feuille de plastique transparent collée derrière le carton. Un côté du carton était vierge, l'autre était imprimé. Les boules avaient été traitées avec de la mousse...pour soins de pied, et elles avaient été taillées hexagonalement, à l'image de celles du soroban, mais encore plus anguleuses, pour une meilleure prise. Drôle d'abaque, qui est aujourd'hui au musée de la maison américaine d'édition pour aveugles (Museum of American Printing House for the Blind).
Tim Cranmer fit quelques abaques sur le modèle dont on vient de parler, et on en fit un peu plus tard une diffusion moins artisanale pour le tester dans des écoles pour aveugle. En octobre 1962, Gissoni en apprit l'usage aux étudiants de L'Ecole Perkins pour aveugles. Les responsables de Perkins voulurent abandonner le projet rapidement, ne constatant pas chez les élèves d'améliorations notables en calcul. Mais les élèves insistèrent pour continuer l'expérience. Six mois après, heureusement, un nouveau test montra que le niveau des élèves avait significativement augmenté. Grâce à cette belle expérience, la Maison d'Edition Américaine pour les aveugles décida non seulement de produire, mais d'offrir aux aveugles abaque et manuel à son usage. L'abaque de Cranmer commença de se répandre aux Etats-Unis, ainsi qu'à l'étranger, et des professionnels chargés d'enseigner aux aveugles firent des stages pour en transmettre la technique.
Depuis, les calculatrices électroniques se sont développées et démocratisées, mais l'abaque de Cranmer continue d'être apprécié des non voyants: il ne tombe pas en panne, il permet de noter rapidement toutes sortes de nombres: numéros de téléphone, par exemple. Comme le boulier asiatique est loué par les manipulateurs et leurs enseignants, nous l'avons vu, l'abaque de Cranmer est très souvent mis en avant par les hommes et les femmes enseignant aux aveugles (mais aussi par les aveugles eux-mêmes), car celui-ci apporte ce que la calculatrice n'apporte pas : un apprentissage physique du chiffre, qui fait plus rapidement comprendre l'arithmétique et aide beaucoup à la compréhension de problèmes mathématiques, en particulier.

sources :
 
- http://shop.aph.org/wcsstore/APHConsumerDirect/images/catalog/products_large/1-03150-00_
Cranmer_Abacus.jpg
 
 

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